Menu
Search
Lundi 26 Octobre 2026
S'abonner
close

De la France à l’Espagne, une vague de contestation sociale traverse l’Europe

Après la France, où la contestation a émergé dans les établissements scolaires avant de s’étendre aux salaires et aux services publics, l’Espagne est à son tour traversée par une mobilisation sociale dont le logement est devenu le principal point de cristallisation. Cette colère s’est exprimée dans plus de 50 villes, où habitants et organisations de locataires ont dénoncé les difficultés à se loger et réclamé des mesures contre les expulsions. À Madrid, le mécontentement s’est également manifesté lors d’un rassemblement de retraités venus défendre le système public de pensions et demander une revalorisation de leurs revenus face à la hausse des prix. Ces mobilisations s’inscrivent dans une séquence de contestation qui touche 12 pays européens depuis la mi-septembre, sur fond de préoccupations liées au pouvoir d’achat et aux conditions de vie.

No Image

Depuis la mi-septembre, des manifestations se succèdent en France, en Espagne, en Italie, au Portugal et en Belgique, au point que certains commentateurs évoquent un « printemps européen », par analogie avec le « printemps arabe ». Un recensement officiel des mobilisations en a dénombré au moins 177 dans 12 pays européens entre le 15 septembre et le 23 octobre.

En France, la contestation a pris forme dans les établissements scolaires, où des élèves dénonçaient le manque d’enseignants, les classes surchargées et la dégradation des bâtiments. Partie des lycées, elle a ensuite gagné d’autres villes et s’est élargie aux salaires, au coût de la vie et aux services publics. Le 17 octobre, 550.000 personnes ont manifesté selon le ministère français de l’Intérieur, puis les autorités ont comptabilisé 410.000 participants le 24 octobre. Les syndicats, qui ont jugé décevante leur rencontre avec le gouvernement, ont appelé à de nouvelles manifestations le 31 octobre, puis à une journée nationale de grève et de manifestations le 5 novembre pour réclamer des mesures sur les salaires et les services publics.

Dans les autres pays, les mobilisations reflètent des préoccupations différentes : en Belgique, des étudiants dénoncent la hausse des frais d’inscription et les coupes budgétaires dans l’éducation ; en Italie, les manifestants protestent notamment contre le coût de la vie et la hausse des carburants ; au Portugal, les rassemblements mettent en lumière la crise du logement et les expulsions. En Albanie, les protestataires dénoncent notamment la corruption, tandis qu’en Serbie, le mouvement étudiant anticorruption prolonge une contestation engagée depuis près de deux ans.

En Espagne, la crise du logement déclenche une mobilisation nationale

En Espagne, la difficulté à se loger a cristallisé la contestation après l’expulsion, le 23 septembre à Madrid, d’une femme de 87 ans qui vivait depuis plus de 70 ans dans le même appartement. L’affaire a suscité et conduit des manifestants à installer un campement sur la Puerta del Sol, place centrale de la capitale ; hospitalisée après son expulsion, la retraitée est morte à l’hôpital le 7 octobre.

La mobilisation a rapidement dépassé Madrid : le 3 octobre, des manifestations pour le droit au logement ont eu lieu dans plus de 50 villes, au lendemain du rejet par le Congrès de deux décrets gouvernementaux. Ceux-ci prévoyaient notamment des protections contre certaines expulsions de ménages vulnérables et des mesures sur les contrats de location. Le gouvernement a présenté de nouveaux textes le 6 octobre, dont la validation reste soumise à la commission permanente du Congrès, tandis que les organisations de locataires et les syndicats annonçaient une grève générale de 24 heures le 11 novembre pour réclamer des mesures sur le logement et les salaires.

Le 24 octobre, des retraités ont également manifesté à Madrid pour défendre le système public de pensions et réclamer une revalorisation tenant compte de l’inflation, qui s’établissait à 4,9 % sur un an en septembre, selon l’Institut national de statistique espagnol. Les autorités ont estimé la participation à 25.000 personnes, contre 50.000 selon les organisateurs, qui demandaient aussi une hausse de 6 % en 2027.

Ce dimanche, les occupants du campement de la Puerta del Sol ont commencé à retirer certaines tentes après des plaintes de commerçants voisins, qui attribuaient à la mobilisation la baisse de leurs ventes. Ils préparaient un départ progressif pour déplacer leur action vers les quartiers et concentrer leurs efforts sur la grève du 11 novembre, tout en cherchant des solutions pour les personnes sans domicile qui trouvaient refuge et nourriture sur la place.

Pour plusieurs analystes, l’évolution de cette séquence dépendra de la capacité des gouvernements à apporter des réponses concrètes aux revendications sur le logement, l’éducation, les salaires et les services publics. Si ces préoccupations restent sans réponse, préviennent-ils, la défiance pourrait s’installer durablement, renforcer les partis promettant une rupture et gagner les institutions européennes si celles-ci ne parviennent pas à améliorer la vie quotidienne des citoyens.

Lisez nos e-Papers