Les chiffres d'ensemble étaient attendus. 988 victimes officiellement identifiées, 536 affaires, 816 personnes poursuivies et 774 condamnations entre 2021 et 2025. Mais c'est dans le détail des formes d'exploitation que le rapport national, présenté le jeudi 15 octobre 2026 par la Commission nationale chargée de la coordination des mesures de prévention et de lutte contre la traite des êtres humains, réserve sa véritable information. La traite des êtres humains, au Maroc, n'a plus tout à fait le même visage qu'il y a deux ans.
Le document, intitulé «Les efforts du Royaume du Maroc en matière de lutte contre la traite des êtres humains et de prévention : un parcours national renouvelé», a été présenté le jeudi 15 octobre 2026 au siège de l'Institut national des greffes et des professions juridiques et judiciaires, à Technopolis (Sala Al Jadida), par Hicham Mellati, directeur des affaires pénales, des grâces et de l'observation de la criminalité, qui exerce par délégation la supervision de la présidence de la Commission nationale. Élaboré au titre de la loi n°27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, il couvre cinq années de réponse nationale, de la prévention à la formation en passant par les poursuites et la protection des victimes, et s'appuie sur une annexe statistique réalisée avec le concours de l'Observatoire national de la criminalité.
Le document, intitulé «Les efforts du Royaume du Maroc en matière de lutte contre la traite des êtres humains et de prévention : un parcours national renouvelé», a été présenté le jeudi 15 octobre 2026 au siège de l'Institut national des greffes et des professions juridiques et judiciaires, à Technopolis (Sala Al Jadida), par Hicham Mellati, directeur des affaires pénales, des grâces et de l'observation de la criminalité, qui exerce par délégation la supervision de la présidence de la Commission nationale. Élaboré au titre de la loi n°27-14 relative à la lutte contre la traite des êtres humains, il couvre cinq années de réponse nationale, de la prévention à la formation en passant par les poursuites et la protection des victimes, et s'appuie sur une annexe statistique réalisée avec le concours de l'Observatoire national de la criminalité.
Un basculement en deux ans
La structure de l'exploitation s'est transformée sur la période. L'exploitation sexuelle, qui représentait 75% des formes recensées en 2023, n'en représente plus que 54% en 2025. Dans le même temps, la part du travail forcé est passée de 17,9% en 2024 à 29,1% en 2025, soit une progression de plus de onze points en une seule année. Le profil des victimes a évolué lui aussi. La part des mineurs a reculé, d'environ 50% en 2022 à 34,4% en 2025, même si les filles représentaient encore 80,6% des victimes mineures l'an dernier. Une constante demeure toutefois, relève le rapport, celle d'une exploitation fondée sur l'abus d'un lien de confiance, d'autorité ou de dépendance économique.
Le document se garde de lire ces évolutions comme une aggravation du phénomène. Le nombre de victimes officiellement identifiées est passé de 165 en 2021 à 270 en 2025, et la Commission nationale y voit d'abord le résultat d'une meilleure capacité de détection et d'identification précoce. Elle l'attribue à la mise en œuvre du Mécanisme national de référencement des victimes, adopté en mars 2023, à l'harmonisation des outils de détection, à la formation des professionnels de première ligne et à la mise en service, en juillet 2023, du numéro vert gratuit 0800004747, ouvert au public pour signaler les victimes potentielles.
Les modes opératoires décrits dessinent, le plus souvent, une criminalité à auteur unique. Selon les années, 57 à 72% des affaires ne mettent en cause qu'un seul suspect. La dimension transfrontalière concerne 10 à 14% des dossiers, avec l'apparition de cas de ressortissants marocains exploités à l'étranger. Le recrutement par les réseaux sociaux et les messageries instantanées progresse, mais le rapport le juge encore limité à ce stade.
Le document se garde de lire ces évolutions comme une aggravation du phénomène. Le nombre de victimes officiellement identifiées est passé de 165 en 2021 à 270 en 2025, et la Commission nationale y voit d'abord le résultat d'une meilleure capacité de détection et d'identification précoce. Elle l'attribue à la mise en œuvre du Mécanisme national de référencement des victimes, adopté en mars 2023, à l'harmonisation des outils de détection, à la formation des professionnels de première ligne et à la mise en service, en juillet 2023, du numéro vert gratuit 0800004747, ouvert au public pour signaler les victimes potentielles.
Les modes opératoires décrits dessinent, le plus souvent, une criminalité à auteur unique. Selon les années, 57 à 72% des affaires ne mettent en cause qu'un seul suspect. La dimension transfrontalière concerne 10 à 14% des dossiers, avec l'apparition de cas de ressortissants marocains exploités à l'étranger. Le recrutement par les réseaux sociaux et les messageries instantanées progresse, mais le rapport le juge encore limité à ce stade.
Trois secteurs dans l'angle mort
Le rapport en tire une conséquence directe. L'identification précoce des victimes doit être étendue à l'agriculture, au bâtiment et au travail domestique, trois secteurs que le document décrit comme encore peu couverts par le repérage. Autrement dit, la montée du travail forcé est mesurée dans des pans de l'économie où l'on regarde encore peu. Si la hausse du nombre global de victimes s'explique d'abord par le fait qu'on les cherche mieux, la part réelle de cette forme d'exploitation reste à établir.
Dans son intervention, Hicham Mellati a insisté sur la nécessité de développer les mécanismes de suivi et d'évaluation afin d'accompagner les transformations que connaît cette criminalité et la multiplication des formes d'exploitation qui lui sont liées. Il a également appelé à poursuivre la mobilisation des différents secteurs et institutions concernés et à renforcer la coordination entre eux, dans le but d'accroître l'efficacité des interventions et de garantir aux victimes la protection de leur dignité et de leurs droits.
Le dispositif de protection s'est étoffé en parallèle de cette montée en charge. Le nombre de mesures prises en faveur des victimes est passé de 55 en 2021 à 336 en 2024, puis à 400 en 2025. Deux centres d'hébergement dédiés ont ouvert en 2024, à Tanger en avril, puis à Fès en août, ce dernier étant conçu comme un centre d'accueil d'urgence pour les femmes victimes de traite. Le rapport précise que l'hébergement n'y est pas une fin en soi, mais un moyen d'autonomisation sociale et économique de la victime, de réinsertion ou de retour volontaire dans son pays d'origine.
Dans son intervention, Hicham Mellati a insisté sur la nécessité de développer les mécanismes de suivi et d'évaluation afin d'accompagner les transformations que connaît cette criminalité et la multiplication des formes d'exploitation qui lui sont liées. Il a également appelé à poursuivre la mobilisation des différents secteurs et institutions concernés et à renforcer la coordination entre eux, dans le but d'accroître l'efficacité des interventions et de garantir aux victimes la protection de leur dignité et de leurs droits.
Le dispositif de protection s'est étoffé en parallèle de cette montée en charge. Le nombre de mesures prises en faveur des victimes est passé de 55 en 2021 à 336 en 2024, puis à 400 en 2025. Deux centres d'hébergement dédiés ont ouvert en 2024, à Tanger en avril, puis à Fès en août, ce dernier étant conçu comme un centre d'accueil d'urgence pour les femmes victimes de traite. Le rapport précise que l'hébergement n'y est pas une fin en soi, mais un moyen d'autonomisation sociale et économique de la victime, de réinsertion ou de retour volontaire dans son pays d'origine.
Des outils taillés pour des victimes invisibles
Atteindre des victimes qui ne se déclarent pas suppose des procédures adaptées. La loi n°03-23 modifiant et complétant le Code de procédure pénale, entrée en vigueur le 8 décembre 2025, rend obligatoire l'identification des victimes, leur ouvre un délai de réflexion et de rétablissement pouvant atteindre trente jours, prévoit des ordonnances d'interdiction de contact et institue un bureau d'assistance sociale. Le texte conforte également l'enquête financière parallèle.
La réponse pénale s'est, de son côté, nettement accélérée. Le nombre annuel de condamnés est passé de 54 en 2021 à 325 en 2025, une hausse que le rapport relie au traitement plus rapide des affaires en instance. Le taux de requalification juridique initiale a reculé d'environ 29% à environ 14%, signe d'une qualification plus précise dès l'engagement des poursuites. Enquête numérique, recherche en sources ouvertes et enquête financière parallèle font désormais partie des outils mobilisés. Sur les cinq années, 1.597 réseaux actifs dans l'organisation de la migration irrégulière, le trafic de migrants et la traite des êtres humains ont été démantelés.
La dimension financière figure au premier rang des priorités de la phase à venir. Le rapport prévoit de développer les enquêtes financières parallèles, la confiscation des produits du crime et leur affectation au profit des victimes, en coordination avec l'Autorité nationale du renseignement financier. Une étude sur les liens entre traite et blanchiment de capitaux, ainsi qu'une autre sur les routes migratoires, doivent être menées en partenariat avec l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
La réponse pénale s'est, de son côté, nettement accélérée. Le nombre annuel de condamnés est passé de 54 en 2021 à 325 en 2025, une hausse que le rapport relie au traitement plus rapide des affaires en instance. Le taux de requalification juridique initiale a reculé d'environ 29% à environ 14%, signe d'une qualification plus précise dès l'engagement des poursuites. Enquête numérique, recherche en sources ouvertes et enquête financière parallèle font désormais partie des outils mobilisés. Sur les cinq années, 1.597 réseaux actifs dans l'organisation de la migration irrégulière, le trafic de migrants et la traite des êtres humains ont été démantelés.
La dimension financière figure au premier rang des priorités de la phase à venir. Le rapport prévoit de développer les enquêtes financières parallèles, la confiscation des produits du crime et leur affectation au profit des victimes, en coordination avec l'Autorité nationale du renseignement financier. Une étude sur les liens entre traite et blanchiment de capitaux, ainsi qu'une autre sur les routes migratoires, doivent être menées en partenariat avec l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
L'évaluation de 2026 comme rendez-vous
L'année 2026 marque la fin de la première phase du Plan national de lutte contre la traite des êtres humains et de prévention 2023-2030, adopté la même année que le Mécanisme national de référencement. Ses 13 objectifs stratégiques, 30 objectifs spécifiques et 74 mesures, répartis sur quatre axes, doivent être évalués selon les indicateurs de la matrice de mise en œuvre. De cet exercice sortira le plan d'action de la deuxième phase, pour 2027-2030.
Outre l'extension sectorielle de l'identification et le volet financier, le rapport en fixe déjà les grandes lignes. Il s'agit de mettre en œuvre les nouvelles dispositions du Code de procédure pénale, de déployer le Mécanisme national de référencement dans les régions avec la plateforme numérique E-MNR et l'extension du réseau de centres d'hébergement, de répondre à la numérisation de la criminalité, notamment par le renseignement en sources ouvertes, et de consolider la gouvernance des données. Sur ce dernier point, l'annexe statistique distingue déjà les victimes potentielles détectées de celles officiellement identifiées dans le cadre judiciaire, et la collecte doit être alignée sur la norme internationale ICS-TIP.
Cette réorientation s'appuie sur une coopération internationale passée, selon le rapport, de partenariats techniques ponctuels à une programmation conjointe. Le programme JTIP (2023-2026), soutenu par les États-Unis, associe la Commission nationale, l'OIM, l'ONUDC et l'Organisation internationale du travail. Des déclarations d'intention ont été signées avec les commissions homologues de la République démocratique du Congo en 2021 et du Niger en 2022, puis un mémorandum d'entente avec la Côte d'Ivoire en décembre 2024. Le Maroc a présidé, en juillet 2024 à Vienne, la 14e réunion du Groupe de travail sur la traite des personnes de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, et Casablanca a accueilli en avril 2025 un forum régional réunissant les instances nationales de sept pays. Entre 2021 et 2023, la formation a bénéficié à 425 représentants des institutions publiques et à 292 représentants d'associations, appuyée par une plateforme d'apprentissage à distance de huit modules lancée en 2022 avec l'OIM.
Le rapport se referme sur la devise du Plan national, «Tous ensemble pour la lutte contre la traite des êtres humains et sa prévention, selon une approche globale et intégrée : volonté-engagement-effectivité». Reste à vérifier, lors de l'évaluation de 2026, que l'effectivité atteigne les champs, les chantiers et les foyers où le repérage fait encore défaut.
Outre l'extension sectorielle de l'identification et le volet financier, le rapport en fixe déjà les grandes lignes. Il s'agit de mettre en œuvre les nouvelles dispositions du Code de procédure pénale, de déployer le Mécanisme national de référencement dans les régions avec la plateforme numérique E-MNR et l'extension du réseau de centres d'hébergement, de répondre à la numérisation de la criminalité, notamment par le renseignement en sources ouvertes, et de consolider la gouvernance des données. Sur ce dernier point, l'annexe statistique distingue déjà les victimes potentielles détectées de celles officiellement identifiées dans le cadre judiciaire, et la collecte doit être alignée sur la norme internationale ICS-TIP.
Cette réorientation s'appuie sur une coopération internationale passée, selon le rapport, de partenariats techniques ponctuels à une programmation conjointe. Le programme JTIP (2023-2026), soutenu par les États-Unis, associe la Commission nationale, l'OIM, l'ONUDC et l'Organisation internationale du travail. Des déclarations d'intention ont été signées avec les commissions homologues de la République démocratique du Congo en 2021 et du Niger en 2022, puis un mémorandum d'entente avec la Côte d'Ivoire en décembre 2024. Le Maroc a présidé, en juillet 2024 à Vienne, la 14e réunion du Groupe de travail sur la traite des personnes de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, et Casablanca a accueilli en avril 2025 un forum régional réunissant les instances nationales de sept pays. Entre 2021 et 2023, la formation a bénéficié à 425 représentants des institutions publiques et à 292 représentants d'associations, appuyée par une plateforme d'apprentissage à distance de huit modules lancée en 2022 avec l'OIM.
Le rapport se referme sur la devise du Plan national, «Tous ensemble pour la lutte contre la traite des êtres humains et sa prévention, selon une approche globale et intégrée : volonté-engagement-effectivité». Reste à vérifier, lors de l'évaluation de 2026, que l'effectivité atteigne les champs, les chantiers et les foyers où le repérage fait encore défaut.
