Le Maroc des territoires ne pourra relever les défis de demain qu’en changeant de méthode. C’est le fil conducteur qui a traversé les trois panels de la 9e édition du Morocco Today Forum (MTF), organisé cette année à Errachidia sous le thème : «Le Maroc des territoires : pour une émergence intégrée et inclusive». Un choix qui s’inscrit directement dans les Hautes Orientations Royales, notamment le Discours du Trône du 30 juillet 2025, dans lequel Sa Majesté le Roi Mohammed VI a réaffirmé qu’«il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses». Cette vision a trouvé une traduction concrète lors du Conseil des ministres présidé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en avril 2026, au cours duquel ont été présentées les grandes lignes de la gouvernance de la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré (PDTI). Dotée d’une enveloppe globale de près de 210 milliards de dirhams sur huit ans, cette réforme structurante ambitionne de refonder les modalités de conception, de mise en œuvre et d’évaluation des politiques publiques territoriales afin de mieux les ancrer dans les réalités locales, tout en renforçant leur pilotage à l’échelle nationale.
Le choix d’Errachidia pour la tenue de cet événement organisé, sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, par Groupe Le Matin en partenariat avec le Conseil de la région de Draâ-Tafilalet n’est donc pas anodin. Comme l’a rappelé Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe Le Matin, lors de la séance inaugurale de cette rencontre, cette région illustre à la fois les immenses potentialités des territoires marocains et les disparités qui subsistent encore entre les régions. Les données récentes du Haut-Commissariat au Plan montrent d’ailleurs que Draâ-Tafilalet ne représente que 3% du PIB national, contre 32,3% pour Casablanca-Settat, tandis que près des deux tiers des investissements publics demeurent concentrés dans seulement trois régions. Autant d’indicateurs qui soulignent l’urgence d’une territorialisation plus équilibrée du développement.
Responsables publics, élus, représentants du secteur privé, experts et opérateurs économiques ont ainsi convergé vers une même conviction : la réussite de la régionalisation avancée passe désormais par une meilleure articulation entre les politiques publiques, une gouvernance plus efficace, des territoires davantage responsabilisés et une transformation numérique mise au service du citoyen.
Une régionalisation fondée sur les besoins des territoires
Le premier panel, intitulé «De la vision à l’impact : la régionalisation avancée à la lumière des dernières Hautes Orientations Royales», a mis en lumière la philosophie qui sous-tend la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré.
Pour le wali, directeur général des Collectivités territoriales, Jelloul Samsseme, la véritable rupture ne réside pas dans la nature des investissements mais dans leur mode de conception. «La rupture n’est pas dans les projets, mais dans la manière de les concevoir», a-t-il affirmé, expliquant que les investissements publics continueront de financer routes, écoles ou infrastructures, mais sur la base de priorités exprimées par les territoires eux-mêmes.
Cette approche rejoint pleinement les travaux du workshop stratégique (WOS), organisé en prélude au Forum dans le sillage du Conseil des ministres ayant dévoilé la nouvelle génération des programmes de développement territorial intégré.
Réunissant experts, universitaires, représentants de l’État, élus, acteurs de la société civile et spécialistes du développement, cet atelier avait identifié plusieurs conditions essentielles à la réussite de la régionalisation : une clarification des compétences entre les différents niveaux de gouvernance, l’accélération de la déconcentration administrative, le renforcement des capacités des acteurs territoriaux ainsi qu’une évaluation régulière de l’impact des politiques publiques.
Dans cette perspective, Karim Achengli, président du Conseil de la région de Souss-Massa, a rappelé que les nouveaux PDTI ne remettent nullement en cause les prérogatives des régions. Ils constituent, selon lui, un instrument permettant de mettre en œuvre les projets décidés par les Conseils régionaux, tout en appelant à accélérer le transfert effectif des compétences aux collectivités territoriales.
Les échanges ont également souligné que la réussite de cette nouvelle génération de programmes dépendra d’une gouvernance territoriale renforcée, d’une meilleure coordination entre les différents niveaux de décision et d’une culture plus exigeante de l’évaluation des politiques publiques.
L’attractivité des territoires ne se limite plus aux infrastructures
Le deuxième panel, consacré à «L’attractivité des territoires pour les citoyens et les entreprises : les conditions d’une véritable transformation», a montré que les infrastructures demeuraient indispensables mais ne suffisaient plus, à elles seules, à créer les conditions d’un développement durable.
Pour Adil Raïs, président de la Commission développement régional et territorial de la CGEM, les principaux freins rencontrés par les investisseurs relèvent désormais davantage du fonctionnement de l’administration que du déficit d’équipements. «La simplification ne consiste pas seulement à réduire le nombre de documents demandés, mais surtout à garantir des réponses rapides dans des délais maîtrisés», a-t-il expliqué. Le débat a également porté sur le capital humain, identifié dès l’ouverture du Forum comme un levier essentiel de l’attractivité des territoires. Mohammed Haitami avait notamment insisté sur la nécessité d’offrir dans toutes les régions non seulement des opportunités économiques, mais aussi des écoles performantes, des services de santé de qualité, des infrastructures modernes ainsi qu’un cadre de vie capable d’attirer et de retenir les compétences, les cadres et leurs familles.
Dans cette logique, Sabah Chraïbi, co-présidente de Resofem et experte des politiques territoriales, a souligné que la mobilisation de toutes les compétences locales constituait une condition essentielle du développement régional. Elle a rappelé que la promotion de l’entrepreneuriat féminin représentait un véritable levier de croissance pour les territoires.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de développer des dispositifs d’évaluation plus performants afin de mesurer concrètement les résultats des politiques territoriales et d’ajuster les actions publiques en fonction des impacts observés.
Le numérique et l’intelligence artificielle comme accélérateurs du développement régional
Le troisième panel, intitulé «Le numérique et l’intelligence artificielle au service de l’humain : quelle gouvernance pour une véritable révolution des services publics ?» a illustré le rôle central que joueront les technologies numériques dans la réussite de la régionalisation avancée. Présentant les orientations de la stratégie Digital Morocco 2030, Mohammed Amine Hajji, directeur général de la Transition numérique au ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, a expliqué que l’ambition est de rapprocher durablement l’administration des citoyens grâce à des services publics entièrement digitalisés.
Cette vision rejoint les objectifs présentés lors du Forum, qui font du numérique un levier majeur de proximité entre l’administration et les usagers. L’ambition est de simplifier les démarches administratives, de développer l’interopérabilité entre les administrations et d’offrir un accès plus rapide, plus fluide et plus équitable aux services publics sur l’ensemble du territoire national.
Au-delà de la dématérialisation des procédures, Mohammed Amine Hajji a insisté sur le développement de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux réalités propres à chaque région, notamment à travers le réseau Jazari, destiné à rapprocher collectivités territoriales, universités, centres de recherche, entreprises et startups autour de projets d’innovation territoriale.La directrice générale de Maroc Technopark, Lamiae Benmakhlouf, a pour sa part confirmé l’ambition de déployer progressivement des Technoparks dans l’ensemble des régions afin de renforcer les écosystèmes régionaux d’innovation et de favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat technologique de proximité.
L’intelligence artificielle s’annonce également comme un puissant levier de transformation du secteur financier. Pour Yassine Sekkat, directeur général adjoint chargé de la stratégie et de la transformation de Saham Bank, l’IA générative et l’IA agentique transformeront durablement la relation client, les processus internes ainsi que les modalités d’octroi du crédit.
Une feuille de route pour une nouvelle culture de l’action publique
Au terme des échanges, une vision commune s’est dégagée. Les participants ont appelé à construire les politiques publiques à partir des besoins réels des territoires, en associant plus étroitement citoyens, élus, administrations, universités, entreprises et société civile à leur élaboration. Ils ont également plaidé pour l’accélération de la transformation numérique des services publics, le développement d’écosystèmes régionaux d’innovation réunissant collectivités territoriales, centres de recherche, universités, Technoparks et startups, ainsi que la mutualisation des plateformes numériques, des infrastructures et des dispositifs de cybersécurité. Enfin, tous ont insisté sur l’importance d’investir dans le capital humain, la formation, la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat afin de permettre à chaque territoire de valoriser pleinement ses propres atouts. Au-delà des projets et des infrastructures, le Morocco Today Forum a surtout mis en évidence l’émergence d’une nouvelle culture de l’action publique, fondée sur la proximité, la concertation, l’évaluation des résultats, la responsabilité territoriale et l’intelligence collective. Une dynamique qui répond pleinement à l’ambition exprimée dans les Hautes Orientations Royales : faire de la régionalisation avancée le moteur d’un développement plus équilibré, plus inclusif et plus équitable entre l’ensemble des territoires du Royaume.
«Le thème de cette édition est un sujet durable, appelé à s’inscrire dans le temps. Nous parlons des inégalités spatiales, de la régionalisation et d’un Programme Royal qui se déploiera sur plusieurs années. Chaque région est appelée à réaliser son propre diagnostic, à définir son projet de développement et ses priorités, avec l’accompagnement des pouvoirs publics. L’essentiel sera de mesurer l’impact concret de ces politiques sur la vie des citoyens. Les indicateurs ne doivent pas seulement évaluer les budgets engagés ou les projets réalisés, mais surtout vérifier si les habitants constatent une amélioration de leur quotidien : un meilleur accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation ou aux infrastructures. Au final, la réussite du développement territorial se mesurera à un seul critère : la capacité à produire des résultats concrets et perceptibles pour les citoyens.»
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration
«La transition numérique ne peut réussir que si elle profite à tous les territoires. Notre ambition est de rendre les services publics accessibles à chaque citoyen, où qu’il se trouve, tout en faisant du numérique un moteur de développement économique. Nous devons construire un écosystème national de l’intelligence artificielle, renforcer nos talents, accompagner nos startups et développer des initiatives dans toutes les régions. L’IA doit être une opportunité pour réduire les inégalités territoriales, accélérer l’innovation et créer de nouvelles perspectives pour les jeunes. C’est aussi le sens de la feuille de route “AI Made in Morocco”, des instituts Jazari, des programmes d’accompagnement des PME Tech et des initiatives comme le Rallye IA ou la Semaine de l’innovation de Merzouga. Notre objectif est clair : bâtir un numérique souverain, inclusif et créateur de valeur au service des citoyens et du développement des territoires.»
Ilaria Carnevali, représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Maroc
«Le parcours du Maroc est particulièrement inspirant. En l’espace de vingt-cinq ans, le Royaume a rejoint le groupe des pays à développement humain élevé grâce à une vision de long terme fondée sur l’investissement dans le capital humain, la diversification économique et la protection sociale. Aujourd’hui, il ne se contente pas d’accompagner les transformations mondiales, il cherche à les anticiper en misant sur la transition verte, les énergies renouvelables, la digitalisation et l’intelligence artificielle. Le Maroc a l’ambition de devenir un producteur de solutions et non un simple utilisateur de technologies. Les défis restent importants, notamment les disparités territoriales et sociales, mais la vision d’un développement territorial intégré constitue une réponse pertinente. Le Royaume est aujourd’hui un véritable laboratoire d’innovations publiques dont plusieurs expériences peuvent inspirer d’autres pays, notamment dans les domaines du numérique et de la transition énergétique.»
Abrou Hro, président du Conseil de la région de Draâ-Tafilalet
«Le développement territorial ne peut plus se construire sans l’écoute des citoyens. Dans notre région, nous avons choisi une démarche participative qui a mobilisé plus de 18.000 personnes issues de toutes les composantes de la société. Cette concertation nous a permis d’identifier plus de 8.000 besoins et de définir des priorités claires autour de l’eau, de l’habitat, de la santé, de l’éducation et du désenclavement. Nous avons également développé des outils numériques de cartographie pour objectiver les besoins et faciliter la prise de décision. Cette méthode permet de bâtir des programmes de développement territorial intégrés fondés sur les réalités du terrain. Avec la création d’une société dédiée à leur mise en œuvre, nous voulons désormais passer rapidement à l’action. Cette expérience pourrait servir de référence à l’ensemble des régions afin de renforcer la gouvernance, le suivi des projets et l’efficacité de l’investissement public.»
Saïd Olanzi Tachfine, chercheur et militant des droits de l’Homme
«Le développement territorial ne peut se limiter à la création de richesse ; il doit d’abord améliorer les conditions de vie des populations. Les régions frontalières comme Draâ-Tafilalet ont besoin de mesures de discrimination positive pour freiner l’exode, faciliter l’accès au logement et renforcer les infrastructures essentielles. Les priorités sont connues : la sécurité hydrique, l’enseignement supérieur, la justice, les services publics et les équipements structurants capables d’attirer les investissements. La région dispose d’importantes richesses, qu’il s’agisse des mines, des dattes, des pommes, du henné, du cumin ou du tourisme, mais ces ressources ne profitent pas suffisamment au territoire. Il est indispensable qu’une part plus importante de la valeur créée soit réinvestie localement afin de générer des emplois et du développement. Notre objectif est que Draâ-Tafilalet devienne un modèle d’équité territoriale, où la richesse produite se traduit enfin par un développement concret pour les citoyens.»
Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la logistique
«Le développement des territoires passe d’abord par leur connectivité. C’est pourquoi nous renforçons progressivement la desserte aérienne d’Errachidia avec davantage de vols et des appareils de plus grande capacité, tout en poursuivant la réduction des coûts aéroportuaires afin d’encourager les compagnies aériennes et de soutenir le tourisme. Nous préparons également un projet ferroviaire structurant entre Errachidia et Khénifra, appelé à intégrer la région au réseau national et à améliorer durablement la mobilité des personnes comme des marchandises. Cette infrastructure ouvrira aussi de nouvelles perspectives pour la valorisation des ressources minières et le développement économique de Draâ-Tafilalet, en lien avec des plateformes stratégiques comme le port Nador West Med. L’objectif est de faire des infrastructures de transport un véritable levier d’attractivité, d’investissement et de développement équilibré des territoires.»
Abdellatif Maazouz, vice-président de l’Association des régions du Maroc et président du Conseil de la région de Casablanca-Settat
«Nous sommes aujourd’hui à un moment décisif pour la régionalisation avancée. Les progrès réalisés par le Maroc sont indéniables, mais ils doivent être ressentis par tous les citoyens, où qu’ils vivent. Notre objectif est d’éviter un Maroc à deux vitesses en garantissant partout un accès équitable à l’éducation, à la santé, aux transports, à l’eau, à l’électricité et à Internet, devenu un service essentiel. Il faut également rapprocher les opportunités économiques des territoires en développant des zones d’activités créatrices d’emplois et en tirant parti du numérique et de l’intelligence artificielle pour ouvrir de nouvelles perspectives, notamment grâce au télétravail et à la digitalisation. Les moyens sont là, avec des investissements importants en faveur des régions. Il nous appartient désormais de transformer cette ambition en résultats concrets afin d’améliorer durablement la qualité de vie des citoyens et de réduire les disparités territoriales.»
MTF 2026
Les échanges du Morocco Today Forum 2026 ont convergé vers une conviction commune : la réussite du développement territorial passe par une nouvelle génération de politiques publiques, davantage ancrées dans les réalités locales et orientées vers des résultats concrets pour les citoyens.
Cinq recommandations pour accélérer le développement des territoires
Les intervenants ont d’abord appelé à territorialiser davantage les politiques publiques, en construisant les projets à partir des besoins spécifiques de chaque région et en associant les citoyens, les élus et les acteurs économiques à toutes les étapes de leur conception et de leur mise en œuvre. Ils recommandent également de faire des régions de véritables moteurs de développement, capables de valoriser leurs atouts, de définir leur vocation économique et de développer des écosystèmes adaptés à leurs spécificités.
Autre priorité : accélérer la transformation digitale et le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’ensemble des secteurs afin d’améliorer les services publics, de renforcer la compétitivité des territoires et de simplifier les démarches des citoyens et des entreprises. Les participants plaident aussi pour une gouvernance territoriale plus intégrée, fondée sur une meilleure coordination entre l’État, les régions, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités et la société civile. Enfin, ils estiment indispensable d’investir davantage dans le capital humain et l’innovation, en faisant de la formation, de la recherche, de l’entrepreneuriat et des talents les principaux moteurs d’un développement territorial durable, inclusif et créateur de
valeur.
Des leviers d’action identifiés
Au-delà de ces orientations stratégiques, les débats ont permis d’identifier plusieurs leviers opérationnels. Les keynotes ont insisté sur la nécessité de développer une gouvernance fondée sur les données et l’évaluation, de diversifier les sources de financement des projets territoriaux grâce à des partenariats public-privé et à la finance à impact, tout en faisant de la gestion durable de l’eau, de l’adaptation climatique et de la préservation des ressources naturelles des priorités de l’aménagement territorial.
• Le premier panel, consacré à la régionalisation avancée, a mis l’accent sur trois leviers: clarifier les responsabilités entre l’État, les régions et les collectivités, exploiter davantage la donnée territoriale pour orienter les décisions et renforcer les capacités d’exécution grâce à des financements adaptés, à la déconcentration et à des structures opérationnelles performantes.
• Le deuxième panel, dédié à l’attractivité des territoires, recommande de moderniser l’administration territoriale, d’adopter une approche intégrée articulant infrastructures, services publics, formation et développement économique, et de construire des écosystèmes fondés sur les vocations propres à chaque région.
• Le troisième panel, consacré au digital et à l’intelligence artificielle, préconise la création d’écosystèmes régionaux d’innovation réunissant startups, Technoparks, universités, centres de recherche et collectivités, le renforcement de la gouvernance numérique des territoires ainsi que le développement de solutions d’IA conçues à partir des besoins spécifiques des régions.
Au-delà des questions de gouvernance et d’investissement, les échanges ont également rappelé que la culture constituait un levier essentiel de développement territorial, en contribuant à renforcer l’identité des régions, leur attractivité et leur rayonnement économique. Les intervenants ont enfin souligné le rôle déterminant des femmes dans la réussite des politiques territoriales, appelant à une participation accrue des femmes dans la gouvernance locale, l’entrepreneuriat, l’innovation et le développement des territoires.
Le choix d’Errachidia pour la tenue de cet événement organisé, sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, par Groupe Le Matin en partenariat avec le Conseil de la région de Draâ-Tafilalet n’est donc pas anodin. Comme l’a rappelé Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe Le Matin, lors de la séance inaugurale de cette rencontre, cette région illustre à la fois les immenses potentialités des territoires marocains et les disparités qui subsistent encore entre les régions. Les données récentes du Haut-Commissariat au Plan montrent d’ailleurs que Draâ-Tafilalet ne représente que 3% du PIB national, contre 32,3% pour Casablanca-Settat, tandis que près des deux tiers des investissements publics demeurent concentrés dans seulement trois régions. Autant d’indicateurs qui soulignent l’urgence d’une territorialisation plus équilibrée du développement.
Responsables publics, élus, représentants du secteur privé, experts et opérateurs économiques ont ainsi convergé vers une même conviction : la réussite de la régionalisation avancée passe désormais par une meilleure articulation entre les politiques publiques, une gouvernance plus efficace, des territoires davantage responsabilisés et une transformation numérique mise au service du citoyen.
Une régionalisation fondée sur les besoins des territoires
Le premier panel, intitulé «De la vision à l’impact : la régionalisation avancée à la lumière des dernières Hautes Orientations Royales», a mis en lumière la philosophie qui sous-tend la nouvelle génération des Programmes de développement territorial intégré.
Pour le wali, directeur général des Collectivités territoriales, Jelloul Samsseme, la véritable rupture ne réside pas dans la nature des investissements mais dans leur mode de conception. «La rupture n’est pas dans les projets, mais dans la manière de les concevoir», a-t-il affirmé, expliquant que les investissements publics continueront de financer routes, écoles ou infrastructures, mais sur la base de priorités exprimées par les territoires eux-mêmes.
Cette approche rejoint pleinement les travaux du workshop stratégique (WOS), organisé en prélude au Forum dans le sillage du Conseil des ministres ayant dévoilé la nouvelle génération des programmes de développement territorial intégré.
Réunissant experts, universitaires, représentants de l’État, élus, acteurs de la société civile et spécialistes du développement, cet atelier avait identifié plusieurs conditions essentielles à la réussite de la régionalisation : une clarification des compétences entre les différents niveaux de gouvernance, l’accélération de la déconcentration administrative, le renforcement des capacités des acteurs territoriaux ainsi qu’une évaluation régulière de l’impact des politiques publiques.
Dans cette perspective, Karim Achengli, président du Conseil de la région de Souss-Massa, a rappelé que les nouveaux PDTI ne remettent nullement en cause les prérogatives des régions. Ils constituent, selon lui, un instrument permettant de mettre en œuvre les projets décidés par les Conseils régionaux, tout en appelant à accélérer le transfert effectif des compétences aux collectivités territoriales.
Les échanges ont également souligné que la réussite de cette nouvelle génération de programmes dépendra d’une gouvernance territoriale renforcée, d’une meilleure coordination entre les différents niveaux de décision et d’une culture plus exigeante de l’évaluation des politiques publiques.
L’attractivité des territoires ne se limite plus aux infrastructures
Le deuxième panel, consacré à «L’attractivité des territoires pour les citoyens et les entreprises : les conditions d’une véritable transformation», a montré que les infrastructures demeuraient indispensables mais ne suffisaient plus, à elles seules, à créer les conditions d’un développement durable.
Pour Adil Raïs, président de la Commission développement régional et territorial de la CGEM, les principaux freins rencontrés par les investisseurs relèvent désormais davantage du fonctionnement de l’administration que du déficit d’équipements. «La simplification ne consiste pas seulement à réduire le nombre de documents demandés, mais surtout à garantir des réponses rapides dans des délais maîtrisés», a-t-il expliqué. Le débat a également porté sur le capital humain, identifié dès l’ouverture du Forum comme un levier essentiel de l’attractivité des territoires. Mohammed Haitami avait notamment insisté sur la nécessité d’offrir dans toutes les régions non seulement des opportunités économiques, mais aussi des écoles performantes, des services de santé de qualité, des infrastructures modernes ainsi qu’un cadre de vie capable d’attirer et de retenir les compétences, les cadres et leurs familles.
Dans cette logique, Sabah Chraïbi, co-présidente de Resofem et experte des politiques territoriales, a souligné que la mobilisation de toutes les compétences locales constituait une condition essentielle du développement régional. Elle a rappelé que la promotion de l’entrepreneuriat féminin représentait un véritable levier de croissance pour les territoires.
Les intervenants ont également insisté sur la nécessité de développer des dispositifs d’évaluation plus performants afin de mesurer concrètement les résultats des politiques territoriales et d’ajuster les actions publiques en fonction des impacts observés.
Le numérique et l’intelligence artificielle comme accélérateurs du développement régional
Le troisième panel, intitulé «Le numérique et l’intelligence artificielle au service de l’humain : quelle gouvernance pour une véritable révolution des services publics ?» a illustré le rôle central que joueront les technologies numériques dans la réussite de la régionalisation avancée. Présentant les orientations de la stratégie Digital Morocco 2030, Mohammed Amine Hajji, directeur général de la Transition numérique au ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, a expliqué que l’ambition est de rapprocher durablement l’administration des citoyens grâce à des services publics entièrement digitalisés.
Cette vision rejoint les objectifs présentés lors du Forum, qui font du numérique un levier majeur de proximité entre l’administration et les usagers. L’ambition est de simplifier les démarches administratives, de développer l’interopérabilité entre les administrations et d’offrir un accès plus rapide, plus fluide et plus équitable aux services publics sur l’ensemble du territoire national.
Au-delà de la dématérialisation des procédures, Mohammed Amine Hajji a insisté sur le développement de solutions d’intelligence artificielle adaptées aux réalités propres à chaque région, notamment à travers le réseau Jazari, destiné à rapprocher collectivités territoriales, universités, centres de recherche, entreprises et startups autour de projets d’innovation territoriale.La directrice générale de Maroc Technopark, Lamiae Benmakhlouf, a pour sa part confirmé l’ambition de déployer progressivement des Technoparks dans l’ensemble des régions afin de renforcer les écosystèmes régionaux d’innovation et de favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat technologique de proximité.
L’intelligence artificielle s’annonce également comme un puissant levier de transformation du secteur financier. Pour Yassine Sekkat, directeur général adjoint chargé de la stratégie et de la transformation de Saham Bank, l’IA générative et l’IA agentique transformeront durablement la relation client, les processus internes ainsi que les modalités d’octroi du crédit.
Une feuille de route pour une nouvelle culture de l’action publique
Au terme des échanges, une vision commune s’est dégagée. Les participants ont appelé à construire les politiques publiques à partir des besoins réels des territoires, en associant plus étroitement citoyens, élus, administrations, universités, entreprises et société civile à leur élaboration. Ils ont également plaidé pour l’accélération de la transformation numérique des services publics, le développement d’écosystèmes régionaux d’innovation réunissant collectivités territoriales, centres de recherche, universités, Technoparks et startups, ainsi que la mutualisation des plateformes numériques, des infrastructures et des dispositifs de cybersécurité. Enfin, tous ont insisté sur l’importance d’investir dans le capital humain, la formation, la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat afin de permettre à chaque territoire de valoriser pleinement ses propres atouts. Au-delà des projets et des infrastructures, le Morocco Today Forum a surtout mis en évidence l’émergence d’une nouvelle culture de l’action publique, fondée sur la proximité, la concertation, l’évaluation des résultats, la responsabilité territoriale et l’intelligence collective. Une dynamique qui répond pleinement à l’ambition exprimée dans les Hautes Orientations Royales : faire de la régionalisation avancée le moteur d’un développement plus équilibré, plus inclusif et plus équitable entre l’ensemble des territoires du Royaume.
Ils ont dit
Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe Le Matin«Le thème de cette édition est un sujet durable, appelé à s’inscrire dans le temps. Nous parlons des inégalités spatiales, de la régionalisation et d’un Programme Royal qui se déploiera sur plusieurs années. Chaque région est appelée à réaliser son propre diagnostic, à définir son projet de développement et ses priorités, avec l’accompagnement des pouvoirs publics. L’essentiel sera de mesurer l’impact concret de ces politiques sur la vie des citoyens. Les indicateurs ne doivent pas seulement évaluer les budgets engagés ou les projets réalisés, mais surtout vérifier si les habitants constatent une amélioration de leur quotidien : un meilleur accès à l’emploi, à la santé, à l’éducation ou aux infrastructures. Au final, la réussite du développement territorial se mesurera à un seul critère : la capacité à produire des résultats concrets et perceptibles pour les citoyens.»
Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la réforme de l’administration
«La transition numérique ne peut réussir que si elle profite à tous les territoires. Notre ambition est de rendre les services publics accessibles à chaque citoyen, où qu’il se trouve, tout en faisant du numérique un moteur de développement économique. Nous devons construire un écosystème national de l’intelligence artificielle, renforcer nos talents, accompagner nos startups et développer des initiatives dans toutes les régions. L’IA doit être une opportunité pour réduire les inégalités territoriales, accélérer l’innovation et créer de nouvelles perspectives pour les jeunes. C’est aussi le sens de la feuille de route “AI Made in Morocco”, des instituts Jazari, des programmes d’accompagnement des PME Tech et des initiatives comme le Rallye IA ou la Semaine de l’innovation de Merzouga. Notre objectif est clair : bâtir un numérique souverain, inclusif et créateur de valeur au service des citoyens et du développement des territoires.»
Ilaria Carnevali, représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) au Maroc
«Le parcours du Maroc est particulièrement inspirant. En l’espace de vingt-cinq ans, le Royaume a rejoint le groupe des pays à développement humain élevé grâce à une vision de long terme fondée sur l’investissement dans le capital humain, la diversification économique et la protection sociale. Aujourd’hui, il ne se contente pas d’accompagner les transformations mondiales, il cherche à les anticiper en misant sur la transition verte, les énergies renouvelables, la digitalisation et l’intelligence artificielle. Le Maroc a l’ambition de devenir un producteur de solutions et non un simple utilisateur de technologies. Les défis restent importants, notamment les disparités territoriales et sociales, mais la vision d’un développement territorial intégré constitue une réponse pertinente. Le Royaume est aujourd’hui un véritable laboratoire d’innovations publiques dont plusieurs expériences peuvent inspirer d’autres pays, notamment dans les domaines du numérique et de la transition énergétique.»
Abrou Hro, président du Conseil de la région de Draâ-Tafilalet
«Le développement territorial ne peut plus se construire sans l’écoute des citoyens. Dans notre région, nous avons choisi une démarche participative qui a mobilisé plus de 18.000 personnes issues de toutes les composantes de la société. Cette concertation nous a permis d’identifier plus de 8.000 besoins et de définir des priorités claires autour de l’eau, de l’habitat, de la santé, de l’éducation et du désenclavement. Nous avons également développé des outils numériques de cartographie pour objectiver les besoins et faciliter la prise de décision. Cette méthode permet de bâtir des programmes de développement territorial intégrés fondés sur les réalités du terrain. Avec la création d’une société dédiée à leur mise en œuvre, nous voulons désormais passer rapidement à l’action. Cette expérience pourrait servir de référence à l’ensemble des régions afin de renforcer la gouvernance, le suivi des projets et l’efficacité de l’investissement public.»
Saïd Olanzi Tachfine, chercheur et militant des droits de l’Homme
«Le développement territorial ne peut se limiter à la création de richesse ; il doit d’abord améliorer les conditions de vie des populations. Les régions frontalières comme Draâ-Tafilalet ont besoin de mesures de discrimination positive pour freiner l’exode, faciliter l’accès au logement et renforcer les infrastructures essentielles. Les priorités sont connues : la sécurité hydrique, l’enseignement supérieur, la justice, les services publics et les équipements structurants capables d’attirer les investissements. La région dispose d’importantes richesses, qu’il s’agisse des mines, des dattes, des pommes, du henné, du cumin ou du tourisme, mais ces ressources ne profitent pas suffisamment au territoire. Il est indispensable qu’une part plus importante de la valeur créée soit réinvestie localement afin de générer des emplois et du développement. Notre objectif est que Draâ-Tafilalet devienne un modèle d’équité territoriale, où la richesse produite se traduit enfin par un développement concret pour les citoyens.»
Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la logistique
«Le développement des territoires passe d’abord par leur connectivité. C’est pourquoi nous renforçons progressivement la desserte aérienne d’Errachidia avec davantage de vols et des appareils de plus grande capacité, tout en poursuivant la réduction des coûts aéroportuaires afin d’encourager les compagnies aériennes et de soutenir le tourisme. Nous préparons également un projet ferroviaire structurant entre Errachidia et Khénifra, appelé à intégrer la région au réseau national et à améliorer durablement la mobilité des personnes comme des marchandises. Cette infrastructure ouvrira aussi de nouvelles perspectives pour la valorisation des ressources minières et le développement économique de Draâ-Tafilalet, en lien avec des plateformes stratégiques comme le port Nador West Med. L’objectif est de faire des infrastructures de transport un véritable levier d’attractivité, d’investissement et de développement équilibré des territoires.»
Abdellatif Maazouz, vice-président de l’Association des régions du Maroc et président du Conseil de la région de Casablanca-Settat
«Nous sommes aujourd’hui à un moment décisif pour la régionalisation avancée. Les progrès réalisés par le Maroc sont indéniables, mais ils doivent être ressentis par tous les citoyens, où qu’ils vivent. Notre objectif est d’éviter un Maroc à deux vitesses en garantissant partout un accès équitable à l’éducation, à la santé, aux transports, à l’eau, à l’électricité et à Internet, devenu un service essentiel. Il faut également rapprocher les opportunités économiques des territoires en développant des zones d’activités créatrices d’emplois et en tirant parti du numérique et de l’intelligence artificielle pour ouvrir de nouvelles perspectives, notamment grâce au télétravail et à la digitalisation. Les moyens sont là, avec des investissements importants en faveur des régions. Il nous appartient désormais de transformer cette ambition en résultats concrets afin d’améliorer durablement la qualité de vie des citoyens et de réduire les disparités territoriales.»
Les premières recommandations pour bâtir le Maroc des territoires
Réunis à Errachidia lors de la 9e édition du Morocco Today Forum, responsables publics, élus, experts et acteurs économiques ont dessiné une feuille de route pour accélérer le développement territorial. Gouvernance, attractivité, numérique, innovation et capital humain figurent parmi les grandes priorités, accompagnées de leviers d’action concrets pour transformer les ambitions en résultats.MTF 2026
Les échanges du Morocco Today Forum 2026 ont convergé vers une conviction commune : la réussite du développement territorial passe par une nouvelle génération de politiques publiques, davantage ancrées dans les réalités locales et orientées vers des résultats concrets pour les citoyens.
Cinq recommandations pour accélérer le développement des territoires
Les intervenants ont d’abord appelé à territorialiser davantage les politiques publiques, en construisant les projets à partir des besoins spécifiques de chaque région et en associant les citoyens, les élus et les acteurs économiques à toutes les étapes de leur conception et de leur mise en œuvre. Ils recommandent également de faire des régions de véritables moteurs de développement, capables de valoriser leurs atouts, de définir leur vocation économique et de développer des écosystèmes adaptés à leurs spécificités.
Autre priorité : accélérer la transformation digitale et le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’ensemble des secteurs afin d’améliorer les services publics, de renforcer la compétitivité des territoires et de simplifier les démarches des citoyens et des entreprises. Les participants plaident aussi pour une gouvernance territoriale plus intégrée, fondée sur une meilleure coordination entre l’État, les régions, les collectivités territoriales, le secteur privé, les universités et la société civile. Enfin, ils estiment indispensable d’investir davantage dans le capital humain et l’innovation, en faisant de la formation, de la recherche, de l’entrepreneuriat et des talents les principaux moteurs d’un développement territorial durable, inclusif et créateur de
valeur.
Des leviers d’action identifiés
Au-delà de ces orientations stratégiques, les débats ont permis d’identifier plusieurs leviers opérationnels. Les keynotes ont insisté sur la nécessité de développer une gouvernance fondée sur les données et l’évaluation, de diversifier les sources de financement des projets territoriaux grâce à des partenariats public-privé et à la finance à impact, tout en faisant de la gestion durable de l’eau, de l’adaptation climatique et de la préservation des ressources naturelles des priorités de l’aménagement territorial.
• Le premier panel, consacré à la régionalisation avancée, a mis l’accent sur trois leviers: clarifier les responsabilités entre l’État, les régions et les collectivités, exploiter davantage la donnée territoriale pour orienter les décisions et renforcer les capacités d’exécution grâce à des financements adaptés, à la déconcentration et à des structures opérationnelles performantes.
• Le deuxième panel, dédié à l’attractivité des territoires, recommande de moderniser l’administration territoriale, d’adopter une approche intégrée articulant infrastructures, services publics, formation et développement économique, et de construire des écosystèmes fondés sur les vocations propres à chaque région.
• Le troisième panel, consacré au digital et à l’intelligence artificielle, préconise la création d’écosystèmes régionaux d’innovation réunissant startups, Technoparks, universités, centres de recherche et collectivités, le renforcement de la gouvernance numérique des territoires ainsi que le développement de solutions d’IA conçues à partir des besoins spécifiques des régions.
Au-delà des questions de gouvernance et d’investissement, les échanges ont également rappelé que la culture constituait un levier essentiel de développement territorial, en contribuant à renforcer l’identité des régions, leur attractivité et leur rayonnement économique. Les intervenants ont enfin souligné le rôle déterminant des femmes dans la réussite des politiques territoriales, appelant à une participation accrue des femmes dans la gouvernance locale, l’entrepreneuriat, l’innovation et le développement des territoires.
