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L’État passe à l’offensive face au désordre des deux-roues et mise sur le tout-numérique

Confronté à l’explosion des accidents impliquant les motos, le gouvernement engage un tournant stratégique majeur en matière de sécurité routière. Digitalisation intégrale des procédures, durcissement des sanctions et recentrage sur les deux-roues : la nouvelle feuille de route 2025-2030 marque une rupture assumée avec les approches traditionnelles.

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La sécurité routière n’est plus traitée comme une simple question de sensibilisation. Au Maroc, elle s’impose désormais comme un chantier transversal, complexe et prioritaire, mobilisant plus d’une quinzaine de missions institutionnelles. Dans sa réponse aux observations de la Cour des comptes, le gouvernement acte un changement de doctrine : l’heure n’est plus à la prévention seule, mais à une régulation fondée sur la donnée, le contrôle intelligent et une répression ciblée, en particulier à l’encontre des deux-roues motorisés.

Les constats dressés par les départements du Transport, de l’Intérieur, de la Justice, de la Santé et des Finances convergent. Si plusieurs indicateurs montrent une amélioration pour certaines catégories d’usagers, les motos constituent désormais l’exception préoccupante. Leur implication croissante dans les accidents corporels et mortels place cette catégorie au cœur du nouveau plan d’action de l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) pour la période 2025-2030.



Présentée comme une rupture avec les pratiques héritées, cette stratégie repose sur une digitalisation complète de la chaîne de gestion de la sécurité routière. À compter du 1er janvier 2026, les formulaires papier échangés entre les forces de l’ordre et les administrations seront définitivement abandonnés. Un système numérique intégré permettra la transmission automatique des données, leur exploitation en temps réel et le croisement des informations relatives aux conducteurs, aux véhicules et à l’état civil. L’objectif est double : fiabiliser les statistiques nationales et améliorer l’analyse des causes des accidents, notamment en matière de mortalité et de blessures graves.

Ce virage technologique intervient dans un contexte profondément bouleversé. L’essor fulgurant des activités de livraison durant la pandémie de Covid-19, combiné à la hausse durable des prix des carburants, a entraîné une généralisation de l’usage des motos, souvent au détriment des normes de sécurité. Pour la première fois, les motos à moteur seront soumises à un contrôle technique périodique, tandis que les modifications illégales de leurs caractéristiques feront l’objet d’un durcissement des sanctions.

Les chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur illustrent l’ampleur du phénomène. Entre 2021 et 2024, le nombre d’infractions routières enregistrées est passé d’environ 1,8 million à plus de 2,2 millions. Les deux-roues concentrent à eux seuls plus de 552.000 infractions en 2024, soit la part la plus élevée. Sur la même année, les procès-verbaux ont dépassé les 436.000, tandis que les amendes transactionnelles et forfaitaires ont atteint 1,8 million, en nette progression par rapport à 2023.

Au-delà du contrôle et de la sanction, le gouvernement entend également agir sur les causes structurelles de l’insécurité routière. Un nouveau programme de traitement des points noirs est en cours d’élaboration, afin de corriger les limites observées dans les dispositifs précédents. Fait notable, ce programme intègre désormais les voiries urbaines, en coordination avec les collectivités territoriales. Des projets d’envergure sont déjà engagés, notamment à Marrakech-Safi, avec un investissement de 215 millions de dirhams, ainsi que la création d’un centre routier pilote à El Hajeb.

Le transport public fait lui aussi l’objet d’une attention particulière. Le programme « Bus sécurisé » vise à ramener l’âge moyen du parc national à moins de dix ans d’ici 2026, grâce à des incitations financières encourageant le renouvellement des véhicules et l’intégration de systèmes avancés d’aide à la conduite.

Sur le plan judiciaire, le renforcement des mécanismes de recouvrement des amendes constitue un levier central. L’activation des procédures de blocage des démarches administratives — telles que le transfert de propriété des véhicules ou le paiement de la vignette — pour les contrevenants en situation d’impayés a permis une hausse significative des montants recouvrés entre 2022 et 2024. La généralisation progressive du signalement et du recouvrement électroniques s’inscrit dans cette logique de responsabilisation.

Le volet sanitaire complète cette approche globale. Le renforcement du numéro d’urgence 141, la formation de plus de 2.800 professionnels de santé et techniciens aux gestes de secours routiers et la fixation d’objectifs précis pour réduire les délais d’intervention visent à améliorer la prise en charge des victimes durant la « heure d’or », déterminante pour la survie après un accident grave.

Enfin, le gouvernement reconnaît les limites de la communication seule. En l’absence de sanction, l’impact des campagnes de sensibilisation ne dépasse pas 8 %. D’où le choix d’inscrire durablement la culture de la sécurité routière dans les programmes scolaires, tout en poursuivant des actions de communication innovantes, plusieurs fois primées à l’international.

Reste un défi structurel majeur : celui de la gouvernance. La concentration des ressources humaines au niveau central et le chevauchement des compétences au niveau territorial appellent une révision du cadre juridique encadrant les commissions régionales. Car, comme le souligne l’exécutif, la sécurité routière demeure un dossier éminemment collectif, qui engage l’école, les collectivités, les professionnels du transport et l’ensemble des institutions publiques.
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