C’est souvent à la pompe que les tensions économiques se font sentir. Quelques dirhams de plus sur le litre (près de 4 dirhams de hausse cumulée) suffisent à cristalliser un malaise diffus. Mais derrière ce schéma simple, c’est une mécanique plus vaste qui se déploie et qui mérite d’être comprise. Car le débat sur les carburants dépasse le prix affiché : il engage une lecture globale des contraintes, des choix et des priorités qui structurent l’action publique. C’est l’idée défendue par Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances et membre du bureau politique du RNI (qui dirige la majorité gouvernementale).
La pompe, point de fixation d’un malaise plus large
Le carburant agit d’abord comme un révélateur. Il concentre les tensions en ce qu’il irrigue l’ensemble des mécanismes économiques (transport, production, distribution), si bien que la moindre variation s’y diffuse presque immédiatement. Mme la ministre ne conteste nullement le ressenti. «Le gouvernement est pleinement conscient de l’inquiétude légitime des citoyens». Mais, pour elle, la pompe ne constitue que la traduction la plus visible d’un déséquilibre plus large, dont les ressorts excèdent largement le seul affichage des prix.
À cet égard, elle rappelle : la hausse des prix tient en grande partie à des facteurs extérieurs. Sous l’effet des tensions géopolitiques, le baril a évolué entre 93 et 100 dollars, dans un contexte international marqué par une instabilité persistante. Pour autant, ce facteur externe ne saurait, à lui seul, épuiser l’analyse. Il se conjugue, en réalité, à des fragilités internes. La ministre évoque ainsi sept années de sécheresse, qui ont durablement pesé sur la production agricole. La volatilité des prix alimentaires – la tomate en étant l’exemple le plus saillant – s’inscrit dans ce contexte, entre contraintes saisonnières et pics de demande, notamment durant le Ramadan.
Dans le même ordre d’idées, les déséquilibres se trouvent accentués par les perturbations logistiques mondiales. Le coût des conteneurs, multiplié par trois à quatre, a renchéri l’ensemble des chaînes d’approvisionnement, diffusant la hausse bien au-delà des seuls produits énergétiques. Au total, la dynamique inflationniste s’avère, selon la responsable gouvernementale, comme le résultat d’un enchevêtrement de facteurs, où contraintes internationales et vulnérabilités internes se répondent et se renforcent.
Refuser d’agir directement sur les prix : doctrine économique et débat fiscal
Face à la pression sociale, la tentation d’agir directement sur les prix – qu’il s’agisse d’un plafonnement ou d’un ajustement de la TVA – s’invite naturellement dans le débat public. Mais visiblement, le gouvernement écarte cette option pour le moment. «Le plafonnement des prix n’est pas une option viable», tranche Nadia Fettah Alaoui. Dans la foulée, elle énonce un principe de conduite : «ne pas transformer une crise externe en crise structurelle». En creux, l’idée est claire : éviter des réponses immédiates qui, à terme, pèseraient sur les équilibres des finances publiques.
À ce titre, la question de la TVA est abordée avec prudence. Certains y voient un levier rapide, voire une forme de correction. La ministre en récuse la logique : «Il n’y a aucune logique à ce qu’un État se réjouisse d’une crise qui pénalise ses citoyens». Elle en relativise, par ailleurs, la portée concrète – quelques centimes tout au plus – lui préférant des mécanismes jugés plus structurants. Pour autant, les critiques ne sont pas ignorées. Celles formulées, notamment, par le Conseil de la concurrence sont reconnues. Mais elles n’entament pas, à ce stade, la cohérence de la démarche retenue.
À ce titre, la question de la TVA est abordée avec prudence. Certains y voient un levier rapide, voire une forme de correction. La ministre en récuse la logique : «Il n’y a aucune logique à ce qu’un État se réjouisse d’une crise qui pénalise ses citoyens». Elle en relativise, par ailleurs, la portée concrète – quelques centimes tout au plus – lui préférant des mécanismes jugés plus structurants. Pour autant, les critiques ne sont pas ignorées. Celles formulées, notamment, par le Conseil de la concurrence sont reconnues. Mais elles n’entament pas, à ce stade, la cohérence de la démarche retenue.
Amortir sans bloquer : un arbitrage budgétaire assumé
«Notre politique ne vise pas la station-service, mais le pouvoir d’achat des citoyens», précise Mme Fettah, ajoutant qu’il s’agit «d’amortir les effets plutôt que contraindre les prix». En pratique, cet effort se traduit par des dispositifs ciblés, dont le coût atteint 1,6 milliard de dirhams par mois, en soutien aux transporteurs. Les subventions, elles, sont maintenues sur les postes jugés essentiels : 78 dirhams par bonbonne de gaz butane, stabilisation de l’électricité, maintien du sucre et de la farine.
Au total, l’engagement financier s’élève à 116 milliards de dirhams sur une année. Un chiffre qui, au-delà de son ampleur traduit une orientation claire : «chaque dirham est tracé». Autrement dit, l’action publique se veut mesurée, «orientée vers l’impact réel plutôt que vers l’effet d’annonce». Dans cette perspective, la ministre de l’Économie et des finances met en garde contre ce qu’elle qualifie de «solutions faciles», souvent portées par des logiques électoralistes. Des réponses immédiates, certes lisibles pour le public, mais qui, à ses yeux, risqueraient d’entamer les équilibres budgétaires et, ce faisant, de compromettre le financement durable de l’État social.
Samir, stockage et souveraineté : les limites du modèle actuel
Au total, l’engagement financier s’élève à 116 milliards de dirhams sur une année. Un chiffre qui, au-delà de son ampleur traduit une orientation claire : «chaque dirham est tracé». Autrement dit, l’action publique se veut mesurée, «orientée vers l’impact réel plutôt que vers l’effet d’annonce». Dans cette perspective, la ministre de l’Économie et des finances met en garde contre ce qu’elle qualifie de «solutions faciles», souvent portées par des logiques électoralistes. Des réponses immédiates, certes lisibles pour le public, mais qui, à ses yeux, risqueraient d’entamer les équilibres budgétaires et, ce faisant, de compromettre le financement durable de l’État social.
Samir, stockage et souveraineté : les limites du modèle actuel
Dans le débat sur les prix des carburants et leurs relations avec les convulsions de la géopolitique au Proche-Orient, le question de la souveraineté énergétique devient inévitable et, conséquemment, le dossier de la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage, Samir. Sur ce point, la ministre rappelle que le dossier est aujourd’hui entre les mains de la justice. En attendant, son absence continue de peser sur les capacités nationales, aussi bien en matière de raffinage que de stockage. Les réserves disponibles tournent autour de 50 jours, en dessous des 60 jours prévus, même si l’objectif reste de les renforcer, affirme-t-elle.
Cela étant, Mme Fettah prend soin de nuancer. Même avec une raffinerie en activité, les prix ne seraient pas fondamentalement différents. Car ces derniers restent, dans une large mesure, liés aux marchés internationaux. Au fond, le sujet dépasse la seule question de l’infrastructure. Il renvoie à quelque chose de plus profond : la capacité, à terme, de réduire la dépendance extérieure et de construire une forme de souveraineté énergétique plus durable.
Cela étant, Mme Fettah prend soin de nuancer. Même avec une raffinerie en activité, les prix ne seraient pas fondamentalement différents. Car ces derniers restent, dans une large mesure, liés aux marchés internationaux. Au fond, le sujet dépasse la seule question de l’infrastructure. Il renvoie à quelque chose de plus profond : la capacité, à terme, de réduire la dépendance extérieure et de construire une forme de souveraineté énergétique plus durable.
