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Samedi 31 Octobre 2026
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Fête de l’Unité, là où le symbole, la diplomatie et la mémoire collective se rejoignent (Yasmine Hasnaoui)

Cinquante et un ans après la Marche Verte, le Maroc ouvre un nouveau chapitre de sa mémoire nationale. Le 31 octobre 2026 marque la première célébration de la Fête de l’Unité, instituée par S.M. le Roi Mohammed VI en novembre 2025, dans le prolongement du tournant diplomatique consacré par la résolution 2797 du Conseil de sécurité. En érigeant cette date en fête nationale, le Royaume inscrit les acquis de la Diplomatie Royale et l’attachement à son intégrité territoriale dans un nouveau rendez-vous de son histoire. Mais au-delà de sa portée symbolique, cette célébration ouvre une nouvelle étape : celle de la consolidation des avancées diplomatiques et de leur traduction en règlement politique durable. Pour Yasmine Hasnaoui, professeure à l’École supérieure de l’éducation et de la formation de l’Université Hassan Ier de Settat, le 31 octobre incarne à la fois l’aboutissement d’un long travail diplomatique et le point de départ de nouvelles responsabilités. Dans cet entretien accordé au «Matin», elle décrypte la portée historique de cette première célébration, les perspectives ouvertes par l’initiative marocaine d’autonomie et les enjeux de cette nouvelle dynamique pour l’unité nationale et l’avenir du Maghreb.

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Le Matin : Le Maroc célèbre, cette année, pour la première fois, la Fête de l’Unité, instituée dans le prolongement du tournant diplomatique du 31 octobre 2025. Quelle portée historique et politique accordez-vous à cette nouvelle fête nationale ?

Yasmine Hasnaoui :
Je considère que la Fête de l’Unité représente un moment important dans l’histoire politique contemporaine du Maroc. Sa portée réside dans la volonté d’inscrire une évolution diplomatique majeure dans la mémoire nationale et de lui donner une signification qui dépasse le seul événement conjoncturel. Le choix du 31 octobre est particulièrement significatif, puisqu’il correspond à l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, en 2025. En instituant cette journée comme fête nationale, le Maroc établit un lien symbolique entre la diplomatie, l’unité nationale et l’intégrité territoriale. J’y vois également une évolution dans la manière de construire le récit national. Pendant longtemps, la question du Sahara a été principalement associée à la mémoire de la décolonisation, à la Marche Verte et à la défense de l’intégrité territoriale. Aujourd’hui, elle s’inscrit aussi dans un récit de consolidation diplomatique, de développement territorial et de projection du Maroc dans son environnement régional et international. Mais la portée de cette fête ne devrait pas être uniquement symbolique. Elle peut devenir un rendez-vous annuel permettant d’évaluer les progrès accomplis en matière de développement, de participation citoyenne et de réduction des inégalités, notamment dans les provinces du Sud. L’unité nationale se nourrit certes d’une mémoire commune, mais elle se consolide aussi par la confiance dans les institutions et par le sentiment que chaque citoyen participe pleinement au projet collectif.



Cinquante et un ans après la Marche Verte, comment voyez-vous la portée et le symbole incarnés par le 31 octobre dans le récit national marocain ?

La Marche Verte et la Fête de l’Unité renvoient à deux moments distincts, mais complémentaires, de l’histoire nationale. La Marche Verte de 1975 symbolise la mobilisation populaire, la continuité historique des liens entre le Maroc et son Sahara et la capacité de transformer une revendication nationale en une action collective d’une ampleur exceptionnelle. Le 31 octobre 2025, quant à lui, marque une étape dans la traduction diplomatique de cette question au sein du Conseil de sécurité. Si la Marche Verte incarne la mobilisation d’un peuple autour d’un objectif national, le 31 octobre peut symboliser la consolidation d’une orientation diplomatique et la volonté de transformer les acquis en perspective politique durable. Il ne s’agit donc pas de substituer une date à une autre. Il s’agit plutôt d’enrichir le récit national en articulant trois dimensions : la mémoire historique, la reconnaissance diplomatique et la responsabilité envers les générations futures. À mes yeux, le message essentiel est que l’histoire nationale ne se résume pas à la défense d’un territoire. Elle concerne également la capacité de l’État à faire de ce territoire un espace de développement, de dignité et d’opportunités pour ses populations. C’est cette articulation entre continuité historique et ambition d’avenir qui peut donner au 31 octobre toute sa profondeur.

Peut-on parler d’un changement irréversible de paradigme diplomatique ? Quels défis restent à relever ? Je parlerais d’un changement majeur dans le cadre diplomatique, plutôt que d’un processus irréversible déjà achevé. La nuance est importante, car elle permet de mesurer la portée de la résolution 2797 sans confondre une avancée diplomatique avec un règlement définitif. La résolution a été adoptée le 31 octobre 2025 par onze voix, avec trois abstentions et aucun vote contre. Elle demande que les négociations prennent pour base l’initiative marocaine d’autonomie et reconnaît qu’une autonomie véritable pourrait constituer l’issue la plus réalisable. Elle maintient également le principe d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable. Cette évolution est importante parce qu’elle renforce la centralité de l’initiative d’autonomie dans le processus de négociation. La question n’est plus seulement de gérer un différend qui perdure depuis des décennies, mais de créer les conditions politiques permettant de parvenir à une solution négociée sur la base d’un cadre désormais plus clairement défini. Cependant, trois défis restent déterminants :

• Le premier est la traduction de l’évolution diplomatique en négociations substantielles. Il faut passer des positions de principe à la discussion des modalités concrètes de l’autonomie : les institutions, les compétences, les garanties, la représentation politique et les mécanismes de mise en œuvre.

• Le deuxième concerne la participation des parties concernées. La résolution appelle à des négociations impliquant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. La question de la responsabilité de l’Algérie demeure donc incontournable dans toute perspective de règlement durable.

• Le troisième défi est celui de la confiance. Un accord politique ne peut être durable que s’il repose sur des garanties crédibles, une vision institutionnelle cohérente et des perspectives concrètes pour les populations concernées.

À mon sens, le véritable test de cette nouvelle séquence diplomatique sera la capacité des acteurs à transformer un cadre de négociation plus favorable à l’initiative marocaine en un compromis politique durable. La diplomatie marocaine devra donc poursuivre son travail de consolidation internationale, tout en donnant davantage de visibilité au contenu institutionnel, aux garanties et à la dimension humaine de sa proposition.

Une fête nationale peut-elle, à elle seule, renforcer le sentiment d’appartenance et la cohésion entre les générations ?

Non, une fête nationale ne peut pas, à elle seule, produire une cohésion durable. Elle peut néanmoins devenir un puissant instrument de transmission de la mémoire collective, à condition que sa portée symbolique trouve un prolongement dans la vie quotidienne des citoyens. Pour les générations qui ont vécu la Marche Verte, le 31 octobre peut rappeler une expérience historique, une mobilisation collective et une certaine conception de l’engagement national. Pour les jeunes générations, qui n’ont pas connu directement cette période, le défi est différent : il s’agit de comprendre cette histoire, d’en saisir les enjeux et de pouvoir se l’approprier de manière éclairée. C’est pourquoi je considère que la Fête de l’Unité doit être pensée comme un espace de transmission, mais aussi de dialogue entre les générations. L’école, l’université, les médias et les institutions culturelles ont ici un rôle essentiel. Il ne suffit pas de célébrer une date ; il faut expliquer pourquoi elle compte, ce qu’elle signifie et quelles responsabilités elle implique pour l’avenir. Il existe également une dimension sociale incontournable. Le sentiment d’appartenance se renforce lorsque les citoyens ont le sentiment que leur voix compte, que leurs droits sont respectés et que les perspectives de développement leur sont réellement accessibles. Que ce soit dans les provinces du Sud ou dans toutes les parties du Maroc, cette articulation est particulièrement importante. Le développement des infrastructures, des services publics, de l’éducation et des opportunités économiques doit s’accompagner d’une participation effective des populations à la vie institutionnelle et aux décisions qui les concernent. L’unité nationale ne doit pas être uniquement une mémoire partagée ; elle doit aussi être une expérience vécue. C’est à cette condition que la Fête de l’Unité pourra dépasser le cadre commémoratif et devenir un véritable rendez-vous civique.

Quelles transformations des équilibres régionaux peut-on envisager ? La consolidation de la position marocaine peut-elle favoriser une nouvelle dynamique de stabilité au Maghreb ?

La question du Sahara ne peut être comprise indépendamment des équilibres géopolitiques du Maghreb. Depuis des décennies, ce différend pèse sur les relations entre le Maroc et l’Algérie, limite la coopération régionale et fragilise la capacité des deux pays à construire un espace maghrébin intégré. La consolidation de la position diplomatique marocaine modifie les paramètres dans lesquels le dossier est discuté au niveau international. Mais ses effets régionaux dépendront de la manière dont cette évolution sera accompagnée par les acteurs concernés. Il faut notamment tenir compte de trois transformations possibles.

• La première est diplomatique : la centralité accordée à l’initiative marocaine d’autonomie dans la résolution 2797 peut encourager les acteurs à privilégier davantage la recherche d’un compromis politique. Cela ne signifie pas que les divergences ont disparu, mais que le cadre de négociation a évolué.

• La deuxième transformation est géoéconomique. Le Maghreb fait face à des défis communs en matière d’énergie, de sécurité alimentaire, de mobilité, d’emploi des jeunes et d’attractivité des investissements. Or le coût de la fragmentation régionale est considérable, même s’il est difficile de l’isoler dans un chiffre unique pour le Maroc. Les estimations du FMI permettent néanmoins de mesurer l’ampleur du potentiel inexploité. Selon son étude publiée en 2026, une réduction des barrières tarifaires et non tarifaires entre les pays d’Afrique du Nord pourrait accroître leurs exportations de 13% et leur PIB de 1,2% en moyenne. Par ailleurs, le commerce intrarégional représente moins de 5% du commerce total du Maghreb, selon les données analysées par le FMI en 2019. Ces chiffres illustrent une réalité stratégique : la fragmentation du Maghreb ne constitue pas seulement un problème diplomatique, elle représente également un manque à gagner économique et une occasion manquée en matière d’emploi, d’investissement et de compétitivité. Une amélioration des relations entre Rabat et Alger pourrait contribuer à lever certains obstacles à l’intégration, à condition qu’elle s’accompagne de réformes commerciales, d’infrastructures connectées et de mécanismes de coopération concrets. L’enjeu n’est donc pas simplement de savoir combien le Maroc perd aujourd’hui, mais combien les économies maghrébines pourraient gagner demain en transformant leur proximité géographique en complémentarité économique.

• La troisième dimension concerne la sécurité régionale. Dans un environnement sahélo-saharien marqué par la progression des groupes terroristes et les activités des réseaux criminels transnationaux, une meilleure coordination entre les États du Maghreb devient un enjeu stratégique. Prenons l’exemple du trafic d’armes dans le Sahel : une coopération plus structurée entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et leurs partenaires sahéliens pourrait faciliter le partage de renseignements, le suivi des réseaux criminels et la prévention des menaces transfrontalières. Il ne s’agit pas de nier les divergences politiques entre Rabat et Alger, mais de reconnaître que certaines menaces dépassent les rivalités bilatérales. La stabilité régionale suppose ainsi des mécanismes de coopération concrets, fondés sur la confiance et des intérêts sécuritaires partagés. Il faut néanmoins éviter tout déterminisme diplomatique. Une évolution favorable à la position marocaine ne garantit pas automatiquement un rapprochement avec l’Algérie. Les divergences stratégiques, les perceptions de sécurité et les choix politiques des deux pays demeurent des facteurs importants.

C’est précisément dans ce contexte que la main tendue de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’Algérie revêt une importance particulière. À maintes reprises, le Souverain a réaffirmé que le peuple algérien est un peuple frère, lié au peuple marocain par une histoire, des attaches humaines et un destin commun. Il a également renouvelé la disposition du Maroc à engager un dialogue franc, responsable et fraternel, tout en soulignant que l’Union du Maghreb ne peut se construire sans l’implication conjointe du Maroc et de l’Algérie. Cette démarche traduit une distinction essentielle entre la défense des intérêts nationaux du Maroc et la nécessité de préserver une perspective de rapprochement régional. La main tendue ne signifie ni l’effacement des divergences ni le renoncement aux positions marocaines sur le Sahara. Elle constitue plutôt une ouverture politique qui permet de maintenir le dialogue comme horizon possible, malgré les tensions actuelles. À mes yeux, l’unité du Maghreb ne pourra se construire durablement contre l’un de ses peuples, mais avec l’ensemble des peuples de la région. Elle suppose une volonté politique réciproque, le respect des intérêts nationaux et la capacité de dépasser progressivement les logiques de confrontation. La main tendue Royale rappelle ainsi que la consolidation de l’intégrité territoriale du Maroc et l’ambition d’un Maghreb uni ne sont pas nécessairement contradictoires : elles peuvent s’inscrire dans une même vision de stabilité, de prospérité et de destin régional partagé.

Dans vingt ou trente ans, que souhaiteriez-vous que les Marocains retiennent de ce premier 31 octobre 2026 ?

Dans vingt ou trente ans, je souhaiterais que les Marocains retiennent de ce premier 31 octobre non seulement une étape importante dans l’histoire diplomatique du pays, mais aussi le moment où une dynamique de reconnaissance internationale s’est accompagnée d’une ambition renouvelée pour le développement, la cohésion nationale et la stabilité régionale. Cette date devra également être analysée à la lumière du rôle déterminant de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dont la vision stratégique a placé la question du Sahara au cœur d’une diplomatie marocaine à la fois proactive, patiente et résolument tournée vers l’avenir. La résolution 2797 du Conseil de sécurité ne saurait être dissociée de cette continuité diplomatique, fondée sur la défense des intérêts nationaux, la mobilisation des partenariats internationaux et la promotion de l’initiative marocaine d’autonomie comme base de négociation. Il convient également de souligner le travail de la Diplomatie Royale, mise en œuvre par les institutions diplomatiques du Royaume sous la conduite du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. La coordination entre la Vision Royale, l’action diplomatique et le travail de persuasion auprès des partenaires internationaux a contribué à faire évoluer le cadre dans lequel la question du Sahara est abordée. Cette dynamique illustre l’importance d’une diplomatie qui ne se limite pas à réagir aux événements, mais qui cherche à anticiper les évolutions internationales, à construire des convergences et à inscrire les intérêts du Maroc dans une vision stratégique de long terme. J’aimerais que les générations futures puissent regarder cette date avec le sentiment qu’elle a contribué à rapprocher trois dimensions fondamentales : la mémoire historique, la consolidation diplomatique et la construction d’un avenir partagé. La Marche Verte a incarné la mobilisation d’un peuple autour d’une cause nationale ; le 31 octobre peut, quant à lui, symboliser une nouvelle étape dans la traduction diplomatique de cette aspiration. Je souhaiterais également que les générations futures puissent constater que les provinces du Sud ont continué à se développer, que leurs populations ont bénéficié de perspectives économiques et sociales plus larges et que leur participation à la vie publique s’est renforcée. La dimension humaine doit rester au cœur de toute vision durable du territoire. La consolidation diplomatique prend tout son sens lorsqu’elle se traduit par des progrès tangibles dans la vie des citoyens, par des institutions inclusives et par de nouvelles possibilités pour la jeunesse. Sur le plan régional, j’espère que le 31 octobre sera associé non seulement à la consolidation de l’unité nationale, mais aussi à une période ayant permis de réduire les tensions et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération au Maghreb. La main tendue de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l’Algérie rappelle, à cet égard, que la défense des intérêts nationaux du Maroc peut s’inscrire dans une ambition plus large : celle d’un Maghreb stable, intégré et capable de répondre collectivement aux défis économiques et sécuritaires de son environnement. Enfin, en tant que chercheuse, je souhaiterais que cette date soit étudiée avec la profondeur qu’exige tout moment historique : en analysant le Leadership Royal, les choix diplomatiques, les rapports de force internationaux, le rôle des institutions et les conséquences de ces évolutions sur les sociétés. Car l’histoire ne se mesure pas uniquement aux décisions prises, mais également à ce qu’elles rendent possible. Si, dans trente ans, les Marocains peuvent dire que le 31 octobre 2026 a marqué le début d’une période où la vision stratégique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le travail de la diplomatie marocaine ont contribué à transformer une avancée diplomatique en progrès humain, en développement territorial et en nouvelles perspectives pour les générations futures, alors cette fête aura acquis une portée historique qui dépassera largement sa dimension symbolique. n
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