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Lundi 18 Mai 2026
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Face aux défis du secteur, les agences de voyage de Casablanca cherchent à parler d’une seule voix

Peut-on défendre les intérêts des agences de voyages sans parler d’une seule voix ? À Casablanca, l’ARAVCS, l’association représentant le secteur au niveau régional, tente de remobiliser une profession encore peu fédérée, alors que les défis liés à la digitalisation, à l’intelligence artificielle et à la concurrence internationale deviennent de plus en plus pesants. À l’occasion du Travel Agent Day, organisé par le Conseil régional du tourisme de Casablanca-Settat, les intervenants ont insisté sur l’urgence pour les agences de voyages régionales de se structurer davantage afin de mieux défendre leurs intérêts.

Abderrahim Soukkani, président de l’ARAVCS et Fatima Bouabd, déléguée régionale du Tourisme. Ph.DR
Abderrahim Soukkani, président de l’ARAVCS et Fatima Bouabd, déléguée régionale du Tourisme. Ph.DR
Alors que le tourisme marocain s’apprête à relever les défis monumentaux de l’horizon 2030, une question cruciale agite les professionnels de Casablanca-Settat : comment peser face aux autorités quand la profession avance en ordre dispersé ? Le récent échange entre les agents de voyages et la déléguée régionale du Tourisme, Fatima Bouabd, a mis en lumière une fragilité persistante : malgré un secteur en mouvement, la profession reste syndicalement fragmentée, et l’Association régionale des agences de voyages de Casablanca-Settat (ARAVCS) peine encore à fédérer largement les acteurs du marché.

Un secteur en mouvement : 400 agences déjà aux normes Les chiffres révélés par la déléguée témoignent pourtant d’une réelle dynamique de mise à niveau. Grâce à une plateforme digitale lancée en 2023, environ 400 agences de voyages de la région ont déjà finalisé le renouvellement de leur agrément. Ce mouvement de mise en conformité se poursuit avec une soixantaine de dossiers actuellement en cours de traitement. Loin d’être en stagnation, le secteur continue même d’attirer de nouveaux profils. Une vingtaine, voire une trentaine de nouvelles agences ont été créées depuis le début de l’année, indique Mme Bouabd. Ces nouveaux entrants sont soit des cadres issus du marketing et de la gestion, soit d’anciens salariés du secteur cumulant 15 à 16 ans d’expérience et décidant de lancer leur propre structure.

Le «cercle vicieux» de la représentativité

Pourtant, cette vitalité administrative ne se traduit pas encore dans les rangs de l’ARAVCS. Sur un potentiel de près de 480 agences répertoriées à Casablanca, l’association ne compte actuellement qu’environ 80 membres affiliés. Cette faible représentativité crée un véritable cercle vicieux : le manque de ressources financières, lié à une base d’adhérents restreinte, limite la capacité de l’association à mener des actions d’envergure. En retour, cette faible capacité d’action décourage de nouvelles adhésions. La question de la cotisation annuelle de 5.000 DH reste notamment un point de friction, même si les défenseurs de l’union estiment que ce montant demeure modeste au regard des enjeux de défense et de structuration du métier.

Une seule voix pour capter les aides de l’État

La nécessité de se fédérer est avant tout stratégique. La déléguée a été claire : l’administration a besoin d’un interlocuteur unique et structuré pour négocier efficacement avec la profession. «Moins vous parlez d’une seule voix, moins vous serez entendus», a-t-elle averti, rappelant que l’État privilégie les structures organisées pour l’attribution des avantages et des financements. L’enjeu est également financier. Plusieurs programmes de soutien offrent actuellement des subventions, notamment le programme «Go Siyaha» qui couvre jusqu’à 90% des frais d’expertise liés à la stratégie financière, l’excellence opérationnelle, le développement des marchés et la transformation digitale. Sans structure forte capable d’accompagner les professionnels vers ces dispositifs, une partie de ces financements risque d’être captée par des secteurs jugés mieux organisés.

Se fédérer pour survivre à la pression technologique

Au-delà des aides publiques, l’action collective apparaît comme l’un des rares leviers face aux menaces extérieures. Seule une organisation structurée permet de financer les expertises juridiques nécessaires pour lutter contre les «agences fantômes» qui prolifèrent sur les réseaux sociaux et commercialisent des offres sans garanties légales. À cela s’ajoute la pression croissante des plateformes internationales comme Booking et la montée en puissance de l’intelligence artificielle, qui bouleversent progressivement les habitudes de réservation et la relation client.

Dans ce contexte, l’adhésion à l’ARAVCS permettrait aussi de mutualiser les formations, partager les bonnes pratiques et accompagner les agences dans leur transition numérique. Pour atteindre l’objectif de 460 membres à l’horizon 2030, l’association devra désormais convaincre que l’union n’est plus un simple choix corporatiste, mais une condition essentielle de compétitivité et de survie économique pour les agences de voyages marocaines.
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