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Jeudi 30 Avril 2026
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Maroc-Allemagne : un partenariat scellé par 7,37 milliards d'euros d’échange et soixante-dix ans de diplomatie

Deuxième partenaire commercial de l'Allemagne en Afrique, troisième en volume d'échanges, deuxième destination des investissements allemands sur le continent : à l'occasion de la visite du ministre fédéral des Affaires étrangères Johann Wadephul à Rabat, jeudi, Berlin assume désormais publiquement la place stratégique du Royaume dans son dispositif diplomatique et économique. Une trajectoire que le chef de la diplomatie allemande a tenu à incarner lui-même sur le réseau social X.

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Sept milliards trois cent soixante-dix millions d'euros d'échanges en 2025, contre 4,9 milliards à peine trois ans plus tôt. Trois cents entreprises allemandes implantées de Tanger à Kénitra. Une 49ᵉ position mondiale parmi les destinations des exportations allemandes, au coude-à-coude avec des économies bien plus volumineuses. Les chiffres récents de la relation bilatérale sont fort éloquents : ils dessinent une montée en puissance ininterrompue, indifférente aux turbulences que traverse par ailleurs l'environnement international. C'est dans cette dynamique que s'inscrit la visite officielle de Johann Wadephul à Rabat jeudi, dans le cadre du dialogue stratégique multidimensionnel qui réunit tous les deux ans les chefs de la diplomatie des deux pays. Un déplacement qui revêt une triple portée symbolique : il s'agit du premier voyage du ministre depuis l'arrivée au pouvoir du chancelier Friedrich Merz, il coïncide avec l'année du 70ᵉ anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques, et il se tient sur fond de consolidation rapide d'un partenariat dont la profondeur paraissait improbable il y a encore quatre ans.

Le message direct de Berlin sur X

Avant même son atterrissage à Rabat, Johann Wadephul a tenu à formaliser publiquement, en quatre messages successifs publiés sur son compte X officiel, la lecture allemande du partenariat avec le Royaume. Une séquence de communication politique qui condense, en quelques phrases, l'ensemble des dossiers structurants de la relation. «Le Maroc est pour nous un partenaire clé et constitue un pont important entre le continent européen et le continent africain», a écrit le ministre fédéral, rappelant que les deux pays célébraient cette année sept décennies de relations diplomatiques. Dans la foulée, il a confirmé que «le Maroc est notre deuxième plus grand partenaire commercial sur le continent africain», ajoutant que «l'Allemagne et le Maroc veulent croître économiquement plus étroitement ensemble».
Le chef de la diplomatie allemande a également mis en avant la dimension humaine de la coopération : «Plus de 300 entreprises allemandes investissent au Maroc et rencontrent une population jeune et bien formée. Parallèlement, les compétences marocaines constituent un soutien important dans les métiers où l'Allemagne manque de main-d'œuvre, comme dans le secteur de la santé et des soins.» Une référence directe aux accords de mobilité de la main-d'œuvre qualifiée signés ces dernières années entre Rabat et Berlin.
Le quatrième message trace, lui, la feuille de route économique des prochaines années. «Dans nos relations économiques, il existe encore un potentiel considérable. Dans le domaine de l'énergie solaire et éolienne et de l'hydrogène vert, mais aussi des matières premières critiques et de la production de batteries, dans tous ces secteurs d'avenir, nous souhaitons diversifier davantage nos chaînes d'approvisionnement», a écrit Johann Wadephul. La formulation est limpide : pour Berlin, le Maroc n'est plus seulement un partenaire commercial, mais une pièce centrale de la stratégie allemande de sécurisation des chaînes de valeur post-pandémie et post-crise énergétique.
Pour mesurer le chemin parcouru ces dernières années, il faut se replacer au printemps 2021. Pendant huit mois, les deux capitales s'observent en silence, après une série de désaccords portant notamment sur le dossier du Sahara marocain et sur la convocation d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU à laquelle Rabat n'avait pas été conviée. Le rappel pour consultations de l'ambassadrice du Maroc à Berlin, à l'époque, avait sidéré les chancelleries européennes habituées à la stabilité de la relation germano-marocaine. Le déblocage intervient en janvier 2022, à la faveur d'un message adressé par le Président fédéral Frank-Walter Steinmeier à S.M. le Roi Mohammed VI à l'occasion du Nouvel An. Le Chef de l'État allemand y salue les réformes engagées par le Royaume sous la conduite du Souverain et confirme la disponibilité de Berlin à reprendre le fil. Sept mois plus tard, la Déclaration conjointe du 25 août 2022 actait, à Rabat, l'ouverture d'un partenariat «tourné vers l'avenir», une formule diplomatique qui marquait le passage d'une logique de gestion de crise à une logique de construction.
Depuis lors, les jalons se sont enchaînés à un rythme soutenu. Première session du dialogue stratégique multidimensionnel à Berlin en juin 2024. Signature d'une alliance maroco-allemande pour le climat et l'énergie la même semaine, qui structure la coopération sur l'hydrogène vert, le commerce d'électricité et la décarbonation industrielle. Avenant à l'accord encadrant les fondations politiques allemandes au Maroc paraphé en septembre 2025 à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Et, désormais, ce déplacement de Johann Wadephul qui inaugure le mandat diplomatique de l'ère Merz.

Le Sahara, l'industrie et le Mondial 2030

Sur le dossier du Sahara marocain, la position allemande s'est nettement clarifiée. Interrogée à la veille de la visite, la porte-parole du ministère fédéral des Affaires étrangères, Kathrin Deschauer, avait réaffirmé que Berlin considérait le plan d'autonomie présenté par Rabat comme «un effort sérieux et crédible, ainsi qu'une bonne base pour parvenir à une solution consensuelle». La formulation, désormais récurrente dans les éléments de langage allemands, aligne Berlin sur la dynamique internationale qui reconnaît au plan marocain de 2007 le statut de seul cadre opérationnel de négociation.

Le volet industriel prolonge cette confiance politique. L'usine de référence pour la production d'hydrogène vert dont le démarrage est attendu dans les prochaines années, soutenue par la coopération allemande, vise une capacité initiale de 10.000 tonnes annuelles, suffisante pour produire 50.000 tonnes d'acier vert. Conçue comme un démonstrateur de viabilité économique pour l'ensemble du continent africain, elle s'inscrit dans le sillage de la centrale solaire de Ouarzazate, dont la coopération allemande avait accompagné la construction. À l'heure où Berlin réorganise ses priorités africaines et où le Royaume affine son positionnement euro-méditerranéen, l'ancrage de cette relation bilatérale n'a plus rien d'optionnel. Pour l'une comme pour l'autre des deux capitales, il devient une infrastructure.
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