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Dimanche 19 Juillet 2026
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Crise de la presse : l’urgence d’un renouveau syndical

La Fédération nationale des journalistes et professionnels de l’information et de la communication et le Syndicat national de l’imprimerie et du livre, affiliés à l’Union marocaine du travail (UMT), ont organisé, jeudi 16 juillet à Casablanca, une journée d’étude sous le thème «De la nécessité d’un travail syndical sérieux et responsable dans le secteur de la presse et de l’édition». La rencontre, tenue à l’Académie de la culture et de la formation de l’UMT, a réuni des militants, des chercheurs et des praticiens autour d’un diagnostic partagé: le secteur traverse sa crise la plus profonde depuis l’Indépendance, et le syndicalisme doit se réinventer pour y répondre.

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L’Académie de la culture et de la formation de l’Union marocaine du travail à Casablanca a ouvert ses portes à une journée d’étude consacrée à l’avenir des professionnels de la presse, de l’édition et de l’imprimerie. Organisée conjointement par la Fédération nationale des journalistes et professionnels de l’information et de la communication et par le Syndicat national de l’imprimerie et du livre, la rencontre a réuni sous le thème «De la nécessité d’un travail syndical sérieux et responsable dans le secteur de la presse et de l’édition» des militants, des chercheurs et des praticiens déterminés à transformer la lucidité sur la crise en leviers d’action concrets.

Les organisateurs l’ont voulue comme un électrochoc : poser sur la table, sans détour, un diagnostic que le milieu professionnel tend trop souvent à passer sous silence. Cinq intervenants se sont succédé au fil de la journée pour traiter chacun un volet précis de la crise : Mohamed Khafifi, docteur et chercheur, sur la nécessité d’un travail syndical sérieux et responsable; Aziz Boussil, nouveau secrétaire général du Syndicat national de l’imprimerie et du livre, sur un panorama du secteur ; Bouchaïb Hamraoui, docteur et chercheur, sur la presse face à la révolution numérique ; Abdellah Loughchit, journaliste, sur la figure du journaliste citoyen ; et Abdelfattah Moumen, analyste et chercheur, sur l’industrie du contenu numérique. Échanges encadrés par les membres du secrétariat national de l’UMT : Ahmed Bahnis et Mohamed El Ouafi qui est également secrétaire général de la Fédération nationale des journalistes et des professionnels de l’information et de la communication.

De la publicité à la précarité, la chute libre d’un secteur entier

Les participants ont posé les jalons du diagnostic collectif en rappelant que les prémices de cette crise étaient déjà perceptibles voilà environ vingt-cinq ans. Ce qui s’est effondré depuis, ce n’est pas seulement un modèle économique : c’est un statut social. Les travailleurs du secteur ont connu, par rapport aux années 1970, une dégradation nette de leurs conditions de travail et de leur reconnaissance professionnelle. Le personnel administratif, qui parvenait autrefois à générer des ressources via la régie publicitaire, s’est retrouvé progressivement privé de ces revenus, sans que rien n’ait été pensé pour compenser cette hémorragie financière. La crise n’est plus sectorielle, ont convenu les participants : elle est systémique, et touche l’ensemble des acteurs, des journalistes aux techniciens en passant par le personnel de gestion.

À cette érosion structurelle s’est ajoutée, comme une déflagration, la révolution numérique. L’intelligence artificielle, la mécanisation et l’automatisation ne se contentent pas de transformer les métiers: elles en menacent la survie. En ce qui concerne le panorama de l’imprimerie et du livre, les participants ont illustré cette réalité avec une précision documentée. Les imprimeries, confrontées à la dématérialisation et à la compression des tirages, sont sur une ligne de crête. La presse sous sa forme traditionnelle voit son équilibre menacé non par un acteur isolé, mais par une recomposition globale de la manière dont l’information est produite, distribuée et consommée.

Le syndicat face à ses propres contradictions

La journée n’aurait eu qu’une valeur de catharsis collective si elle s’était contentée d’inventorier les maux du secteur. Mais l’ambition des organisateurs allait plus loin: mettre également sur la table les défaillances du tissu syndical lui-même. Les intervenants l’ont dit sans détour : le paysage syndical marocain est devenu difficile et fragile. Fragmenté, parfois instrumentalisé par des logiques partisanes qui le détournent de sa vocation première, le mouvement syndical dans le secteur de la presse et de l’édition peine à constituer une force de résistance cohérente face aux décisions gouvernementales et patronales. Des pratiques abusives de la part des employeurs, une précarité croissante et un dialogue social affaibli par le manque de représentativité réelle figurent parmi les réalités que la rencontre a voulu nommer pour mieux les combattre.

Cette auto-critique assumée est l’un des signes les plus significatifs de la maturité de la démarche engagée. Reconnaître que le syndicalisme porte lui-même une part de responsabilité dans la situation actuelle, c’est ouvrir la voie à un renouveau possible. Les participants ont ainsi cité l’exemple d’une alliance nouée en juin dernier entre plusieurs syndicats du secteur pour résister à des projets de loi gouvernementaux jugés dangereux, preuve que l’unité d’action reste possible lorsque la menace est suffisamment clairement perçue.

Réformer le syndicat pour sauver les travailleurs

Face à cette double crise, sectorielle et syndicale, la journée d’étude a tracé les contours d’une réponse articulée autour de plusieurs piliers. Le premier est l’indépendance : une action syndicale responsable ne peut s’exercer que si elle se libère des tutelles partisanes pour se consacrer exclusivement à la défense des intérêts des salariés. Le deuxième est la solidarité : l’atomisation des luttes individuelles face à des employeurs de plus en plus puissants ne peut que se solder par des défaites. La constitution de fronts communs est la seule réponse à la hauteur des enjeux. Le troisième pilier est la formation et la réflexion : l’action syndicale responsable inclut une dimension intellectuelle, qui se traduit par le recours à des experts et des chercheurs pour produire des analyses sérieuses sur les mutations technologiques, afin d’outiller les représentants syndicaux dans leurs négociations.

Les intervenants ont convergé vers une ambition commune : transformer la douleur du quotidien en vision stratégique. Un objectif qui suppose du temps, de la persévérance et une lucidité sans complaisance. L’Académie de la culture et de la formation de l’UMT s’est positionnée, à travers cette initiative, comme l’espace où cette transformation peut commencer à s’opérer, loin des postures et des proclamations, dans la rigueur d’un travail collectif ancré dans la réalité du terrain et ouvert à d’autres formations syndicales du secteur.
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