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Vendredi 30 Octobre 2026
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Fête de l’Unité : la diaspora marocaine et le défi de la mobilisation des talents

Alors que le Maroc célèbre, ce 31 octobre, la première Fête de l’Unité, la place de ses ressortissants établis à l’étranger prend une résonance particulière. À Rabat, une conférence organisée par l’Université internationale HEM et la Fondation Konrad-Adenauer-Stiftung a réuni, jeudi, entrepreneurs, chercheurs et acteurs associatifs autour d’une même interrogation : comment transformer l’attachement au Royaume en investissements, en transferts de compétences et en influence internationale ? Les échanges ont mis au jour des réussites, mais aussi des obstacles persistants.

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Cent vingt-deux milliards de dirhams : c’est le montant des transferts des Marocains résidant à l’étranger en 2025, selon l’Office des changes. Un chiffre qui mesure leur poids financier, mais dit peu de leur contribution scientifique, entrepreneuriale ou diplomatique. Comment mobiliser ce potentiel ? La question a traversé la rencontre consacrée aux Marocains du monde, organisée le 29 octobre à l’Hôtel Tour Hassan de Rabat, à l’approche de la célébration de la première Fête de l’Unité, instituée après l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité sur le Sahara.

Pour Younes Slaoui, qui a ouvert les échanges au nom de HEM, la diaspora constitue un réservoir de connaissances et de relations internationales. Chercheurs, dirigeants et entrepreneurs peuvent ouvrir des marchés, partager leurs savoirs ou attirer des financements. «Ces contributions ne supposent pas nécessairement un retour définitif au pays», a-t-il souligné. Les universités peuvent, selon lui, rapprocher les nouvelles générations du Maroc. Le représentant de la Fondation Konrad-Adenauer-Stiftung,Steven Höfner a lui aussi insisté sur les liens à cultiver avec les descendants de l’émigration, ainsi que sur les coopérations possibles entre le Maroc, l’Allemagne et le continent africain.



Une diaspora, plusieurs attentes «Il n’y a pas une diaspora, il y a plusieurs diasporas.» Jamal Belahrach, président de la Maison de la Diaspora marocaine, a donné le ton d’un débat moins consensuel qu’il n’y paraissait. Entre celui qui a quitté le Maroc pour étudier et celui qui est né à l’étranger, entre l’entrepreneur et le salarié, les attentes ne se ressemblent pas. D’où l’intérêt, selon lui, de produire davantage de données, voire de créer une chaire universitaire dédiée à ces communautés. «On ne peut pas régler un problème si on ne sait pas le nommer», a-t-il fait valoir.

Son propos vise aussi la manière dont le Maroc regarde ses ressortissants de l’étranger. «L’entrée en devises ne peut pas être la seule variable pour pouvoir juger la qualité ou le patriotisme d’une diaspora», a-t-il affirmé. M. Belahrach met en garde contre le «mythe du retour» : l’enjeu n’est pas de convaincre tout le monde de rentrer, mais de permettre à chacun de contribuer là où il vit. La troisième et la quatrième génération, souligne-t-il, ne se mobilisent plus sur la seule corde sensible des souvenirs familiaux. «Le Maroc est une des destinations, mais ce n’est pas la seule.»

À cette évolution s’ajoute un obstacle plus terre à terre : la confiance. Évoquant des cas de spoliation et des parcours administratifs décourageants, M. Belahrach regrette la dispersion des dispositifs d’accompagnement. Le problème, estime-t-il, tient à leur pilotage et à la capacité de l’administration à comprendre des interlocuteurs habitués à d’autres langues et pratiques. Les investisseurs, résume-t-il, «ne veulent pas d’avantages particuliers pour eux. Ils veulent juste que ça fonctionne de manière la plus fluide possible». Lui-même, revenu au Maroc depuis trois décennies, dit mesurer encore le prix de cette réadaptation.

Du safran aux réseaux de la CGEM : des projets, des obstacles et des relais Hafida Moukadiri en connaît les aspérités. Après trente-cinq ans en France, un doctorat, un passage par les laboratoires de l’Inserm et du CNRS et une activité de conseil dans les dispositifs médicaux, elle a choisi, en 2019, d’investir dans sa commune rurale d’origine. Son pari : cultiver du safran biologique là où cette production n’était guère implantée. Le projet, à vocation économique et sociale, a exigé de longues démarches et de multiples allers-retours. «Moi, je suis arrivée. Mais j’en connais beaucoup qui ont abandonné à mi-chemin», a-t-elle confié.

Ce n’est qu’à l’occasion d’une rencontre dédiée aux MRE qu’elle découvre les organismes susceptibles de l’aider, notamment les Centres régionaux d’investissement, l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). «Il y a des choses. Mais il n’y a pas de communication», constate-t-elle. Son exploitation entend aujourd’hui faire connaître son safran à l’international, 95% des personnes qui y travaillent sont des femmes, selon ses chiffres. Une illustration des retombées possibles de l’investissement dans les territoires ruraux.

Karim Amor, à la tête de la «treizième région» de la CGEM dédiée aux Marocains du monde, a justement détaillé les passerelles mises en place par le patronat. Créée en 2017, cette structure anime des réseaux dans quelque 110 pays. Une consultation virtuelle réunissant 1.200 participants aurait permis, selon lui, de recueillir 550 questions et d’identifier cinq priorités : accompagnement entrepreneurial, investissement, recherche et développement, intermédiation commerciale et projets entre membres de la diaspora.

Le programme de «R&D triangulation» ambitionne de relier des chercheurs installés à l’étranger à des universités marocaines, tandis que les «business connectors» visent à ouvrir des marchés aux PME nationales. Avec «Sky is the limit», la coopération peut même naître entre Marocains vivant sur plusieurs continents, sans qu’un investissement au Maroc soit nécessairement le point de départ.

Sur le volet réglementaire, le représentant de l’Office des changes a rappelé les facilités dont peuvent bénéficier les MRE pour transférer certains avoirs constitués en devises, régler des dépenses de voyage, de scolarité ou de soins, ou effectuer des achats en ligne, sous les conditions prévues par la réglementation. Il a mis en avant la digitalisation des démarches, sans annoncer de mesures nouvelles.

Mohamed El Karz a apporté un autre exemple de cette mise en relation des compétences et des marchés : l’accompagnement de coopératives féminines d’huile d’argan vers l’Allemagne. Selon son témoignage, l’initiative serait passée d’une soixantaine de femmes à environ 1.300, réunies dans 23 coopératives. Il a aussi évoqué les cadres marocains formés outre-Rhin, dont l’expertise industrielle pourrait bénéficier au Royaume, tout en soulignant un frein souvent négligé : certains, devenus essentiellement germanophones, peinent à évoluer dans les codes administratifs marocains.

La bataille des récits, autre terrain d’engagement Avec Samir Bennis, cofondateur de Morocco World News, le débat a quitté le seul terrain de l’économie pour celui de la diplomatie d’influence. Revenant sur son expérience aux Nations unies, notamment autour des travaux de la Quatrième Commission qui examine la question du Sahara, il a raconté sa prise de conscience : les positions marocaines, estimait-il, manquaient de relais capables de s’adresser directement à l’opinion internationale. C’est dans cette perspective qu’il a lancé, avec son frère, Adnane Bennis, en 2011, un média anglophone destiné à rendre l’actualité et le point de vue marocains accessibles au grand public étranger.

M. Bennis a insisté sur l’importance du «récit» dans la compétition des perceptions, prenant pour exemples les discours autour du Sahara, la couverture de la presse espagnole et les débats médiatiques liés à la CAN. Son constat est critique : la prise de conscience de ces enjeux ne suffit pas si les Marocains qui connaissent les langues, les médias et les institutions étrangères manquent d’interlocuteurs au pays. «Il y a une grande différence entre la prise de conscience et la mise en œuvre de politiques publiques», a-t-il relevé. À ses yeux, les réseaux de la diaspora pourraient contribuer bien davantage au rayonnement du Maroc s’ils étaient mieux reliés aux institutions nationales. D’un champ de safran à un laboratoire, d’une coopérative d’argan à une rédaction anglophone, les parcours racontés jeudi rappellent une évidence : les Marocains du monde ne sont ni un bloc uniforme ni une simple source de devises. Ils portent des projets, des savoir-faire et des attentes parfois contradictoires. À l’heure où le Royaume célèbre sa première Fête de l’Unité, le défi est de donner une traduction concrète à ce lien qui dépasse les frontières : faire en sorte que l’unité se vive aussi dans les possibilités offertes à chacun de contribuer, d’où qu’il se trouve, à l’avenir du pays.
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