Le réquisitoire est posé avec une précision chirurgicale. Dans une lettre ouverte datée du 30 mars 2026, l’ADFM dresse un état des lieux sans concession de la participation politique des femmes au Maroc. L’Association, fondée en 1985 et considérée comme l’une des organisations féministes les plus influentes, observe «avec une vive inquiétude le fossé qui persiste entre le discours politique en faveur de la parité et la réalité de l’exclusion effective des femmes des sphères décisionnelles au sein des partis et du Parlement».
Ce qui rend le diagnostic particulièrement accablant, c’est la comparaison régionale. L’ADFM relève que «certains pays arabes de la région mènent des expériences avancées en matière de participation des femmes aux assemblées législatives, leur proportion variant entre 31 et 36%». Une référence transparente à des expériences comme celle des Émirats arabes unis, qui ont instauré la parité parfaite (50%) au Conseil national fédéral depuis 2019 par décret présidentiel. La Tunisie, de son côté, avait atteint 31% de femmes au Parlement en 2014 grâce à un système de listes paritaires alternées, avant que les réformes du Président ne viennent fragiliser cet acquis en 2022. Ces comparaisons désarment l’argument souvent invoqué selon lequel le contexte socioculturel de la région constituerait un obstacle irréductible à la représentation politique des femmes. Elles démontrent, au contraire, que c’est la conception même des mécanismes électoraux : quotas contraignants, listes alternées, financement conditionné, qui fait la
différence.
MDParité avait alors formulé des revendications structurantes : l’institutionnalisation de la parité dans la loi organique relative à la Chambre des représentants, l’application de la parité sur les listes de candidatures à la Chambre des conseillers, le renforcement de la représentation politique des femmes dans les conseils des collectivités territoriales et l’adoption de dispositions claires dans la loi organique des partis politiques pour promouvoir la représentation des femmes à tous les niveaux de gouvernance partisane. Des revendications portées dans un contexte où, selon le mouvement, «la préparation aux prochaines échéances électorales nécessite une réelle audace et célérité pour mener des réformes fondamentales».
Le bilan du scrutin du 8 septembre 2021, tel qu’il est documenté par le MDParité lui-même, a confirmé les craintes. Les candidatures féminines aux communales n’ont pas dépassé 29,87%, contre 70,13% de candidatures masculines. Aux régionales, le taux féminin s’est établi à 39,79%. Pour le scrutin législatif général, le taux de réussite des femmes n’a pas atteint 2%, et sur les 95 femmes élues à la Chambre des représentants, 90 l’ont été via les listes régionales réservées, c’est-à-dire par le biais du mécanisme de discrimination positive, et non par les circonscriptions locales où la compétition est directe et plus rude.
L’Association pointe par ailleurs un dysfonctionnement récurrent : l’approche «saisonnière» de la question féminine par les partis. «Les partis abordent la participation politique des femmes de manière ponctuelle, et non comme un choix stratégique», dénonce la lettre, tout en relevant la faiblesse du soutien aux organisations féminines partisanes et l’absence d’une prise de position «claire et ferme» en faveur de l’institutionnalisation de la parité dans la loi organique de la Chambre des représentants.
féminines.
Le défi est d’autant plus pressant que d’autres acteurs ont rejoint le plaidoyer. L’Organisation de la femme istiqlalienne a proposé de porter la représentation féminine à la Chambre des représentants de 24% à un tiers des sièges, tandis que le ministère de l’Intérieur a ouvert des concertations avec les partis politiques où le renforcement de la représentativité féminine figurait parmi les axes prioritaires. La question est désormais posée: les partis politiques marocains saisiront-ils le rendez-vous du 23 septembre 2026 pour transformer la promesse constitutionnelle de parité en réalité électorale ? Ou assisterons-nous, une fois encore, au rituel d’engagements de circonstance suivis de résultats décevants ? La réponse se mesurera, cette fois, à l’aune de critères précis que la société civile a pris soin de fixer à l’avance. Et le chronomètre tourne.
Quinze ans de parité constitutionnelle, un bilan qui dérange
Les chiffres avancés dans la lettre sont éloquents. Sur les 395 sièges de la Chambre des représentants, seuls 95 sont occupés par des femmes, soit un taux de 24,3%. À la Chambre des conseillers, la proportion est encore plus faible, oscillant entre 11 et 12%. Quant au taux d’adhésion des femmes aux partis politiques, il ne dépasse pas 8 à 9%, alors même que les femmes constituent plus de la moitié du corps électoral. Des indicateurs qui, quinze ans après l’inscription du principe d’égalité et de parité dans la Constitution de 2011, traduisent une stagnation structurelle que l’ADFM impute à l’absence de «véritable volonté politique de mettre en œuvre le principe de parité».Un classement mondial qui neutralise l’argument culturaliste
Le déclencheur immédiat de cette sortie est le classement publié par l’Union interparlementaire (UIP). Selon les dernières données de cette organisation, le Maroc occupe le 101e rang mondial en matière de représentation des femmes au sein des Parlements, ne gagnant qu’une seule place par rapport à l’année précédente. Un positionnement d’autant plus préoccupant que la moyenne mondiale de représentation féminine dans les Parlements nationaux atteignait déjà 27,5% au 1er janvier 2026, selon le rapport de l’UIP intitulé «Les femmes au Parlement en 2025».Ce qui rend le diagnostic particulièrement accablant, c’est la comparaison régionale. L’ADFM relève que «certains pays arabes de la région mènent des expériences avancées en matière de participation des femmes aux assemblées législatives, leur proportion variant entre 31 et 36%». Une référence transparente à des expériences comme celle des Émirats arabes unis, qui ont instauré la parité parfaite (50%) au Conseil national fédéral depuis 2019 par décret présidentiel. La Tunisie, de son côté, avait atteint 31% de femmes au Parlement en 2014 grâce à un système de listes paritaires alternées, avant que les réformes du Président ne viennent fragiliser cet acquis en 2022. Ces comparaisons désarment l’argument souvent invoqué selon lequel le contexte socioculturel de la région constituerait un obstacle irréductible à la représentation politique des femmes. Elles démontrent, au contraire, que c’est la conception même des mécanismes électoraux : quotas contraignants, listes alternées, financement conditionné, qui fait la
différence.
Un scénario qui se répète : le précédent de 2021
L’interpellation de l’ADFM s’inscrit dans une séquence de plaidoyers que la société civile féministe marocaine porte à la veille de chaque échéance électorale, sans que les résultats soient à la hauteur des espérances. En février 2021, à quelques mois des élections législatives du 8 septembre, le Mouvement pour la démocratie paritaire (MDParité) avait déjà exprimé sa «grande stupéfaction» face aux dispositions des projets de loi organique régissant le processus électoral. Le mouvement dénonçait le fait que les projets de loi organique relatifs à la Chambre des représentants, à la Chambre des conseillers, aux collectivités territoriales et aux partis politiques n’intégraient pas le principe de parité pourtant consacré par la Constitution.MDParité avait alors formulé des revendications structurantes : l’institutionnalisation de la parité dans la loi organique relative à la Chambre des représentants, l’application de la parité sur les listes de candidatures à la Chambre des conseillers, le renforcement de la représentation politique des femmes dans les conseils des collectivités territoriales et l’adoption de dispositions claires dans la loi organique des partis politiques pour promouvoir la représentation des femmes à tous les niveaux de gouvernance partisane. Des revendications portées dans un contexte où, selon le mouvement, «la préparation aux prochaines échéances électorales nécessite une réelle audace et célérité pour mener des réformes fondamentales».
Le bilan du scrutin du 8 septembre 2021, tel qu’il est documenté par le MDParité lui-même, a confirmé les craintes. Les candidatures féminines aux communales n’ont pas dépassé 29,87%, contre 70,13% de candidatures masculines. Aux régionales, le taux féminin s’est établi à 39,79%. Pour le scrutin législatif général, le taux de réussite des femmes n’a pas atteint 2%, et sur les 95 femmes élues à la Chambre des représentants, 90 l’ont été via les listes régionales réservées, c’est-à-dire par le biais du mécanisme de discrimination positive, et non par les circonscriptions locales où la compétition est directe et plus rude.
Un cahier des charges précis adressé aux partis
C’est précisément pour éviter une répétition de ce scénario que l’ADFM hausse le ton en 2026. Sa lettre ouverte ne se limite pas au constat. Elle pose un cahier des charges articulé autour de cinq exigences concrètes. L’association demande aux partis politiques de présenter des candidatures féminines dans les circonscriptions législatives locales à hauteur d’au moins 30%, en ciblant prioritairement les circonscriptions sûres et garantes de victoire. Elle appelle à l’établissement de critères de sélection fondés sur la compétence et la responsabilité, et non sur des logiques de cooptation. Elle exige un soutien matériel et moral aux organisations féminines des partis et aux candidates, ainsi qu’une désignation démocratique des candidates sur la base d’une charte contractuelle intégrant la reddition des comptes. Enfin, l’ADFM demande la mise en place d’un plan de communication mettant en avant les dirigeantes des formations politiques.L’Association pointe par ailleurs un dysfonctionnement récurrent : l’approche «saisonnière» de la question féminine par les partis. «Les partis abordent la participation politique des femmes de manière ponctuelle, et non comme un choix stratégique», dénonce la lettre, tout en relevant la faiblesse du soutien aux organisations féminines partisanes et l’absence d’une prise de position «claire et ferme» en faveur de l’institutionnalisation de la parité dans la loi organique de la Chambre des représentants.
La crédibilité du processus démocratique en jeu
Au-delà de la question de la représentation féminine stricto sensu, c’est la crédibilité de l’ensemble de l’édifice démocratique marocain qui est interpellée. L’ADFM ne cache pas sa crainte que les répercussions de cette situation «remettent profondément en cause la crédibilité de l’ensemble du processus démocratique et de la pratique politique». Un constat qui résonne avec les conclusions de l’UIP au niveau mondial. Le rapport 2026 de l’organisation a ainsi établi que les femmes parlementaires subissent davantage d’actes d’intimidation que leurs collègues masculins, 76% des femmes interrogées déclarant avoir subi des violences politiques, contre 68% pour les hommes, un phénomène susceptible de dissuader les candidaturesféminines.
Le défi est d’autant plus pressant que d’autres acteurs ont rejoint le plaidoyer. L’Organisation de la femme istiqlalienne a proposé de porter la représentation féminine à la Chambre des représentants de 24% à un tiers des sièges, tandis que le ministère de l’Intérieur a ouvert des concertations avec les partis politiques où le renforcement de la représentativité féminine figurait parmi les axes prioritaires. La question est désormais posée: les partis politiques marocains saisiront-ils le rendez-vous du 23 septembre 2026 pour transformer la promesse constitutionnelle de parité en réalité électorale ? Ou assisterons-nous, une fois encore, au rituel d’engagements de circonstance suivis de résultats décevants ? La réponse se mesurera, cette fois, à l’aune de critères précis que la société civile a pris soin de fixer à l’avance. Et le chronomètre tourne.
