La contestation des frais imposés aux fonctionnaires et salariés désireux de poursuivre leurs études supérieures ne faiblit pas. Après plusieurs semaines de mobilisation, la Coordination nationale des fonctionnaires et salariés soumis au «temps aménagé» a décidé de déplacer la pression directement devant le siège du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation. Dans un communiqué adressé à l’opinion publique daté du 5 septembre, la Coordination annonce avoir avancé au mercredi 9 septembre 2026, à 11 heures, la manifestation nationale initialement programmée pour le 10 septembre. Le rassemblement se tiendra devant le siège du département de l’Enseignement supérieur. L'organisation justifie cette modification par l'accélération des développements entourant le dossier et par la nécessité, selon elle, de réorganiser ses formes de mobilisation.
Du différend sur les frais à un bras de fer sur la gratuité
Au cœur de la controverse figure le nouveau cadre régissant les formations dispensées en «temps aménagé», destiné notamment aux personnes exerçant une activité professionnelle et ne pouvant suivre les cours aux horaires universitaires habituels. Le débat a pris une nouvelle dimension avec la loi n°59.24 relative à l'enseignement supérieur et à la recherche scientifique. Son article 81 autorise les établissements d'enseignement supérieur à organiser des formations payantes, notamment dans le cadre de la formation initiale dispensée en temps aménagé et de la formation continue.
Les formations initiales en temps aménagé peuvent notamment être proposées aux salariés des secteurs public et privé. C'est précisément cette disposition que conteste la Coordination. Elle considère que la situation professionnelle d'un étudiant ne devrait pas déterminer le caractère gratuit ou payant de son accès à une formation universitaire publique. Pour l'organisation, le dossier a ainsi dépassé la simple question des modalités d'organisation des cours. Il touche désormais, affirme-t-elle, aux principes d'égalité, d'égalité des chances et de gratuité de l'enseignement public.
Des frais allant jusqu'à 20.000 dirhams par an
La contestation s'est notamment cristallisée autour du niveau des droits d'inscription. Les montants avancés dans le cadre des mobilisations atteignent 5.000 dirhams par an pour la licence, 15.000 dirhams pour le master et 20.000 dirhams annuels pour le doctorat. Pour les représentants des fonctionnaires et salariés concernés, ces montants constituent une barrière financière susceptible de contraindre une partie des étudiants à renoncer à poursuivre leur cursus.
Le débat n'est cependant pas nouveau. Dès décembre 2025, la Conférence des présidents des universités publiques avait recommandé d'exonérer des frais d'inscription en temps aménagé les fonctionnaires et salariés dont le revenu mensuel ne dépasse pas le salaire minimum, tout en préconisant une harmonisation nationale de ces droits. Les défenseurs du dispositif font, de leur côté, valoir que le temps aménagé implique des coûts supplémentaires liés notamment à la mobilisation des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des locaux et des équipements en dehors des horaires universitaires ordinaires. Ils soulignent également que la gratuité demeure applicable à la formation initiale suivie selon les horaires ordinaires.
Le débat n'est cependant pas nouveau. Dès décembre 2025, la Conférence des présidents des universités publiques avait recommandé d'exonérer des frais d'inscription en temps aménagé les fonctionnaires et salariés dont le revenu mensuel ne dépasse pas le salaire minimum, tout en préconisant une harmonisation nationale de ces droits. Les défenseurs du dispositif font, de leur côté, valoir que le temps aménagé implique des coûts supplémentaires liés notamment à la mobilisation des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des locaux et des équipements en dehors des horaires universitaires ordinaires. Ils soulignent également que la gratuité demeure applicable à la formation initiale suivie selon les horaires ordinaires.
La Coordination réclame le gel de l'article 81
Dans son nouveau communiqué, la Coordination durcit néanmoins sa position. Elle réclame désormais le gel de l'application de l'article 81 de la loi 59.24 et rejette le principe même de droits d'inscription appliqués à cette catégorie d'étudiants. Elle estime que distinguer financièrement les étudiants selon leur situation professionnelle ou sociale introduit une rupture d'égalité au sein de l'université publique. La Coordination réclame ainsi «l'affirmation effective de la gratuité de l'enseignement universitaire public» et le rejet des frais imposés aux étudiants, quelle que soit leur appellation. Elle appelle également à mettre fin à ce qu'elle considère comme des formes de discrimination entre étudiants fondées sur leur statut professionnel ou social.
La réintégration des étudiants exclus parmi les priorités
Le dossier comporte également un volet devenu particulièrement sensible : celui des étudiants qui n'ont pas pu poursuivre normalement leur cursus. La Coordination exige ainsi la réintégration immédiate et sans condition des étudiants exclus dans le cadre de ce conflit. Son communiqué cite notamment le cas de 22 étudiants à Kénitra, mais également des situations signalées à Oujda, Settat, Tétouan, Béni Mellal, Marrakech et Agadir. Ce point figurait déjà parmi les griefs exprimés lors des précédentes mobilisations. La Coordination soutient que l'application des frais a provoqué, dans certains établissements, des difficultés d'inscription et des interruptions de parcours universitaire.
Une mobilisation qui monte progressivement en puissance
La manifestation du 9 septembre s'inscrit en réalité dans une séquence de mobilisation engagée depuis plusieurs semaines. Le 23 août, fonctionnaires, salariés et étudiants avaient déjà manifesté devant le Parlement à Rabat contre les frais associés au temps aménagé. Quelques jours plus tard, la Coordination avait également adressé une lettre à S.M. le Roi Mohammed VI sollicitant une intervention dans ce dossier. Des correspondances avaient parallèlement été adressées au Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, au ministre de l'Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, ainsi qu'au Médiateur du Royaume, Hassan Tariq. Cette succession d'initiatives traduit la volonté du mouvement de faire sortir le dossier du seul périmètre universitaire pour en faire une question sociale et politique plus large.
Syndicats, étudiants et associations appelés à rejoindre le mouvement
La Coordination cherche désormais à élargir davantage le front de contestation. Dans son communiqué, elle appelle les organisations syndicales, les associations de défense des droits humains, les acteurs de la société civile et les composantes du mouvement étudiant à soutenir la mobilisation. Elle interpelle notamment l'Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), invitée à passer, selon les termes employés dans le communiqué, du soutien de principe à une participation effective au sein des universités. Les syndicats de l'enseignement supérieur sont également appelés à s'impliquer davantage. Pour la Coordination, les conséquences du dossier pourraient en effet dépasser le seul cas des fonctionnaires et salariés poursuivant leurs études pour toucher plus largement au modèle de financement et aux missions mêmes de l'université publique.
Le dialogue avec le ministère toujours réclamé
Malgré le durcissement du mouvement, la Coordination continue de réclamer l'ouverture d'un dialogue avec le département de l'Enseignement supérieur. Elle demande un échange «institutionnel, sérieux et responsable» susceptible d'aboutir à une solution au conflit. C'est précisément l'absence de progrès sur ce terrain qu'elle invoque pour justifier la nouvelle mobilisation. Dans son communiqué, elle accuse le ministère de pratiquer une politique de temporisation et estime que le maintien du statu quo risque d'accentuer les tensions à l'approche de la rentrée universitaire 2026-2027.
La manifestation annoncée devant le ministère constitue ainsi une nouvelle étape dans un bras de fer dont les enjeux dépassent désormais le montant des droits d'inscription. Derrière la controverse sur le «temps aménagé» se dessine une question plus fondamentale : jusqu'où l'université publique peut-elle différencier les conditions d'accès à une même formation en fonction du statut professionnel de l'étudiant ? Entre la nécessité avancée par les établissements de financer des formations organisées en dehors des horaires ordinaires et la défense de la gratuité invoquée par les salariés concernés, le désaccord reste entier. La mobilisation du 9 septembre devrait désormais remettre la balle dans le camp du ministère.
