Stabilité gouvernementale, crise de confiance, affaiblissement du Parlement, résultats des politiques publiques et aides à l’élevage : quatre responsables parlementaires marocains ont confronté leurs bilans de la législature lors d’un débat organisé mardi 14 juillet à Salé par la Fondation Lafqui Titouani. La rencontre réunissait Ahmed Touizi, président du groupe du Parti authenticité et modernité (PAM), Allal Amraoui, président du groupe istiqlalien, Rachid Hammouni, président du groupe du Parti du progrès et du socialisme (PPS), et Abdellah Bouanou, président du groupement parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD). Le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, n’était pas représenté.
La majorité défend son bilan
Ahmed Touizi a défendu une action gouvernementale menée dans un contexte marqué par les conséquences de la pandémie, l’inflation et les crises internationales. Il a attribué une partie du mécontentement à l’incapacité de l’Exécutif à expliquer ses réformes sociales, ses investissements sanitaires et les revalorisations salariales. «Le Chef du gouvernement ne parle pas et nous avons des ministres devenus des fonctionnaires», a-t-il déclaré, jugeant que «le gouvernement a fait un grand travail, mais il n’a pas réussi à le promouvoir auprès de l’opinion publique». Le responsable du PAM a aussi défendu la discipline des groupes soutenant l’Exécutif. Selon lui, les élus de la coalition peuvent négocier les textes et présenter des amendements avant de voter la version issue du compromis gouvernemental. Il a toutefois déploré une baisse progressive du niveau du discours politique et de la performance parlementaire.
Allal Amraoui a rejeté l’accusation de domination institutionnelle adressée à une coalition qui disposait, au début de la législature, de plus des trois quarts des sièges de la Chambre des représentants. «Qualifier la majorité de toute-puissante relève d’un discours politicien et populiste», a-t-il affirmé, rappelant que la coalition était issue des urnes et que le multipartisme marocain rendait presque inévitable la formation de gouvernements associant plusieurs partis. Le président du groupe istiqlalien a avancé que 370 projets de loi avaient été adoptés au cours de la législature, contre 147 durant la précédente, dont environ 60% à l’unanimité. Quelque 14.000 amendements auraient été déposés par la majorité et l’opposition, parmi lesquels environ 2.700 auraient été acceptés. Selon Allal Amraoui, l’alliance entre le RNI, le PAM et l’Istiqlal a apporté au gouvernement «la stabilité, l’efficacité et la force nécessaires pour mettre en œuvre de grandes réformes». Il a néanmoins reconnu que chacun des trois partis conservait ses références et que certains dossiers avaient été reportés faute d’accord.
Allal Amraoui a rejeté l’accusation de domination institutionnelle adressée à une coalition qui disposait, au début de la législature, de plus des trois quarts des sièges de la Chambre des représentants. «Qualifier la majorité de toute-puissante relève d’un discours politicien et populiste», a-t-il affirmé, rappelant que la coalition était issue des urnes et que le multipartisme marocain rendait presque inévitable la formation de gouvernements associant plusieurs partis. Le président du groupe istiqlalien a avancé que 370 projets de loi avaient été adoptés au cours de la législature, contre 147 durant la précédente, dont environ 60% à l’unanimité. Quelque 14.000 amendements auraient été déposés par la majorité et l’opposition, parmi lesquels environ 2.700 auraient été acceptés. Selon Allal Amraoui, l’alliance entre le RNI, le PAM et l’Istiqlal a apporté au gouvernement «la stabilité, l’efficacité et la force nécessaires pour mettre en œuvre de grandes réformes». Il a néanmoins reconnu que chacun des trois partis conservait ses références et que certains dossiers avaient été reportés faute d’accord.
L’opposition dénonce un Parlement déséquilibré
Rachid Hammouni a dressé un bilan nettement plus critique, estimant que la domination numérique de la coalition avait produit «un Parlement sans équilibre» et réduit le contrôle exercé sur le gouvernement. «Nous avons tous échoué, partis de l’opposition et de la majorité, gouvernement et Parlement, à rétablir la confiance dans les institutions», a-t-il déclaré. Le responsable du PPS a reproché à la majorité de réduire la démocratie à l’arithmétique des votes, sans examiner suffisamment les propositions de l’opposition. Il a notamment cité une initiative visant à interdire la vente de cigarettes aux mineurs, d’abord jugée pertinente en commission avant d’être rejetée.
«La parole officielle va dans une direction et la réalité dans une autre», a-t-il estimé, considérant que l’augmentation des crédits consacrés à la santé, à l’éducation et à l’emploi n’avait pas produit d’amélioration assez visible pour les citoyens. Rachid Hammouni a également défendu une proposition du PPS visant à interdire aux entreprises bénéficiant d’aides publiques de conserver une liberté totale de fixation des prix. «On ne doit pas pouvoir cumuler le bénéfice d’une aide et la liberté des prix. Lorsqu’il y a un soutien public, il doit y avoir en contrepartie un plafonnement», a-t-il expliqué.
Abdellah Bouanou a présenté l’opposition comme un «gouvernement de l’ombre» appelé à contrôler l’Exécutif et à préparer une solution de remplacement. Selon lui, les 13 députés du PJD ont déposé 2.200 amendements et 70 propositions de loi. «C’est l’opposition, dont le Parti de la justice et du développement, qui a mis à nu ce gouvernement et révélé ses insuffisances et ses failles», a-t-il affirmé. Le responsable islamiste a aussi alerté sur les prochaines élections législatives, dénonçant le nomadisme politique, l’influence de l’argent et l’investiture possible de candidats poursuivis ou condamnés. «La crise naît lorsque les partis présentent des candidats suspects, dont certains ont été condamnés à des dizaines d’années de prison», a-t-il déclaré, redoutant l’élection d’une classe parlementaire incapable d’accompagner les grands projets économiques, sociaux et diplomatiques du Maroc.
«La parole officielle va dans une direction et la réalité dans une autre», a-t-il estimé, considérant que l’augmentation des crédits consacrés à la santé, à l’éducation et à l’emploi n’avait pas produit d’amélioration assez visible pour les citoyens. Rachid Hammouni a également défendu une proposition du PPS visant à interdire aux entreprises bénéficiant d’aides publiques de conserver une liberté totale de fixation des prix. «On ne doit pas pouvoir cumuler le bénéfice d’une aide et la liberté des prix. Lorsqu’il y a un soutien public, il doit y avoir en contrepartie un plafonnement», a-t-il expliqué.
Abdellah Bouanou a présenté l’opposition comme un «gouvernement de l’ombre» appelé à contrôler l’Exécutif et à préparer une solution de remplacement. Selon lui, les 13 députés du PJD ont déposé 2.200 amendements et 70 propositions de loi. «C’est l’opposition, dont le Parti de la justice et du développement, qui a mis à nu ce gouvernement et révélé ses insuffisances et ses failles», a-t-il affirmé. Le responsable islamiste a aussi alerté sur les prochaines élections législatives, dénonçant le nomadisme politique, l’influence de l’argent et l’investiture possible de candidats poursuivis ou condamnés. «La crise naît lorsque les partis présentent des candidats suspects, dont certains ont été condamnés à des dizaines d’années de prison», a-t-il déclaré, redoutant l’élection d’une classe parlementaire incapable d’accompagner les grands projets économiques, sociaux et diplomatiques du Maroc.
Bras de fer au sujet des aides à l’élevage
La confrontation la plus vive a porté sur la création d’une commission parlementaire d’enquête consacrée aux aides à l’élevage, aux importations de bétail et à la viande rouge. Majorité et opposition se sont accusées mutuellement d’avoir bloqué la procédure. Ahmed Touizi et Allal Amraoui ont assuré que les partis gouvernementaux souhaitaient d’abord définir avec l’opposition le périmètre de l’enquête. Ils se sont dits disposés à élargir les investigations à l’ensemble du système des subventions publiques. Rachid Hammouni a répondu que le PJD, le PPS, le Mouvement populaire et des députés non affiliés avaient déjà tenté de réunir les signatures nécessaires en 2025. Il a refusé de remplacer la commission d’enquête par une mission exploratoire, aux pouvoirs plus limités et dont les rapports risquent, selon lui, de rester sans suite.
Abdellah Bouanou a alors relancé publiquement l’initiative, en évoquant 74 milliards de dirhams mobilisés depuis 2021 dans plusieurs programmes liés au soutien à l’élevage et à la viande, montant dont la ventilation exacte n’a pas été précisée pendant le débat. «Je vous prends tous à témoin : assumez vos responsabilités. Intitulons-la “commission d’enquête sur le système des aides”, “sur le soutien à la viande rouge” ou “sur l’aide au bétail”, comme vous voudrez, mais lançons l’initiative», a-t-il déclaré. Ahmed Touizi a répondu que les groupes de la majorité étaient prêts à se réunir dès le lendemain au Parlement pour arrêter l’objet et la procédure de l’enquête. «Les signatures sont faciles», a-t-il assuré. Aucun accord formel n’a toutefois été annoncé pendant la rencontre.
Des éloges unanimes pour Fouzi Lekjaâ
Les quatre responsables ont enfin tenu des propos élogieux sur Fouzi Lekjaâ, ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération Royale marocaine de football, dont le nom circule dans les spéculations sur le prochain gouvernement. «N’importe quel parti politique serait fier d’attirer une personnalité comme Fouzi Lekjaa», a déclaré Ahmed Touizi. Allal Amraoui l’a décrit comme «l’un des hommes d’État dont nous sommes fiers», Rachid Hammouni a salué ses résultats dans le football et au ministère du Budget, et Abdellah Bouanou a évoqué une «bonne relation professionnelle et humaine» avec lui, sans se prononcer sur son avenir politique.
Au terme du débat, majorité et opposition se sont accordées sur l’existence d’une crise de confiance, la baisse du niveau d’une partie du débat parlementaire et la faiblesse de la communication gouvernementale. Elles sont restées divisées sur la qualité du bilan, l’indépendance du Parlement et la responsabilité du blocage de l’enquête sur les aides publiques.
Au terme du débat, majorité et opposition se sont accordées sur l’existence d’une crise de confiance, la baisse du niveau d’une partie du débat parlementaire et la faiblesse de la communication gouvernementale. Elles sont restées divisées sur la qualité du bilan, l’indépendance du Parlement et la responsabilité du blocage de l’enquête sur les aides publiques.
