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Dimanche 29 Mars 2026
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Climat scolaire : le collège, point noir de la violence entre élèves

Harcèlement entre élèves, violences physiques, cyberintimidation… Le climat de sécurité dans les établissements scolaires marocains, particulièrement au collège, révèle des tensions plus marquées qu’il n’y paraît. Selon le rapport TALIS 2024, une part significative des enseignants évolue dans des environnements où ces incidents sont récurrents, mettant en lumière un enjeu central pour le système éducatif : garantir un cadre d’apprentissage à la fois sûr, apaisé et propice à la réussite scolaire.

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Le climat de sécurité dans les établissements scolaires marocains demeure globalement maîtrisé, mais il révèle des fragilités notables, particulièrement au niveau du collège. C’est ce que met en lumière le rapport TALIS 2024 récemment publié. Selon cette enquête, plus d’un enseignant sur trois (37%) exerce dans des établissements où les actes d’intimidation ou de harcèlement entre élèves surviennent de manière régulière. Un niveau comparable à celui observé dans certains pays européens, comme la France (39%) ou la Belgique (40%), mais nettement supérieur à celui de plusieurs pays asiatiques, à l’image du Japon (2%) ou de la Corée du Sud (1%).

Dans le même temps, d’autres formes d’incidents viennent confirmer ces tensions. Ainsi, 14% des enseignants déclarent travailler dans des établissements où des actes de vandalisme ou de vol entre élèves se produisent chaque semaine ou quotidiennement. Ce taux dépasse largement la moyenne TALIS (5,5%) ainsi que la moyenne de l’OCDE (7%), plaçant le Maroc parmi les pays où ces phénomènes sont relativement répandus, à l’instar de la Belgique (12%) ou de l’Australie (17,5%). Pris dans leur ensemble, ces indicateurs traduisent un niveau de tension significatif, qui installe durablement la question du climat scolaire au cœur des enjeux éducatifs, bien au-delà de la seule problématique disciplinaire.

Le harcèlement, phénomène dominant du climat scolaire

Dans ce contexte, un premier constat s’impose : la violence à l’école au Maroc est avant tout une violence entre élèves, qui prend principalement la forme d’intimidation ou de harcèlement. Avec 37% des enseignants du collège concernés, ces comportements apparaissent comme la manifestation la plus fréquente d’insécurité dans les établissements. Autrement dit, il ne s’agit pas de faits isolés, mais bien d’un phénomène installé, qui structure en partie le quotidien scolaire. Plus largement, cette situation traduit une évolution du climat éducatif, où les tensions ne relèvent plus uniquement de l’indiscipline classique, mais s’inscrivent dans des formes plus diffuses de pression sociale entre élèves.

Des violences physiques et numériques en progression

Dans le prolongement de ce constat, d’autres formes de violence viennent accentuer ce climat sous tension. Le rapport indique que 12% des enseignants travaillent dans des établissements où les violences physiques entre élèves entraînant des blessures sont fréquentes. Si ce niveau reste inférieur à celui du harcèlement, il n’en demeure pas moins significatif : il montre que, dans certains contextes, la violence dépasse le cadre verbal ou psychologique. Dans le même temps, le phénomène prend également une dimension nouvelle avec le numérique. Le cyberharcèlement concerne 16% des enseignants, signe que les tensions scolaires débordent désormais de l’espace de la classe pour s’étendre à l’environnement digital. Cette évolution complexifie la gestion du climat scolaire, en brouillant les frontières entre l’école et la sphère privée des élèves.

Un climat plus dégradé au collège qu’au primaire

Notons que cette montée des tensions ne touche cependant pas tous les niveaux de manière uniforme. L’analyse du rapport met en évidence un contraste net entre les cycles d’enseignement. Ainsi, le primaire apparaît globalement plus apaisé, avec des niveaux de violence sensiblement plus faibles. Les cas d’intimidation concernent 16% des enseignants, soit deux fois moins qu’au collège. Les violences physiques y sont également moins fréquentes (5%), tout comme le cyberharcèlement (2%). Ce décalage confirme que le collège constitue un véritable point de bascule, où les tensions s’intensifient sous l’effet combiné de l’adolescence, de la pression scolaire et des dynamiques sociales entre élèves.

Une violence qui reste peu dirigée contre les enseignants

Pour autant, cette montée des tensions ne signifie pas une remise en cause généralisée de l’autorité pédagogique. Le rapport montre en effet que la violence à l’école marocaine reste majoritairement horizontale, c’est-à-dire entre élèves. Ainsi, seuls 2% des enseignants du collège déclarent faire face à des abus verbaux fréquents à leur encontre, tandis que les cas liés à l’alcool ou aux drogues demeurent marginaux (1%). Ces données suggèrent que, malgré les difficultés observées, l’autorité de l’enseignant reste globalement préservée, contrairement à certaines tendances observées dans d’autres systèmes éducatifs.

Un impact réel sur le bien-être des enseignants

Néanmoins, même lorsque les incidents ne sont pas massifs, leurs effets se font sentir au quotidien. Le rapport souligne que 15% des enseignants du collège considèrent l’intimidation comme une source de stress, contre 8% au primaire. Ce constat met ainsi en lumière une dimension souvent sous-estimée : le sentiment d’insécurité ne dépend pas uniquement de la fréquence des incidents, mais aussi de leur intensité et de leur répétition. Ainsi, même des situations ponctuelles peuvent contribuer à dégrader le climat de travail et à fragiliser l’équilibre professionnel des enseignants.

Une école à deux vitesses face à la sécurité

Au final, TALIS 2024 dessine une école marocaine à deux vitesses en matière de sécurité. D’un côté, le primaire reste relativement stable et protégé. De l’autre, le collège concentre les tensions, les formes de harcèlement et les situations de violence entre élèves. Dès lors, cette fracture pose une question centrale pour les politiques éducatives : comment anticiper et prévenir ces tensions avant qu’elles ne s’installent durablement ? Car au-delà des chiffres, c’est bien la qualité du climat scolaire qui est en jeu – et avec elle les conditions d’apprentissage, le bien-être des enseignants et, plus largement, la réussite des élèves.
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