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Abdelhadi Khairat rompt le silence et relance le débat sur la gauche

Après près de quatorze années d’éloignement de la scène partisane, l’ancien député Abdelhadi Khairat signe son retour au sein du Parti du progrès et du socialisme. Invité de l’émission «Nokta Ila Satr» sur la première chaîne nationale «Al Aoula», il a défendu ce choix, s’expliquant sur son ralliement au PPS plutôt qu’à l’USFP, et plaidé pour un retour urgent d’une gauche structurée capable de replacer le social au cœur du débat public à l’approche des prochaines législatives.

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Ancien député, figure issue de la tradition ittihadie et cadre historique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Abdelhadi Khairat a longtemps compté parmi les voix majeures de la gauche marocaine. Après près de quatorze années d’éloignement des structures partisanes actives, son nom avait peu à peu disparu du premier plan politique. Vendredi 13 février 2026, il a pourtant créé la surprise en annonçant officiellement son adhésion au Parti du progrès et du socialisme (PPS), actant ainsi son retour dans l’arène partisane.

Invité mardi 24 février 2026 dans l’émission «Nokta Ila Satr» sur Al Aoula, il a saisi l’occasion pour expliciter les ressorts de cette décision. Pourquoi maintenant ? Et pourquoi ce parti, soudainement ? M. Khairat insiste d’emblée : ce n’est pas une impulsion personnelle, ni un calcul «de dernière minute». Il avance qu’un groupe d’élus et d’anciens responsables locaux, de sensibilités différentes, sont venus le voir chez lui à Settat, et lui ont demandé de «reprendre la responsabilité», chose qu’il a acceptée en annonçant la présentation de sa candidature aux prochaines élections législatives pour la ville de Settat. Si M. Khairat accepte de revenir, c’est parce qu’il décrit une situation sociale devenue, selon lui, insoutenable. Il parle de près de sept années de sécheresse qui a frappé durement certaines zones rurales : manque d’eau, cheptel en difficulté, revenus en chute, départ des jeunes, sentiment d’abandon. Il «Il y a des gens qui vont au marché avec 10 dirhams», a-t-il déclaré, estimant que cette réalité sociale impose un engagement politique renouvelé. À ses yeux, le décalage entre les annonces publiques et leur application concrète nourrit un sentiment d’abandon : «Entre la déclaration et l’application, il n’y a pas de comparaison», a-t-il lancé.

Pourquoi le PPS, et pas un retour «à la maison» ?

Le débat se déplace vite : M. Khairat a longtemps été associé à la «famille» de l’USFP. Pourquoi ne pas y revenir ? Et surtout : ce changement n’alimente-t-il pas le malaise du «nomadisme» politique, souvent dénoncé au Maroc ? Sa réponse est double. D’un côté, il affirme qu’une conviction s’est installée : il ne voit plus, dans son ancien cadre, la possibilité de poursuivre sereinement un engagement, notamment à cause de pratiques internes qu’il dit ne plus pouvoir supporter. Il évoque des logiques d’investiture et de gestion des relations qui, à ses yeux, ont abîmé le sens politique. De l’autre, il justifie le PPS par une continuité militante : proximité historique dans les milieux étudiants, syndicaux et dans des espaces internationaux de jeunesse. Il décrit le PPS comme le parti le plus proche de son «parcours de lutte», au-delà des étiquettes.
«La conjoncture a besoin de la gauche»...

C’est l’un des nœuds de son intervention : pour M. Khairat, la période actuelle appelle un rôle clair de la gauche, parce que les enjeux sociaux : protection, santé, école, solidarité... devraient être au centre. Il oppose cette vision à ce qu’il décrit comme une logique «de droite» dominée par le matériel, l’argent et une absence de sens humain. Mais il ne s’épargne pas : il reconnaît un recul de la gauche, une perte d’emprise populaire, une incapacité à se rassembler, et une fragmentation nourrie par des querelles internes et une demande récurrente de «critiques de soi» avant même d’offrir un projet lisible.

Le Maroc qui construit... et le social qui décroche

Abdelhadi Khairat adopte une posture nuancée sur l’action du gouvernement : il reconnaît des réalisations majeures : infrastructures, routes, ports, aéroports, énergies renouvelables, équipements sportifs... Il refuse de nier ces chantiers. Mais il installe une tension : ce progrès visible ne règle pas l’essentiel s’il ne transforme pas la vie sociale de manière profonde. Il déroule alors un récit de «l’État formateur» d’hier : écoles de formation d’enseignants, filières agricoles, formation paramédicale. Son argument est simple : un pays ne tient pas seulement par le béton et les grands projets, il tient par ses compétences publiques et par des services accessibles. Et c’est là qu’il attaque le point qu’il juge le plus grave : la montée du privé et l’idée d’un service public qui n’embarque plus tout le monde. «L’élément humain n’est pas au centre», martèle-t-il.
Autre thème majeur : le nouveau modèle de développement (NMD). M. Khairat rappelle la mobilisation de compétences, les auditions de partis, syndicats et société civile, la production d’un document présenté comme structurant. Puis il pose une question qui dérange : où est l’application politique visible, assumée, suivie ? Son reproche ne vise pas le fait d’avoir consulté «large». Il vise ce qui vient après : si un texte national existe, mais ne sert pas de boussole politique concrète, alors la promesse se dissout, et le citoyen retient surtout une chose : on parle beaucoup, on applique peu.

Parlement : entre confusion des rôles et perte de crédibilité

Sur le rôle du député, M. Khairat renverse une attente très présente dans l’opinion : un parlementaire n’est pas, d’abord, un «agent de proximité» chargé d’amener routes et services. Son travail, insiste-t-il, se joue dans la loi, les commissions, le contrôle, les enquêtes et la qualité des textes qui encadrent la vie des citoyens. Il illustre ensuite l’usure institutionnelle à travers deux épisodes : les débats sur les marges des carburants et, surtout, l’échec de la motion de censure portée par l’opposition. Pour lui, cet échec a abîmé la crédibilité de la contestation parlementaire : le public suivait, attendait une démonstration de force... et a vu des divisions, des retraits, des calculs. La question revient alors, silencieuse : si l’opposition n’arrive pas à se coordonner sur un acte majeur, qui exerce vraiment le contre-pouvoir ?

Élections : restaurer la crédibilité avant tout

À l’approche des prochaines législatives, Abdelhadi Khairat estime que l’enjeu dépasse la seule recomposition des majorités. La priorité, selon lui, réside dans la restauration de la confiance électorale. Il pointe l’écart entre le nombre de citoyens en âge de voter et celui des inscrits sur les listes, plaidant pour un rapprochement de l’administration des populations, notamment en milieu rural. Il conditionne toute évolution significative des résultats à la rigueur du processus électoral. «Si l’État se montre ferme», notamment face à ce qu’il qualifie de «voyous des élections», alors le scrutin pourrait refléter une volonté populaire authentique. À défaut, prévient-il, les mêmes mécanismes produiront les mêmes équilibres. Interrogé sur la possibilité d’un changement dans la configuration parlementaire, il reste prudent. Pour lui, la responsabilité incombe d’abord aux partis, appelés à clarifier leurs alliances et à proposer des projets cohérents en amont des scrutins. Sans cette lisibilité, soutient-il, la défiance persistera.
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