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Dimanche 15 Mars 2026
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Crise au Moyen-Orient : le Maroc face au test de sa dépendance aux hydrocarbures

La montée des tensions au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, ravivent les inquiétudes sur les marchés énergétiques. Invité de l’émission «L’Info en Face» sur Matin TV, Mostapha Labrak, CEO d’Energysium Consulting et spécialiste des hydrocarbures, analyse les implications de cette crise pour le Maroc, pays fortement dépendant des importations d’énergie et exposé aux fluctuations des prix internationaux.

Le regain de tensions au Moyen-Orient remet le pétrole au cœur de l’équilibre géopolitique mondial. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20% des flux pétroliers mondiaux, a immédiatement ravivé les craintes d’une nouvelle crise énergétique. Pour Mostapha Labrak, spécialiste des hydrocarbures, cette situation confirme le rôle central du Moyen-Orient dans l’équilibre énergétique international. «Cette région concentre près de 70% des réserves mondiales prouvées de pétrole. C’est pourquoi chaque tension géopolitique dans cette zone se répercute immédiatement sur les marchés», explique-t-il. Les marchés ont d’ailleurs réagi rapidement : le baril de pétrole a connu une forte volatilité, atteignant récemment les 120 dollars. Une fluctuation classique dans un contexte de guerre et d’incertitude.

Une bataille plus économique que logistique

Contrairement à certaines analyses alarmistes, Mostapha Labrak estime toutefois que la crise actuelle ne devrait pas provoquer de rupture majeure d’approvisionnement à l’échelle mondiale. «Le détroit d’Ormuz représente environ 20% du pétrole transporté dans le monde, mais les 80% restants proviennent d’autres régions comme les États-Unis, la Russie, le Venezuela ou encore certains pays africains», souligne-t-il. Autrement dit, la crise pourrait davantage se traduire par une pression sur les prix que par une pénurie physique de pétrole. Les décisions prises par les grandes puissances pour libérer une partie de leurs réserves stratégiques visent d’ailleurs essentiellement à calmer les marchés. «Ces annonces servent surtout à stabiliser les prix et à éviter une panique sur les marchés», précise l’analyste.

Le Maroc, un pays structurellement dépendant

Pour le Maroc, l’enjeu est particulièrement sensible. Le Royaume reste fortement dépendant des importations d’hydrocarbures pour assurer le fonctionnement de son économie et répondre à ses besoins énergétiques. Cette dépendance structurelle expose directement le pays aux fluctuations des marchés internationaux et aux chocs géopolitiques qui affectent les grands axes d’approvisionnement. «Nous sommes un importateur massif d’énergie. La facture énergétique du pays se situe entre 12 et 15 milliards de dollars par an», rappelle Mostapha Labrak. Une facture qui varie au gré des cours internationaux et qui peut rapidement s’alourdir lorsque les tensions géopolitiques font grimper les prix du pétrole. Cette dépendance se reflète également dans la structure du mix énergétique national. Une large part de l’énergie consommée dans le pays provient encore des combustibles fossiles importés – pétrole, charbon ou gaz – utilisés aussi bien pour la production d’électricité que pour le transport et certaines activités industrielles. Dans ces conditions, toute hausse durable du prix du pétrole se répercute mécaniquement sur l’économie nationale. Les carburants constituent en effet un maillon central de l’activité économique. «Le pétrole influence toute la chaîne de valeur : le transport, la logistique, la production industrielle ou encore l’agriculture. Lorsque son prix augmente, l’inflation suit», souligne l’expert. Le risque est donc double : d’une part une hausse des coûts pour les entreprises, notamment dans les secteurs fortement consommateurs d’énergie et, d’autre part, une pression accrue sur le pouvoir d’achat des ménages à travers l’augmentation des prix du transport et des biens de consommation.

Le précédent de la crise énergétique de 2022 reste encore présent dans les mémoires. À la suite du déclenchement de la guerre en Ukraine, la flambée des prix de l’énergie avait alimenté une poussée inflationniste importante dans de nombreux pays, y compris au Maroc. Dans un contexte où les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient, la perspective d’un nouvel épisode de volatilité dans les marchés pétroliers ne peut donc être exclue. Pour les pays importateurs d’énergie comme le Maroc, cette situation rappelle à quel point les équilibres économiques nationaux restent étroitement liés aux dynamiques du marché énergétique mondial.

L’équation stratégique des réserves

La situation remet également sur la table la question des stocks stratégiques d’hydrocarbures. Si les capacités de stockage se sont améliorées ces dernières années, le financement de réserves stratégiques demeure un défi. «Nous avons aujourd’hui des infrastructures de stockage importantes, mais la question essentielle reste celle du financement des stocks. Constituer 60 jours de réserve représenterait un investissement d’environ 20 milliards de dirhams», explique Mostapha Labrak. Dans un contexte de tensions internationales, la constitution de réserves énergétiques apparaît pourtant comme un levier essentiel de sécurité économique.

Pour l’expert, la véritable réponse à long terme se trouve dans l’accélération de la transition énergétique. Le Maroc dispose en effet d’un potentiel important en énergies renouvelables, notamment solaire et éolien. «Nous avons un atout majeur : le soleil et le vent. Il faut accélérer le développement des énergies renouvelables pour réduire progressivement notre dépendance aux énergies fossiles», affirme-t-il. Selon lui, chaque capacité supplémentaire d’énergie renouvelable permet de réduire la consommation d’énergie fossile importée et donc d’alléger la facture énergétique nationale.

Au-delà de l’épisode actuel, la crise énergétique liée au Moyen-Orient agit surtout comme un révélateur. Elle rappelle que, malgré les avancées dans les énergies renouvelables, l’économie mondiale reste encore largement dépendante des hydrocarbures. «Aujourd’hui, près de 80% de l’énergie consommée dans le monde reste d’origine fossile», rappelle Mostapha Labrak. Pour le Maroc comme pour de nombreux pays importateurs d’énergie, cette réalité souligne l’importance d’accélérer les stratégies de diversification énergétique afin de réduire la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. n
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