Menu
Search
Mercredi 08 Juillet 2026
S'abonner
close

Driss El Yazami : Le Maroc doit mieux mobiliser l'investissement et les compétences de sa diaspora

Les attentes des Marocains du monde évoluent, tout comme les politiques publiques qui leur sont destinées. Investissement, développement territorial, mobilisation des compétences, simplification des services et transmission culturelle figurent parmi les grands chantiers. Dans cet entretien, Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), expose sa vision des priorités à mener pour renforcer la contribution de la diaspora au développement du Royaume.

No Image
Le Matin : Le CCME est régulièrement présenté comme un acteur clé du lien entre le Maroc et sa diaspora. Comment définissez-vous aujourd’hui sa mission dans un contexte où les attentes des Marocains du monde (MDM) évoluent, notamment en matière d’investissement et de participation économique ?

Driss El Yazami :
Vous avez raison de souligner les évolutions des attentes et des aspirations des communautés marocaines du monde. Ces évolutions sont en effet le résultat de plusieurs mutations très rapides constatées ces dernières décennies, dont, en premier lieu, le développement démographique. On a en effet assisté à une mondialisation très rapide, avec aujourd’hui une présence des Marocains sur tous les continents, même si l’Europe abrite toujours 80% de cette population. Dans cette carte européenne, la façade méridionale (l’Italie et l’Espagne) a progressé plus que les autres.Il y a ensuite une féminisation importante, avec pratiquement la moitié des migrants et de leurs descendants qui sont des femmes. Vous remarquerez au passage que ces femmes ne partent plus dans le seul cadre du regroupement familial. Nombreuses sont celles qui émigrent de leur propre initiative, ce qui reflète aussi les processus d’autonomisation en cours des femmes marocaines.Il y a, en troisième lieu, l’émergence des enfants nés et socialisés dans les différents pays d’immigration. Ce ne sont plus des «Marocains résidant à l’étranger» au sens strict du terme, mais des doubles nationaux attachés à deux pays et à deux cultures, refusant les sommations de choisir l’une au détriment de l’autre.

Ce rajeunissement de la communauté va de pair avec le vieillissement des générations pionnières. Il y a, par ailleurs, le développement socioculturel de l’émigration marocaine, avec pratiquement 20% de migrants de niveau universitaire et la généralisation de l’émigration à toutes les régions et à toutes les couches sociales marocaines.Globalement, cette communauté s’enracine dans les pays de résidence et maintient un attachement à la terre d’origine qui se manifeste de différentes manières, comme nous le constatons tous les jours. Mais ce constat général ne doit pas nous cacher une diversité interne extraordinaire. Songez, par exemple, à la situation diamétralement opposée des mineurs en mouvement et des étudiants en mobilité internationale. À réalités différentes, aspirations différentes.

Au CCME, nous estimons que notre mission aujourd’hui consiste à connaître aussi bien que possible (de manière scientifique, je veux dire) toutes les attentes diversifiées des Marocains du monde et à voir de quelle manière et dans quelle mesure les autorités publiques marocaines peuvent y répondre. Ces attentes peuvent, grossièrement, être réparties en trois grands ensembles.

La problématique de la transmission est l’enjeu le plus massif. Tous les parents se demandent en effet comment transmettre à leurs enfants, dans un contexte d’immigration, ce qu’ils considèrent comme le patrimoine essentiel : quelles valeurs ? Quelle foi ? Quelles langues ? Quels usages sociaux ?...

La seconde est liée, nous semble-t-il, aux modalités d’enracinement dans les sociétés de résidence, ce qu’on appelle communément, d’un terme impropre, l’intégration. Comment offrir aux siens une vie digne et un avenir assuré, le but originel de l’émigration, dans des sociétés troublées et tentées par une xénophobie sans complexe ?

La dernière a trait aux modalités de contribution des Marocains du monde au développement du Royaume, qui sont, elles aussi, très variées. Cela va de l’investissement et de l’entrepreneuriat économique à la contribution aux programmes de recherche-développement, à l’enseignement universitaire, à la coopération décentralisée entre collectivités territoriales marocaines et leurs homologues des pays de résidence, à l’action des ONG de migrants en faveur du développement territorial, à la culture...

Malgré un potentiel important, l’investissement des MDM au Maroc reste en deçà des attentes. Quels sont, selon vous, les principaux freins structurels et psychologiques à leur engagement économique, et comment le CCME peut-il contribuer à les lever ?

Le constat est en effet imparable : alors que les transferts des Marocains du monde ont franchi le cap de 122 milliards de dirhams en 2025, leur contribution à l’investissement productif national reste en deçà de leur potentiel réel. Avec moins de 10% de l’investissement privé national, nos compatriotes investisseurs sont largement sous-représentés dans les flux d’investissement direct étranger (IDE) que le Maroc attire pourtant avec succès (28,4 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 24% par rapport à 2024). Cette situation ne traduit ni un désintérêt ni une absence de moyens, mais semble révéler un déficit persistant de lisibilité, de confiance et d’instruments adaptés. Le CCME est une instance consultative constitutionnelle, indépendante des pouvoirs publics, qui a pour missions essentielles d’analyser les réalités et d’émettre des propositions raisonnables et pratiques. En matière d’investissement, le CCME les a formulées publiquement lors du Forum national sur ce thème, organisé à Tanger par M. Karim Zidane, ministre délégué auprès du Chef du gouvernement chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques.Il nous faut d’abord, nous semble-t-il, examiner les expériences internationales qui ont relativement réussi. Ces expériences montrent que les pays ayant réussi à renforcer l’investissement de leurs communautés à l’étranger ont progressivement dépassé une approche exclusivement culturelle ou identitaire pour mettre en place des stratégies économiques consolidées intégrant explicitement les dimensions d’investissement, d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement territorial. Certains pays ont mis en place des instruments innovants (des obligations spécifiques, des fonds d’investissement dédiés ou encore des dispositifs de certification des investisseurs). Dans d’autres pays, les stratégies nationales mises en place ont associé accompagnement institutionnel, facilitation administrative et reconnaissance des compétences.

Il n’y a donc pas de modèle unique, mais une évidence : une politique volontariste et structurée envers la communauté expatriée génère un retour économique et symbolique considérable pour le pays d’origine.

En second lieu, il faut faire une évaluation sereine de ce que nous avons fait. Le Maroc a fait beaucoup, ce qui ne signifie pas qu’il faille en rester là. Bien au contraire, comme Sa Majesté le Roi Mohammed VI l’a rappelé dans Ses discours d’août 2022 et de novembre 2024.

Le Royaume a ainsi, dès le début des années 1990, mis en place un dispositif institutionnel solide, qui a été significativement renforcé depuis l’avènement de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et pris de nombreuses initiatives pour renforcer ses liens avec la communauté de l’étranger dans tous les domaines. Ainsi, il y a eu la création de la Fondation Hassan II pour les MRE, le déploiement en Europe du réseau bancaire marocain, l’organisation, à partir de 1993, de rencontres de mobilisation des compétences, la mise en place de guichets dédiés au sein des Centres régionaux d’investissement (CRI), ou encore le développement de produits bancaires spécifiques, comme le compte «MRE» ou le crédit «MDM Invest», la mise en place de l’opération Marhaba confiée à la Fondation Mohammed V, la création du CCME...

Ces dernières années, une nouvelle dynamique a été impulsée, avec la création d’un Desk dédié aux MDM au sein de l’AMDIE, le renforcement des cellules MDM dans les CRI, le lancement de produits comme «MDM Tamwil»...

Mais tous ces efforts n’ont pas fait basculer l’essentiel de l’épargne des MDM de la consommation et de l’immobilier résidentiel vers des projets productifs créateurs d’emplois et de valeur ajoutée.C’est dans ce sens qu’il faut entendre l’appel de Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans Ses derniers discours, appelant à une évaluation et à une mise à niveau de ces politiques et des institutions dédiées, ainsi qu’au renforcement significatif de la mobilisation des compétences et des talents des Marocains du monde et de leur contribution au développement économique et scientifique du Royaume.

À cet égard, le CCME a formulé, lors du Forum de Tanger, deux propositions.

Premièrement, la mise en place d’un instrument financier innovant : les obligations dites de la diaspora. Un tel outil a fait ses preuves dans plusieurs pays et pourrait mobiliser l’épargne des MDM sur une base volontaire et patriotique, avec un rendement garanti et une affectation transparente à des projets structurants sur les plans national ou régional. Le Maroc dispose de tous les atouts pour réussir ce pari (confiance, attractivité et une diaspora engagée).

Deuxièmement, renforcer de manière significative l’articulation entre les Marocains du monde et les régions du Maroc. C’est le sens de la journée de travail organisée conjointement par l’Association des régions du Maroc (ARM) et notre Conseil, le jeudi 9 mars 2023 à Rabat, sur le thème : «Renforcer la contribution des Marocains du monde au développement des régions», suivie de la signature, le jeudi 5 octobre 2023, d’un mémorandum d’entente sur cette problématique.

On observe justement une volonté croissante d’ancrer la relation avec les MDM dans les territoires et les régions du Maroc. Comment le CCME peut-il accompagner cette dynamique pour transformer les compétences et les capitaux de la diaspora en impact concret sur le développement local ?

Outre la signature du mémorandum dont je vous ai parlé et qui fixe un cadre global de travail avec les régions, dont la mise en œuvre dépend en premier lieu des exécutifs régionaux, nous avons commandé une étude dont nous attendons les recommandations. En attendant, nous essayons de soutenir autant que possible les initiatives des acteurs associatifs de l’immigration en direction de leurs territoires d’origine.

C’est ainsi que nous appuyons depuis des années la rencontre annuelle qui réunit ces acteurs à Imilchil au mois d’août. Ce festival, qui rassemble chaque année de nombreuses associations de l’immigration impliquées dans le développement territorial, est organisé par deux associations : Akhiam, à Imilchil même, et Sens, à Bordeaux, qui regroupe les émigrés originaires d’Imilchil en France. Leur action me semble exemplaire.

De même, nous soutenons la constitution d’un réseau européen de ces associations. Il a enfin vu le jour, après plusieurs années de maturation, sous le nom de Plateforme d’appui aux initiatives solidaires des Marocains du monde (PAIS-MDM).

Nous allons publier, dans les mois qui viennent, en partenariat avec ce nouveau réseau, le premier annuaire des associations de l’immigration impliquées dans le développement local, appelé à être régulièrement mis à jour.

Les attentes des MDM en matière de simplification administrative et de qualité de service restent fortes. Quels progrès ont été accomplis ces dernières années ?

Une remarque préliminaire, si vous permettez. Elle concerne le développement démographique extraordinaire et très rapide de la communauté marocaine à l’étranger, qui a exigé une adaptation tout aussi rapide de l’administration, et en particulier du réseau consulaire marocain et des dispositifs d’accueil lors des vacances d’été. Il a pu y avoir, bien évidemment, un temps d’adaptation provoquant des retards ici et là, ainsi que des réflexes administratifs routiniers ou en décalage avec les nouvelles réalités migratoires. Mais il est incontestable que l’ajustement institutionnel a été rapide et efficient, comme en témoigne le travail énorme réalisé par la Fondation Mohammed V pour l’organisation de l’opération Marhaba, qui est organisée chaque été sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi.Une autre dimension de cet effort de simplification et de proximité, qui n’est pas assez connue, me semble-t-il, est ce qui est fait par le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, à travers sa Direction des Affaires consulaires et sociales (DACS).Depuis 2024, une réforme importante est venue consacrer davantage de souplesse dans les démarches consulaires : l’obligation d’effectuer les formalités exclusivement auprès du consulat de la circonscription de résidence a été supprimée. Désormais, les MDM peuvent accomplir la majorité de leurs démarches auprès de n’importe quel consulat du Royaume, quel que soit leur lieu de résidence, une avancée majeure en matière de proximité et de qualité du service public.

La plateforme numérique consulats.ma permet désormais de préparer à l’avance les dossiers administratifs, de déposer les documents nécessaires en ligne, d’obtenir les informations relatives aux pièces à fournir, puis de prendre rendez-vous uniquement lorsque le dossier est complet, réduisant ainsi les déplacements inutiles et les délais de traitement.

Parallèlement, la digitalisation des services consulaires s’est considérablement accélérée avec le développement de plusieurs plateformes complémentaires permettant notamment la prise de rendez-vous en ligne, le suivi des demandes, la commande à distance de documents administratifs, ainsi que la consultation des procédures sans déplacement. Une autre avancée importante concerne la procédure de délivrance du certificat de nationalité marocaine. Les démarches ont été clarifiées et davantage structurées afin de mieux accompagner les citoyen.ne.s dans la constitution de leur dossier, notamment pour les Marocains nés à l’étranger et leurs descendants. Les consulats assurent désormais une meilleure orientation des demandeurs et facilitent la préparation des dossiers avant leur transmission aux autorités compétentes au Maroc, ce qui contribue à réduire les erreurs et les délais de traitement. Il convient également de souligner le développement des consulats mobiles, qui rapprochent périodiquement les services consulaires des Marocains résidant dans des régions éloignées des postes diplomatiques, leur permettant d’accomplir sur place de nombreuses formalités administratives sans avoir à parcourir plusieurs centaines de kilomètres. Enfin, le Centre d’appels consulaire, mis en place par la Direction des Affaires consulaires et sociales, constitue aujourd’hui un outil essentiel d’accompagnement des Marocains du monde. Accessible grâce à des numéros dédiés dans les principaux pays de résidence ainsi que par courrier électronique, il assure une information personnalisée sur l’ensemble des démarches consulaires, oriente les usagers vers le service compétent, apporte une assistance dans l’utilisation des plateformes numériques, répond aux difficultés rencontrées lors des prises de rendez-vous et assure un suivi des réclamations lorsque cela est nécessaire. Ce dispositif contribue significativement à améliorer l’accessibilité du service public consulaire et à réduire les déplacements inutiles des usagers.

Je voudrais enfin signaler le lancement par le CCME, il y a quelques mois, de Goul-IA («Dis-moi»), un chatbot interactif et multilingue, le premier assistant virtuel intelligent conçu pour répondre aux besoins des Marocain(e)s du monde. Capable d’interagir dans plusieurs langues, il fournit des réponses claires, fiables et actualisées en temps réel aux questions les plus fréquentes de la communauté marocaine résidant à l’étranger. Il peut être consulté sur le site du CCME ou téléchargé sur l’Apple Store et sur Android.

Comment envisagez-vous l’articulation entre le rôle du CCME et celui de la Fondation Mohammedia afin d’assurer une meilleure cohérence des politiques publiques dédiées aux Marocains du monde ?

Il me semble que la Constitution de 2011 et les Orientations Royales définissent de manière on ne peut plus claire les rôles et les fonctions de chacune des deux institutions. D’un côté, un conseil consultatif constitutionnel, chargé, conformément à l’article 163, «notamment d’émettre des avis sur les orientations des politiques publiques permettant d’assurer aux Marocains résidant à l’étranger le maintien de liens étroits avec leur identité marocaine, les mesures ayant pour but de garantir leurs droits et préserver leurs intérêts, ainsi qu’à contribuer au développement humain et durable de leur pays d’origine et à son progrès». Cet article doit être considéré en même temps que l’article 16, qui stipule que le Royaume défend les droits et les «intérêts légitimes» des Marocains du monde dans «le respect du droit international et des lois en vigueur dans les pays d’accueil». Cet article précise que, du point de vue du Royaume, les MDM doivent contribuer «au resserrement des liens d’amitié et de coopération avec les gouvernements et les sociétés des pays où ils résident ou dont ils sont aussi citoyens».

De l’autre côté, la future Fondation Mohammedia est clairement une institution publique, qui relève du pouvoir exécutif, chargée principalement de veiller à la cohérence des politiques publiques et à leur mise en œuvre.

D’un mot, un bras exécutif d’une part, et une instance consultative associant les MDM à l’évaluation et à l’élaboration des politiques qui les concernent, d’autre part.

Si vous deviez identifier trois priorités pour renforcer la contribution des Marocains du monde au développement du Royaume au cours des dix prochaines années, quelles seraient-elles ?

Il y a trois problématiques essentielles, me semble-t-il. La première concerne l’investissement, l’entrepreneuriat et la mobilisation de l’épargne, et nous en avons parlé. La seconde concerne les ressources humaines. Nous sommes dans un contexte international de concurrence acharnée pour la captation des compétences hautement qualifiées ou parfois non (comme dans l’agriculture, le tourisme, etc.). Tout le monde connaît, par exemple, nos difficultés en médecine. Une stratégie nationale élaborée en lien avec les compétences marocaines du monde, régulièrement évaluée et adaptée, est, à notre avis, nécessaire. C’est d’autant plus nécessaire et possible que nous avons de belles réussites dans ce domaine, comme le montre, par exemple, l’Université internationale de Rabat. L’équipe nationale de football est aussi une belle illustration de ce qui peut être fait.

Il y a enfin l’immense problématique de la transmission. Le Royaume a fait beaucoup dans ce domaine, avec, par exemple, la contribution à l’enseignement de la langue arabe. Il est temps, nous semble-t-il, d’évaluer ce qui a été accompli et de voir comment nous pouvons contribuer mieux à la transmission des langues (arabe littéral, darija, amazigh), des cultures marocaines dans l’immigration et, parallèlement, faire mieux connaître, au Maroc, cette extraordinaire vitalité des créateurs, artistes et intellectuels de l’immigration marocaine. L’action modeste du CCME dans ce domaine montre ce qui peut être entrepris.

L’ancrage territorial des Marocains du monde s’accélère

Si la question de la mobilisation des Marocains du monde (MDM) est aujourd’hui au cœur du débat public, plusieurs initiatives structurantes ont déjà été engagées ces dernières années pour traduire cette ambition en actions concrètes. L’année 2023 a ainsi marqué une étape importante dans la stratégie du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME). En juillet de cette année-là, le Conseil et l’Association des Régions du Maroc (ARM) ont signé un mémorandum d’entente destiné à renforcer l’implication des Marocains du monde dans le développement territorial du Royaume.

Cet accord reposait sur une conviction forte : les régions constituent désormais l’échelon le plus pertinent pour rapprocher la diaspora des dynamiques économiques locales et transformer son potentiel en projets de développement concrets. Il visait notamment à favoriser la participation des Marocains du monde à la conception des politiques régionales, à renforcer leur contribution aux Programmes de Développement Régional (PDR), à encourager l’investissement dans les territoires d’origine et à mieux valoriser les compétences et expertises acquises à l’international.

Cette même année 2023, le CCME a également multiplié les initiatives de réflexion autour des nouvelles formes d’engagement de la diaspora marocaine. Ces travaux ont mis en évidence l’importance de dépasser la seule logique des transferts financiers pour construire une relation plus complète, fondée sur l’investissement productif, le partage des savoir-faire, l’innovation et la participation citoyenne.

Trois ans plus tard, les constats dressés par Driss El Yazami dans cet entretien s’inscrivent dans le prolongement direct de cette démarche. Alors que les transferts des MDM ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, la question centrale demeure celle de la transformation de cette puissance financière en investissement créateur de richesse et d’emplois.

Le partenariat conclu en 2023 entre le CCME et l’ARM apparaît ainsi rétrospectivement comme l’une des premières concrétisations de cette vision. En plaçant les territoires au cœur de la relation avec la diaspora, il a ouvert la voie à une approche plus intégrée où les Marocains du monde sont considérés non seulement comme des contributeurs économiques, mais aussi comme des acteurs du développement régional, des relais d’influence et des porteurs de compétences stratégiques pour le Maroc de demain.

Cette orientation rejoint pleinement les priorités aujourd’hui mises en avant par le CCME : renforcer l’investissement et l’entrepreneuriat des Marocains du monde, mobiliser davantage leurs talents et leurs expertises et consolider leur contribution au rayonnement économique, culturel et territorial du Royaume.
Lisez nos e-Papers