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Lundi 13 Avril 2026
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La Fédération des journalistes africains en conclave à Rabat

Le Syndicat national de la presse marocaine (SNPM) accueille, ces 13 et 14 avril à Rabat, la réunion du comité directeur de la Fédération des journalistes africains (FAJ). Cette rencontre, qui intervient trois semaines avant le congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) prévu à Paris, marque un tournant stratégique pour le syndicalisme journalistique continental. Au programme : structuration régionale, perspectives de genre, justice climatique et gouvernance des migrations. Avec la présence de l’ancien président de la FIJ, Jim Boumelha, et la participation de représentants de l'ensemble des sous-régions africaines, le comité directeur s'apprête à valider des orientations programmatiques ambitieuses, plaçant les enjeux thématiques émergents au cœur de son action syndicale.

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Le comité directeur de la Fédération des journalistes africains (FAJ) a ouvert ses travaux lundi 13 avril à Rabat, à l'invitation du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM). Cette réunion statutaire, qui se tient jusqu'à ce 14 avril, rassemble les représentants des cinq sous-régions du continent ainsi que l’ancien président de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) et trésorier honoraire de la FIJ, Jim Boumelha. L'ordre du jour porte sur l'examen des activités menées depuis septembre 2024, la validation des politiques institutionnelles de la fédération et la préparation du 6e Congrès de la FAJ, dans un contexte marqué par la diversification des chantiers syndicaux vers les questions de genre, de climat et de migration.

Dans son allocution d'ouverture prononcée lundi matin, Abdelkbir Khchichine, président du SNPM et membre du bureau exécutif de la FAJ, a souligné la portée symbolique de cette réunion. «Cette rencontre n'est pas une simple occasion organisationnelle, mais une étape fondamentale pour renouveler notre engagement collectif au service des causes du journalisme dans notre continent africain», a-t-il déclaré, saluant la présence des dirigeants de la FIJ et des délégués venus de toutes les cinq régions du continent.

Cette réunion intervient dans un contexte continental contrasté, marqué par des reculs significatifs de la liberté de la presse dans certaines zones, notamment au Sahel et en Afrique de l'Est, et par une volonté affirmée de renforcer les capacités syndicales à travers des réseaux thématiques spécialisés. Le comité directeur doit ainsi examiner les rapports d'activités des cinq sous-régions (Afrique de l'Ouest, australe, de l'Est, centrale et du Nord) et valider les avancées réalisées depuis la dernière réunion tenue à Nouakchott en septembre 2024.

Trois réseaux thématiques pour élargir le champ syndical

L'un des acquis majeurs du cycle actuel réside dans la création de trois réseaux continentaux spécialisés, adoptés lors de conférences thématiques organisées en 2024. Le Réseau africain de journalisme sur la migration de main-d'œuvre (ALMJN), lancé à Dakar en août 2024 en partenariat avec la Commission de l'Union africaine et l'Organisation internationale pour les migrations, vise à promouvoir une couverture médiatique équilibrée et documentée des dynamiques migratoires africaines. Le réseau, dont la vice-présidence pour l'Afrique du Nord est assurée par un journaliste marocain, s'inscrit dans une logique de construction d'un discours positif sur les migrations de travail, loin des stéréotypes et des approches sécuritaires.

Parallèlement, la FAJ a mis en place un groupe de travail continental sur le changement climatique, créé à l'issue de la conférence sur la justice climatique organisée à Abidjan en septembre 2024, en marge de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (AMCEN). Ce groupe, dont le mandat porte sur la promotion d'une transition juste et sur le renforcement des capacités journalistiques en matière de climat, reflète la volonté de la FAJ d'inscrire l'action syndicale dans les grands enjeux planétaires. Enfin, un plan d'action régional contre la désinformation et la mésinformation, adopté lors de la mission FAJ-Unesco en Afrique australe, complète ce dispositif thématique.

Le genre au programme du deuxième jour

L'ordre du jour du 14 avril réserve une place de choix au Conseil panafricain du genre de la FAJ, structure créée pour promouvoir l'égalité entre femmes et hommes au sein des syndicats de journalistes et dans les rédactions africaines. Ce rapport, attendu par l'ensemble des délégations, devrait dresser un état des lieux des politiques de genre adoptées par les affiliés nationaux et proposer des recommandations opérationnelles pour renforcer la participation des femmes aux instances décisionnelles syndicales.

Cette orientation s'inscrit dans la continuité des résolutions adoptées lors du dernier congrès de la FAJ en mars 2024, qui avait placé l'égalité de genre parmi les priorités stratégiques de la fédération. Le comité directeur doit également approuver, lors de cette session, un ensemble de politiques institutionnelles incluant une politique d'égalité des sexes et d'inclusion, ainsi qu'une politique de prévention de l'exploitation sexuelle, des abus et du harcèlement (PSEAH), conformément aux standards internationaux en matière de gouvernance syndicale.

Unir les rangs avant le rendez-vous mondial de Paris

Dans son discours d'ouverture, Abdelkbir Khchichine a appelé les syndicats africains à présenter un front uni lors du prochain congrès mondial de la FIJ, prévu durant le mois de mai à Paris. «Nous sommes appelés, au sein de la FAJ, plus que jamais, à unifier nos efforts pour défendre l'image de notre continent, mettre en avant sa voix authentique et relayer ses causes avec objectivité et professionnalisme, loin de tous les stéréotypes», a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité d'assurer «une présence honorable dans toutes les instances de la FIJ» afin de garantir la prise en compte des préoccupations africaines dans les politiques mondiales du syndicalisme journalistique.

Cette réunion de Rabat est également l'occasion de finaliser les préparatifs du 6e Congrès de la FAJ, dont l'organisation constitue l'un des points centraux de l'ordre du jour. Les délégués doivent statuer sur la date et le lieu de cette échéance statutaire majeure, qui devra valider le plan stratégique quadriennal en cours d'élaboration avec l'Institut africain de recherche et d'éducation syndicales (ALREI), rattaché à la Confédération syndicale internationale pour l'Afrique (ITUC-Afrique).

Défense des droits et solidarité continentale

Le président du SNPM a également rappelé l'importance de la défense des droits des journalistes et de la protection de leur dignité professionnelle. «Les défis auxquels notre profession est confrontée aujourd'hui nous imposent davantage de solidarité, de coordination et de travail commun», a-t-il déclaré, évoquant les situations préoccupantes dans plusieurs régions du continent, notamment au Sahel, au Soudan et en Guinée-Bissau.

Lors de la réunion de Nouakchott, le comité directeur avait adopté plusieurs motions de solidarité, notamment en faveur des journalistes palestiniens et des journalistes mauritaniens confrontés à la précarité. Ces engagements, qui témoignent de la dimension panafricaine et internationaliste de la FAJ, devraient être réaffirmés et actualisés lors de cette session de Rabat. La coordination entre la FAJ et la FIJ, matérialisée par la présence de Jim Boumelha à Rabat, illustre la volonté de renforcer les synergies entre les niveaux continental et mondial du syndicalisme journalistique.

L'organisation de cette rencontre est le fruit d'une coordination étroite entre le SNPM et la direction de la FAJ, avec l'appui de Mohamed Talbi, vice-président du SNPM et membre du bureau exécutif de la FAJ. Les travaux se poursuivront jusqu'à ce mardi, avec l'adoption attendue de plusieurs résolutions portant sur la structuration régionale, les partenariats continentaux et la préparation des événements internationaux à venir.
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