Malgré un potentiel aquacole estimé à plusieurs centaines de milliers de tonnes par an, le secteur reste marginal dans l’économie marocaine. La future stratégie nationale de l’économie bleue entend s’attaquer à ce paradoxe, en repensant en profondeur les mécanismes de financement et de structuration des projets. À l’occasion de la deuxième édition de Seafood4Africa, tenue à Dakhla, Siham Fellahi a dévoilé plusieurs éléments structurants – et pour certains inédits – de cette feuille de route nationale, en particulier ceux relatifs à l’architecture financière en cours de conception, appelée à soutenir le développement de l’aquaculture et, au-delà, des secteurs maritimes et côtiers.
Parallèlement, d’autres instruments financiers sont à l’étude, en particulier des outils de marché alignés sur les objectifs environnementaux, tels que les obligations bleues et les sukuk bleus. Ces instruments ont vocation à intervenir à différents stades du cycle de vie des projets, depuis l’amorçage (financement des études techniques et de faisabilité, structuration financière...) jusqu’aux phases d’investissement et de montée en échelle.
«L’enjeu n’est pas tant de mobiliser des ressources additionnelles que de transformer ce potentiel en projets concrets, crédibles et bancables», a résumé Mme Fellahi. Ce décalage met en évidence un problème moins financier que structurel, lié à la préparation des projets et à leur adéquation avec les exigences des institutions financières.
Selon Mme Fellahi, les analyses menées par l’Unité de gestion du programme économie bleue (UGP) ont mis en évidence une asymétrie d’information persistante entre les opérateurs aquacoles et les acteurs financiers. D’un côté, les institutions financières font état d’une connaissance limitée du secteur, de la taille réelle du marché et des profils des opérateurs. De l’autre, les porteurs de projets peinent à présenter des dossiers financièrement viables, au-delà des seuls aspects techniques.
«Le véritable challenge, c’est de pouvoir mettre en conformité les attentes des opérateurs privés et celles des institutions financières», a-t-elle expliqué. D’où la volonté d’intervenir en amont du financement, à travers le renforcement des capacités des opérateurs et l’accompagnement à la structuration financière des projets.
Une condition essentielle pour faire de l’économie bleue un levier durable de croissance, de souveraineté alimentaire et de développement territorial.
Un fonds d’investissement en gestation
Au cœur de cette stratégie figure le développement d’un fonds d’investissement thématique dédié à l’économie bleue, actuellement en cours de conception. Pensé comme un outil de catalyse de l’investissement plutôt que comme un simple prolongement des politiques de subvention, ce fonds doit orienter les financements vers des projets structurants et bancables. «L’idée est de faire du fonds un catalyseur de l’investissement public plutôt que de se limiter à la subvention de projets aquacoles, avec tous les effets pervers que nous connaissons», a souligné Mme Fellahi. L’objectif est clair : attirer les capitaux privés et accompagner la montée en échelle des projets.La finance mixte comme cadre structurant de la stratégie
Le fonds d’investissement s’inscrit toutefois dans une architecture financière plus large, fondée sur une approche de finance mixte. Celle-ci repose sur la combinaison de ressources publiques concessionnelles avec des capitaux privés, afin de réduire les risques, améliorer l’attractivité économique des projets et créer les conditions d’un engagement durable du secteur privé. «Un instrument financier seul ne peut en aucun cas répondre aux besoins du secteur aquacole», a insisté la responsable, justifiant ainsi le choix d’une approche combinée plutôt qu’un dispositif unique. La finance mixte constitue ainsi le cadre structurant de la future stratégie, au sein duquel s’articulent différents leviers financiers.Obligations bleues, sukuk et garanties : une palette d’instruments en préparation
Dans ce cadre, la gestion du risque constitue un axe central de la stratégie. Les études menées montrent que, dans l’aquaculture, les risques perçus par les investisseurs sont souvent supérieurs aux risques réels. Pour corriger cette distorsion et sécuriser l’engagement du secteur privé, l’Unité travaille à la mise en place de mécanismes de partage des risques, notamment à travers des dispositifs de garantie et d’assurance.Parallèlement, d’autres instruments financiers sont à l’étude, en particulier des outils de marché alignés sur les objectifs environnementaux, tels que les obligations bleues et les sukuk bleus. Ces instruments ont vocation à intervenir à différents stades du cycle de vie des projets, depuis l’amorçage (financement des études techniques et de faisabilité, structuration financière...) jusqu’aux phases d’investissement et de montée en échelle.
Aquaculture : un potentiel massif, un déficit de projets bancables
Le choix de l’aquaculture comme secteur prioritaire repose sur un diagnostic largement partagé. Le Maroc dispose d’un potentiel de production estimé à 300.000 tonnes par an, alors que la production effective se situe autour de 3.000 tonnes annuelles.«L’enjeu n’est pas tant de mobiliser des ressources additionnelles que de transformer ce potentiel en projets concrets, crédibles et bancables», a résumé Mme Fellahi. Ce décalage met en évidence un problème moins financier que structurel, lié à la préparation des projets et à leur adéquation avec les exigences des institutions financières.
Réduire l’asymétrie d’information entre opérateurs et financeurs
Pilotée par le ministère de l’Économie et des finances, dans le cadre des travaux de la commission interministérielle dédiée à l’économie bleue, la future stratégie redéfinit le rôle de l’État. Celui-ci se positionne comme facilitateur, chargé de créer un environnement propice à l’investissement privé plutôt que comme financeur direct.Selon Mme Fellahi, les analyses menées par l’Unité de gestion du programme économie bleue (UGP) ont mis en évidence une asymétrie d’information persistante entre les opérateurs aquacoles et les acteurs financiers. D’un côté, les institutions financières font état d’une connaissance limitée du secteur, de la taille réelle du marché et des profils des opérateurs. De l’autre, les porteurs de projets peinent à présenter des dossiers financièrement viables, au-delà des seuls aspects techniques.
«Le véritable challenge, c’est de pouvoir mettre en conformité les attentes des opérateurs privés et celles des institutions financières», a-t-elle expliqué. D’où la volonté d’intervenir en amont du financement, à travers le renforcement des capacités des opérateurs et l’accompagnement à la structuration financière des projets.
Inclusion des petits opérateurs
Un accent particulier sera également mis sur l’inclusion des petits opérateurs et des nouveaux entrants, souvent les plus pénalisés par les difficultés d’accès au financement, alors même qu’ils jouent un rôle clé dans la création d’emplois et l’ancrage territorial de l’économie bleue. Des instruments financiers ciblés, une assistance technique renforcée et des mécanismes de garantie adaptés doivent permettre d’intégrer les TPME dans la chaîne de valeur, aux côtés des projets de plus grande envergure.Moins de financements directs, plus de structuration et d’alignement
En filigrane, les orientations dévoilées à Seafood4Africa confirment que la future stratégie nationale de l’économie bleue ne repose pas sur une logique de mobilisation massive de ressources publiques, mais sur une meilleure structuration des projets, un alignement fin des instruments financiers et un partage plus efficace des risques.Une condition essentielle pour faire de l’économie bleue un levier durable de croissance, de souveraineté alimentaire et de développement territorial.
