Mohamed Zakaria Aboudahab, professeur des relations internationales : le Maroc ne saurait servir de «fonds de commerce préélectoral»
Les précisions apportées par le ministère des Affaires étrangères au sujet des derniers développements des relations maroco-espagnoles viennent rappeler que le Maroc ne saurait servir ni de «bouc émissaire» ni de «fonds de commerce préélectoral», a indiqué le professeur des relations internationales à l’Université Mohammed V de Rabat, Mohamed Zakaria Aboudahab. À travers ces clarifications, le Royaume appelle au respect strict des engagements mutuels pour lutter contre les réseaux criminels dans un cadre de confiance et de transparence, tout en dénonçant fermement toute tentative d'instrumentalisation politique visant à porter atteinte aux relations bilatérales, a souligné M. Aboudahab dans une déclaration à la MAP. Le Maroc a également tenu à réitérer sa pleine disposition à s'engager dans une collaboration fructueuse avec l'Espagne pour lutter non seulement contre l'immigration irrégulière, mais aussi contre les réseaux criminels, a-t-il poursuivi. Rappelant la solidité des relations entre le Maroc et l'Espagne, ainsi que tous les acquis engrangés sur plusieurs plans, y compris les plans économique et sécuritaire, M. Aboudahab a relevé que le Royaume avait constamment veillé au renforcement de ces liens dans le cadre du respect mutuel et de la transparence. De l'avis de l'universitaire, des acteurs espagnols et étrangers tentent de brouiller cette relation avec le Maroc à des fins électoralistes, au détriment des acquis accumulés par les deux pays au fil des ans dans différents domaines.Mohamed Daadaoui, universitaire maroco-américain : Le Maroc ne laissera pas ses relations avec l’Espagne être manipulées à des fins électorales de court terme
Le Maroc a clairement et à juste titre signifié à l’Espagne qu’il ne laisserait pas ses relations avec un pays voisin être manipulées à des fins électorales de court terme, a affirmé l’expert et universitaire maroco-américain Mohamed Daadaoui. «Il s’agit d’un message très direct du Royaume à l’égard de l'Espagne, en ce sens que le Maroc ne laissera pas ses relations avec un pays voisin être manipulées pour des gains électoraux de court terme ou servir à détourner l’attention des conflits politiques internes», a relevé M. Daadaoui dans une déclaration à la MAP. Pour l’expert maroco-américain, la référence à la géographie dans le communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger est «particulièrement importante». «Le Maroc rappelle à l’Espagne que la proximité ne peut pas être changée, mais que la nature des relations bilatérales, elle, peut évoluer. Avec du courage politique et une vision stratégique, la géographie peut favoriser la coopération, la sécurité et la prospérité partagée», a-t-il fait valoir. «À défaut, cette même proximité risque de devenir une source permanente de méfiance et de crises récurrentes», a averti l'universitaire, notant que le Royaume avait aussi invité son voisin du nord à «dépasser la politique de campagne électorale et à gérer cette relation avec le sérieux, la cohérence et la vision à long terme qu’elle exige».Cherkaoui Roudani, politologue : le Maroc ne peut accepter de devenir une «variable électorale espagnole»
Les clarifications apportées par le ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger sur les derniers développements dans les relations maroco-espagnoles doivent être lues comme un «acte de responsabilité politique et de clarification stratégique», a affirmé l'universitaire et politologue Cherkaoui Roudani, soulignant que «le Maroc ne peut accepter de devenir une variable électorale espagnole».Dans une déclaration à la MAP, M. Roudani a indiqué que le Maroc réaffirmait son choix souverain d’une relation forte avec l’Espagne, tout en rappelant qu’un partenariat durable supposait réciprocité, confiance et respect des responsabilités de chacun. De ce fait, le Royaume ne remet pas en cause le partenariat avec l’Espagne, a-t-il poursuivi, mais «refuse que ce partenariat fonctionne selon une asymétrie où le Maroc serait un acteur indispensable lorsqu’il faut gérer les risques, puis un responsable commode lorsqu’une crise survient». Il a, dans ce sens, mis en avant la pertinence des questions posées par la diplomatie marocaine, qui placent «le débat là où il doit se situer : sur les faits, les responsabilités et la recherche de solutions».
Par ailleurs, l'expert a souligné que la question migratoire ne pouvait être réduite à la surveillance d’une frontière, notamment dans un contexte où les dynamiques démographiques africaines, les réseaux criminels transnationaux, l’instabilité du Sahel et les nouvelles routes migratoires imposent une approche beaucoup plus large. De même, M. Roudani a mis en garde contre l’instrumentalisation du Maroc dans le débat intérieur espagnol, ajoutant que «la relation stratégique entre Rabat et Madrid ne peut être soumise ni aux cycles partisans ni aux surenchères médiatiques». Le Maroc et l'Espagne ont suffisamment d’intérêts communs pour gérer leurs divergences avec une maturité qui exige que «la confiance soit protégée des accusations sans fondement et que les mécanismes de coopération ne soient pas fragilisés par les calculs de court terme», a-t-il conclu.
