Alors que le détroit d’Ormuz est paralysé depuis le 28 février 2026, à la suite d’une escalade militaire majeure, l’économie mondiale traverse une crise énergétique d’une intensité rare. Par ce passage stratégique transitent habituellement entre 20 et 25% du pétrole mondial ainsi qu’environ 20% du gaz liquéfié, ce qui en fait un point névralgique dont la perturbation provoque un choc global inédit. Dans ce contexte, le Maroc, fortement dépendant des importations énergétiques, se retrouve particulièrement exposé.
C’est précisément ce que met en lumière le Centre des épis pour les études et les politiques publiques (CEEPP) dans son analyse intitulée «Les effets de la quatrième guerre du Golfe sur l’économie internationale et marocaine». Ce think tank, partenaire du Parti du Mouvement populaire, y décrypte en profondeur les répercussions de cette crise, tant pour le Maroc que pour l’économie mondiale. Signée par Dr Hakima El Haite, membre du Conseil consultatif des Nations unies, et Dr Nabil Adel, professeur-chercheur en économie et relations internationales, l’étude ne se contente pas de simples projections. Elle s’appuie sur une approche croisant les données des grandes institutions internationales avec les indicateurs nationaux. Elle met en évidence une réalité structurelle : en tant qu’importateur net de plus de 90% de ses besoins énergétiques, le Maroc reste extrêmement vulnérable aux chocs exogènes, notamment ceux liés aux hydrocarbures.
C’est précisément ce que met en lumière le Centre des épis pour les études et les politiques publiques (CEEPP) dans son analyse intitulée «Les effets de la quatrième guerre du Golfe sur l’économie internationale et marocaine». Ce think tank, partenaire du Parti du Mouvement populaire, y décrypte en profondeur les répercussions de cette crise, tant pour le Maroc que pour l’économie mondiale. Signée par Dr Hakima El Haite, membre du Conseil consultatif des Nations unies, et Dr Nabil Adel, professeur-chercheur en économie et relations internationales, l’étude ne se contente pas de simples projections. Elle s’appuie sur une approche croisant les données des grandes institutions internationales avec les indicateurs nationaux. Elle met en évidence une réalité structurelle : en tant qu’importateur net de plus de 90% de ses besoins énergétiques, le Maroc reste extrêmement vulnérable aux chocs exogènes, notamment ceux liés aux hydrocarbures.
Un choc immédiat : flambée des prix et faiblesse des stocks
L’impact de la crise est déjà visible à la pompe. En l’espace de quelques semaines, les prix des carburants ont fortement augmenté, atteignant des niveaux proches de 15 dirhams le litre pour le gasoil. Cette hausse brutale intervient dans un contexte déjà inflationniste et pèse directement sur le pouvoir d’achat des ménages. «En comparaison avec la crise ukrainienne de 2022, l’économie marocaine ne s’est pas encore totalement remise des précédentes pressions inflationnistes, et le pouvoir d’achat des citoyens demeure fragilisé, ce qui rend toute nouvelle vague d’inflation encore plus douloureuse», relève l’étude. Mais au-delà des prix, c’est la question des capacités de résilience qui inquiète. Les réserves stratégiques nationales ne couvriraient qu’entre 15 et 31 jours selon les estimations, alors que la législation impose un minimum de 60 jours. Cette insuffisance structurelle expose le pays à des ruptures d’approvisionnement en cas de prolongation du conflit.
Des prévisions de croissance devenues obsolètes
Autre enseignement majeur de l’étude : le décalage croissant entre les hypothèses macroéconomiques retenues dans la loi de Finances 2026 et la réalité du contexte international. Avant le déclenchement du conflit, le scénario officiel tablait sur une croissance de 4,5%, fondée sur un prix du baril autour de 65 dollars et sur une campagne agricole moyenne. Or ces paramètres apparaissent désormais largement caducs. La flambée des prix de l’énergie, l’incertitude sur les marchés internationaux et les risques pesant sur la demande extérieure remettent en cause l’ensemble des équilibres anticipés. Dans ces conditions, les projections initiales ne sont plus tenables. L’étude du CEEPP souligne ainsi la nécessité d’une révision en profondeur des hypothèses du cadre budgétaire. Au-delà d’un simple ajustement technique, il s’agit d’adapter la stratégie économique à un environnement marqué par une volatilité durable, où la prudence et la flexibilité deviennent des impératifs.
Une croissance fragilisée et des équilibres économiques sous tension
Les projections du CEEPP indiquent que la croissance économique pourrait perdre entre 0,4 et 0,8 point en 2026, sous l’effet combiné de la hausse des coûts énergétiques, du ralentissement de la demande extérieure et de la contraction de la consommation interne. Les secteurs les plus exposés sont ceux directement dépendants de l’énergie ou des échanges internationaux. Le transport voit ses coûts exploser, l’industrie, notamment automobile, subit les perturbations des chaînes d’approvisionnement, tandis que le tourisme pourrait enregistrer une baisse significative des arrivées, estimée entre 20 et 30%, impactées par l'insécurité régionale et l'érosion du pouvoir d'achat en Europe.
Sur le plan social, la pression est également forte, avec un risque de perte de 30.000 à 50.000 emplois si la crise se prolonge, notamment dans les secteurs du tourisme et de l’industrie. Le chômage des jeunes pourrait revenir à des niveaux élevés, dépassant 30%, tandis que celui des diplômés pourrait dépasser les 20%. «La différence par rapport aux crises précédentes réside dans un contexte où les marges de manœuvre sont aujourd’hui plus réduites et où la capacité de résistance des entreprises est affaiblie après plusieurs années d’inflation et de hausse du coût du crédit», soutient l’étude. «Par ailleurs, les secteurs traditionnellement capables d’absorber le choc, comme l’agriculture saisonnière ou le bâtiment, pourraient ne pas être en mesure de jouer ce rôle cette fois-ci, en raison de l’augmentation des coûts de production et de la faiblesse de la demande», alerte-t-on.
Sur le plan social, la pression est également forte, avec un risque de perte de 30.000 à 50.000 emplois si la crise se prolonge, notamment dans les secteurs du tourisme et de l’industrie. Le chômage des jeunes pourrait revenir à des niveaux élevés, dépassant 30%, tandis que celui des diplômés pourrait dépasser les 20%. «La différence par rapport aux crises précédentes réside dans un contexte où les marges de manœuvre sont aujourd’hui plus réduites et où la capacité de résistance des entreprises est affaiblie après plusieurs années d’inflation et de hausse du coût du crédit», soutient l’étude. «Par ailleurs, les secteurs traditionnellement capables d’absorber le choc, comme l’agriculture saisonnière ou le bâtiment, pourraient ne pas être en mesure de jouer ce rôle cette fois-ci, en raison de l’augmentation des coûts de production et de la faiblesse de la demande», alerte-t-on.
Finances publiques : la pression monte sur la Caisse de compensation
L’un des points centraux soulevés par l’étude concerne les finances publiques et le rôle de la Caisse de compensation. Pour 2026, une enveloppe de 13,77 milliards de dirhams a été prévue afin de soutenir les prix du gaz butane, du sucre et de la farine. Toutefois, cette prévision reposait sur des hypothèses aujourd’hui dépassées, notamment un prix du baril autour de 65 dollars. Dans un scénario de crise prolongée, l’État pourrait être contraint d’ouvrir des crédits supplémentaires pour maintenir les mécanismes de soutien, ce qui exercerait une pression directe sur le déficit budgétaire, initialement fixé à 3% du PIB. Cette situation est d’autant plus délicate que la dette publique avoisine déjà les 70% du PIB, réduisant les marges de manœuvre.
L’étude plaide ainsi pour une réforme du système actuel, en proposant la mise en place d’un mécanisme ciblé capable d’intervenir uniquement en période de choc. Un tel dispositif pourrait être alimenté par des ressources exceptionnelles, notamment celles issues du phosphate, ou par des contributions spécifiques des acteurs du secteur énergétique. L’objectif serait de remplacer progressivement les subventions généralisées par un soutien ponctuel et mieux ciblé, en faveur des secteurs et des ménages les plus vulnérables.
L’étude plaide ainsi pour une réforme du système actuel, en proposant la mise en place d’un mécanisme ciblé capable d’intervenir uniquement en période de choc. Un tel dispositif pourrait être alimenté par des ressources exceptionnelles, notamment celles issues du phosphate, ou par des contributions spécifiques des acteurs du secteur énergétique. L’objectif serait de remplacer progressivement les subventions généralisées par un soutien ponctuel et mieux ciblé, en faveur des secteurs et des ménages les plus vulnérables.
Balance commerciale : le risque d’un retournement brutal et durable
L’un des canaux de transmission les plus sensibles du choc énergétique reste la balance commerciale, déjà structurellement déficitaire. Après une amélioration relative observée en 2025, liée notamment au repli des prix internationaux de l’énergie, la tendance pourrait s’inverser rapidement sous l’effet de la crise actuelle. En effet, la hausse des cours du pétrole et du gaz se traduit mécaniquement par un renchérissement de la facture énergétique, qui constitue l’un des principaux postes d’importation du Maroc. Celle-ci, qui s’était établie autour de 107,5 milliards de dirhams en 2025, pourrait repartir à la hausse de manière significative si les prix se maintiennent durablement à des niveaux élevés. Ce double effet, alourdissement de la facture énergétique et affaiblissement des recettes à l’export, crée un déséquilibre accru de la balance commerciale. Il pourrait également exercer des pressions sur les réserves en devises et sur le taux de change du dirham, dans un contexte de renforcement du dollar considéré comme valeur refuge.
Le paradoxe du phosphate : une opportunité stratégique sous contrainte
Dans ce contexte difficile, le Maroc dispose néanmoins d’un atout majeur : le phosphate. Le Royaume détient environ 70% des réserves mondiales et a exporté près de 100 milliards de dirhams d’engrais en 2025, consolidant sa position sur le marché international. La désorganisation des exportations en provenance du Golfe et de la Russie renforce encore cette position. Cependant, cette opportunité reste conditionnée par une contrainte importante : la dépendance à l’ammoniac importé, dérivé du gaz naturel. La hausse des prix de cette matière première pèse sur les coûts de production et limite la capacité du Maroc à tirer pleinement profit de sa position. C’est pourquoi l’étude insiste sur la nécessité d’accélérer le développement de l’ammoniac vert, avec des objectifs ambitieux à moyen terme, afin de renforcer la souveraineté industrielle et énergétique du pays.
Une crise aux implications mondiales durables
Au niveau international, la crise actuelle pourrait redessiner durablement les équilibres économiques. Les scénarios évoqués par l’étude anticipent des prix du pétrole oscillant entre 100 et 150 dollars, voire davantage en cas de prolongation du conflit. Le risque de stagflation mondiale est réel, avec une combinaison de croissance ralentie et d’inflation élevée. Les économies asiatiques, fortement dépendantes du Golfe, apparaissent particulièrement vulnérables, tandis que l’Europe fait face à une nouvelle flambée des prix du gaz. À l’inverse, certains pays producteurs, notamment les États-Unis, pourraient tirer parti de la situation grâce à leur capacité de production domestique.
Des recommandations articulées dans le temps pour renforcer la résilience
Au-delà du diagnostic, l’étude du CEEPP propose une feuille de route structurée selon trois horizons temporels, traduisant la nécessité d’agir à la fois dans l’urgence et sur la durée.
• À court terme, l’accent est mis sur la gestion immédiate du choc. Il s’agit en priorité de sécuriser les approvisionnements en renforçant les stocks stratégiques, notamment en hydrocarbures et en produits de première nécessité, afin de limiter l’exposition directe aux ruptures d’approvisionnement. Parallèlement, l’étude recommande de mettre en place des mécanismes de soutien ciblés au profit des secteurs les plus vulnérables, comme le transport ou l’agriculture, ainsi que des ménages à faible revenu. Dans cette logique, la mobilisation d’instruments de financement d’urgence, en coordination avec les institutions internationales, apparaît comme un levier clé pour préserver les équilibres macroéconomiques.
• À moyen terme, l’enjeu est celui de l’ajustement structurel. Le CEEPP insiste sur la nécessité de repenser le rôle de la Caisse de compensation, en la transformant en un dispositif plus flexible, activable en période de crise et mieux ciblé. Cette réforme permettrait de concilier protection du pouvoir d’achat et soutenabilité budgétaire. Dans le même temps, l’étude appelle à accélérer la transition énergétique, en intensifiant les investissements dans les énergies renouvelables et en développant des filières stratégiques comme l’ammoniac et l’hydrogène verts, afin de réduire progressivement la dépendance aux importations énergétiques.
• À plus long terme, le rapport plaide pour un véritable changement de modèle. Il s’agit de renforcer durablement la souveraineté énergétique et industrielle du pays, en développant des capacités locales de production et de stockage, mais aussi en valorisant davantage les atouts stratégiques du Royaume, notamment dans le domaine des phosphates et des engrais. Cette trajectoire suppose également une amélioration de la gouvernance économique, à travers la mise en place de mécanismes de veille, d’anticipation et de coordination renforcée entre les différentes institutions.
En filigrane, l’étude du CEEPP souligne que la crise actuelle ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte, mais aussi comme une opportunité d’accélérer les réformes et de repositionner l’économie marocaine sur des bases plus résilientes et souveraines.
• À court terme, l’accent est mis sur la gestion immédiate du choc. Il s’agit en priorité de sécuriser les approvisionnements en renforçant les stocks stratégiques, notamment en hydrocarbures et en produits de première nécessité, afin de limiter l’exposition directe aux ruptures d’approvisionnement. Parallèlement, l’étude recommande de mettre en place des mécanismes de soutien ciblés au profit des secteurs les plus vulnérables, comme le transport ou l’agriculture, ainsi que des ménages à faible revenu. Dans cette logique, la mobilisation d’instruments de financement d’urgence, en coordination avec les institutions internationales, apparaît comme un levier clé pour préserver les équilibres macroéconomiques.
• À moyen terme, l’enjeu est celui de l’ajustement structurel. Le CEEPP insiste sur la nécessité de repenser le rôle de la Caisse de compensation, en la transformant en un dispositif plus flexible, activable en période de crise et mieux ciblé. Cette réforme permettrait de concilier protection du pouvoir d’achat et soutenabilité budgétaire. Dans le même temps, l’étude appelle à accélérer la transition énergétique, en intensifiant les investissements dans les énergies renouvelables et en développant des filières stratégiques comme l’ammoniac et l’hydrogène verts, afin de réduire progressivement la dépendance aux importations énergétiques.
• À plus long terme, le rapport plaide pour un véritable changement de modèle. Il s’agit de renforcer durablement la souveraineté énergétique et industrielle du pays, en développant des capacités locales de production et de stockage, mais aussi en valorisant davantage les atouts stratégiques du Royaume, notamment dans le domaine des phosphates et des engrais. Cette trajectoire suppose également une amélioration de la gouvernance économique, à travers la mise en place de mécanismes de veille, d’anticipation et de coordination renforcée entre les différentes institutions.
En filigrane, l’étude du CEEPP souligne que la crise actuelle ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte, mais aussi comme une opportunité d’accélérer les réformes et de repositionner l’économie marocaine sur des bases plus résilientes et souveraines.
