Depuis la publication de la recommandation du Conseil de la concurrence préconisant l’ouverture du capital des pharmacies à des investisseurs non professionnels, la contestation ne cesse de s’amplifier. Ce qui n’était au départ qu’un débat technique sur le modèle économique des officines s’est rapidement transformé en sujet sensible au sein des professions de santé. Après les premières réactions de pharmaciens affirmant que «le médicament n’est pas une marchandise», la mobilisation s’est élargie désormais à l’ensemble des métiers de santé réglementés, donnant à la polémique une dimension nationale et interprofessionnelle.
Front commun des professions libérales de santé
C’est dans ce contexte que le Syndicat national des médecins du secteur libéral, la Fédération nationale des syndicats des chirurgiens-dentistes et la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc ont publié, lundi dernier, un communiqué conjoint exprimant leur rejet catégorique de la recommandation. En affichant une position commune, ces trois instances entendent marquer un tournant dans le rapport de force. Elles s’opposent à toute orientation visant à généraliser l’ouverture du capital des professions de santé réglementées à des investisseurs non professionnels, estimant qu’une telle évolution constituerait une atteinte grave à l’indépendance de la décision thérapeutique et au cadre éthique qui encadre l’exercice des métiers de santé. Pour elles, le principe est clair : l’intérêt du patient doit primer toute considération commerciale ou lucrative.
La crainte d’un basculement vers une logique marchande
Au-delà de la question du capital, les organisations professionnelles pointent un risque plus profond : celui d’un glissement progressif vers une marchandisation des soins. Elles rappellent à ce titre que les métiers de la santé sont strictement encadrés par des lois et des règles déontologiques précisément pour éviter toute confusion entre intérêt financier et décision médicale. L’introduction d’investisseurs extérieurs, selon elles, pourrait ainsi créer un conflit d’intérêts structurel entre logique de rentabilité et exigence thérapeutique.
Dans cette perspective, l’ouverture du capital des pharmacies – et, par extension, l’investissement privé dans d’autres branches comme la médecine dentaire – constituerait une porte d’entrée vers une transformation du secteur en activité régie par les mécanismes du marché et de la spéculation. Une évolution qui, préviennent-elles, pourrait favoriser la concentration économique, fragiliser les professionnels indépendants et accentuer les déséquilibres territoriaux en matière d’accès aux soins.
Dans cette perspective, l’ouverture du capital des pharmacies – et, par extension, l’investissement privé dans d’autres branches comme la médecine dentaire – constituerait une porte d’entrée vers une transformation du secteur en activité régie par les mécanismes du marché et de la spéculation. Une évolution qui, préviennent-elles, pourrait favoriser la concentration économique, fragiliser les professionnels indépendants et accentuer les déséquilibres territoriaux en matière d’accès aux soins.
Une solidarité interprofessionnelle assumée
Ainsi, face à ce qu’elles perçoivent comme une redéfinition du modèle sanitaire, les trois organisations affichent une solidarité totale avec les pharmaciens. Selon elles, «porter atteinte à l’un des maillons du système de santé revient à fragiliser l’ensemble de la chaîne». Par conséquent, défendre aujourd’hui l’indépendance du pharmacien, affirment-elles, revient aussi à protéger celle du médecin et du chirurgien-dentiste, dans un contexte où les réformes sectorielles se multiplient. Pour les trois représentations syndicales, cette convergence traduit la volonté de dépasser les revendications corporatistes pour inscrire la mobilisation dans une logique de défense globale de l’autonomie des professions réglementées.
Entre rejet ferme et appel au dialogue
Pour autant, les syndicats ne ferment pas la porte à la concertation. Tout en rejetant fermement la recommandation du Conseil de la concurrence, ils appellent les autorités publiques à engager un dialogue national responsable avec les représentants professionnels. À leurs yeux, toute réforme du système de santé doit préserver la dignité des praticiens tout en garantissant aux citoyens un service de santé sûr, indépendant et équitable. Autrement dit, la modernisation du secteur ne saurait se faire au détriment de ses fondements éthiques. Dans le même temps, les organisations affirment leur attachement à l’unité syndicale et se disent prêtes à recourir à toutes les formes de mobilisation légitimes pour défendre l’autonomie des professions de santé et la sécurité sanitaire du pays.
Une réforme économique qui divise
Il convient de rappeler que cette polémique trouve son origine dans l’avis rendu par le Conseil de la concurrence sur l’état de la concurrence dans le marché de la distribution des médicaments au Maroc. Dans ce document, l’institution recommande l’adoption d’un nouveau modèle économique pour les pharmacies, fondé notamment sur la diversification des sources de revenus, la valorisation de l’acte pharmaceutique à travers des honoraires de dispensation, ainsi que la mise en place d’un mécanisme permettant de dissocier une partie des revenus des officines du prix du médicament. Selon le Conseil, le modèle actuel présente des limites structurelles. Il souligne en particulier la pression continue exercée sur les prix des médicaments et les baisses successives enregistrées ces dernières années, qui ont eu un impact direct sur les marges et la viabilité financière de nombreuses officines.
Toutefois, si les syndicats reconnaissent que la question de la soutenabilité économique des pharmacies mérite d’être examinée, ils estiment qu’elle ne saurait servir de fondement à une remise en cause de l’indépendance professionnelle. À leurs yeux, le désaccord ne porte pas tant sur le constat que sur les réponses proposées, révélant une divergence plus profonde quant à l’orientation future du modèle sanitaire national.
Toutefois, si les syndicats reconnaissent que la question de la soutenabilité économique des pharmacies mérite d’être examinée, ils estiment qu’elle ne saurait servir de fondement à une remise en cause de l’indépendance professionnelle. À leurs yeux, le désaccord ne porte pas tant sur le constat que sur les réponses proposées, révélant une divergence plus profonde quant à l’orientation future du modèle sanitaire national.
