C’est sur les rives de la mer Noire que la présidence turque de la COP31 a choisi d’ouvrir le chapitre maritime de sa préparation. Trabzon a accueilli, les 10 et 11 septembre, le Dialogue bleu sur les océans et les mers, deux jours de travaux réunissant gouvernements, organisations internationales, monde universitaire, secteur privé, finance et société civile.
Quelque 27 journalistes de 17 pays (Allemagne, Argentine, Azerbaïdjan, UAE, GB, Chine, Maroc, Inde, Espagne, Italie, Corée du Sud, Hongrie, Égypte, Pologne, Serbie, Singapour et la Grèce) y ont assisté dans le cadre de la dernière phase du programme international des médias «Road to COP31 : Sustainable Future», après deux journées consacrées à Ankara à la gestion intégrée des déchets et au projet Zéro déchet. Ce programme est placé sous l’égide de la Direction de la communication de la présidence turque et du ministère de l’Environnement.
Le Groupe Le Matin, déjà représenté lors de la deuxième phase en mai, est la seule rédaction marocaine invitée. Le Maroc n’est pas étranger à cette séquence préparatoire. Le 8 juillet dernier, l’Union pour la Méditerranée et la présidence turque de la COP31 ont lancé à Rabat, à l’ambassade de Turquie, la première des sept consultations du Dialogue méditerranéen d’Antalya sur le climat, en collaboration avec le ministère de la Transition énergétique et du développement durable. Quatre tables rondes y ont repris les axes du programme d’action de la COP31, de l’électrification à l’accès au financement climatique, en passant par les océans et les mers. Les conclusions de ce cycle alimenteront une note de synthèse méditerranéenne qui sera présentée à Antalya.
L’aveu sur la trajectoire des températures Organisée par le ministère de l’Environnement turque au terme de la première journée du Dialogue bleu, après une table ronde ministérielle et trois ateliers parallèles, la conférence de presse du président de la COP31 réunit l’ensemble des journalistes invités. La première question porte sur l’objectif de 1,5°C. La réponse est directe. Les données montrent que le monde risque de ne pas y parvenir, indique Murat Kurum, pour qui réussir à maintenir le réchauffement autour de ce seuil constituerait déjà un succès. Plus de quatre-vingts décisions ont été adoptées lors des conférences précédentes, rappelle-t-il, et il s’agit désormais de les transformer en projets.
De là l’expression qui revient tout au long de la journée, celle d’une COP de la mise en œuvre, où les paroles deviennent des projets et les projets des investissements. Le programme d’action turc fixe des cibles chiffrées, un objectif d’électrification de 35% à l’horizon 2035, une réduction de 50% des déchets, une part de 15% de matériaux circulaires et recyclés dans l’industrie et la production, et une baisse de 25% de l’intensité énergétique. Le ministre cite les 455.000 logements construits en deux ans dans les zones sinistrées par le séisme, où l’intensité de la consommation énergétique a reculé de 39% (cités par notre journal lors de la visite de mai sous le titre «COP31 : la Turquie expose sa vision des villes résilientes face à la crise climatique», Le Matin.ma).
L’écart entre l’argent disponible et les besoins Sur le financement, le président de la COP31 avance ses propres chiffres. Les ressources mobilisables, secteur privé compris, représentent environ 1.700 milliards de dollars, alors que l’atteinte des objectifs en exigerait entre 7.500 et 9.000 milliards. Le problème n’est pourtant pas seulement celui du volume. «Vous pouvez avoir de l’argent disponible, mais il peut ne pas y avoir de projets», résume-t-il, citant le cas d’un pays en développement dépourvu de dossier abouti en matière d’assainissement ou d’énergie propre. D’où le mécanisme de préparation et de mise en œuvre annoncé à Trabzon, dont six pays pilotes doivent être dévoilés à New York, le critère central en étant l’efficacité, soit les émissions évitées par unité de dépense.
La finance bleue procède de la même logique. Les possibilités de crédit et de soutien dans ce domaine sont restées limitées jusqu’ici, constate le ministre, alors que les océans absorbent environ 29% des émissions mondiales de dioxyde de carbone et que près de 85% du commerce mondial passe par la voie maritime. Les banques multilatérales de développement disposent de lignes de crédit et les pays développés de fonds, mais le pont entre ces ressources et les projets fait défaut.
Ce que la Turquie met sur la table Les annonces suivent. Un mécanisme de préparation et de financement des projets bleus, destiné à réunir les pays porteurs de projets et les institutions financières. Un réseau de données bleues, pour accélérer le partage des informations sur la température des mers, la pollution, l’érosion côtière et la biodiversité, et renforcer les systèmes d’alerte précoce. L’extension des pratiques zéro déchet de la côte jusqu’à la mer. Le soutien à la protection et à la restauration des herbiers marins, des deltas, des zones humides et des écosystèmes côtiers fragiles. Et un appui particulier aux petits États insulaires et aux pays côtiers en développement pour préparer leurs projets et accéder aux technologies et au financement.
La Turquie met en avant ses propres chantiers. Après l’épisode de mucilage en mer de Marmara, un financement de 400 millions d’euros a été obtenu auprès de la Banque mondiale pour moderniser les infrastructures d’assainissement. À Fethiye et à Göcek, des bouées d’amarrage protègent les herbiers marins, tandis que les activités maritimes sont suivies numériquement par le système DERİA. Deux navires de dragage travaillent dans la baie de Fethiye sur environ 600 hectares, avec un objectif de 16.268.000 mètres cubes de sédiments retirés en trois ans. Des opérations comparables sont menées dans les baies d’Izmit et d’Izmir et sur cinq lacs du pays. À Trabzon même, le projet de front de mer d’Uzunkum couvre près de 397.000 mètres carrés, dont 188.000 d’espaces verts, avec promenades, pistes cyclables et club de voile.
Partager l’objectif oblige à partager les moyens C’est la formule qui traverse la journée. Si l’on partage l’objectif, on doit partager les moyens, répète le ministre, en rappelant que les pays les plus exposés ne portent pas la responsabilité historique du problème et que les pays développés doivent honorer leurs engagements financiers. La démonstration part de la mer. Un déchet plastique entré dans l’eau depuis les côtes africaines peut parcourir des milliers de kilomètres et s’échouer sur le littoral d’un autre pays, tandis qu’une pollution née en mer Noire peut atteindre ailleurs la pêche, le tourisme et la sécurité alimentaire. Interrogé sur les 20 millions de dollars demandés par le Népal au Fonds pour les pertes et préjudices, il appelle les contributeurs à tenir parole et convoque les inondations de Kastamonu-Bozkurt, dont des images sont projetées dans la salle. Sur la répartition des rôles, il précise que la Turquie et l’Australie ne sont pas coprésidentes : Ankara préside la conférence, l’Australie les négociations, et la décision finale revient à la présidence. Les deux pays organiseront ensemble la pré-COP aux Fidji. Reste la promesse. Ouvrir le dialogue à Trabzon, construire une volonté commune à Antalya, puis la porter sur les côtes du monde. «L’avenir des mers est l’avenir des côtes, et l’avenir des côtes est le nôtre», conclut Murat Kurum, qui dit vouloir, dans cinq ans, se souvenir de ce que la COP31 aura accompli plutôt que du nombre de réunions qu’elle aura tenues.
L’Appel de Trabzon, treize points avant Antalya Les deux journées se sont conclues par un texte, l’Appel de Trabzon au consensus, au dialogue et à l’action. En treize points, il place les océans et les mers parmi les priorités du programme d’action climatique de la COP31 et appelle à une mobilisation accrue des ressources, subventions, financements concessionnels et garanties. Il insiste sur les besoins des petits États insulaires en développement et des pays les moins avancés en matière de capacités, de technologie et de financement, encourage l’intégration de mesures fondées sur l’océan dans les contributions déterminées au niveau national et les plans nationaux d’adaptation, et promeut le recours à la science, aux systèmes d’alerte précoce et à la télédétection. Le texte inscrit cette démarche dans la coopération avec l’Australie, présidente des négociations, et dans la mobilisation du Pacifique lors de la pré-COP. Il prolonge l’atelier d’Istanbul sur les océans et les mers des 13 et 14 août 2026. Le format de la rencontre traduisait la même ambition. La table ronde ministérielle de la première matinée s’est tenue dans le cadre des réunions du Dialogue climatique de Petersberg, suivie de trois ateliers parallèles sur la gouvernance océanique, la finance bleue et les CDN bleues, puis d’une table ronde avec Cités et gouvernements locaux unis, marquée par le lancement d’une initiative sur les déchets marins.
Quelque 27 journalistes de 17 pays (Allemagne, Argentine, Azerbaïdjan, UAE, GB, Chine, Maroc, Inde, Espagne, Italie, Corée du Sud, Hongrie, Égypte, Pologne, Serbie, Singapour et la Grèce) y ont assisté dans le cadre de la dernière phase du programme international des médias «Road to COP31 : Sustainable Future», après deux journées consacrées à Ankara à la gestion intégrée des déchets et au projet Zéro déchet. Ce programme est placé sous l’égide de la Direction de la communication de la présidence turque et du ministère de l’Environnement.
Le Groupe Le Matin, déjà représenté lors de la deuxième phase en mai, est la seule rédaction marocaine invitée. Le Maroc n’est pas étranger à cette séquence préparatoire. Le 8 juillet dernier, l’Union pour la Méditerranée et la présidence turque de la COP31 ont lancé à Rabat, à l’ambassade de Turquie, la première des sept consultations du Dialogue méditerranéen d’Antalya sur le climat, en collaboration avec le ministère de la Transition énergétique et du développement durable. Quatre tables rondes y ont repris les axes du programme d’action de la COP31, de l’électrification à l’accès au financement climatique, en passant par les océans et les mers. Les conclusions de ce cycle alimenteront une note de synthèse méditerranéenne qui sera présentée à Antalya.
L’aveu sur la trajectoire des températures Organisée par le ministère de l’Environnement turque au terme de la première journée du Dialogue bleu, après une table ronde ministérielle et trois ateliers parallèles, la conférence de presse du président de la COP31 réunit l’ensemble des journalistes invités. La première question porte sur l’objectif de 1,5°C. La réponse est directe. Les données montrent que le monde risque de ne pas y parvenir, indique Murat Kurum, pour qui réussir à maintenir le réchauffement autour de ce seuil constituerait déjà un succès. Plus de quatre-vingts décisions ont été adoptées lors des conférences précédentes, rappelle-t-il, et il s’agit désormais de les transformer en projets.
De là l’expression qui revient tout au long de la journée, celle d’une COP de la mise en œuvre, où les paroles deviennent des projets et les projets des investissements. Le programme d’action turc fixe des cibles chiffrées, un objectif d’électrification de 35% à l’horizon 2035, une réduction de 50% des déchets, une part de 15% de matériaux circulaires et recyclés dans l’industrie et la production, et une baisse de 25% de l’intensité énergétique. Le ministre cite les 455.000 logements construits en deux ans dans les zones sinistrées par le séisme, où l’intensité de la consommation énergétique a reculé de 39% (cités par notre journal lors de la visite de mai sous le titre «COP31 : la Turquie expose sa vision des villes résilientes face à la crise climatique», Le Matin.ma).
L’écart entre l’argent disponible et les besoins Sur le financement, le président de la COP31 avance ses propres chiffres. Les ressources mobilisables, secteur privé compris, représentent environ 1.700 milliards de dollars, alors que l’atteinte des objectifs en exigerait entre 7.500 et 9.000 milliards. Le problème n’est pourtant pas seulement celui du volume. «Vous pouvez avoir de l’argent disponible, mais il peut ne pas y avoir de projets», résume-t-il, citant le cas d’un pays en développement dépourvu de dossier abouti en matière d’assainissement ou d’énergie propre. D’où le mécanisme de préparation et de mise en œuvre annoncé à Trabzon, dont six pays pilotes doivent être dévoilés à New York, le critère central en étant l’efficacité, soit les émissions évitées par unité de dépense.
La finance bleue procède de la même logique. Les possibilités de crédit et de soutien dans ce domaine sont restées limitées jusqu’ici, constate le ministre, alors que les océans absorbent environ 29% des émissions mondiales de dioxyde de carbone et que près de 85% du commerce mondial passe par la voie maritime. Les banques multilatérales de développement disposent de lignes de crédit et les pays développés de fonds, mais le pont entre ces ressources et les projets fait défaut.
Ce que la Turquie met sur la table Les annonces suivent. Un mécanisme de préparation et de financement des projets bleus, destiné à réunir les pays porteurs de projets et les institutions financières. Un réseau de données bleues, pour accélérer le partage des informations sur la température des mers, la pollution, l’érosion côtière et la biodiversité, et renforcer les systèmes d’alerte précoce. L’extension des pratiques zéro déchet de la côte jusqu’à la mer. Le soutien à la protection et à la restauration des herbiers marins, des deltas, des zones humides et des écosystèmes côtiers fragiles. Et un appui particulier aux petits États insulaires et aux pays côtiers en développement pour préparer leurs projets et accéder aux technologies et au financement.
La Turquie met en avant ses propres chantiers. Après l’épisode de mucilage en mer de Marmara, un financement de 400 millions d’euros a été obtenu auprès de la Banque mondiale pour moderniser les infrastructures d’assainissement. À Fethiye et à Göcek, des bouées d’amarrage protègent les herbiers marins, tandis que les activités maritimes sont suivies numériquement par le système DERİA. Deux navires de dragage travaillent dans la baie de Fethiye sur environ 600 hectares, avec un objectif de 16.268.000 mètres cubes de sédiments retirés en trois ans. Des opérations comparables sont menées dans les baies d’Izmit et d’Izmir et sur cinq lacs du pays. À Trabzon même, le projet de front de mer d’Uzunkum couvre près de 397.000 mètres carrés, dont 188.000 d’espaces verts, avec promenades, pistes cyclables et club de voile.
Partager l’objectif oblige à partager les moyens C’est la formule qui traverse la journée. Si l’on partage l’objectif, on doit partager les moyens, répète le ministre, en rappelant que les pays les plus exposés ne portent pas la responsabilité historique du problème et que les pays développés doivent honorer leurs engagements financiers. La démonstration part de la mer. Un déchet plastique entré dans l’eau depuis les côtes africaines peut parcourir des milliers de kilomètres et s’échouer sur le littoral d’un autre pays, tandis qu’une pollution née en mer Noire peut atteindre ailleurs la pêche, le tourisme et la sécurité alimentaire. Interrogé sur les 20 millions de dollars demandés par le Népal au Fonds pour les pertes et préjudices, il appelle les contributeurs à tenir parole et convoque les inondations de Kastamonu-Bozkurt, dont des images sont projetées dans la salle. Sur la répartition des rôles, il précise que la Turquie et l’Australie ne sont pas coprésidentes : Ankara préside la conférence, l’Australie les négociations, et la décision finale revient à la présidence. Les deux pays organiseront ensemble la pré-COP aux Fidji. Reste la promesse. Ouvrir le dialogue à Trabzon, construire une volonté commune à Antalya, puis la porter sur les côtes du monde. «L’avenir des mers est l’avenir des côtes, et l’avenir des côtes est le nôtre», conclut Murat Kurum, qui dit vouloir, dans cinq ans, se souvenir de ce que la COP31 aura accompli plutôt que du nombre de réunions qu’elle aura tenues.
L’Appel de Trabzon, treize points avant Antalya Les deux journées se sont conclues par un texte, l’Appel de Trabzon au consensus, au dialogue et à l’action. En treize points, il place les océans et les mers parmi les priorités du programme d’action climatique de la COP31 et appelle à une mobilisation accrue des ressources, subventions, financements concessionnels et garanties. Il insiste sur les besoins des petits États insulaires en développement et des pays les moins avancés en matière de capacités, de technologie et de financement, encourage l’intégration de mesures fondées sur l’océan dans les contributions déterminées au niveau national et les plans nationaux d’adaptation, et promeut le recours à la science, aux systèmes d’alerte précoce et à la télédétection. Le texte inscrit cette démarche dans la coopération avec l’Australie, présidente des négociations, et dans la mobilisation du Pacifique lors de la pré-COP. Il prolonge l’atelier d’Istanbul sur les océans et les mers des 13 et 14 août 2026. Le format de la rencontre traduisait la même ambition. La table ronde ministérielle de la première matinée s’est tenue dans le cadre des réunions du Dialogue climatique de Petersberg, suivie de trois ateliers parallèles sur la gouvernance océanique, la finance bleue et les CDN bleues, puis d’une table ronde avec Cités et gouvernements locaux unis, marquée par le lancement d’une initiative sur les déchets marins.
