Le Maroc a enregistré en 2025 des avancées économiques et sociales importantes, dans un environnement mondial pourtant marqué par les tensions géopolitiques, les recompositions des chaînes de valeur et l’intensification des effets du changement climatique. Le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental, adopté en juin 2026, décrit ainsi une économie plus dynamique et un État social en consolidation, tout en appelant à convertir davantage les investissements et la croissance en emplois, en inclusion et en amélioration concrète des conditions de vie.
Une croissance de 4,9%, portée par les investissements et le tourisme
La croissance économique marocaine s’est établie à 4,9% en 2025, soutenue par le rebond de l’activité agricole, la poursuite des grands projets d’infrastructure et le dynamisme de plusieurs secteurs productifs. La construction a notamment bénéficié des chantiers structurants et des préparatifs liés aux grandes échéances de 2030. Le tourisme a, pour sa part, atteint un niveau historique, avec près de 19,8 millions de visiteurs. Les recettes de voyage sont devenues la première source de devises du Royaume, dépassant les transferts des Marocains résidant à l’étranger. L’attractivité du pays s’est également renforcée. Les investissements directs étrangers ont progressé de 74,3%, dans un contexte favorable au développement du nearshoring et du friendshoring. En parallèle, la montée en gamme des exportations s’est poursuivie : les produits manufacturés à contenu technologique intermédiaire représentent désormais 56% des exportations, contre 8% pour ceux à contenu technologique élevé.
Ces performances ne doivent cependant pas masquer les vulnérabilités du modèle économique. Le déficit commercial a atteint 20,5% du PIB, révélant une forte dépendance aux importations de biens d’équipement et de produits intermédiaires. Certaines industries exportatrices, notamment l’automobile, restent par ailleurs très sensibles à la conjoncture européenne. Le CESE souligne aussi que l’investissement demeure principalement porté par le secteur public. L’enjeu est désormais d’accroître la contribution de l’investissement privé et d’améliorer son impact sur la productivité, la compétitivité et la création d’emplois.
Ces performances ne doivent cependant pas masquer les vulnérabilités du modèle économique. Le déficit commercial a atteint 20,5% du PIB, révélant une forte dépendance aux importations de biens d’équipement et de produits intermédiaires. Certaines industries exportatrices, notamment l’automobile, restent par ailleurs très sensibles à la conjoncture européenne. Le CESE souligne aussi que l’investissement demeure principalement porté par le secteur public. L’enjeu est désormais d’accroître la contribution de l’investissement privé et d’améliorer son impact sur la productivité, la compétitivité et la création d’emplois.
Des équilibres budgétaires en amélioration, un pouvoir d’achat toujours fragilisé
Sur le plan des finances publiques, le déficit budgétaire a reculé à 3,5% du PIB, contre 3,8% en 2024. La dette du Trésor a également diminué pour atteindre 66,6% du PIB. Le Conseil appelle néanmoins à la prudence, une partie de l’amélioration des recettes reposant sur des ressources non récurrentes, dans un contexte où les besoins de financement des grands chantiers restent élevés. L’inflation a nettement ralenti, s’établissant à 0,8% en 2025.
Mais ce chiffre ne signifie pas que les ménages ont retrouvé leur niveau de pouvoir d’achat antérieur. Le niveau général des prix demeure supérieur de plus de 15% à celui de 2021, tandis que les prix des produits alimentaires ont augmenté de près de 27% sur la même période. Le CESE préconise ainsi de renforcer l’efficacité des aides, de réformer les circuits de distribution, de lutter plus fermement contre les pratiques anticoncurrentielles et de mieux contrôler l’impact réel des subventions publiques sur les prix supportés par les consommateurs.
L’emploi reste le principal point faible
Malgré la croissance, le marché du travail continue de présenter de profonds déséquilibres. Le taux de chômage a légèrement reculé, mais demeure élevé à 13%. Les jeunes, les femmes et les diplômés restent particulièrement exposés. La durée moyenne du chômage atteint 33 mois, illustrant les difficultés d’insertion durable. La qualité de l’emploi constitue un autre sujet d’inquiétude : près de 46% des salariés ne disposent pas d’un contrat écrit, tandis qu’une part importante des emplois créés demeure peu qualifiée.
Pour le CESE, le véritable défi consiste à accroître le contenu de la croissance en emplois. La montée des secteurs à forte intensité capitalistique et la faiblesse de l’intégration locale limitent encore les retombées des investissements sur les PME et sur l’emploi indirect. Le tissu productif demeure par ailleurs fragmenté entre de grandes entreprises intégrées aux chaînes de valeur mondiales, des TPME confrontées à des difficultés d’accès au financement et à la commande publique, et un secteur informel qui représente 13,6% de la valeur ajoutée non agricole.
Pour le CESE, le véritable défi consiste à accroître le contenu de la croissance en emplois. La montée des secteurs à forte intensité capitalistique et la faiblesse de l’intégration locale limitent encore les retombées des investissements sur les PME et sur l’emploi indirect. Le tissu productif demeure par ailleurs fragmenté entre de grandes entreprises intégrées aux chaînes de valeur mondiales, des TPME confrontées à des difficultés d’accès au financement et à la commande publique, et un secteur informel qui représente 13,6% de la valeur ajoutée non agricole.
Une protection sociale en forte extension
L’année 2025 marque une nouvelle étape dans la construction de l’État social. L’assurance maladie obligatoire couvre désormais près de 88% de la population, soit plus de 32 millions de bénéficiaires, contre seulement 42% avant la réforme. Cette extension quantitative est considérable, mais le CESE insiste sur la nécessité de rendre les droits réellement effectifs. Cela suppose notamment de réduire les situations de couverture suspendue, de limiter le reste à charge des ménages et d’assurer la soutenabilité financière des régimes.
Le renforcement de l’offre de soins s’est poursuivi avec l’achèvement de 16 projets hospitaliers, représentant plus de 2.292 lits, la poursuite de la construction de sept Centres hospitaliers universitaires et la réhabilitation d’environ 1.400 établissements de soins de santé primaires. L’aide sociale directe bénéficiait, à la fin de l’année, à près de 3,9 millions de familles, soit plus de 12,5 millions de personnes. Depuis le lancement du dispositif, plus de 51 milliards de dirhams ont été mobilisés, dont 25,6 milliards en 2025. En matière de retraite, le seuil donnant droit à une pension pour les salariés affiliés à la CNSS a été ramené de 3.240 à 1.320 jours de cotisation. Plus de 27.000 demandes d’indemnité pour perte d’emploi ont par ailleurs été acceptées en 2025.
Le renforcement de l’offre de soins s’est poursuivi avec l’achèvement de 16 projets hospitaliers, représentant plus de 2.292 lits, la poursuite de la construction de sept Centres hospitaliers universitaires et la réhabilitation d’environ 1.400 établissements de soins de santé primaires. L’aide sociale directe bénéficiait, à la fin de l’année, à près de 3,9 millions de familles, soit plus de 12,5 millions de personnes. Depuis le lancement du dispositif, plus de 51 milliards de dirhams ont été mobilisés, dont 25,6 milliards en 2025. En matière de retraite, le seuil donnant droit à une pension pour les salariés affiliés à la CNSS a été ramené de 3.240 à 1.320 jours de cotisation. Plus de 27.000 demandes d’indemnité pour perte d’emploi ont par ailleurs été acceptées en 2025.
Éducation et logement : des progrès quantitatifs à consolider par la qualité
Les établissements scolaires pionniers concernent désormais plus de 4.600 écoles primaires et près de deux millions d’élèves. Le préscolaire accueille environ 985.000 enfants, tandis que l’enseignement supérieur compte près de 1,31 million d’étudiants. L’offre de formation professionnelle de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) dépasse, quant à elle, 418.000 places pédagogiques. Le Conseil estime toutefois que l’enjeu principal s’est déplacé. Il ne s’agit plus seulement d’étendre les capacités, mais d’améliorer la qualité des apprentissages, de réduire le décrochage scolaire et de rapprocher les formations des besoins réels du marché du travail. Dans le domaine du logement, plus de 208.000 demandes ont été déposées dans le cadre du programme d’aide directe à la propriété, dont environ 97.600 ont été approuvées. Le déficit en logements a reculé de près de 40% entre 2014 et 2024, et 62 villes étaient déclarées sans bidonvilles à la fin de 2025.
La faible participation des femmes, un coût économique majeur
Le rapport consacre une attention particulière à la participation économique des femmes. Leur taux d’activité n’était que de 19% en 2025, contre 68,5% pour les hommes. Leur taux d’emploi s’élevait à 15,1%, contre 61,1% pour les hommes, tandis que leur taux de chômage atteignait 20,5%. Chez les diplômées du supérieur, il grimpait même à 33,5%. Le CESE met notamment en avant le poids du travail domestique et du soin non rémunéré. Les femmes y consacrent en moyenne cinq heures par jour, contre seulement 43 minutes pour les hommes. Si cette contribution invisible était comptabilisée, elle représenterait l’équivalent de 19,4% du PIB, dont 16,4 points imputables aux femmes. Les conséquences se prolongent jusqu’à la vieillesse : seules 6,7% des femmes âgées bénéficient d’une pension de retraite, contre 33,6% des hommes. Les femmes dirigent également 90,7% des familles monoparentales.
Le Conseil recommande une feuille de route nationale et territorialisée, avec des objectifs mesurables, afin de rapprocher le pays de l’objectif fixé par le nouveau modèle de développement : un taux d’activité féminin de 45% en 2035. Il appelle notamment à structurer l’économie du soin, à développer les services de garde et à mettre en place des incitations favorisant l’emploi féminin.
Le Conseil recommande une feuille de route nationale et territorialisée, avec des objectifs mesurables, afin de rapprocher le pays de l’objectif fixé par le nouveau modèle de développement : un taux d’activité féminin de 45% en 2035. Il appelle notamment à structurer l’économie du soin, à développer les services de garde et à mettre en place des incitations favorisant l’emploi féminin.
Des disparités territoriales toujours prononcées
Le développement économique reste fortement concentré. Trois régions produisent près de 58,5% du PIB national, tandis que de nombreux territoires continuent de souffrir d’un accès limité aux emplois, aux infrastructures et aux services publics. Le CESE considère donc le développement territorial intégré comme l’un des principaux leviers de la prochaine phase de transformation. Les investissements prévus à l’horizon 2030 représentent près de 11,9% du PIB sur la période 2024-2030 et pourraient stimuler durablement le BTP, le tourisme, les transports, la logistique et les services urbains. Leur réussite dépendra toutefois de leur capacité à associer les entreprises locales, notamment les TPME, et à créer des emplois durables au-delà de la seule période de préparation des grands événements.
Énergies renouvelables : une progression rapide, mais une intégration encore limitée
En matière climatique, le Maroc a relevé son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre à 53% à l’horizon 2035. Le pays a été classé au sixième rang mondial du Climate Change Performance Index en 2025. Durant l’année, 56 projets d’énergies renouvelables, représentant une capacité supplémentaire de 2,6 gigawatts, ont été autorisés. Les renouvelables dépassent désormais 45% de la puissance électrique installée, rapprochant le Royaume de son objectif de 52% en 2030.
Mais le rapport relève un décalage important entre capacité installée et production réelle. Les énergies renouvelables n’ont fourni que 26,7% de l’électricité produite, notamment à cause de leur intermittence et des insuffisances en matière de stockage, de flexibilité et d’adaptation du réseau. L’hydrogène vert constitue un autre axe stratégique. Les offres d’investissement présentées dans le cadre de l’«Offre Maroc» avoisinent 370 milliards de dirhams, même si leur réalisation reste dépendante des financements, des infrastructures de dessalement et de la maturité technologique.
Mais le rapport relève un décalage important entre capacité installée et production réelle. Les énergies renouvelables n’ont fourni que 26,7% de l’électricité produite, notamment à cause de leur intermittence et des insuffisances en matière de stockage, de flexibilité et d’adaptation du réseau. L’hydrogène vert constitue un autre axe stratégique. Les offres d’investissement présentées dans le cadre de l’«Offre Maroc» avoisinent 370 milliards de dirhams, même si leur réalisation reste dépendante des financements, des infrastructures de dessalement et de la maturité technologique.
L’eau et les stocks stratégiques au cœur de la résilience nationale
Les précipitations enregistrées en fin d’année ont permis une amélioration partielle des réserves des barrages. Le rapport rappelle cependant que le stress hydrique est structurel et qu’il ne pourra pas être résolu uniquement par la construction de nouvelles infrastructures. La mise en service du barrage Rhiss a porté à 156 le nombre de grands barrages du Royaume. Le CESE recommande parallèlement d’accélérer le dessalement, la réutilisation des eaux usées, l’interconnexion des bassins et surtout la maîtrise de la demande.
Le Conseil attire également l’attention sur les stocks de sécurité, particulièrement pour les hydrocarbures et le blé tendre. Il relève un cadre réglementaire insuffisamment adapté, des obligations de stockage parfois non respectées, un contrôle limité et des capacités logistiques encore insuffisantes. Il propose notamment un modèle associant capacités publiques et obligations imposées aux opérateurs privés, ainsi qu’un contrôle davantage digitalisé et assorti de sanctions effectives.
Le Conseil attire également l’attention sur les stocks de sécurité, particulièrement pour les hydrocarbures et le blé tendre. Il relève un cadre réglementaire insuffisamment adapté, des obligations de stockage parfois non respectées, un contrôle limité et des capacités logistiques encore insuffisantes. Il propose notamment un modèle associant capacités publiques et obligations imposées aux opérateurs privés, ainsi qu’un contrôle davantage digitalisé et assorti de sanctions effectives.
Jeunesse et numérique : de nouvelles formes d’expression à mieux comprendre
Le rapport analyse aussi l’émergence de formes d’engagement plus numériques, horizontales et participatives chez les jeunes Marocains. Le CESE observe un décalage croissant entre les codes utilisés par les nouvelles générations et les modes de communication traditionnels des institutions. Il alerte en même temps sur les risques de désinformation, d’instrumentalisation, de cyberattaques et d’atteintes aux données personnelles. Il recommande notamment d’accélérer la création du Conseil consultatif de la jeunesse et de l’action associative, de produire davantage de données sur les attentes et les usages des jeunes et de moderniser les maisons de jeunes.
Concernant la transformation numérique et l’intelligence artificielle, le CESE appelle à ne pas limiter les politiques publiques aux infrastructures. Il estime nécessaire de développer les capacités critiques, éducatives et cognitives des citoyens face aux biais algorithmiques, à la désinformation, à la surexposition aux écrans et au risque de délégation excessive du jugement humain aux machines.
Concernant la transformation numérique et l’intelligence artificielle, le CESE appelle à ne pas limiter les politiques publiques aux infrastructures. Il estime nécessaire de développer les capacités critiques, éducatives et cognitives des citoyens face aux biais algorithmiques, à la désinformation, à la surexposition aux écrans et au risque de délégation excessive du jugement humain aux machines.
Transformer les progrès en prospérité partagée
Le principal enseignement du Rapport annuel 2025 tient dans le contraste entre la vigueur des investissements et la persistance des fragilités sociales. Le Maroc dispose d’atouts solides : infrastructures modernes, attractivité internationale, essor touristique, accélération énergétique et extension sans précédent de la protection sociale. Mais ces acquis ne produiront pleinement leurs effets que s’ils se traduisent par davantage d’emplois de qualité, une meilleure participation des femmes, un soutien renforcé aux petites entreprises et une réduction effective des fractures territoriales. Le défi de la prochaine étape n’est donc plus seulement de réaliser de grands projets ou d’augmenter les taux de couverture. Il consiste à faire en sorte que les réformes deviennent tangibles dans la vie quotidienne : un emploi stable, des soins accessibles, une école plus performante, une eau sécurisée et des opportunités mieux réparties entre les citoyens et les territoires.
Les chiffres clés
• 4,9% de croissance économique.
• 19,8 millions de touristes.
• +74,3% d’investissements directs étrangers.
• 13% de chômage.
• 0,8% d’inflation, mais des prix alimentaires supérieurs de près de 27% à ceux de 2021.
• 88% de la population couverte par l’AMO.
• 3,9 millions de familles bénéficiaires de l’aide sociale directe.
• 19% de taux d’activité des femmes.
• 45% de la puissance électrique installée issue des renouvelables.
• 156 grands barrages.
• 370 milliards de dirhams d’offres liées à l’hydrogène vert.
• 494 réunions tenues par le CESE en 2025, dont 51% consacrés à l’écoute des parties prenantes.
• 19,8 millions de touristes.
• +74,3% d’investissements directs étrangers.
• 13% de chômage.
• 0,8% d’inflation, mais des prix alimentaires supérieurs de près de 27% à ceux de 2021.
• 88% de la population couverte par l’AMO.
• 3,9 millions de familles bénéficiaires de l’aide sociale directe.
• 19% de taux d’activité des femmes.
• 45% de la puissance électrique installée issue des renouvelables.
• 156 grands barrages.
• 370 milliards de dirhams d’offres liées à l’hydrogène vert.
• 494 réunions tenues par le CESE en 2025, dont 51% consacrés à l’écoute des parties prenantes.
