Au départ, il y avait l’uranium, les missiles, puis cette ambition israélienne que Youssef Hindi présente comme centrale : le changement de régime à Téhéran. C’est à partir de ces objectifs que la guerre, déclenchée le 28 février, aurait été engagée. Mais soixante-treize jours plus tard, Youssef Hindi voit une autre scène se dessiner. Le conflit n’aurait pas seulement éprouvé les capacités militaires de l’Iran ; il aurait déplacé les termes mêmes de la négociation.
De la survie iranienne à la reprise d’initiative
C’est là que cet essayiste et géopolitologue situe le premier basculement. La paix, dans son analyse, ne relève pas d’un simple scénario diplomatique ; elle dépend d’abord du rapport de force né de la guerre. Face à Rachid Hallaouy, il décrit un Iran d’abord ramené à une exigence élémentaire : tenir. Mais cette posture défensive aurait, selon lui, progressivement changé de nature, jusqu’à permettre à Téhéran de reprendre une part de l’initiative et de modifier la matière même des négociations.
Les quinze points avancés par l’administration Trump ne constitueraient plus le socle réel des discussions. À Islamabad, ce seraient désormais les dix points iraniens qui auraient donné le cadre des pourparlers. «Et malgré cela, l’Iran n’a pas plié», affirme-t-il, après avoir évoqué «20.000 sorties aériennes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran». La puissance, dans ce raisonnement, ne se lit donc pas seulement dans l’intensité des frappes. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à absorber le choc, à déplacer le terrain du conflit, puis à peser sur les conditions de la sortie de crise.
Les quinze points avancés par l’administration Trump ne constitueraient plus le socle réel des discussions. À Islamabad, ce seraient désormais les dix points iraniens qui auraient donné le cadre des pourparlers. «Et malgré cela, l’Iran n’a pas plié», affirme-t-il, après avoir évoqué «20.000 sorties aériennes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran». La puissance, dans ce raisonnement, ne se lit donc pas seulement dans l’intensité des frappes. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à absorber le choc, à déplacer le terrain du conflit, puis à peser sur les conditions de la sortie de crise.
Ormuz, le verrou qui déplace la négociation
Compte tenu de ces évolutions, le géopolitologue situe le nouveau centre de gravité du conflit dans le détroit d’Ormuz. Pour lui, ce passage stratégique concentre désormais l’essentiel du rapport de force. Téhéran l’aurait transformé en levier politique, économique et symbolique. Il ne s’agirait pas, à ses yeux, d’un blocage total, mais d’un filtrage assorti d’un système de paiement imposé aux navires, selon leur appartenance à des pays impliqués ou non dans la guerre contre l’Iran.
C’est là que son analyse s’éloigne de la lecture classique du conflit. «L’uranium enrichi, le nucléaire ne fait même plus partie des négociations entre les États-Unis et l’Iran», affirme-t-il. Le sujet central serait désormais le déblocage d’Ormuz. Pour Youssef Hindi, c’est même l’un des signes de l’échec israélo-américain : Washington discuterait aujourd’hui avec Téhéran d’un problème qui n’existait pas avant la guerre.
Le nucléaire reste pourtant présent dans le discours israélien. Rachid Hallaouy rappelle ainsi la déclaration de Benjamin Netanyahu, selon laquelle «la guerre n’est pas finie» tant que l’uranium enrichi n’aura pas été récupéré. Mais M. Hindi y voit un décalage entre l’affichage politique israélien et la matière réelle des négociations. Israël aurait ainsi revu à la baisse ses ambitions : le changement de régime ne serait plus à portée, du moins pas par une guerre conventionnelle.
C’est là que son analyse s’éloigne de la lecture classique du conflit. «L’uranium enrichi, le nucléaire ne fait même plus partie des négociations entre les États-Unis et l’Iran», affirme-t-il. Le sujet central serait désormais le déblocage d’Ormuz. Pour Youssef Hindi, c’est même l’un des signes de l’échec israélo-américain : Washington discuterait aujourd’hui avec Téhéran d’un problème qui n’existait pas avant la guerre.
Le nucléaire reste pourtant présent dans le discours israélien. Rachid Hallaouy rappelle ainsi la déclaration de Benjamin Netanyahu, selon laquelle «la guerre n’est pas finie» tant que l’uranium enrichi n’aura pas été récupéré. Mais M. Hindi y voit un décalage entre l’affichage politique israélien et la matière réelle des négociations. Israël aurait ainsi revu à la baisse ses ambitions : le changement de régime ne serait plus à portée, du moins pas par une guerre conventionnelle.
À Ormuz, une pression qui dépasse le militaire
Dans la lecture de Youssef Hindi, le détroit d’Ormuz n’est donc plus un simple passage maritime. Il devient le lieu où se croisent les vulnérabilités occidentales, les besoins asiatiques et les équilibres du Golfe. Les États-Unis chercheraient à asphyxier le dispositif iranien ; mais cette stratégie pénaliserait aussi, selon M. Hindi, les économies occidentales et une partie du commerce mondial. Ceci alors que Téhéran, ajoute-t-il, aurait par ailleurs ouvert des voies de transit alternatives par le Pakistan, ce qui renforcerait sa capacité de résistance. La guerre change alors d’échelle. Elle ne pèse plus seulement sur les acteurs directement engagés. Elle agit sur les flux, sur les prix, sur les routes commerciales et sur les dépendances énergétiques. C’est précisément ce risque d’extension qui pousserait Pékin à rechercher une issue.
Pékin, l’autre scène de la négociation
La sortie de crise ne se jouerait donc pas seulement entre Washington et Téhéran. Dans la lecture de Youssef Hindi, elle passe aussi par Pékin. La Chine apparaît comme l’un des rares acteurs capables de peser sur l’issue, précisément parce que le conflit iranien a dépassé le seul face-à-face militaire. Il touche désormais aux approvisionnements énergétiques, aux routes commerciales et à la stabilité de l’espace eurasiatique. Autant de lignes sensibles qui empêchent Pékin de rester à distance. Dans cette équation, la Chine ne souhaiterait ni l’effondrement de l’Iran, ni l’enlisement de la guerre. Le premier scénario fragiliserait son environnement stratégique ; le second finirait par peser sur ses propres équilibres économiques. Pékin aurait ainsi intérêt à contenir le conflit, sans pour autant affaiblir Téhéran.
C’est dans cet espace étroit que Youssef Hindi situe le rôle chinois : accompagner une sortie de crise, mais sans effacer le rapport de force que l’Iran aurait réussi à installer. Toute la difficulté serait là : permettre aux États-Unis de se retirer de l’impasse sans humiliation ouverte, tout en préservant la position acquise par Téhéran. La paix ne tiendrait donc pas au seul accord des adversaires. Elle exigerait une architecture plus fine : contenir le risque d’une reprise des bombardements, intégrer le nouveau poids iranien et offrir à Donald Trump une issue qu’il puisse présenter comme un succès, ou du moins comme autre chose qu’une défaite.
C’est dans cet espace étroit que Youssef Hindi situe le rôle chinois : accompagner une sortie de crise, mais sans effacer le rapport de force que l’Iran aurait réussi à installer. Toute la difficulté serait là : permettre aux États-Unis de se retirer de l’impasse sans humiliation ouverte, tout en préservant la position acquise par Téhéran. La paix ne tiendrait donc pas au seul accord des adversaires. Elle exigerait une architecture plus fine : contenir le risque d’une reprise des bombardements, intégrer le nouveau poids iranien et offrir à Donald Trump une issue qu’il puisse présenter comme un succès, ou du moins comme autre chose qu’une défaite.
Israël, le Golfe et la recomposition régionale
Ce déplacement vers Pékin ne fait pas disparaître Israël de l’équation. Il en modifie plutôt la place. Dans l’analyse de Youssef Hindi, Israël aurait voulu la guerre, mais ne serait plus en mesure d’en maîtriser seul la sortie diplomatique. Les discussions se joueraient désormais entre Washington, Téhéran, Pékin et, en arrière-plan, Moscou. Le géopolitologue insiste aussi sur la dégradation des relations entre la Chine et Israël, qu’il rattache notamment à Gaza et à la perception chinoise d’Israël comme facteur de désordre régional.
Dans le Golfe, le même rapport de force prend une autre forme. L’Iran chercherait à convertir l’avantage acquis en influence politique. Le message adressé aux pétromonarchies serait, selon lui, d’une grande clarté : «Les bases américaines ne vous servent à rien, elles vous mettent en danger.» Téhéran rappellerait ainsi aux capitales du Golfe que les présidents américains passent, tandis que l’Iran demeure dans la région.
L’exemple du navire qatari autorisé à traverser Ormuz vient illustrer ce début de recomposition. Youssef Hindi n’y voit pas un basculement déjà consommé, mais le signe d’une relation plus transactionnelle, pays par pays, dans laquelle l’Iran utiliserait le détroit pour peser sur les choix sécuritaires régionaux. Le Qatar, rappelle-t-il, entretient déjà avec Téhéran des intérêts gaziers communs. Ce passage autorisé aurait donc valeur de signal, sans constituer encore une architecture stabilisée.
Le même raisonnement nourrit son scepticisme face à une éventuelle sécurisation franco-britannique du détroit. Paris et Londres, estime-t-il, ne pourraient réussir là où Washington peine déjà. Si un accord de paix était conclu, leur intervention perdrait son objet ; s’il s’agissait d’empêcher l’Iran de maintenir son système de paiement, il doute que les Européens aient les moyens d’aller au bout du bras de fer.
Dans le Golfe, le même rapport de force prend une autre forme. L’Iran chercherait à convertir l’avantage acquis en influence politique. Le message adressé aux pétromonarchies serait, selon lui, d’une grande clarté : «Les bases américaines ne vous servent à rien, elles vous mettent en danger.» Téhéran rappellerait ainsi aux capitales du Golfe que les présidents américains passent, tandis que l’Iran demeure dans la région.
L’exemple du navire qatari autorisé à traverser Ormuz vient illustrer ce début de recomposition. Youssef Hindi n’y voit pas un basculement déjà consommé, mais le signe d’une relation plus transactionnelle, pays par pays, dans laquelle l’Iran utiliserait le détroit pour peser sur les choix sécuritaires régionaux. Le Qatar, rappelle-t-il, entretient déjà avec Téhéran des intérêts gaziers communs. Ce passage autorisé aurait donc valeur de signal, sans constituer encore une architecture stabilisée.
Le même raisonnement nourrit son scepticisme face à une éventuelle sécurisation franco-britannique du détroit. Paris et Londres, estime-t-il, ne pourraient réussir là où Washington peine déjà. Si un accord de paix était conclu, leur intervention perdrait son objet ; s’il s’agissait d’empêcher l’Iran de maintenir son système de paiement, il doute que les Européens aient les moyens d’aller au bout du bras de fer.
Une paix possible, mais sous condition
À la fin de l’entretien, Youssef Hindi ne ferme pas la porte à un accord. «C’est possible», dit-il. Mais cette possibilité reste fragile. Le Président américain, dit-il, aurait besoin de sortir du conflit avec quelque chose qui puisse être présenté comme une victoire. C’est là, selon lui, que se situe la difficulté centrale : accepter le réel du rapport de force sans reconnaître la défaite. La menace d’une reprise des frappes demeure donc entière. Rachid Hallaouy rappelle que Donald Trump a accusé l’Iran de «mener en bateau» les États-Unis et le reste du monde, tout en laissant ouverte l’option de nouveaux bombardements. Mais pour Youssef Hindi, cette agitation traduit moins une position de force qu’une impasse politique.
Sa conclusion tient en une formule : si Donald Trump ne trouve pas «une porte de sortie» lui permettant de sauver la face, «les bombardements pourraient reprendre». La paix reste donc suspendue à une négociation où chacun cherche moins à proclamer la fin de la guerre qu’à organiser les conditions de sa propre sortie. Dans cette séquence, l’issue ne se joue plus seulement entre Téhéran et Tel-Aviv. Elle passe désormais par Pékin et par Ormuz, là où se croisent la crédibilité américaine, la sécurité du Golfe et la nouvelle marge de manœuvre iranienne.
Sa conclusion tient en une formule : si Donald Trump ne trouve pas «une porte de sortie» lui permettant de sauver la face, «les bombardements pourraient reprendre». La paix reste donc suspendue à une négociation où chacun cherche moins à proclamer la fin de la guerre qu’à organiser les conditions de sa propre sortie. Dans cette séquence, l’issue ne se joue plus seulement entre Téhéran et Tel-Aviv. Elle passe désormais par Pékin et par Ormuz, là où se croisent la crédibilité américaine, la sécurité du Golfe et la nouvelle marge de manœuvre iranienne.
