«Ce n'est pas un choix, c'est une obligation.» Hanane Aït Aïssa, présidente de la Fondation Startup Grow, a ouvert jeudi soir la 4e édition du Women Summit en posant la question là où elle dérange : aucune dynamique de développement, martèle-t-elle, ne réussit «sans la mise à contribution de la moitié de ses acteurs que sont les femmes». Dans la salle, un parterre de personnalités politiques, diplomatiques et économiques, venues du Maroc et de plusieurs capitales africaines. Au fronton, un thème qui dit tout de l'ambition : «Atlantic Initiative : Women Driving Africa's Inclusive & Sustainable Growth». Le mot atlantique n'est pas un habillage. Il rattache l'événement à la grande dynamique lancée par le Souverain, celle qui veut ouvrir aux pays frères du Sahel une fenêtre sur l'océan et tisser, le long de la façade, une Afrique plus connectée et plus intégrée.
«Le Maroc ne cesse d'initier des projets de coopération, à l'instar de l'Initiative atlantique qui ambitionne d'assurer l'accès à l'océan Atlantique à plusieurs pays frères en Afrique», rappelle Mme Aït Aïssa. Le Royaume, dans son propos, fait figure de modèle : Code de la famille réformé, représentativité politique en hausse, autonomisation économique en marche, autant d'acquis portés sous l'Impulsion Royale. Et l'oratrice de tracer la ligne directrice de ces deux journées : faire de la place des femmes non un supplément d'âme, mais un axe de la transformation continentale.
Le ministre de l'Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, prend le relais sur le même tempo. Le sommet, dit-il, sert à donner à voir des trajectoires de réussite, marocaines et africaines, et à rappeler le chemin parcouru par le Royaume en matière de droits et d'autonomisation des femmes. Mais l'éloge n'efface pas l'exigence : il faut renforcer leur présence dans l'économie. Et de pointer un signal qui ne trompe pas, celui des derniers résultats du baccalauréat, largement à l'avantage des filles, présage, selon lui, «d'un avenir prometteur pour le leadership féminin au Maroc».
Le ministre de l'Industrie et du commerce, Ryad Mezzour, prend le relais sur le même tempo. Le sommet, dit-il, sert à donner à voir des trajectoires de réussite, marocaines et africaines, et à rappeler le chemin parcouru par le Royaume en matière de droits et d'autonomisation des femmes. Mais l'éloge n'efface pas l'exigence : il faut renforcer leur présence dans l'économie. Et de pointer un signal qui ne trompe pas, celui des derniers résultats du baccalauréat, largement à l'avantage des filles, présage, selon lui, «d'un avenir prometteur pour le leadership féminin au Maroc».
L'argent, juge de paix de l'entrepreneuriat féminin
C'est le lendemain, en conférence, que le sommet quitte les principes pour la mécanique. Autour du panel «Inclusive & Transformational Leadership», les patrons des bras financiers de l'État ouvrent les dossiers. Saïd Jabrani, directeur général de Tamwilcom, plante le décor : la Société nationale de garantie et de financement de l'entreprise, publique à 100%, gère pour le compte du Royaume la garantie souveraine, avec «une mission d'intérêt général», à savoir faciliter l'accès au crédit, pour les entreprises comme pour les ménages.
Puis viennent les chiffres, et ils piquent. Entre hommes et femmes, l'écart de bancarisation avoisine 25 points. Plus net encore : parmi les femmes qui entreprennent, 15% seulement décrochent un crédit bancaire. Le reste se finance ailleurs. La microfinance, elle, leur fait meilleure place, près de 85% des bénéficiaires, mais le constat se retourne aussitôt en limite : cette présence «se cantonne encore beaucoup à la micro-entreprise». Tout l'enjeu tient dans ce mot resté en suspens : passer à l'échelle, sortir l'entrepreneuriat féminin du plafond de la très petite structure.
D'où la riposte des dispositifs. Quand une femme demande un crédit, Tamwilcom garantit 80% du montant. «Ça change complètement la manière de voir de la banque», résume M. Jabrani, l'établissement ne porte plus seul le risque, et la décision s'en trouve déverrouillée. S'y greffent un cofinancement à 2% sur dix ans, qui allège le coût de sortie du crédit, un mécanisme de petits montants en cours de déploiement pour le segment micro, et des fonds d'investissement adossés à la Stratégie nationale de développement des startups, reconduite après huit années d'existence. Et cette pointe, lancée à l'adresse des banquiers présents : à l'examen, les dossiers portés par des femmes se révèlent souvent les moins risqués.
Puis viennent les chiffres, et ils piquent. Entre hommes et femmes, l'écart de bancarisation avoisine 25 points. Plus net encore : parmi les femmes qui entreprennent, 15% seulement décrochent un crédit bancaire. Le reste se finance ailleurs. La microfinance, elle, leur fait meilleure place, près de 85% des bénéficiaires, mais le constat se retourne aussitôt en limite : cette présence «se cantonne encore beaucoup à la micro-entreprise». Tout l'enjeu tient dans ce mot resté en suspens : passer à l'échelle, sortir l'entrepreneuriat féminin du plafond de la très petite structure.
D'où la riposte des dispositifs. Quand une femme demande un crédit, Tamwilcom garantit 80% du montant. «Ça change complètement la manière de voir de la banque», résume M. Jabrani, l'établissement ne porte plus seul le risque, et la décision s'en trouve déverrouillée. S'y greffent un cofinancement à 2% sur dix ans, qui allège le coût de sortie du crédit, un mécanisme de petits montants en cours de déploiement pour le segment micro, et des fonds d'investissement adossés à la Stratégie nationale de développement des startups, reconduite après huit années d'existence. Et cette pointe, lancée à l'adresse des banquiers présents : à l'examen, les dossiers portés par des femmes se révèlent souvent les moins risqués.
La PME ou l'éloge de l'agilité
Anouar Alaoui Ismaïli, directeur général de Maroc PME, élargit le cadre. Les petites et moyennes entreprises pèsent au moins 15% du PIB national : un poids qui oblige à regarder en face la question du leadership féminin. Sa formule fait mouche : la PME marocaine vit en «mode de survie», et sa survie dépend de sa capacité à se réinventer. La crise sanitaire, qui imposa des virages «à la vitesse de la lumière», l'a prouvé : du jour au lendemain confinées, les entreprises ont dû tout changer dans leur mode de fonctionnement, et les quelque 40% de PME dirigées par des femmes y ont montré «cette capacité très rapide» d'adaptation.
Le mouvement, dit-il, est enclenché. «La présence de la femme dans le giron du leadership, depuis une dizaine d'années, a évolué», observe-t-il, citant la féminisation des entreprises comme des amphithéâtres. Restent les freins ; socioculturels, géographiques, organisationnels... et une parité encore absente des comités exécutifs. Pour les desserrer, Maroc PME prépare, avec des organisations dédiées à la cause, un programme destiné à élargir l'espace managérial offert aux femmes, et s'est fixé en conseil d'administration un objectif chiffré d'accompagnement des PME féminines. Demain, prévient le dirigeant, l'entreprise ne se mesurera plus à sa taille ni à son chiffre d'affaires, mais à «sa capacité d'agilité, d'innovation et de transformation», un terrain où le leadership féminin, à ses yeux, a déjà fait ses preuves.
La présidente de Startup Grow, elle, refuse de tout réduire à l'argent. Sans «accompagnement, mentorat et écosystème favorable», le financement reste lettre morte, plaide-t-elle, décrivant une chaîne où s'articulent donneurs d'ordre, institutions publiques, entreprises privées et associations. Son idée maîtresse : un observatoire pour mesurer, enfin, l'impact réel des multiples programmes existants et repérer les synergies. La ministre d'État au sein du cabinet du président du Liberia, Haja Mamaka Bility, y ajoute la voix du continent. L'avenir de l'Afrique, soutient-elle, repose autant sur ses talents que sur ses ressources naturelles. «Les enjeux ont changé, et nos stratégies doivent évoluer en conséquence», lance-t-elle, appelant à élargir l'accès des filles à l'éducation et aux compétences numériques et à lever les obstacles qui brident leur participation à la vie économique et politique.
Le mouvement, dit-il, est enclenché. «La présence de la femme dans le giron du leadership, depuis une dizaine d'années, a évolué», observe-t-il, citant la féminisation des entreprises comme des amphithéâtres. Restent les freins ; socioculturels, géographiques, organisationnels... et une parité encore absente des comités exécutifs. Pour les desserrer, Maroc PME prépare, avec des organisations dédiées à la cause, un programme destiné à élargir l'espace managérial offert aux femmes, et s'est fixé en conseil d'administration un objectif chiffré d'accompagnement des PME féminines. Demain, prévient le dirigeant, l'entreprise ne se mesurera plus à sa taille ni à son chiffre d'affaires, mais à «sa capacité d'agilité, d'innovation et de transformation», un terrain où le leadership féminin, à ses yeux, a déjà fait ses preuves.
La présidente de Startup Grow, elle, refuse de tout réduire à l'argent. Sans «accompagnement, mentorat et écosystème favorable», le financement reste lettre morte, plaide-t-elle, décrivant une chaîne où s'articulent donneurs d'ordre, institutions publiques, entreprises privées et associations. Son idée maîtresse : un observatoire pour mesurer, enfin, l'impact réel des multiples programmes existants et repérer les synergies. La ministre d'État au sein du cabinet du président du Liberia, Haja Mamaka Bility, y ajoute la voix du continent. L'avenir de l'Afrique, soutient-elle, repose autant sur ses talents que sur ses ressources naturelles. «Les enjeux ont changé, et nos stratégies doivent évoluer en conséquence», lance-t-elle, appelant à élargir l'accès des filles à l'éducation et aux compétences numériques et à lever les obstacles qui brident leur participation à la vie économique et politique.
Ubuntu, le sceau de la reconnaissance
La soirée d'ouverture se clôt sur la 2e édition des Ubuntu Awards, du nom de cette philosophie africaine résumée dans la maxime «Je suis parce que nous sommes». Le palmarès mêle les genres et les territoires : Trophée Coup de Cœur du Jury à la Première Dame du Gabon, Zita Oligui Nguema ; leadership inclusif et transformationnel à Nawal El Moutawakel, championne olympique et vice-présidente du CIO ; inclusion durable au groupe Holcim ; inclusion territoriale à Oumarou Ousmanou, président de la région du Nord du Cameroun ; entrepreneuriat social à Fatima Ghadir, de la coopérative Biogard Pro. Haja Mamaka Bility repart avec le Public Governance and African Leadership Award, et l'alpiniste marocaine Nawal Sfendla, fraîchement redescendue de l'Everest et du Lhotse enchaînés, avec le Prix Challenger.
Le geste final est diplomatique : des conventions signées entre la Fondation Startup Grow, le Cercle diplomatique-Maroc et la région du Nord du Cameroun, qui prolongent le sommet au-delà de la tribune. Au terme de deux journées rythmées par les panels : économie durable, technologie, transmission intergénérationnelle... une certitude s'impose. À l'heure où le Maroc se pense en passerelle atlantique entre l'Afrique et le monde, l'inclusion des femmes a cessé d'être une cause pour devenir une stratégie.
Le geste final est diplomatique : des conventions signées entre la Fondation Startup Grow, le Cercle diplomatique-Maroc et la région du Nord du Cameroun, qui prolongent le sommet au-delà de la tribune. Au terme de deux journées rythmées par les panels : économie durable, technologie, transmission intergénérationnelle... une certitude s'impose. À l'heure où le Maroc se pense en passerelle atlantique entre l'Afrique et le monde, l'inclusion des femmes a cessé d'être une cause pour devenir une stratégie.
