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El Niño : un épisode très fort en 2026-2027, mais sans lien direct avec les pluies hivernales (DGM)

Confirmé pour 2026-2027 et susceptible d’atteindre une intensité «très forte», El Niño fera l’objet d’une surveillance accrue dans les prochains mois. Mais son évolution ne permet pas, à elle seule, de prévoir les précipitations au Maroc. Selon Meriem Alaouri, directrice du Centre national du climat à la Direction générale de la météorologie (DGM), les études menées par la DGM et par d’autres centres ne font pas apparaître de relation directe entre El Niño et les pluies hivernales. L’intensité du phénomène ne suffit donc pas à annoncer un hiver plus sec ou plus arrosé.

Un phénomène né dans le Pacifique peut-il dicter la météo d’un pays situé à des milliers de kilomètres ? La question paraît simple. La réponse l’est beaucoup moins. El Niño, dont un nouvel épisode est confirmé pour 2026-2027, appartient à ces phénomènes climatiques dont les effets peuvent se propager bien au-delà de leur zone d’origine. Mais entre le signal observé dans le Pacifique équatorial et le régime des pluies au Maroc, la chaîne des influences est longue, mouvante et surtout non linéaire.



Dans Les Mardis du Policy Center for the New South (PCNS), rendez-vous du PCNS consacré aux grands enjeux économiques, géopolitiques et de politiques publiques, Meriem Alaouri, directrice du Centre national du climat à la Direction générale de la météorologie, explique pourquoi El Niño ne permet pas, à lui seul, de prévoir les précipitations au Maroc. L’épisode attendu est appelé à être particulièrement surveillé dans les prochains mois, mais son évolution doit être mise en regard d’autres mécanismes climatiques, notamment l’oscillation nord-atlantique, ainsi que des variations saisonnières et régionales. Pour le Maroc, la question n’est donc pas seulement de savoir si El Niño sera fort, mais de comprendre comment ce phénomène interagit avec les autres facteurs qui influencent le climat du Royaume.

Un phénomène du Pacifique aux ramifications mondiales

El Niño prend naissance dans le Pacifique équatorial, lorsque la température des eaux de surface connaît une hausse inhabituelle et persistante. Cette anomalie modifie les échanges entre l’océan et l’atmosphère et agit sur plusieurs paramètres : évaporation, humidité, vents et formation des nuages. Elle peut ainsi perturber la circulation atmosphérique bien au-delà de la zone où le phénomène apparaît.

Dans un système climatique interdépendant, les effets peuvent se transmettre à distance par le jeu des téléconnexions. Mais leur traduction varie selon les régions et les périodes. Comme l’explique Mme Alaouri, El Niño ne produit pas «le même effet dans tous les endroits et à tous les moments». L’intensité et la durée de l’épisode, la saison considérée et la présence d’autres facteurs climatiques peuvent modifier la réponse du système.

Pour 2026-2027, l’épisode est confirmé et poursuit son renforcement. Citant le rapport de l’Organisation météorologique mondiale publié début septembre, Mme Alaouri indique que la probabilité de voir El Niño se maintenir jusqu’en février atteint 100%, tandis que celle d’un épisode d’intensité «très forte» durant l’automne et l’hiver 2026-2027 s’élève à 90%. Des niveaux qui donnent la mesure du phénomène attendu, sans pour autant permettre d’en déduire directement son effet sur les précipitations marocaines.

Au Maroc, aucune relation directe avec les précipitations hivernales

Les études menées par la DGM et par d’autres centres ne font pas apparaître de relation directe entre El Niño et les précipitations hivernales au Maroc. L’intensité du phénomène ne suffit donc pas à annoncer un hiver plus sec ou plus arrosé. Les études citées par Mme Alaouri montrent au contraire que l’oscillation nord-atlantique exerce une influence plus importante sur les précipitations marocaines. L’anticyclone des Açores, système de hautes pressions de l’Atlantique lié aux variations de cette oscillation, peut notamment contribuer à bloquer les perturbations pluvieuses qui atteignent le Maroc en hiver. El Niño, qui prend naissance dans le Pacifique équatorial, relève d’un autre mécanisme. Les deux phénomènes peuvent toutefois interagir dans le système climatique.

Une influence qui varie selon les saisons et les régions

Cette différence de mécanismes n’épuise pas la question. L’influence d’El Niño varie également selon les saisons et les territoires. Les études évoquées par Mme Alaouri font apparaître un effet au printemps dans les régions orientales et sud-orientales du Royaume, alors qu’aucune relation directe et linéaire n’est établie pour les précipitations hivernales.

La période 2020-2024 apporte un autre éclairage. Le Maroc a connu plusieurs années de sécheresse durant cette période, alors que les années concernées correspondaient à des épisodes de La Niña, et non d’El Niño. Ce rapprochement ne permet pas d’attribuer la sécheresse à La Niña. Il rappelle plutôt qu’aucun phénomène pris isolément ne suffit à rendre compte de la trajectoire pluviométrique du Royaume. La DGM travaille précisément sur ces interactions avec différents centres du bassin méditerranéen. Les recherches portent sur les relations entre les différents modes climatiques et les précipitations au Maroc, avec l’objectif d’en améliorer progressivement la compréhension et d’affiner les capacités de prévision.

De la variabilité climatique aux secteurs exposés

Si El Niño ne permet pas de prévoir directement les précipitations marocaines, son suivi reste important au regard des conséquences que les variations du climat peuvent avoir sur plusieurs secteurs de l’économie et de la vie quotidienne. La première question est celle de l’eau. Une baisse des précipitations affecte les barrages, les nappes phréatiques et les différents systèmes qui concourent à l’approvisionnement des populations. À partir de là, les répercussions touchent directement l’agriculture, dont une partie importante reste dépendante des précipitations. L’insuffisance des pluies peut peser sur les rendements, notamment ceux des céréales, qui occupent une place stratégique dans la production agricole. Le niveau des barrages conditionne également les volumes d’eau disponibles pour l’irrigation et, plus largement, les conditions de production des cultures irriguées.

Mais le risque climatique ne se résume pas au déficit de pluie. Des épisodes de précipitations intenses peuvent provoquer des inondations, perturber les routes et affecter différentes activités socio-économiques. Les précipitations neigeuses constituent un autre paramètre, notamment dans les zones montagneuses où leur diminution peut avoir des répercussions sur l’activité touristique. D’un déficit hydrique à un épisode de précipitations extrêmes, les effets peuvent ainsi se transmettre d’un secteur à l’autre. La disponibilité de l’eau pèse sur l’agriculture, les infrastructures peuvent être exposées aux événements extrêmes et certaines activités économiques restent directement tributaires des conditions climatiques.

El Niño n’est pas le changement climatique

Une autre distinction intervient dans l’analyse de Mme Alaouri : celle entre El Niño, phénomène temporaire, et le changement climatique, qui relève d’une évolution durable du système climatique mondial. El Niño évolue sur plusieurs mois. L’épisode peut ensuite revenir vers une phase neutre ou évoluer vers La Niña. Le changement climatique relève d’une autre temporalité, celle d’une transformation progressive du système climatique mondial, notamment marquée par une hausse des températures. Les deux phénomènes ne se confondent donc pas. El Niño intervient dans un système climatique qui connaît déjà cette évolution de fond. Selon Mme Alaouri, cette coexistence peut avoir une incidence sur l’intensité de certains phénomènes extrêmes. L’intervention ne fournit toutefois pas de quantification permettant d’aller plus loin dans l’appréciation de cette relation.

Prévoir sur plusieurs échéances

La réponse de la DGM repose sur le suivi de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le climat du Royaume. La Direction croise ses propres modèles numériques avec ceux des centres internationaux de prévision et s’appuie sur cette confrontation pour affiner ses analyses. La prévision s’organise selon plusieurs horizons. Les prévisions saisonnières portent sur les trois mois à venir. Elles sont complétées par des prévisions sub-saisonnières, qui couvrent environ quatre semaines, puis par des prévisions à plus courte échéance, allant de quelques jours à une dizaine de jours.

Ces différents horizons ne répondent pas aux mêmes besoins. À mesure que l’échéance se rapproche, les modèles permettent de préciser davantage la localisation et l’intensité des phénomènes attendus. La prévision évolue ainsi avec le temps : une tendance peut être identifiée plusieurs semaines ou plusieurs mois à l’avance, puis précisée au fur et à mesure que de nouvelles données sont disponibles. L’objectif est avant tout de donner aux citoyens et aux secteurs socio-économiques suffisamment de temps pour adapter leurs décisions et anticiper les risques. La prévision ne vaut donc pas seulement par la précision du signal qu’elle fournit, mais aussi par le délai qu’elle laisse pour agir.

Renforcer les systèmes d’alerte précoce

Cette capacité d’anticipation passe également par les systèmes d’alerte précoce. En 2026, la DGM a organisé des consultations nationales avec les différents partenaires concernés et élaboré une feuille de route destinée à renforcer ces dispositifs. Le travail ne porte donc pas uniquement sur la production d’une prévision. Il s’agit également de faire parvenir une information suffisamment fiable, lisible et actualisée aux personnes et aux secteurs susceptibles d’être concernés, afin qu’elle puisse être prise en compte dans les décisions. Mme Alaouri insiste également sur la responsabilité des utilisateurs de cette information. Les citoyens comme les acteurs socio-économiques sont appelés à suivre les prévisions et les alertes diffusées par la DGM afin de pouvoir anticiper les risques annoncés.

Un automne suivi au fil des prévisions

Les indications présentées pour les mois de septembre, octobre et novembre donnent une illustration concrète de cette démarche. Mme Alaouri évoque une probabilité de 50% de conditions plus humides que la normale dans le nord du Maroc, particulièrement dans le Nord-Est. Des périodes de précipitations parfois fortes peuvent également intervenir au cours de l’automne. Pour les températures, le signal est différent. Elles sont attendues au-dessus de la moyenne sur l’ensemble du pays.

Ces éléments ne constituent pas une projection figée. Les prévisions saisonnières sont actualisées chaque mois en fonction des nouvelles sorties des modèles numériques et de l’évolution des interactions entre les différents modes climatiques. Cette actualisation régulière rappelle la nature même de la prévision climatique : elle repose sur des probabilités qui évoluent avec l’arrivée de nouvelles données et avec le rapprochement de l’échéance. Plus celle-ci se précise, plus la prévision peut gagner en finesse et en utilité pour ceux qui doivent s’y préparer.

El Niño apporte ainsi un signal à l’échelle mondiale, mais son évolution ne suffit pas à déterminer les précipitations au Maroc. Entre le phénomène né dans le Pacifique et le climat du Royaume interviennent d’autres circulations, d’autres temporalités et plusieurs facteurs dont les interactions sont au cœur du travail de prévision.
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