Près de trois millions de jeunes Marocains ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Dans le même temps, plus de dix-huit millions de citoyens sont appelés aux urnes le 23 septembre 2026. Entre ces deux chiffres se loge l'une des principales incertitudes du prochain scrutin : la participation électorale, celle des jeunes en particulier. C'est ce défi qui était au cœur du colloque international «Les élections législatives 2026 : quels enjeux pour la participation politique ?» organisé les 7 et 8 juillet à la Faculté des lettres et des sciences humaines Ben M'Sik par le laboratoire LOGOS de l'Université Hassan II de Casablanca.
Comportement électoral, communication politique, effets des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle, transformations du discours : les échanges ont balayé les mutations qui redessinent le rapport des citoyens au vote. La première journée a réservé un temps fort à la jeunesse partisane, avec une table ronde réunissant les responsables nationaux des organisations de jeunesse de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), du Parti du progrès et du socialisme (PPS), du Mouvement populaire (MP) et du Parti de la justice et du développement (PJD). Sensibilités opposées, constat partagé : sans reconstruction durable de la confiance, la participation des jeunes ne progressera pas.
Une crise de confiance plus qu'une crise de participation
En ouvrant les débats, le Pr Mourad Zahir, maître de conférences à la Faculté de Ben M'Sik et modérateur de la rencontre, a rappelé que «la démocratie se construit par les élections, mais ne peut perdurer sans la confiance». Indicateurs de perception à l'appui, il a fait de la défiance envers le gouvernement, le Parlement et les partis un signal d'alerte pour l'ensemble des acteurs publics. «Les chiffres ne doivent pas être interprétés comme une simple photographie électorale, mais comme un appel à repenser la relation entre les jeunes et la politique», a-t-il expliqué. La vraie question, selon lui : les nouvelles générations se détournent-elles de la chose publique, ou choisissent-elles d'autres formes d'engagement, à commencer par les espaces numériques ? Son objectif affiché : ouvrir un dialogue entre universitaires et responsables politiques pour cerner les conditions d'un renouveau citoyen.
Les partis sommés de retrouver leur crédibilité
Premier à prendre la parole, Fadi Ouakil, secrétaire général national de la Jeunesse de l'USFP, a estimé que la dégradation de l'image des partis politiques résultait d'un ensemble de facteurs, allant des scandales qui éclaboussent certains responsables aux représentations réductrices de l'engagement partisan. Selon lui, chaque affaire impliquant un élu ou un responsable politique finit par alimenter une défiance généralisée à l'égard de toute la classe politique. «Lorsqu'on réduit la politique à quelques billets distribués pendant les campagnes ou que l'on entretient l'idée que tous les partis se valent, c'est toute la crédibilité de l'action publique qui s'effrite», a-t-il souligné.
Le responsable socialiste a également mis en garde contre les effets de la désinformation, évoquant les rumeurs récurrentes selon lesquelles l'adhésion à un parti compromettrait l'accès à la fonction publique. «Ces contre-vérités prospèrent parce que nous n'avons pas suffisamment investi les nouveaux espaces de communication», a-t-il estimé, appelant les formations politiques à revoir leurs modes de dialogue avec les jeunes et à investir davantage les réseaux sociaux sans renoncer au travail de terrain. Il a, en outre, plaidé pour une moralisation renforcée de la vie politique et une sélection plus exigeante des candidats, jugeant que la qualité des profils présentés aux élections constituait désormais un facteur déterminant de la confiance citoyenne.
Le responsable socialiste a également mis en garde contre les effets de la désinformation, évoquant les rumeurs récurrentes selon lesquelles l'adhésion à un parti compromettrait l'accès à la fonction publique. «Ces contre-vérités prospèrent parce que nous n'avons pas suffisamment investi les nouveaux espaces de communication», a-t-il estimé, appelant les formations politiques à revoir leurs modes de dialogue avec les jeunes et à investir davantage les réseaux sociaux sans renoncer au travail de terrain. Il a, en outre, plaidé pour une moralisation renforcée de la vie politique et une sélection plus exigeante des candidats, jugeant que la qualité des profils présentés aux élections constituait désormais un facteur déterminant de la confiance citoyenne.
Une responsabilité qui dépasse les seuls partis politiques
Si tous les intervenants s'accordent sur l'existence d'une crise de confiance, les causes de cette dernière ne font pas l'unanimité. Pour Younes Serraj, secrétaire général national de la Jeunesse du Parti du progrès et du socialisme (PPS), le phénomène s'inscrit dans une évolution plus profonde de la vie politique marocaine et ne saurait être imputé aux seules formations partisanes. Le responsable du PPS a d'abord salué l'initiative de l'Université Hassan II, regrettant que les espaces académiques accueillent encore trop rarement un débat direct avec les organisations politiques de jeunesse. À ses yeux, l'université demeure le premier lieu de socialisation citoyenne et de formation à l'engagement. «C'est ici que se construit la conscience politique, que se forgent les convictions et que s'apprend le débat démocratique», a-t-il souligné, appelant à multiplier les passerelles entre le monde universitaire et les partis.
Pour autant, Younes Serraj refuse de réduire le désengagement des jeunes à un simple désamour de la politique. Selon lui, les jeunes continuent à débattre, à défendre des causes et à prendre position sur les grands enjeux de société, mais ils le font de moins en moins dans les cadres traditionnels du militantisme partisan. «Les jeunes n'ont pas abandonné la politique. Ils se sont éloignés des formes classiques de son exercice», a-t-il observé, estimant que les réseaux sociaux étaient devenus, pour une partie de la jeunesse, le principal espace d'expression citoyenne. Il a également insisté sur le poids des réalités économiques et sociales dans cette crise de confiance. Chômage, précarité, difficultés d'insertion professionnelle, sentiment que les politiques publiques peinent à produire des résultats tangibles... autant de facteurs qui nourrissent, selon lui, une forme de scepticisme à l'égard du vote. «Lorsqu'un jeune a le sentiment que son quotidien ne change pas, il finit par s'interroger sur l'utilité de son bulletin de vote», a-t-il expliqué, plaidant pour une meilleure traduction des engagements électoraux en politiques publiques concrètes.
Cette lecture a trouvé un écho chez Amine Ziti, secrétaire général national de la Jeunesse du Mouvement populaire (MP), qui estime que le débat ne peut être cantonné à la responsabilité des seuls partis. «Nous sommes face à une crise d'écosystème», a-t-il martelé. À ses yeux, la défiance est le produit d'interactions complexes entre l'école, l'université, les médias, la famille, les institutions et les acteurs politiques. Il rappelle que près de trois millions de jeunes Marocains sont aujourd'hui en situation de NEET, une réalité qui pèse inévitablement sur leur rapport à la politique. «Peut-on demander à un jeune de s'engager lorsqu'il peine d'abord à trouver sa place dans la société ?» s'est-il interrogé.
Pour le responsable haraki, la question mérite d'être élargie à l'ensemble des élites nationales. «Où sont les universitaires, les ingénieurs, les chercheurs ou les cadres dans la vie politique ? Si les compétences elles-mêmes désertent les partis, il devient difficile de convaincre les nouvelles générations de s'y investir», a-t-il estimé. Sans minimiser les critiques adressées aux formations politiques, Amine Ziti a tenu toutefois à rappeler que les jeunes Marocains demeuraient attentifs aux grands enjeux nationaux. «Ils débattent, ils s'informent, ils réagissent quotidiennement sur les plateformes numériques. La conscience politique existe. Ce qui manque, c'est le passage de cette expression numérique à un engagement institutionnel durable», a-t-il expliqué. Pour lui, la reconquête de cette confiance passe d'abord par la qualité des femmes et des hommes investis lors des prochaines élections. «Le véritable enjeu n'est pas seulement de gagner des sièges ou d'accéder au gouvernement. Il réside dans la qualité des profils proposés aux citoyens, dans la crédibilité des programmes et dans la capacité des partis à convaincre qu'ils servent l'intérêt général», a-t-il insisté.
Pour autant, Younes Serraj refuse de réduire le désengagement des jeunes à un simple désamour de la politique. Selon lui, les jeunes continuent à débattre, à défendre des causes et à prendre position sur les grands enjeux de société, mais ils le font de moins en moins dans les cadres traditionnels du militantisme partisan. «Les jeunes n'ont pas abandonné la politique. Ils se sont éloignés des formes classiques de son exercice», a-t-il observé, estimant que les réseaux sociaux étaient devenus, pour une partie de la jeunesse, le principal espace d'expression citoyenne. Il a également insisté sur le poids des réalités économiques et sociales dans cette crise de confiance. Chômage, précarité, difficultés d'insertion professionnelle, sentiment que les politiques publiques peinent à produire des résultats tangibles... autant de facteurs qui nourrissent, selon lui, une forme de scepticisme à l'égard du vote. «Lorsqu'un jeune a le sentiment que son quotidien ne change pas, il finit par s'interroger sur l'utilité de son bulletin de vote», a-t-il expliqué, plaidant pour une meilleure traduction des engagements électoraux en politiques publiques concrètes.
Cette lecture a trouvé un écho chez Amine Ziti, secrétaire général national de la Jeunesse du Mouvement populaire (MP), qui estime que le débat ne peut être cantonné à la responsabilité des seuls partis. «Nous sommes face à une crise d'écosystème», a-t-il martelé. À ses yeux, la défiance est le produit d'interactions complexes entre l'école, l'université, les médias, la famille, les institutions et les acteurs politiques. Il rappelle que près de trois millions de jeunes Marocains sont aujourd'hui en situation de NEET, une réalité qui pèse inévitablement sur leur rapport à la politique. «Peut-on demander à un jeune de s'engager lorsqu'il peine d'abord à trouver sa place dans la société ?» s'est-il interrogé.
Pour le responsable haraki, la question mérite d'être élargie à l'ensemble des élites nationales. «Où sont les universitaires, les ingénieurs, les chercheurs ou les cadres dans la vie politique ? Si les compétences elles-mêmes désertent les partis, il devient difficile de convaincre les nouvelles générations de s'y investir», a-t-il estimé. Sans minimiser les critiques adressées aux formations politiques, Amine Ziti a tenu toutefois à rappeler que les jeunes Marocains demeuraient attentifs aux grands enjeux nationaux. «Ils débattent, ils s'informent, ils réagissent quotidiennement sur les plateformes numériques. La conscience politique existe. Ce qui manque, c'est le passage de cette expression numérique à un engagement institutionnel durable», a-t-il expliqué. Pour lui, la reconquête de cette confiance passe d'abord par la qualité des femmes et des hommes investis lors des prochaines élections. «Le véritable enjeu n'est pas seulement de gagner des sièges ou d'accéder au gouvernement. Il réside dans la qualité des profils proposés aux citoyens, dans la crédibilité des programmes et dans la capacité des partis à convaincre qu'ils servent l'intérêt général», a-t-il insisté.
Retrouver le sens de l'engagement politique
Plus critique à l'égard de l'évolution du champ partisan, Khalid El Mouden, président du Conseil national du Parti de la justice et du développement (PJD), a lui aussi estimé que la question centrale demeurait celle de la confiance. «Tous les jeunes Marocains portent un projet, une ambition ou un rêve. Ce qui s'est affaibli, ce n'est pas leur volonté d'agir, mais leur conviction que le vote constitue encore un levier efficace pour transformer la réalité», a-t-il déclaré.
Le responsable du PJD a regretté que l'image des partis soit désormais souvent associée, dans une partie de l'opinion publique, à des attitudes opportunistes, au clientélisme et à la recherche de privilèges. Une perception qui, selon lui, ne peut être ignorée par les acteurs politiques. Sans exonérer les formations partisanes de leurs responsabilités, il a néanmoins appelé à une réflexion plus globale. «Restaurer la confiance est une responsabilité partagée. Elle incombe aux partis, aux institutions, aux médias, mais aussi à la société dans son ensemble», a-t-il indiqué.
Khalid El Mouden a également mis en garde contre une forme d'attentisme citoyen consistant à attendre un système politique parfait avant de s'engager. «Aucune démocratie n'est achevée. Elle se construit progressivement grâce à l'implication des citoyens. Si les jeunes désertent les espaces de décision, ils laissent d'autres décider à leur place», a-t-il mis en garde, appelant les nouvelles générations à investir davantage les organisations politiques pour peser sur les choix publics.
Le responsable du PJD a regretté que l'image des partis soit désormais souvent associée, dans une partie de l'opinion publique, à des attitudes opportunistes, au clientélisme et à la recherche de privilèges. Une perception qui, selon lui, ne peut être ignorée par les acteurs politiques. Sans exonérer les formations partisanes de leurs responsabilités, il a néanmoins appelé à une réflexion plus globale. «Restaurer la confiance est une responsabilité partagée. Elle incombe aux partis, aux institutions, aux médias, mais aussi à la société dans son ensemble», a-t-il indiqué.
Khalid El Mouden a également mis en garde contre une forme d'attentisme citoyen consistant à attendre un système politique parfait avant de s'engager. «Aucune démocratie n'est achevée. Elle se construit progressivement grâce à l'implication des citoyens. Si les jeunes désertent les espaces de décision, ils laissent d'autres décider à leur place», a-t-il mis en garde, appelant les nouvelles générations à investir davantage les organisations politiques pour peser sur les choix publics.
Au-delà des divergences, un même impératif : reconstruire la confiance
Si leurs analyses diffèrent parfois quant aux origines de la défiance, les représentants des quatre jeunesses partisanes se sont finalement retrouvés sur un constat commun : la participation des jeunes ne pourra être renforcée sans un profond travail de reconstruction de la confiance. Tous ont insisté sur la nécessité de renouveler les modes de communication politique, de renforcer la présence des partis dans les universités, d'investir pleinement les espaces numériques où s'exprime désormais une large partie de la jeunesse et, surtout, de présenter des profils crédibles, compétents et porteurs de projets capables de répondre aux préoccupations concrètes des citoyens.
À moins de trois mois des législatives de septembre 2026, le débat organisé à la Faculté des lettres Ben M'Sik aura ainsi mis en lumière une conviction largement partagée : l'enjeu ne réside plus uniquement dans la mobilisation des électeurs le jour du scrutin. Il consiste désormais à restaurer durablement la crédibilité de l'action politique auprès d'une génération qui continue de s'intéresser aux affaires publiques, mais qui attend des partis davantage de cohérence, d'exemplarité et de résultats que de promesses.
À moins de trois mois des législatives de septembre 2026, le débat organisé à la Faculté des lettres Ben M'Sik aura ainsi mis en lumière une conviction largement partagée : l'enjeu ne réside plus uniquement dans la mobilisation des électeurs le jour du scrutin. Il consiste désormais à restaurer durablement la crédibilité de l'action politique auprès d'une génération qui continue de s'intéresser aux affaires publiques, mais qui attend des partis davantage de cohérence, d'exemplarité et de résultats que de promesses.
