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Mardi 23 Juin 2026
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Guterres appelle à tourner la page des combustibles fossiles face aux crises climatique et énergétique

À l’occasion de la Semaine d’action pour le climat à Londres, António Guterres, a dressé un constat alarmant de l’accélération du chaos climatique et de la vulnérabilité créée par la dépendance mondiale aux énergies fossiles. Plaidant pour une transition « rapide et équitable » vers les énergies renouvelables, il a présenté une feuille de route en sept points pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, renforcer l’adaptation climatique et mobiliser les financements nécessaires en faveur des pays les plus exposés. Voici le message intégral du secrétaire général des Nations unies.

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Chers amis,

Les crises apportent de la clarté.

Et ici, à Londres – la ville de Dickens –, il apparaît clairement que notre monde fait face à un scénario digne d’un Conte de deux crises.

Une crise climatique qui nous mène vers des températures toujours plus élevées et nous rapproche de points de bascule catastrophiques.

Et une crise énergétique qui révèle l’irrationalité d’un monde dépendant des hydrocarbures.

À première vue, ces crises peuvent sembler indépendantes l’une de l’autre.

Mais elles ont en commun une même force destructrice :

Les combustibles fossiles.

Et elles exigent une même réponse :

Une transition rapide et équitable vers des énergies propres, ainsi qu’un renforcement de l’adaptation, de la résilience et de la justice climatique pour les populations qui subissent déjà les effets des changements climatiques.

Chers amis,

Crise no 1 : le chaos climatique s’accélère sous nos yeux.

Nous venons de vivre les onze années les plus chaudes jamais enregistrées.

Les catastrophes climatiques sont de plus en plus fréquentes, de plus en plus destructrices et de plus en plus coûteuses.

Et comme l’a signalé l’Organisation météorologique mondiale, ce n’est que le début.

El Niño ne se contente pas de frapper à la porte. Il risque de faire s’effondrer la maison.

En accentuant la hausse des températures. En perturbant l’approvisionnement en eau et en nourriture. Et en touchant de plein fouet les plus vulnérables.

Il y a dix ans, les dirigeants mondiaux réunis à Paris ont convenu de limiter l’élévation de la température mondiale à 1,5 °C.

Les scientifiques affirment désormais que les températures annuelles moyennes dépasseront ce seuil dans les années à venir.

Notre mission consiste à limiter strictement le dépassement, à en réduire la durée et à faire baisser les températures en deçà de 1,5oC le plus rapidement possible.

Chaque fraction de degré est importante.

Chaque minute compte.

Plus le dépassement est marqué et prolongé, plus nous risquons d’atteindre des points de bascule planétaires qui entraîneraient des transformations irréversibles.

Aujourd’hui, le Conseil consultatif scientifique de l’ONU publie un rapport qui explique précisément ce qu’une telle situation impliquerait.

Des écosystèmes coralliens poussés au bord de l’effondrement.

Une fonte accélérée des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental entraînant une élévation irréversible du niveau de la mer qui redessinerait les littoraux, provoquerait le déplacement de millions de personnes et menacerait l’existence de certaines nations insulaires.

L’affaiblissement des principaux systèmes de circulation océanique qui régulent les régimes météorologiques et les précipitations.

Et la transformation de certaines zones de la forêt amazonienne en écosystèmes de type savane.

Chers amis,

Les points de bascule de la Terre sont comme des objets dans le rétroviseur d’une voiture :

Ils sont bien plus proches qu’il n’y paraît.

Dans le même temps, nous faisons face à une seconde crise.

Le conflit au Moyen-Orient a provoqué un choc énergétique d’une ampleur exceptionnelle.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, son ampleur est comparable à celle des crises pétrolières des années 1970... et des bouleversements qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Réunis.

Pour de nombreux pays en développement, il ne s’agit pas seulement d’une crise énergétique.

C’est une crise de la dette. Une crise alimentaire. Une crise du développement.

J’ajouterais que tout accord de paix est le bienvenu et apporterait un soulagement indispensable. Mais ne nous y trompons pas : les répercussions risquent de s’inscrire dans la durée.

Chers amis,

Ces deux crises ont de nouveau mis en évidence les limites d’un modèle de développement dépassé.

Un modèle fondé sur les combustibles fossiles, dans lequel un seul conflit peut bouleverser l’approvisionnement énergétique mondial, et un seul point de blocage provoquer une envolée des prix.

Un modèle qui considère la nature comme une ressource inépuisable pouvant être exploitée sans conséquences.

Un modèle qui a généré d’énormes richesses, mais qui a également creusé les inégalités et alimenté l’insécurité.

Un modèle dans lequel les populations qui ont le moins contribué à provoquer ces crises paient pourtant le prix le plus élevé.

La leçon est claire : ce modèle n’a pas d’avenir.

La communauté internationale a reconnu ses limites en adoptant le Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Nous ne pouvons pas revenir en arrière.

Nous ne pouvons pas continuer de miser sur un système fondé sur les énergies fossiles qui est à l’origine à la fois de la crise climatique et de la crise énergétique.

Ce dont nous avons besoin, au plus vite, c’est de la volonté d’assurer la pleine réalisation des objectifs de développement durable.

Pour allier prospérité et résilience.

Croissance et durabilité.

Perspectives et justice.

La bonne nouvelle, c’est qu’une solution claire s’offre aujourd’hui à nous, ce qui n’était pas le cas lors des crises énergétiques précédentes.

Une issue propre.

Dans la plupart des pays du monde, les énergies renouvelables sont la source d’électricité nouvelle la moins chère, la plus rapide à mettre en place et la plus facile à déployer à grande échelle.

Depuis 2010, le coût de l’énergie solaire a chuté de près de 90 %, celui de l’éolien terrestre de plus de 70 %, et celui du stockage par batterie de 95 %.

L’an dernier, la production d’énergies éolienne et solaire a été supérieure à la croissance de la demande d’électricité au niveau mondial.

L’énergie solaire a enregistré la plus forte augmentation annuelle jamais observée pour une source d’électricité.

Plus de 90 % des nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable mises en service dans le monde sont déjà moins coûteuses que les solutions fondées sur les combustibles fossiles les moins chères.

Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, les capacités renouvelables existantes ont permis à l’économie mondiale d’économiser 480 milliards de dollars des États-Unis en coûts de combustibles fossiles pour la seule année 2025.

Et elles ont permis d’éviter des émissions de dioxyde de carbone supérieures à celles produites annuellement par les États-Unis, l’Union européenne et le Japon – combinées.

Par ailleurs, les énergies propres attirent près de deux fois plus de capitaux que les énergies fossiles.

Cette dynamique est en grande partie attribuable aux pays importateurs de combustibles fossiles qui sont déterminés à s’affranchir de marchés énergétiques instables et imprévisibles.

Ces pays comprennent une vérité fondamentale :

Chaque unité d’énergie qu’ils produisent eux-mêmes est une unité de moins à acquérir sur un marché qu’ils ne contrôlent pas... par des voies d’approvisionnement qu’ils ne peuvent sécuriser... à un prix dicté par des aléas indépendants de leur volonté.

Il n’y a pas d’embargos sur le soleil, ni de blocus sur le vent.

Chers amis,

Le verdict est tombé :

L’indépendance énergétique ne peut se fonder sur la dépendance aux combustibles fossiles.

Les énergies renouvelables constituent la pierre angulaire d’une véritable sécurité énergétique.

L’électrification des transports, des bâtiments et de l’industrie est l’un des moyens les plus rapides de réduire les émissions et de mettre fin à la dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés.

Plus les économies fonctionnent à l’électricité propre, plus elles sont sûres, résilientes et compétitives.

Alors comment tourner définitivement la page ?

Permettez-moi de présenter sept mesures pour y parvenir.

Premièrement, nous devons accélérer considérablement nos efforts pour limiter strictement l’ampleur et la durée de tout dépassement du seuil de 1,5 °C.

La science nous indique clairement la marche à suivre :

Les émissions doivent atteindre immédiatement leur pic... diminuer fortement au cours de cette décennie... et être ramenées au niveau net zéro à l’échelle mondiale d’ici à 2050.

Toutefois, le monde s’écarte dangereusement de cet objectif.

Les derniers plans nationaux en matière de climat ne permettraient de réduire les émissions mondiales que d’environ 10 % d’ici à 2035.

Selon les scientifiques, les émissions doivent diminuer de 60 % au cours de cette même période pour que l’objectif de 1,5 °C reste atteignable.

Les pays du G20, qui sont responsables d’environ 80 % des émissions mondiales, doivent être à la manœuvre.

Tous les grands émetteurs doivent intensifier leur action.

Et chaque pays doit aller au-delà de ses engagements.

En accélérant la transition des combustibles fossiles vers les énergies propres, comme les gouvernements se sont engagés à le faire lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de 2023.

En mettant fin à la déforestation et en restaurant la nature.

Et en réduisant dans les plus brefs délais les émissions de dioxyde de carbone liées à la production et à la consommation de charbon, de pétrole et de gaz.

Le CO₂ reste le principal facteur de réchauffement à long terme.

Mais il est également temps de s’atteler à la réduction des émissions de méthane.

Le méthane est responsable d’environ un tiers du réchauffement planétaire.

Son pouvoir de réchauffement est environ quatre-vingt fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.

Mais, contrairement au CO₂, il se décompose dans l’atmosphère en l’espace d’une ou deux décennies.

Cela signifie que des réductions drastiques pourraient entraîner une baisse sensible des températures en l’espace d’une génération.

C’est pourquoi je lance aujourd’hui un appel à l’action mondial concernant le méthane.

Trois secteurs sont visés.

Le secteur des déchets : des mesures décisives doivent être prises pour réduire le gaspillage alimentaire, mettre fin aux dépôts sauvages de déchets et capter les émissions provenant des décharges et des eaux usées.

Le secteur agricole : il faut réduire les émissions au moyen de solutions éprouvées permettant de renforcer la sécurité alimentaire et de protéger les moyens de subsistance des agriculteurs.

Enfin, une attention particulière doit être portée au secteur qui est à l’origine des deux crises que traverse notre monde... et où des avancées immédiates sont possibles : l’industrie du charbon, du pétrole et du gaz.

J’exhorte le secteur des énergies fossiles à passer à l’action et à prendre des mesures trop longtemps différées.

L’Agence internationale de l’énergie estime qu’environ 70 % des émissions de méthane provenant du pétrole et du gaz pourraient être éliminées grâce aux technologies existantes, généralement à un coût net faible ou nul.

Pourtant, rien qu’en 2025, quelque 167 milliards de mètres cubes de gaz brûlés à la torche ont été libérés dans l’atmosphère – l’équivalent de la consommation annuelle de l’Afrique.

Le système d’alerte et d’intervention du Programme des Nations Unies pour l’environnement a émis plus de 5 000 alertes concernant des émissions de méthane dans 33 pays.

Pourtant, le taux de réponse à l’échelle mondiale n’est que d’environ 12 %.

Cela montre que les initiatives volontaires ne suffisent plus.

Le monde a progressivement abandonné l’essence au plomb.

Il a éliminé les substances chimiques qui appauvrissaient la couche d’ozone.

La pollution au méthane doit être la prochaine sur la liste.

J’appelle les gouvernements des pays producteurs et consommateurs à établir une nouvelle norme mondiale pour le secteur pétrolier et gazier visant à ramener les émissions de méthane à un niveau quasi nul tout au long de la chaîne de valeur.

Deuxièmement, nous devons faire face à la crise énergétique actuelle sans accroître notre dépendance vis-à-vis des combustibles qui en sont à l’origine.

Partout dans le monde, des voix influentes persistent à promouvoir de nouvelles mines de charbon, de nouveaux champs de pétrole et de nouvelles exploitations gazières.

Et ce, alors même que le monde ne sera pas en mesure d’utiliser tous les combustibles fossiles déjà accessibles – sans parler de miser sur de nouveaux approvisionnements et infrastructures susceptibles de devenir obsolètes bien avant la fin de leur durée de vie économique.

Soyons clairs : ce ne sont pas seulement des actifs qui se retrouveront bloqués, mais des économies entières.

Le moteur de la croissance d’aujourd’hui et de demain, c’est l’énergie propre.

Je comprends ce besoin, surtout en période de turbulences, de se raccrocher à ce qui nous est familier.

La promesse d’un « statu quo » peut sembler rassurante pour certains.

Mais cela revient à payer davantage pour une sécurité moindre.

À céder à d’autres les industries et les emplois du XXIe siècle, alors même que les risques s’intensifient sur leur propre territoire.

Ce n’est pas du leadership. C’est un repli.

Et nous devons dire tout aussi clairement qui supportera le coût de ce renoncement :

Les travailleurs et les travailleuses.

Les familles en ressentent déjà les effets : factures plus élevées, incertitude grandissante, sentiment que le système ne fonctionne pas en leur faveur... tandis que les géants des énergies fossiles continuent d’enregistrer des profits records.

Les huit plus grandes entreprises du secteur ont dégagé 6,5 milliards de dollars de bénéfices supplémentaires rien qu’au premier trimestre de cette année – dont un mois seulement coïncide avec la crise au Moyen Orient, sachant que les prix du pétrole et les profits ont continué de croître.

Ces profits exceptionnels sont le fruit de la souffrance – de l’instabilité, des privations et de la dépendance.

J’exhorte les pouvoirs publics à taxer ces entreprises.

Je les engage aussi à utiliser ces recettes à bon escient, pour aider les familles et les populations vulnérables et accélérer la transition vers une énergie propre et d’un coût abordable.

Pour autant, il ne suffit pas de supprimer les subventions et les incitations préjudiciables. Nous devons également lever les obstacles structurels qui entravent les projets d’énergie propre.

Trop souvent, ces projets se heurtent à des délais d’attente considérables – parfois de plusieurs années – avant de pouvoir être raccordés au réseau.

Les capacités de transmission sont insuffisantes.

Les réseaux de distribution sont obsolètes.

Le stockage ne suit pas le rythme.

Les systèmes numériques ne sont pas encore assez intelligents ni assez flexibles.

Et les connexions régionales et interrégionales restent trop limitées.

Si nous voulons vraiment mener à bien cette transition, nous devons considérer les réseaux électriques comme des infrastructures stratégiques.

L’ère de l’électrification exigera un développement massif des réseaux, des capacités de stockage et de la flexibilité des systèmes.

Et nous avons besoin de règles adaptées au XXIe siècle.

Les pouvoirs publics doivent instaurer un environnement propice à l’investissement, grâce à une planification modernisée, à des procédures d’autorisation accélérées et à une réforme de la réglementation.

Troisièmement, face à la hausse constante de la demande énergétique, nous devons nous attaquer à l’une de ses sources de croissance les plus rapides : les centres de données liés à l’IA.

L’intelligence artificielle peut accélérer le développement de solutions climatiques.

Elle peut contribuer à guérir des maladies, à transformer l’éducation et à permettre à l’humanité de relever des défis qui semblaient précédemment hors de portée.

Nous devons exploiter ce potentiel.

Mais l’IA est très gourmande en terres, en eau et en énergie.

Les centres de données nécessaires à son fonctionnement consomment déjà plus d’électricité que la plupart des pays.

D’ici à 2030, ils pourraient consommer plus d’électricité que tous les pays sauf cinq, ainsi qu’un volume d’eau suffisant pour couvrir, pendant un an, les besoins essentiels des 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique subsaharienne.

Ils occupent également des terres, souvent dans des zones où les populations locales tirent peu d’avantages de leur implantation.

Malgré ces préoccupations évidentes, les populations sont souvent laissées dans l’ignorance quant à l’impact environnemental des infrastructures qui se développent autour d’elles.

C’est pourquoi je propose aujourd’hui une initiative en faveur de la transparence environnementale de l’IA.

J’appelle toutes les grandes entreprises du secteur à mesurer et à rendre public l’impact environnemental de leurs systèmes – émissions de carbone, consommation d’eau et utilisation des terres – et à s’engager à alimenter l’ensemble de leurs centres de données au moyen d’énergies renouvelables d’ici à 2030.

Il faut en finir avec les coûts cachés.

Il faut cesser de faire peser le fardeau sur celles et ceux qui sont le moins à même de le supporter.

Il est temps de jouer cartes sur table.

Si l’IA doit contribuer à bâtir un avenir meilleur, les acteurs du secteur doivent être honnêtes sur ce qu’elle nous coûte aujourd’hui.

Quatrièmement, nous devons assurer une transition juste.

L’histoire nous livre une leçon sans appel :

La plus grande menace n’est pas la transition elle-même, mais l’incapacité à la gérer.

Tel est le risque auquel nous faisons face aujourd’hui.

La transition énergétique n’avance pas de manière cohérente.

Les investissements dans les énergies fossiles se poursuivent, malgré l’essor des énergies propres.

Les pays évoluent dans des directions divergentes.

Les producteurs se demandent ce que deviendront leurs recettes, leurs emplois et leurs économies.

Les consommateurs se demandent si l’énergie restera abordable et fiable.

Les pays en développement se demandent s’ils pourront rester compétitifs ou s’ils seront laissés pour compte.

Et les travailleurs, les populations et les jeunes se demandent ce que cette transition signifie pour leur avenir.

À ce stade, ces questions ne reçoivent pas de réponse coordonnée.

Nous avons besoin d’une action commune, concrète et axée sur les résultats.

D’un espace rassemblant producteurs et consommateurs, pays développés et pays en développement, et acteurs de la finance, de l’industrie, du monde du travail et de la société civile.

Un espace consacré aux enjeux déterminants pour la réussite ou l’échec de cette transition.

Comment mettre progressivement fin à notre dépendance aux énergies fossiles tout en intensifiant rapidement le développement des énergies propres ?

Comment gérer les risques économiques auxquels sont exposés les pays qui dépendent des revenus des combustibles fossiles ?

Comment accompagner les travailleurs et travailleuses et les populations dans le cadre d’une transition juste ?

Et comment mobiliser les investissements à la vitesse et à l’échelle requises ?

Je réunirai les dirigeantes et dirigeants en septembre afin d’avancer sur ces questions en amont de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques – la COP31 – qui aura lieu en Türkiye.

La nécessité d’une transition ne fait plus aucun doute.

Elle sera maîtrisée ou chaotique... Équitable ou inégale... Source de stabilité... ou de divisions accrues.

Nous pouvons encore en décider.

J’insiste en outre sur le fait que l’énergie propre ne peut reposer sur des pratiques néfastes.

Une transition juste suppose que les pays et les populations dont les territoires abritent les minéraux critiques nécessaires aux énergies propres de demain bénéficient pleinement de leurs retombées.

Plus d’extraction sans développement.

Cinquièmement, il est impératif de redoubler d’efforts pour protéger les populations des conséquences immédiates du chaos climatique.

Même à pleine vitesse, nous ne pouvons échapper aux changements climatiques.

Leurs effets se font d’ores et déjà sentir – ils s’accumulent et se renforcent mutuellement.

Une sécheresse peut rapidement déboucher sur une crise alimentaire.

Une tempête peut déclencher une crise de la dette.

Une vague de chaleur peut se muer en urgence de santé publique.

L’adaptation est essentielle.

Elle sauve des vies, protège les foyers et les populations, renforce la résilience des économies face aux chocs et préserve la cohésion sociale.

Pourtant, elle a longtemps été considérée comme un acte de charité.

C’est une erreur.

Les effets des changements climatiques bouleversent déjà le développement, la stabilité et la sécurité.

Ils mettent à rude épreuve les systèmes alimentaires et hydriques, perturbent les chaînes d’approvisionnement, pèsent sur les finances publiques et aggravent la fragilité.

Nous devons en tirer toutes les conséquences.

L’adaptation doit être intégrée dans la planification et la prise de décision au niveau national, des stratégies de développement à la réglementation.

Nous avons besoin de mécanismes d’assurance et de partage des risques plus efficaces.

Nous avons besoin de dispositifs qui nous permettent d’agir en amont, avant que les chocs ne se transforment en catastrophes humanitaires et économiques.

Nous devons renforcer notre préparation aux catastrophes et veiller à ce que notre initiative « Alertes précoces pour tous » soit pleinement mise en œuvre.

Et les pays développés doivent honorer l’engagement qu’ils ont pris de longue date de doubler le financement de l’adaptation, avec l’objectif clairement établi de le tripler.

Cela nous amène au sixième point : tout cela suppose des financements qui soient à la mesure de l’ampleur et de l’urgence de ces deux crises et qui soient répartis équitablement.

Aujourd’hui, le système financier mondial laisse de côté les pays qui ont le plus besoin d’un soutien.

Il surestime les risques... tout en sous-estimant les opportunités.

De nombreux pays en développement font face à des coûts d’emprunt liés aux énergies propres et à la résilience qui peuvent être deux à trois fois supérieurs à ceux des économies plus avancées.

Des pays dotés d’un fort potentiel dans le domaine des renouvelables se trouvent exclus de la révolution des énergies propres.

Il suffit de se tourner vers le vaste continent africain.

L’Afrique abrite 60 % des meilleures ressources solaires au monde. 30 % des minéraux critiques. Et un cinquième de la population mondiale.

Pourtant, elle ne reçoit que 2 % des investissements mondiaux dans le secteur.

Dans le même temps, plus de 600 millions d’Africaines et d’Africains restent privés d’accès à l’électricité.

C’est à la fois une injustice et une occasion ratée, pour l’Afrique comme pour le monde.

Les pays développés doivent tenir leurs engagements, notamment en contribuant au Fonds permettant de faire face aux pertes et préjudices et au Fonds vert pour le climat.

Les 300 milliards de dollars promis aux pays en développement doivent être versés, et des mesures concrètes doivent être prises pour mobiliser 1 300 milliards de dollars par an d’ici à 2035.

Dans un contexte de contraction de l’aide, nous devons également libérer le potentiel catalyseur des banques multilatérales de développement et, plus largement, du système de financement du développement, afin de soutenir le financement d’infrastructures de long terme telles que les réseaux électriques, les transports en commun et les systèmes d’approvisionnement en eau.

Des réformes et des décisions récentes ont permis d’accroître la capacité de prêt des banques multilatérales de développement de 600 à 800 milliards de dollars.

Celles-ci doivent mobiliser ces ressources de manière résolue pour financer les infrastructures de demain et l’adaptation aux changements climatiques.

Elles doivent également adapter leurs instruments à l’ampleur et à l’horizon temporel du défi, notamment en proposant des financements à 50 ans lorsque cela s’avère nécessaire.

Mais il faut aller plus loin.

La capacité de prêt des banques multilatérales de développement doit être encore renforcée par leurs actionnaires, notamment au moyen d’une recapitalisation ambitieuse et de nouvelles réformes.

Face à la réduction de la marge de manœuvre budgétaire, chaque dollar public doit être utilisé de manière plus efficace et plus innovante afin de catalyser des financements privés.

Cela suppose de renforcer les garanties et de développer les financements en monnaie locale, les financements mixtes et autres instruments de partage des risques afin de réduire le coût du capital et d’attirer les investissements privés, en particulier dans les pays en développement où les risques sont perçus comme élevés.

Cela suppose aussi de mobiliser des sources de financement supplémentaires – qu’il s’agisse de prélèvements de solidarité sur les secteurs à fortes émissions, de conversions de dettes en investissements climatiques, de recettes issues des marchés du carbone ou de la mobilisation du secteur philanthropique.

Enfin, cela suppose de veiller à ce que l’ensemble des institutions financières – publiques comme privées – alignent leurs activités sur l’Accord de Paris et sur les réalités d’un monde en réchauffement.

En définitive, l’enjeu est simple :

Nous devons acheminer des capitaux vers les pays en développement à un rythme, à une échelle et à un coût conformes aux exigences du moment, afin de faire face à la crise climatique, de stimuler une croissance plus forte et plus résiliente et de faire progresser la réalisation des objectifs de développement durable.

Enfin, septièmement, nous devons protéger la science – et la vérité elle-même.

La science permet à l’humanité d’anticiper les risques avant que les catastrophes ne surviennent.

Pourtant, la désinformation se propage, délibérément utilisée pour retarder l’action climatique, à consolider des intérêts particuliers et à miner la confiance.

Nous devons agir pour préserver l’indépendance scientifique ;

Renforcer la confiance dans les données factuelles et les institutions ;

Protéger celles et ceux qui défendent les droits humains ainsi que les journalistes qui informent sur les enjeux climatiques et environnementaux ;

Et veiller à ce que chacun et chacune ait accès à des informations fiables, crédibles et fondées sur des données scientifiques.

L’ONU a lancé une initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur les changements climatiques afin de contribuer à la réalisation de cet objectif.

Les faits comptent. La science compte. L’intégrité de l’information compte.

Chers amis,

Permettez-moi de conclure comme j’ai commencé : avec Dickens.

Pour l’action climatique, nous vivons à la fois le meilleur et le pire des temps.

Le pire, parce que les effets des changements climatiques s’intensifient, que des points de bascule se profilent à l’horizon et que la crise énergétique a mis en lumière les risques majeurs liés à la dépendance aux combustibles fossiles.

Mais aussi le meilleur, car la révolution des énergies renouvelables est en marche.

Une révolution portée par l’énergie propre, l’électrification, la baisse des coûts et des ambitions croissantes, qui ouvre de vastes perspectives.

Une révolution capable de libérer les pays de la volatilité des marchés des combustibles fossiles, d’élargir l’accès à l’énergie, de renforcer la sécurité, de créer des emplois, d’améliorer la qualité de l’air, de restaurer les écosystèmes et d’ouvrir la voie à un avenir plus sûr.

Il nous appartient aujourd’hui de saisir cette occasion sans précédent – et d’assumer l’énorme responsabilité qui l’accompagne – de transformer ce Conte de deux crises en un récit unique, fait de détermination, d’équité et de progrès partagé.

Nous pouvons enfin tourner la page des combustibles fossiles et bâtir un avenir alimenté par les énergies renouvelables et fondé sur la justice climatique.

Le moment de la décision est venu. Le moment de la vérité. Le moment à saisir.

Ne le laissons pas passer.

Je vous remercie.
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