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Mardi 16 Juin 2026
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Élections : neuf Marocains sur dix estiment que les élus ne tiennent pas leurs promesses

À quelques mois des élections législatives de 2026, une vaste enquête menée sur près de 3.000 Marocains dresse le portrait d’un électorat qui continue de croire dans le principe démocratique, mais qui ne croit plus, pour une large part, à ceux chargés de l’incarner. Le constat est sévère : défiance envers les partis, doute sur la crédibilité des résultats électoraux, sentiment d’exclusion des jeunes et rejet croissant des mécanismes traditionnels de mobilisation.

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Réalisée par l’association «Les Citoyens» dans les douze régions du Royaume, l’étude repose sur les réponses de 2.992 personnes interrogées entre janvier et avril 2026. Ses auteurs reconnaissent que l’échantillon n’est pas statistiquement représentatif de l’ensemble du corps électoral marocain. Il est au contraire composé majoritairement de citoyens urbains, diplômés et relativement engagés dans les affaires publiques. C’est précisément ce qui rend les résultats particulièrement préoccupants : la crise de confiance touche d’abord les catégories habituellement considérées comme les plus susceptibles de participer à la vie démocratique.

Premier paradoxe : alors que 66,6% des personnes interrogées considèrent le vote comme un devoir civique important ou très important, seules 13,6% jugent crédibles les résultats des dernières élections. À l’inverse, 56,3% attribuent les notes les plus faibles à la crédibilité des résultats électoraux. Cette défiance déborde largement le seul scrutin. Les institutions publiques ne recueillent la confiance que de 8,3% des répondants, tandis que 66,1% leur accordent une évaluation négative. Quant à la place accordée aux jeunes dans la vie politique, elle constitue l’indicateur le plus alarmant de toute l’étude : 86,7% estiment qu’elle est faible ou très faible, contre seulement 2,2% qui la jugent satisfaisante. «Les élections sont formelles et le véritable pouvoir ne passe pas par les élections», résume un participant ayant boycotté le scrutin de 2021, cité dans le rapport.

Une rupture profonde entre citoyens et partis

L’enquête révèle également l’ampleur de la rupture entre les partis politiques et les citoyens. Près de huit personnes sur dix (79,5%) affirment n’entretenir aucune relation avec les partis. Seuls 2,4% déclarent bénéficier d’un contact direct sur le terrain et 6,1% d’un contact combinant activités numériques et présence physique. Le jugement porté sur l’action partisane est sans appel. Plus de 88% considèrent que les partis ne s’intéressent pas réellement aux préoccupations des citoyens et 90,4% estiment que les élus ne respectent pas les engagements pris auprès des électeurs. Les méthodes de communication des partis obtiennent elles aussi des évaluations extrêmement faibles, 76,7% des répondants leur attribuant la note la plus basse.

Cette crise de confiance ne se traduit toutefois pas par un retrait total du politique. Les auteurs décrivent plutôt un «désengagement critique». Les citoyens continuent à suivre l’actualité publique, mais déplacent leurs espaces d’information et d’expression. Les réseaux sociaux dominent désormais très largement l’accès à l’information politique. Quelque 74% des répondants les citent comme leur principale source d’information, loin devant la presse écrite ou électronique (13,6%), la télévision (3,4%) ou la radio (0,4%).

Le risque d’un noyau dur de l’abstention

L’étude met également en lumière une série de ruptures successives dans la chaîne de participation électorale. Si 53,1% des personnes interrogées sont inscrites sur les listes électorales, 38,7% ne le sont pas et 8,2 % ignorent même leur situation administrative. Concernant les élections de 2021, 41,3% des électeurs éligibles déclarent avoir volontairement boycotté le scrutin. Seuls 47,9% affirment avoir déjà voté au moins une fois dans leur vie, selon le résumé exécutif du rapport.

À l’approche de 2026, les intentions de vote demeurent profondément fragmentées. Seuls 27,9% disent qu’ils voteront «certainement» et 14,4% «probablement», soit 42,3% de dispositions favorables à la participation. Face à eux, 38,6% expriment une intention négative – dont 21,1% affirmant qu’ils ne voteront certainement pas tandis que 19,1% restent indécis. Pour les auteurs, l’enjeu principal réside dans ces électeurs hésitants ou faiblement opposés au vote. Mais une autre donnée retient particulièrement l’attention : 24,1% des personnes interrogées affirment qu’aucune des mesures proposées ne serait susceptible de les convaincre de participer au scrutin. Le rapport parle d’un «noyau dur de l’abstention électorale» et y voit l’un des principaux risques pesant sur la légitimité du future gouvernement.
Les raisons invoquées pour l’abstention renvoient presque systématiquement à la question de la confiance. Parmi les non-inscrits, 53,4% citent d’abord le manque de confiance, devant le sentiment que le vote ne sert à rien (20,3%). Chez ceux qui ont boycotté les élections de 2021, la défiance envers les partis constitue également la première explication, mentionnée par 51,9% des répondants. Viennent ensuite la conviction que le vote «ne change rien» (22,1%) puis l’absence de candidats représentant réellement les attentes des électeurs (11,3%). À eux seuls, ces trois facteurs représentent 85,3% des motifs déclarés de non-participation. «Cela ne change rien. Manque de confiance dans les partis, partis de rente et de notables, élections corrompues et non démocratiques», témoigne un autre participant cité par l’étude.

Une jeunesse prête à voter, mais critique envers la classe politique

L’un des enseignements les plus inattendus concerne la jeunesse. Contrairement à l’image souvent véhiculée d’une génération désengagée, les 18-24 ans apparaissent comme la catégorie la plus disposée à voter. Près de 49,8% d’entre eux expriment une intention positive de participation, contre des niveaux inférieurs dans les classes d’âge plus élevées. Mais cette même jeunesse est aussi celle qui porte les jugements les plus sévères sur la place qui lui est accordée dans la vie politique. Les femmes affichent également une intention de vote supérieure à celle des hommes : 49% déclarent qu’elles voteront certainement ou probablement, contre 39,6% des hommes. Pourtant, elles restent moins présentes sur les listes électorales et davantage exposées aux obstacles administratifs et procéduraux, selon les auteurs.

Si le diagnostic est sombre, l’enquête identifie aussi les leviers susceptibles de remobiliser une partie de l’électorat. La première demande formulée par les citoyens concerne la garantie de l’intégrité des élections, citée par 47,5% des répondants. Viennent ensuite la présentation de programmes politiques clairs et compréhensibles (42,9%), l’ouverture accrue aux jeunes candidats (40,6%), davantage de transparence dans le financement des partis (39,7%) et une meilleure information des citoyens sur le processus électoral (37,7%).

Pour l’association Les Citoyens, les élections de 2026 représentent ainsi «un moment décisif» pour la trajectoire démocratique du Maroc. Le rapport estime que les mécanismes permettant de restaurer la confiance existent déjà : transparence accrue des résultats, observation électorale renforcée, inscription automatique sur les listes, débats publics réguliers ou renouvellement de l’offre politique... mais prévient que l’absence de réponse pourrait transformer l’abstention actuelle en phénomène durable.
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