Culture

Entretien avec le docteur et critique d’art marocain Abdellah Cheikh

«Le rayonnement du domaine de la critique au Maroc revient aux efforts entrepris par les écrivains, les critiques d’art et les académiciens»

Ouafaa Bennani Ouafaa Bennani,

Abdellah Cheikh.

Abdellah Cheikh.

Le docteur et critique d’art marocain Abdellah Cheikh s’est vu attribuer, récemment, le premier Prix Sharjah pour la recherche critique, récompensant son brillant ouvrage «Les termes artistiques de la recherche plastique arabe». Dans ce livre, qui a séduit le jury de la 11e édition du Prix Sharjah pour la recherche critique, Abdellah Cheikh a remis en question certaines expériences de la critique plastique au Maroc. Il s’agit d’un focus sur les expériences des critiques d’art Brahim El Haissen et Benyounes Amirouche, ainsi que les penseurs esthètes Abdelkébir Khatibi, Driss Kattir et Boujemaa Achefri.

Le Matin : Que représente pour vous ce Prix Sharjah pour la recherche critique ?
Abdellah Cheikh
: Sans conteste, le prix Sharjah pour la recherche critique est une initiative exceptionnelle et unique sur le plan arabe à plus d’un titre.  Depuis sa première édition en 2008, ce prestigieux prix a établi de nouvelles traditions culturelles et visuelles qui ont, effectivement, contribué à enrichir les champs terminologiques de la critique d’art en dehors des jugements de valeur et des approches tendancieuses. C’est ce dont témoignent aussi d’éminents critiques, chercheurs et esthètes.  Il s’agit d’une réelle motivation pilote pour les recherches et les études académiques qui ont tenté de formuler et d’élaborer un discours parallèle (métalangage) aux expériences créatives les plus remarquables de divers horizons, sensibilités culturelles et aventures visuelles. D’autant plus que ce prix d’exception a valorisé les caractéristiques de la recherche artistique, tout en mettant en relief ses réalisations et ses acquis selon une évaluation objective. J’estime que cette consécration revêt une importance particulière dans mon parcours scientifique et critique à la fois. Indubitablement, c’est aussi le couronnement de plusieurs années de recherches académiques doublées d’humilité et d’abnégation. Je saisis l’occasion de cette consécration pour rendre hommage et saluer tous les responsables et organisateurs de ce prix illuminateur, président et membres, pour leur rôle judicieux dans la refonte des conditions de la recherche scientifique et le renforcement de ses modes de fonctionnement.

Comment en êtes-vous venu à vous spécialiser dans la critique, un univers qui ne semble pas attirer beaucoup de Marocains ?
J’ai  consacré  ma  vie depuis plusieurs décennies à l’écriture critique et à l’enseignement supérieur de différentes disciplines, allant de l’histoire de l’art à celle des civilisations, en passant par l’analyse des images, des films documentaires, des théories et l’histoire du design. Je suis, de par mon parcours personnel, proche de la culture dans sa diversité et sa pluralité. Mon bagage artistique pluridisciplinaire et ma volonté  arrêtée de contribuer à la dynamisation du paysage interculturel   m’ont  poussé  à   explorer davantage plusieurs espaces de dialogue, de partage et d’échange  afin de faire entendre les voix de tous les acteurs concernés qui se veulent les ingénieurs de l’âme. À travers mes articles médiatiques et mes publications, je tente de tisser les liens avec les acteurs culturels, toutes générations et provenances confondues. Ainsi, ma recherche critique au pluriel que j’ai assurée s’inscrit dans cette ligne déontologique : faire connaître, faire aimer et faire agir.

Êtes-vous satisfait de votre parcours dans ce domaine ?
Dans la vie artistique et culturelle, on passe de la production de masse à la satisfaction individuelle en vue d’atteindre la satisfaction collective. Je suis persuadé que la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand, comme disait Spinoza dans son «Éthique». Par rapport à mon parcours, je ne table pas sur une satisfaction passagère. Je suis à l’écoute de mon âme. Certes, les exigences et les contraintes de la recherche  donnent le plus de satisfaction. J’ai essayé de mener à bien  les actes de  ma recherche dialogique  dans la mesure du possible, user de mon réseau relationnel d’ici et d’ailleurs  pour assurer la fiabilité et l’objectivité. J’estime, également, que la possibilité de faire entendre les points de vue des artistes et des intellectuels sur la vision du monde est une extraordinaire opportunité. Je n’aurai de cesse de rappeler ce que représente l’interculturalité dans notre existence effective. Mon engagement d’ordre médiologique est la suite naturelle d’un militantisme culturel  pluridisciplinaire  qui me colle à la peau depuis mon adhésion précoce  aux cercles des «activistes culturels» à Essaouira  et à Casablanca, et ce dans plusieurs associations : «Ihyae Attorat»,  «l’Espace plastique»,  «Club des mouettes»,  «Arts et métiers» qui organise le Festival international du film de l’étudiant dont je suis le directeur, «Bassamat des Beaux-Arts» et bien d’autres encore.

Que pensez-vous du domaine de la recherche et de la critique au Maroc ?
Je suis fier de ce domaine en plein essor grâce aux efforts entrepris par les écrivains, les critiques d’art et les académiciens en son sein, et ce en parfaite harmonie avec les codes déontologiques et les enjeux majeurs dans le dessein d’élaborer un langage terminologique commun entre critiques, d’une part, et récepteurs réels et potentiels, d’autre part. Dans mon ouvrage couronné  intitulé «Les termes artistiques de la recherche plastique arabe»,  j’ai  étudié  quelques modèles représentatifs de la critique d’art d’usage au Maroc, en raison du chevauchement de leurs références cognitives et esthétiques avec leur terminologie empruntée à plusieurs disciplines scientifiques, réparties entre histoire de l’art, critique d’art et esthétique, et leur rapport avec l’émergence de nouveaux concepts tels que le «postmodernisme», «l’anti art»  et «la fin de l’art». Les cas étudiés représentent un corpus non exhaustif des approches contemporaines qui proposent plusieurs disciplines dans lesquelles se croisent la critique sociologique, la psychanalyse, la recherche sémiologique, la critique littéraire et l’anthropologie culturelle.

Que faut-il faire, selon vous, pour motiver et inciter les universitaires et les académiciens à s’engager dans la recherche et la critique d’arts plastiques ?
Le critique d’art est un médiateur culturel par excellence qui doit être   omniprésent dans les rouages de la scène contemporaine s’il veut jouir d’une réelle crédibilité. Il faut que les organismes concernés assurent les conditions sine qua non de son champ de recherche, car il est censé d’être en contact permanent avec les penseurs et les créateurs dans un cadre de «voisinage» et d’«accompagnement». Dans ce contexte-ci, il faut reconnaître le fait que la scène plastique  marocaine regorge d’œuvres  artistiques  créatives, à la fois modernes et contemporaines, réussissant ainsi ses paris quantitatifs et qualitatifs. Cependant, l’on assiste en revanche à un déclin de l’accompagnement critique de ces travaux artistiques et de leurs évolutions constantes en général. Ainsi, il convient inévitablement de concilier présentation créative et réception critique, comme le requiert le projet de poser les jalons et les bases de la culture visuelle et de l’éducation esthétique. Il est temps  de redresser cette situation  paradoxale et de réussir ce pari grâce  à  des prix  de motivation et à des laboratoires de recherches et d’études pour mettre en lumière  les rendus et les lectures des spécialistes en la matière à travers l’édition et la vulgarisation, ainsi que l’ancrage  de  leur langage  critique  comme  référence  dans la  communication  interactive avec les  arts visuels,  en  général, et les arts  plastiques, en particulier. Toutefois, je tiens à saluer vivement tous les plasticiens et les critiques d’art d’ici et d’ailleurs pour avoir conçu l’acte de la création et de la pensée comme étant une source de connaissance, tout comme la science et la technologie. Ils ont su dévoiler nos vérités cachées et nous ont invités à la réflexion et au questionnement. 
Devant leurs dits et leurs œuvres, qui ouvrent des perspectives nouvelles, on ressent la nécessité d’un devoir de conscience et celui d’une révision totale de notre domaine conceptuel. Il s’agit d’une entreprise véritablement interactives  qui nous incite à capitaliser sur les richesses immatérielles : entreprise citoyenne, s’il en est, qui dépasse les frontières géographiques, et qui présente son opinion de l’amitié artistique à travers une vie d’aventure. Gérard de Nerval n’a-t-il pas bien écrit – ici tout à fait à propos : «je suis l’autre» ?  


Biographie

Natif d’Essaouira en 1969, Abdellah Cheikh a, à son  actif, plusieurs  diplômes académiques, notamment un doctorat à la  Faculté des lettres et des sciences humaines Ben M’sik  sur le thème «Les stratégies de la communication et de  la publicité à l’ère de l’image : approche médiologique» (2012), un diplôme des études supérieures spécialisées (DESSS) en communication et publicité sur «L’ingénierie culturelle et la communication institutionnelle» (2007), une licence appliquée en animation culturelle dont le mémoire a été focalisé sur «Le management culturel du territoire» (1995), une licence en littérature arabe autour du thème «L’expérience mystico-poétique selon le poète Adonis, Chant de Mihyar le Damascène comme cas de figure» (1992). Il est, aussi, l’auteur de nombreuses publications en arabe et en français, dont «Introduction à l’ingénierie culturelle», «Introduction à la communication institutionnelle», «Les voix du silence : écrits monographiques» (tome I), «Kenza El Moukdasni : œil du cœur», «Boujmâa Lakhdar : la magie du signe», «Chaïbia Talal : une légende vivante», «Hassan Cheikh : mémoire et imaginaire», «Benhila Regraguia, altière blessure»… puis des ouvrages collectifs, à savoir «Cinéma   et désert», «Cinéma   documentaire», «Cinéma et droits de l’Homme», «Hassan Cheikh : mémoire et imaginaire»… Abdellah Cheikh a aussi traduit tous les ouvrages publiés par l’artiste plasticienne et écrivaine Loubaba Laalej et coordonné plusieurs autres livres dans divers domaines artistiques.

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