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Grèves des enseignants : les positions ambiguës des syndicats poussent les Coordinations à l’escalade

Alors que les discussions relatives au nouveau statut unifié semblent sur le point d’aboutir – la Commission ministérielle tripartite a remis vendredi dernier la version profondément remaniée aux cinq syndicats les plus représentatifs –, la tension est de nouveau montée d’un cran après que certaines Académies régionales de l’éducation ont procédé, à la fin de la semaine précédente, sur instruction du ministère, à la suspension temporaire de 400 enseignants en raison de leurs «absences répétitives». Il n’en fallait pas plus pour que les coordinations reprennent du poil de la bête et annoncent de nouvelles grèves. Enhardies par le jeu ambigu des syndicats qui n’ont pas hésité à s’aligner sur leurs positions populistes, celles-ci appellent à l’escalade. Et ce sont les élèves et leurs familles qui payent le prix de cette surenchère opportuniste.

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Visiblement, le secteur de l’éducation nationale n’est pas près de tourner la page des grèves qui privent des millions d’élèves de leur droit à l’école. Alors que la Commission gouvernementale tripartite a procédé, vendredi dernier, à la remise de la nouvelle version du statut unifié aux cinq syndicats les plus représentatifs pour une deuxième lecture avant son transfert au secrétariat général du gouvernement, la tension est de nouveau montée d’un cran dans le rang des enseignants après que certaines Académies régionales de l’éducation ont procédé, à la fin de la semaine précédente, sur instruction du ministre, à la suspension temporaire de 400 enseignants en raison de leurs «absences répétitives». Dans les correspondances adressées aux enseignants qui refusent de regagner les classes, les Académies leur reprochent des «fautes graves et des manquements aux obligations professionnelles».



Aussitôt informées, les Coordinations nationales ont riposté en annonçant la prolongation des journées de grèves jusqu’à samedi dernier. Les organisations syndicales ont par ailleurs annoncé dans des communications séparées leur disposition à recourir à «d’autres formes de protestation en guise de soutien aux enseignants ayant fait l’objet de mesures correctionnelles». Ainsi, la Coordination nationale du secteur de l’éducation a souligné dans un communiqué publié vendredi dernier que «la correspondance contenant les décisions de suspension temporaire contre de nombreux grévistes constitue une violation flagrante de toutes les lois, chartes et coutumes administratives» et démontre l’état «de confusion qui sévit au sein du gouvernement marocain, particulièrement le département de l’Éducation nationale, et son incapacité à gérer la situation et absorber les tensions».

La Coordination a ainsi exprimé sa pleine solidarité avec tous les enseignants visés par la suspension du travail. Décochant ses flèches à l’encontre du ministère, cette coordination a souligné que la véritable réponse aux protestations des enseignants résidait dans «la satisfaction de leurs revendications et non dans la politique d’intimidation, et de suspension du travail». Par ailleurs, elle a annoncé sa disposition à s’engager dans toutes formes de lutte et d’escalade en guise de soutien aux professeurs concernés par les arrestations en coordonnant avec les autres coordinations soulignant que «toutes les méthodes d’intimidation ne décourageraient pas ses organisations qui poursuivront la lutte jusqu’à ce que les revendications de la famille de l’enseignement soient satisfaites».

Les suspensions des enseignants sont arbitraires selon les syndicats

Si les coordinations s’obstinent à tenir tête au ministère et à maintenir le bras de fer en poursuivant les grèves, malgré les multiples garanties prévues dans le cadre du nouveau statut unifié, c’est qu’elles peuvent désormais compter sur le soutien des syndicats. Ces organisations, qui sont supposées jouer le rôle de médiateur avec les enseignants en partant de leur position de négociateurs directs avec le gouvernement, semblent surfer sur la vague pour faire remonter leur cote de popularité. Elles ont donc choisi de défendre les enseignants suspendus, faisant peu de cas des intérêts des élèves et des engagements pris dans le cadre de leur dialogue avec le gouvernement.

Ainsi, le Bureau national du Syndicat national de l’éducation (CDT) s’est empressé d’exprimer dans un communiqué publié samedi sa «condamnation du recours à la procédure illégale de suspension contre de nombreuses femmes et hommes de l’éducation», appelant ses entités à suivre l’évolution de ce dossier avec les instances concernées au niveau régional.

Pour sa part, la Fédération nationale de l’enseignement, affiliée à l’UMT, a annoncé qu’elle avait abordé cette question lors de la tenue de la réunion de dialogue avec les représentants de la Commission gouvernementale tripartite et «s’est interrogée sur les raisons des suspensions arbitraires ayant touché bon nombre de femmes et d’hommes du secteur de l’éducation». La formation syndicale a même appelé le ministère à «mettre fin à ces suspensions pour contribuer à faire du dialogue sectoriel en cours un succès et permettre la restauration de la confiance dans ses résultats».

De son côté, la Fédération nationale de l’éducation-Orientation démocratique n’y est pas allée de main morte. Ce syndicat, qui appelait jusqu’à récemment les enseignants à rejoindre leurs classes afin de regagner le temps scolaire perdu, a annoncé vendredi sa «solidarité de principe» avec tous les professeurs et professeures qui ont fait l’objet des suspensions de travail, lançant un appel à toutes ses instances syndicales au niveau régional et provincial à suivre cette affaire avec les autorités concernées. L’instance syndicale a demandé par ailleurs au ministère de l’Éducation nationale de mettre un terme à ces suspensions de travail et à restituer les ponctions sur salaires opérées de manière «illégale et illégitime» des salaires des grévistes.

Même l’Union nationale du travail au Maroc (l’UNTM), bras syndical du parti du PJD, qui demeure un syndicat non représentatif, est sorti de son mutisme pour soutenir dans un communiqué publié vendredi dernier les enseignants suspendus, appelant le gouvernement et le ministère de tutelle à faire prévaloir la voix de la sagesse et du dialogue.

La question légitime qui se pose aujourd’hui avec acuité : qui prendra la défense des six millions d’élèves qui ont été privés depuis plus de 11 semaines de leur droit à l’éducation et se retrouvent aujourd’hui en proie au doute et à l’incertitude si toutes les organisations syndicales se sont alignées du côté des enseignants et peinent à réaliser qui est le perdant dans ce bras de fer interminable ?
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