Les partis comptent leurs sièges et négocient leurs alliances. Mohammed Abdi, lui, invite à regarder du côté des stations-service. C’est là, estime-t-il, que pourrait se jouer l’un des premiers tests de crédibilité du prochain gouvernement. «Je souhaite que le changement se voie au niveau de la pompe prochainement», a-t-il déclaré mercredi 7 octobre sur le plateau de «L’Info en Face», animé par Rachid Hallaouy. Derrière le prix du litre se dessine sa conception de l’action publique : faire descendre les ambitions nationales dans le quotidien des Marocains.
L’expert voit dans la séquence ouverte par les législatives du 23 septembre un moment charnière. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, une première dans l’histoire du Royaume, représente bien davantage qu’un changement de visage. Une «frontière» vient de tomber, estime-t-il, et son franchissement pourrait modifier durablement les représentations. Il raconte cette scène saisie dans un marché de Casablanca, où une commerçante plaisantait sur les femmes désormais aux commandes. La boutade en dit long, selon lui, sur la façon dont la politique s’invite jusque dans les conversations ordinaires.
Encore faut-il transformer le symbole en décisions. Cette nomination, insiste Mohammed Abdi, n’est «pas un chèque en blanc». Il veut voir davantage de femmes accéder aux ministères et aux postes stratégiques, conformément à l’ambition de parité inscrite dans la Constitution. «Il faut proposer des femmes aussi», martèle-t-il, alors que les noms avancés pour certaines hautes fonctions demeurent essentiellement masculins. Il salue chez la dirigeante du PAM un parcours forgé dans les responsabilités locales et les crises partisanes. Le temps du symbole devra toutefois laisser place à celui des actes.
L’expert voit dans la séquence ouverte par les législatives du 23 septembre un moment charnière. La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, une première dans l’histoire du Royaume, représente bien davantage qu’un changement de visage. Une «frontière» vient de tomber, estime-t-il, et son franchissement pourrait modifier durablement les représentations. Il raconte cette scène saisie dans un marché de Casablanca, où une commerçante plaisantait sur les femmes désormais aux commandes. La boutade en dit long, selon lui, sur la façon dont la politique s’invite jusque dans les conversations ordinaires.
Encore faut-il transformer le symbole en décisions. Cette nomination, insiste Mohammed Abdi, n’est «pas un chèque en blanc». Il veut voir davantage de femmes accéder aux ministères et aux postes stratégiques, conformément à l’ambition de parité inscrite dans la Constitution. «Il faut proposer des femmes aussi», martèle-t-il, alors que les noms avancés pour certaines hautes fonctions demeurent essentiellement masculins. Il salue chez la dirigeante du PAM un parcours forgé dans les responsabilités locales et les crises partisanes. Le temps du symbole devra toutefois laisser place à celui des actes.
La Koutla, un héritage à réinventer
À la table des négociations, Mohammed Abdi a son scénario de prédilection : une majorité associant le PAM aux trois formations historiques de la Koutla, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. L’idée a des airs de retrouvailles, mais l’expert refuse d’y voir une simple résurrection des alliances d’hier. Les années 1990 et l’alternance appartiennent à une autre époque ; les urgences ont changé de visage. L’Istiqlal apporterait son implantation et sa profondeur historique, l’USFP son expérience, le PPS sa sensibilité sociale. «On a la possibilité et la capacité de construire un récit», soutient-il. À condition de regarder les urnes en face : plusieurs de ces partis ont reculé le 23 septembre. Cette érosion, reconnaît-il, traduit des difficultés à convaincre et devrait pousser les futurs partenaires à redoubler d’exigence, plutôt qu’à se contenter des postes retrouvés.
Surtout, gare au «casting des revenants». Mohammed Abdi appelle à puiser dans les compétences de ces formations, notamment parmi les femmes et les nouvelles générations. Quelques figures aguerries peuvent tenir la barre, concède-t-il, sans confisquer les commandes. Même impératif de dépassement pour Driss Lachgar et Nabil Benabdallah, dont les différends ont pesé sur les rapports entre l’USFP et le PPS. S’ils gouvernent ensemble, ils auront «l’obligation de s’entendre». En politique, rappelle-t-il en substance, on n’est pas tenu de s’aimer pour travailler ensemble.
Il défend ainsi un gouvernement de «20, maximum 25 personnes», organisé autour de grands pôles plutôt que d’une succession de portefeuilles destinés à satisfaire les appareils. Industrie et énergie gagneraient à être pensées ensemble ; il évoque également un ministère de l’économie bleue. Sa boussole : «Une action, un responsable, un calendrier». Autrement dit, des engagements identifiables et des comptes à rendre.
À cette architecture doit s’ajouter un contrat de gouvernement précis, capable de souder une majorité traversée de rivalités. L’expert appelle à rompre avec les discours convenus : «Il faut arrêter avec les certitudes», et avec les «éléments de langage» qui tiennent lieu d’explication. Il voit d’ailleurs d’un bon œil la perspective d’une opposition combative, notamment autour du PJD et de l’Alliance de la gauche. Un pouvoir solide, à ses yeux, doit pouvoir répondre à un contrôle parlementaire exigeant.
Surtout, gare au «casting des revenants». Mohammed Abdi appelle à puiser dans les compétences de ces formations, notamment parmi les femmes et les nouvelles générations. Quelques figures aguerries peuvent tenir la barre, concède-t-il, sans confisquer les commandes. Même impératif de dépassement pour Driss Lachgar et Nabil Benabdallah, dont les différends ont pesé sur les rapports entre l’USFP et le PPS. S’ils gouvernent ensemble, ils auront «l’obligation de s’entendre». En politique, rappelle-t-il en substance, on n’est pas tenu de s’aimer pour travailler ensemble.
Il défend ainsi un gouvernement de «20, maximum 25 personnes», organisé autour de grands pôles plutôt que d’une succession de portefeuilles destinés à satisfaire les appareils. Industrie et énergie gagneraient à être pensées ensemble ; il évoque également un ministère de l’économie bleue. Sa boussole : «Une action, un responsable, un calendrier». Autrement dit, des engagements identifiables et des comptes à rendre.
À cette architecture doit s’ajouter un contrat de gouvernement précis, capable de souder une majorité traversée de rivalités. L’expert appelle à rompre avec les discours convenus : «Il faut arrêter avec les certitudes», et avec les «éléments de langage» qui tiennent lieu d’explication. Il voit d’ailleurs d’un bon œil la perspective d’une opposition combative, notamment autour du PJD et de l’Alliance de la gauche. Un pouvoir solide, à ses yeux, doit pouvoir répondre à un contrôle parlementaire exigeant.
À la pompe, la première épreuve de vérité
La grande affaire du futur Exécutif sera sa capacité à soulager les ménages. Mohammed Abdi convoque l’image de ce salarié qui enfourche sa moto chaque matin et voit une part de sa paie s’évaporer à la station-service. Ce «Marocain du quotidien», comme il l’appelle, doit constater une amélioration tangible. «Il faut leur faire vivre cette réussite», insiste-t-il : les avancées du pays perdent de leur portée si elles restent hors d’atteinte de ceux qui travaillent et consomment.
Sur les carburants, il avance plusieurs pistes : revoir la pression fiscale, examiner les marges des opérateurs et négocier avec les compagnies pétrolières. «Il faut faire payer aussi les grandes sociétés», plaide-t-il. Aucun mécanisme chiffré ni coût budgétaire n’est toutefois détaillé. Mohammed Abdi reconnaît que le PAM n’a pas formulé d’engagement précis sur ce dossier pendant la campagne, mais estime que ses propositions pour raccourcir les circuits de distribution alimentaire pourraient inspirer une action plus large contre la vie chère.
Même logique pour les produits de première nécessité : réduire les intermédiaires superflus, mieux organiser les filières et repenser l’accès au financement des petits producteurs. Mais aucune réforme ne portera ses fruits sans ministres présents sur le terrain. «Il faut mouiller sa chemise», résume-t-il. Santé, éducation, pouvoir d’achat : la priorité doit aller aux services et aux dépenses qui façonnent la vie des ménages.
Le calendrier ne laisse guère de répit. À l’approche du projet de loi de Finances 2027, Mohammed Abdi juge nécessaire de laisser à Fatima Ezzahra El Mansouri le temps de composer une équipe cohérente, sans tarder à imprimer une orientation. Il mise sur l’expérience budgétaire de Fouzi Lekjaâ et sur sa connaissance du terrain renforcée, selon lui, durant la campagne. La réforme du Code de la famille figure également parmi les dossiers qu’il espère voir avancer, la nomination d’une femme à la tête de l’Exécutif pouvant, à ses yeux, déplacer certaines lignes du débat.
Au bout de cette feuille de route, une exigence traverse tout son propos : réconcilier l’élan du pays avec les attentes de ses citoyens. Mohammed Abdi la résume d’une formule : «On fait la politique pour servir, non pas pour se servir.» La première page de cette séquence est entrée dans l’histoire. Les suivantes s’écriront dans les arbitrages budgétaires et, peut-être, sur les panneaux de prix des stations-service.
Sur les carburants, il avance plusieurs pistes : revoir la pression fiscale, examiner les marges des opérateurs et négocier avec les compagnies pétrolières. «Il faut faire payer aussi les grandes sociétés», plaide-t-il. Aucun mécanisme chiffré ni coût budgétaire n’est toutefois détaillé. Mohammed Abdi reconnaît que le PAM n’a pas formulé d’engagement précis sur ce dossier pendant la campagne, mais estime que ses propositions pour raccourcir les circuits de distribution alimentaire pourraient inspirer une action plus large contre la vie chère.
Même logique pour les produits de première nécessité : réduire les intermédiaires superflus, mieux organiser les filières et repenser l’accès au financement des petits producteurs. Mais aucune réforme ne portera ses fruits sans ministres présents sur le terrain. «Il faut mouiller sa chemise», résume-t-il. Santé, éducation, pouvoir d’achat : la priorité doit aller aux services et aux dépenses qui façonnent la vie des ménages.
Le calendrier ne laisse guère de répit. À l’approche du projet de loi de Finances 2027, Mohammed Abdi juge nécessaire de laisser à Fatima Ezzahra El Mansouri le temps de composer une équipe cohérente, sans tarder à imprimer une orientation. Il mise sur l’expérience budgétaire de Fouzi Lekjaâ et sur sa connaissance du terrain renforcée, selon lui, durant la campagne. La réforme du Code de la famille figure également parmi les dossiers qu’il espère voir avancer, la nomination d’une femme à la tête de l’Exécutif pouvant, à ses yeux, déplacer certaines lignes du débat.
Au bout de cette feuille de route, une exigence traverse tout son propos : réconcilier l’élan du pays avec les attentes de ses citoyens. Mohammed Abdi la résume d’une formule : «On fait la politique pour servir, non pas pour se servir.» La première page de cette séquence est entrée dans l’histoire. Les suivantes s’écriront dans les arbitrages budgétaires et, peut-être, sur les panneaux de prix des stations-service.
