Avec une production de 956,535 tonnes et un chiffre d’affaires de 3,826 millions de DH enregistrés en 2020, la collecte des algues marines constitue une filière à forte valeur ajoutée au niveau de la province de Safi. En ce sens, cette activité occupe une place de choix dans l’économie de la province, basée essentiellement sur la pêche et l’agriculture.
Selon des données de la Délégation provinciale des pêches maritimes, la cueillette des algues marines, notamment le «Gelidium sesquipedale» communément appelé «algue rouge», constitue une activité génératrice de revenu pour plusieurs familles, particulièrement dans les zones rurales, tout au long du littoral de la province de Safi, qui s’étend sur 150 km et qui représente une richesse en termes d’algues marines. La collecte de l’algue rouge, d’où est extraite «l’agar-agar», un produit précieux et hautement prisé dans les domaines pharmaceutique, cosmétique et agro-alimentaire, se veut la principale source de subsistance pour de nombreux foyers durant l’année. Selon la Délégation des pêches maritimes, la collecte des algues marines à Souiria Lakdima, pour la même année, a généré plus de 2,251 millions de DH, pour une production de 582,874 tonnes.
Selon Ibrahim Rainouss, secrétaire général de la coopérative «Al Mohit» (Océan), spécialisée dans la récolte et la commercialisation des algues rouges et basée à Souiria Lakdima, situé à environ 35 km de la ville de Safi, cette activité est opérée de plusieurs manières. «Pour les algues de rive, le ramassage est effectué à marée basse par les femmes, alors que la récolte des algues marines à des profondeurs de trois à quatre mètres s’effectue par plongée en apnée», a-t-il indiqué dans une déclaration à la MAP.
Dans l’exercice de cette activité, M. Rainouss opère avec son équipe à des profondeurs plus importantes allant jusqu’à 20 mètres, par le biais d’une plongée, dite au narguilé, qui se fait à l’aide d’un compresseur à air à bord de felouques appartenant généralement aux membres des coopératives. Dans la même lignée, il a relevé qu’une équipe de plongée au narguilé doit être composée au moins de trois personnes : Deux plongeurs enfilant leurs combinaisons de plongée et un sauveteur restant à bord de la barque pour surveiller le compresseur d’air et accueillir les algues arrachées par les plongeurs et remontées à la surface à l’aide de filets, qui peuvent peser environ 30 à 40 kg chacun.
«La plongée au narguilé est un travail très laborieux, qui peut durer 4 à 5 heures par jour lorsque les conditions climatiques sont favorables», a-t-il expliqué, relevant que les plongeurs, à force d’exercer cette activité, font face à plusieurs risques, notamment des maladies respiratoires, des bourdonnements d’oreilles causés par la pression exercée sur l’organisme suite à l’immersion dans l’eau, et des rhumatismes dus au froid dans certaines zones à courant glacial.
L’exercice de cette activité est également susceptible d’engendrer des risques d’accidents graves qui seraient dus à une interruption brusque des compresseurs à air, a-t-il déploré, estimant que de tels accidents peuvent s’avérer fatals pour les plongeurs. Il a, par ailleurs, tenu à indiquer que la valorisation de ces algues rouges a permis à des familles entières de subsister et de faire des économies pour le reste de l’année, précisant que les plongeurs peuvent cueillir près de 1,5 tonne par jour.
Selon lui, la récolte des algues rouges ne s’opère que si les conditions climatiques sont favorables, soit 25 à 30 jours au maximum sur les 3 mois (juillet, août et septembre) fixés par la décision du département de la Pêche maritime. Pour ce qui est des prix pratiqués durant la campagne actuelle, M. Rainouss, qui exerce cette activité depuis son jeune âge, a révélé que le prix au kilo humide se situe dans une fourchette de 3,5 à 4 DH. Si certains plongeurs préfèrent vendre leurs récoltes d’algues rouges sous forme humide fraîchement débarquées le jour même de la cueillette, la coopérative «Al Mohit» opte, quant à elle, pour le séchage des algues rouges au soleil pendant plusieurs jours avant de les vendre directement aux unités industrielles spécialisées. Il a, par la même occasion, expliqué que la vente sous forme sèche rapporte plus pour cette coopérative, dont la majorité des membres n’exerce aucune autre activité le reste de l’année, à part quelques-uns qui pratiquent la pêche artisanale.
Sur un autre registre, il a exprimé sa satisfaction quant aux mesures strictes et rigoureuses prises depuis plus d’une décennie par le ministère de tutelle (système de quotas en fonction du stock des zones maritimes, repos biologique…) afin de faire face à la régression des stocks dans les principales zones de peuplement se situant au niveau des zones du littoral atlantique d’El Jadida-Essaouira et de Tan-Tan.
«Au fil des années et de manière progressive, la réglementation de cette activité a été favorablement accueillie par les gens du métier, qui ont pris conscience que ces mesures visant à lutter contre le braconnage et l’exploitation anarchique ont été mises en place pour protéger leur activité, d’autant plus qu’elles ont permis la régénération naturelle des stocks et la préservation des richesses halieutiques.
De même, la mise en application de cette réglementation a largement contribué à assurer une exploitation rationnelle et durable de cette ressource, et à garantir des revenus durables aux populations vivant de cette activité. M. Raïnouss se réjouit aujourd’hui que cette activité économique soit bien réglementée, avec l’obligation de disposer d’une assurance pour les plongeurs et d’une licence délivrée par la Délégation des pêches maritimes, qui veille, en coordination avec les autorités locales, au strict respect des quotas et du repos biologique.