Comment préserver la faculté humaine de juger à l’ère des algorithmes ? Comment éviter que l’intelligence artificielle ne devienne l’unique matrice du savoir, du droit et du pouvoir ? C’est autour de ces interrogations majeures que s’est articulée l’intervention de Dr Assia Ben Salah Alaoui, prononcée à l’occasion de la 51e session de l’Académie du Royaume du Maroc, organisée du 21 au 23 avril 2026.
Sous le thème « Humanités avec algorithmes : vers une épistémologie partagée de l’IA en droit international, relations internationales et géopolitique », la conférencière a plaidé pour une approche lucide et équilibrée face à la montée en puissance des technologies intelligentes.
L’intervention a également souligné la dimension stratégique de l’IA. Entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne, la bataille se joue désormais sur trois terrains : les infrastructures numériques, l’innovation industrielle et les normes réglementaires. Pour la conférencière, cette rivalité pourrait accentuer la fragmentation du monde en blocs technologiques concurrents, tout en marginalisant les pays du Sud si ceux-ci ne développent pas leurs propres capacités numériques. Elle a aussi alerté sur les coûts environnementaux de cette course technologique, évoquant la forte consommation énergétique et hydrique des centres de données.
Autre point central : les biais intégrés aux systèmes d’IA. Alimentés par des données issues de sociétés traversées par des inégalités, les algorithmes risquent de reproduire, voire d’amplifier, les discriminations existantes. Dans les domaines du recrutement, de la surveillance ou de la justice pénale, ces dérives peuvent avoir des conséquences directes sur les libertés individuelles et l’égalité des chances.
Le message est ainsi clair : face à l’accélération technologique, la vraie bataille ne sera pas seulement industrielle ou économique. Elle sera aussi intellectuelle, éthique et civilisationnelle.
Sous le thème « Humanités avec algorithmes : vers une épistémologie partagée de l’IA en droit international, relations internationales et géopolitique », la conférencière a plaidé pour une approche lucide et équilibrée face à la montée en puissance des technologies intelligentes.
L’algorithme, nouveau producteur de normes
En ouverture, Dr Ben Salah Alaoui a rappelé que l’IA n’est plus un simple outil technique. Elle participe désormais à la prise de décision dans des domaines aussi sensibles que la justice, la sécurité ou la diplomatie. Prenant l’exemple de l’affaire américaine State v. Loomis, où un algorithme d’évaluation du risque de récidive avait influencé une condamnation judiciaire, elle a mis en garde contre l’opacité croissante des systèmes automatisés. Selon elle, cette évolution marque une rupture : les décisions ne reposent plus uniquement sur l’analyse humaine, mais aussi sur des modèles probabilistes dont la logique reste souvent inaccessible.L’intervention a également souligné la dimension stratégique de l’IA. Entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne, la bataille se joue désormais sur trois terrains : les infrastructures numériques, l’innovation industrielle et les normes réglementaires. Pour la conférencière, cette rivalité pourrait accentuer la fragmentation du monde en blocs technologiques concurrents, tout en marginalisant les pays du Sud si ceux-ci ne développent pas leurs propres capacités numériques. Elle a aussi alerté sur les coûts environnementaux de cette course technologique, évoquant la forte consommation énergétique et hydrique des centres de données.
Autre point central : les biais intégrés aux systèmes d’IA. Alimentés par des données issues de sociétés traversées par des inégalités, les algorithmes risquent de reproduire, voire d’amplifier, les discriminations existantes. Dans les domaines du recrutement, de la surveillance ou de la justice pénale, ces dérives peuvent avoir des conséquences directes sur les libertés individuelles et l’égalité des chances.
Pour une “épistémologie partagée”
Face à ces défis, Dr Assia Ben Salah Alaoui a défendu la nécessité d’une gouvernance mondiale renouvelée, fondée sur la transparence, la responsabilité et la pluralité culturelle. Elle appelle à associer juristes, philosophes, scientifiques, décideurs publics et sociétés civiles afin d’élaborer un cadre commun de régulation. L’objectif : faire de l’IA un instrument au service des sociétés, et non un facteur de domination. Cette vision repose sur trois piliers :- une littératie algorithmique des citoyens et chercheurs ;
- une gouvernance critique des outils numériques ;
- une diversité épistémique, intégrant les langues, cultures et visions du monde du Nord comme du Sud.
Préparer l’avenir plutôt que le subir
En conclusion, Dr Assia Ben Salah Alaoui a livré un message à forte portée politique et philosophique : l’IA ne doit pas conduire à la subordination des humanités, mais à leur renforcement critique. Citant Maurice Blondel, elle a rappelé que « le futur ne se prédit pas, il se prépare ».Le message est ainsi clair : face à l’accélération technologique, la vraie bataille ne sera pas seulement industrielle ou économique. Elle sera aussi intellectuelle, éthique et civilisationnelle.
