Menu
Search
Vendredi 22 Mai 2026
S'abonner
close

Maroc–Syrie : récit d'une fraternité qui a résisté aux errements du régime Al Assad

Après quinze ans de rupture diplomatique, le drapeau syrien s'est hissé jeudi 14 mai 2026 à Rabat, au-dessus d'une chancellerie fermée depuis juillet 2012. La visite d'Asaad Hassan Al-Shaibani, premier chef de la diplomatie de la Syrie de transition reçu officiellement par le Royaume, scelle la reconnaissance par Damas de l'intégrité territoriale du Maroc et de la résolution 2797. Sous la sobriété du protocole, c'est une fraternité d'un demi-siècle qui trouve son aboutissement : celle d'un Royaume qui n'a jamais cessé d'accompagner et de soutenir le peuple syrien, en particulier dans les moments sombres.

La formule d'Asaad Hassan Al-Shaibani a été méticuleusement choisie. Devant la presse à Rabat, le chef de la diplomatie syrienne a salué «les positions honorables et constantes» du Royaume vis-à-vis de son peuple. Quatorze ans après la fermeture de l'ambassade syrienne au Maroc et l'expulsion, en juillet 2012, du dernier ambassadeur du régime Al Assad, la formule épouse une réalité historique que peu d'États arabes peuvent revendiquer. Le Maroc n'a pas seulement rompu avec Damas en 2011 : il avait, bien avant, accepté de payer le prix politique de sa solidarité avec le peuple syrien, sans renoncer pour autant à l'horizon de réconciliation que le communiqué conjoint signé jeudi vient officialiser.

Le sang du Golan, l'ingratitude de Damas
L'histoire commence par un engagement militaire. En octobre 1973, le Roi Hassan II dépêche en Syrie un bataillon blindé suivi d'une brigade d'infanterie, soit environ 3.500 à 6.000 hommes, pour combattre sur le front du Golan aux côtés de l'armée syrienne. Près de 170 soldats marocains tombent sur ce front, et Damas baptise alors une place de la capitale «Al-Tajrida Al-Maghribia», «la Brigade marocaine», en leur honneur. La reconnaissance syrienne ne survivra pas à la décennie. En avril 1980, Hafez al-Assad reconnaît la pseudo-«République arabe sahraouie démocratique», faisant de la Syrie le deuxième État arabe, après l'Algérie, à s'aligner sur la thèse séparatiste. L'ingratitude est patente. Le Royaume choisit pourtant le temps long : S.M. Hassan II se rendra à Damas en 1992, suivi de S.M. le Roi Mohammed VI en octobre 2001. Au cours de cette dernière visite, Bachar al-Assad accepte une fermeture brève du bureau du «polisario» dans la capitale syrienne, sans toutefois revenir sur la reconnaissance de l'entité fantoche. Le contentieux territorial demeure ; la main marocaine reste tendue.

2011-2012, le moment de vérité
Tout bascule au printemps 2011. Face à la répression sanglante des manifestations pacifiques par le régime de Bachar al-Assad, le Royaume se range, dès les premières semaines, du côté des aspirations populaires. Le 16 novembre 2011, alors que les ministres arabes des Affaires étrangères sont réunis à Rabat pour acter la suspension de la Syrie de la Ligue arabe, une centaine de manifestants pro-Assad s'attaquent à l'ambassade du Maroc à Damas. S.M. le Roi Mohammed VI rappelle aussitôt l'ambassadeur, le défunt Mohamed Lkhassassi. À Tanger, lors de l'ouverture des MEDays, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Taïb Fassi Fihri, justifie la décision : «Un système qui n'arrive pas à se renouveler», dit-il du régime syrien, formule sans ambiguïté pour la diplomatie d'un Royaume habituellement mesuré. Le même jour, depuis Rabat, la Ligue arabe accorde à Damas un ultimatum de trois jours.

La séquence s'accélère. Le 3 janvier 2012, Saad Dine El Othmani devient ministre des Affaires étrangères. Onze mois plus tard, le 12 décembre, Marrakech accueille la 4e Conférence internationale des amis du peuple syrien. Près de 114 États membres des Nations unies y sont représentés, par 130 délégués et 60 ministres. C'est à la tribune marocaine que la Coalition nationale syrienne, l'opposition unifiée à Bachar al-Assad, sera consacrée, selon les mots prononcés par M. El Othmani «représentant légitime du peuple syrien». Damas, par la voix de son ministre Walid al-Mouallem, dénoncera une «ingérence» étrangère ; les passes d'armes entre représentants marocains et syriens à l'ONU rythmeront, des mois durant, l'agenda multilatéral.

La conférence de Marrakech se tient huit jours après un drame qui restera dans la mémoire diplomatique du Royaume. Le 4 décembre 2012, à Alep, le consul honoraire du Maroc Mohamed Alaeddine Kiyali est abattu par des «hommes armés». Le Souverain condamne, dans un message à la famille, une «agression criminelle abjecte». Sept mois plus tôt, en juillet 2012, le Maroc avait déjà expulsé l'ambassadeur d'Assad accrédité à Rabat. La rupture est totale ; elle durera douze ans.

De Damas à Rabat, la séquence de la fidélité récompensée
Pendant toute cette décennie de glaciation, le Royaume tient sa ligne, là où d'autres capitales arabes s'accommoderont d'une normalisation graduelle avec Bachar al-Assad. En 2018, Rabat va plus loin : il rompt ses relations avec Téhéran, accusant l'Iran d'armer le «polisario» via le Hezbollah libanais, une intuition que confirmera, sept ans plus tard, une enquête du «Washington Post» sur la formation par l'Iran de combattants du Front polisario en Syrie. En 2023, alors que la Ligue arabe rouvre ses portes à Damas, le Maroc exprime ses réserves, conditionnant tout dialogue au respect de l'intégrité territoriale du Royaume.

La chute du régime, le 8 décembre 2024, valide la trajectoire. Le 4 février 2025, S.M. le Roi Mohammed VI adresse à Ahmad al-Charaa un message de félicitations pour son accession à la présidence durant la transition. Le Souverain y réaffirme le soutien marocain au peuple syrien, sans hiatus. Le 17 mai 2025, en marge du 34e Sommet arabe de Bagdad, le ministre Nasser Bourita et son homologue Asaad Hassan Al-Shaibani se retrouvent pour la première fois ; le Souverain annonce simultanément la réouverture de l'ambassade marocaine à Damas. Dix jours plus tard, les autorités syriennes ferment définitivement les bureaux du «polisario» dans la capitale, présents depuis les années 1980. Le 14 mai 2026, la dernière étape s'écrit dans le sens inverse : le drapeau syrien se hisse de nouveau officiellement à Rabat.

Ce que le communiqué conjoint signé jeudi consacre dépasse largement le bilatéral. MM. Bourita et Al-Shaibani ont convenu de créer un conseil d'affaires conjoint et d'élargir la coopération en s'appuyant sur l'expertise marocaine dans plusieurs secteurs stratégiques. La diplomatie marocaine évoque désormais l'émergence d'un «nouvel ordre régional arabe», fondé sur des intérêts communs.

Reste un dossier en suspens, dont la résolution éclairera la profondeur de la rupture syrienne avec le passé : celui des centaines de combattants du «polisario» et des cinq cents soldats algériens encore détenus en Syrie après avoir combattu aux côtés du dictateur déchu. Damas a refusé, en février 2025, leur libération à la demande algérienne, optant pour les normes internationales relatives aux prisonniers de guerre. Le contentieux franchira-t-il les tribunaux de la justice transitionnelle syrienne ? La réponse dira si la séquence ouverte jeudi à Rabat est seulement diplomatique, ou si elle inaugure une recomposition plus profonde de l'ordre arabe, où la souveraineté des États redevient l'horizon partagé.

Fahad Al Masri, président du Parti libéral syrien : «Corriger les erreurs catastrophiques commises par le régime précédent à l’égard du Maroc n’est pas seulement un geste diplomatique, c’est une exigence»

Le Matin : La visite à Rabat de M. Al-Shaibani, la réouverture de l'ambassade syrienne et le communiqué conjoint reconnaissant l'intégrité territoriale du Royaume ainsi que la résolution 2797 marquent une rupture d'une rare densité symbolique. Comment lisez-vous, depuis Paris, la portée de ce moment pour la Syrie de la transition et pour la crédibilité de sa nouvelle diplomatie arabe ?

Maroc–Syrie : récit d'une fraternité qui a résisté aux errements du régime Al Assad



Fahad Al Masri :
Il faut d’abord souligner que la relation humaine et civilisationnelle entre la Syrie et le Maroc n’est pas née d’hier ; elle constitue l’une des plus anciennes relations historiques du monde arabe et méditerranéen. Ses racines remontent à plus de trois mille ans, et ses premières manifestations se sont dessinées près de douze siècles avant la naissance du Christ. Les Syriens et les Marocains ont été les artisans d’une civilisation parmi les plus importantes de l’histoire humaine, une civilisation qui a contribué à la production du savoir et à la transmission des sciences, des arts et de la philosophie vers l’Europe. Cela confère à cette relation une dimension civilisationnelle qui dépasse largement les considérations politiques conjoncturelles.

Aujourd’hui, ce moment représente, dans toutes ses dimensions politiques et symboliques, un véritable tournant dans les relations syro-marocaines, non seulement sur le plan diplomatique, mais également dans la redéfinition de la place de la Syrie au sein de son espace arabe naturel. La visite de M. Al-Shaibani à Rabat, la réouverture de l’ambassade syrienne et le communiqué conjoint confirmant la reconnaissance de l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc, parallèlement à la résolution 2797, ne constituent pas de simples gestes protocolaires ou des arrangements circonstanciels ; ils traduisent clairement une nouvelle volonté politique de tourner une page douloureuse des politiques passées et d’ouvrir une phase entièrement nouvelle. Dans cette perspective, l’ouverture d’une nouvelle page entre Damas et Rabat représente, pour nous, l’aboutissement d’une vision politique que nous défendons depuis de longues années : celle d’une rupture totale avec l’héritage sombre du régime Assad, qui a profondément nui aux relations fraternelles et historiques entre les deux pays, portant atteinte aux intérêts communs ainsi qu’aux liens civilisationnels qui ont uni les peuples syrien et marocain durant des siècles.

Corriger les erreurs catastrophiques commises par le régime précédent à l’égard de la relation avec le Maroc n’est pas seulement un geste diplomatique ; c’est une exigence politique et morale. C’est également le minimum que l’on puisse faire en reconnaissance des positions éthiques et de principe adoptées par le Royaume du Maroc envers la Syrie et le peuple syrien au cours des dernières années. Cela ouvre aussi la voie à une nouvelle étape fondée sur le respect mutuel, la coopération stratégique et la primauté des intérêts communs des deux peuples et des deux États.

Depuis Paris, j’estime également que l’importance de ce moment réside dans le fait qu’il constitue un test concret de la crédibilité de la nouvelle diplomatie syrienne. La Syrie entre aujourd’hui dans une phase politique différente, cherchant à retrouver sa profondeur stratégique arabe, à mettre fin aux années d’isolement imposées aux Syriens et à s’éloigner des politiques d’axes et de polarisation qui ont placé l’État syrien, pendant des décennies, dans des positions contraires à ses intérêts nationaux supérieurs ainsi qu’aux intérêts communs du monde arabe. Dans ce contexte, la nouvelle politique étrangère syrienne avance avec rationalité, équilibre et vision réfléchie, plaçant l’intérêt de l’État syrien au-dessus de toute considération idéologique ou de tout alignement étroit. C’est là, au fond, ce que nous considérons comme les traits de la nouvelle identité diplomatique syrienne : une diplomatie arabe, ouverte et équilibrée, respectueuse de la souveraineté des États et de leur intégrité territoriale, attachée au partenariat, à la stabilité et au développement commun, loin des aventures politiques qui ont coûté un prix très lourd à la Syrie et à la région.



Lorsque le Maroc accueille à Rabat, en novembre 2011, le sommet de la Ligue arabe qui adresse à Bachar al-Assad son ultimatum de trois jours, puis organise à Marrakech, en décembre 2012, la 4e Conférence internationale des amis du peuple syrien – huit jours après l'assassinat à Alep du consul honoraire marocain Mohamed Alaeddine Kiyali, comment ce soutien était-il perçu par l'opposition syrienne dont vous étiez un porte-parole ?
Au sein de l’opposition syrienne, la position marocaine était perçue, dès les premières années de la révolution, comme une position arabe courageuse et morale, reflétant un haut degré de clarté politique et d’engagement en faveur des revendications du peuple syrien pour la liberté et la dignité. Rabat avait compris très tôt que ce qui se déroulait en Syrie n’était pas une simple crise intérieure passagère, mais une tragédie nationale et humanitaire majeure nécessitant une position arabe responsable, en accord avec les valeurs politiques et éthiques censées régir les relations entre les États et les peuples arabes. Lorsque le Maroc a accueilli le sommet de la Ligue arabe à Rabat en 2011, ainsi que le message ferme adressé alors au régime de Bachar al-Assad, puis organisé la Conférence des amis du peuple syrien à Marrakech en 2012, de nombreux Syriens ont eu le sentiment qu’un grand État arabe avait choisi de se tenir aux côtés du peuple syrien et non de la machine de répression et de violence. Cela fut extrêmement important, non seulement sur le plan politique, mais aussi sur le plan moral et psychologique pour des Syriens confrontés à un isolement brutal, à des massacres quotidiens et à un silence international douloureux.

Il est impossible d’évoquer cette période sans s’arrêter sur le crime douloureux que constitua l’assassinat du consul honoraire marocain à Alep, M. Mohamed Alaeddine Kiyali, un événement qui a profondément choqué Syriens et Marocains. Pour nous, au sein de l’opposition syrienne, cet assassinat représentait une preuve supplémentaire de l’ampleur de l’effondrement sécuritaire et moral dans lequel le régime avait plongé le pays, tout en renforçant notre estime pour la position marocaine, qui n’a pas fléchi malgré les risques et les défis. Le Maroc était perçu au sein de l’opposition syrienne comme une voix arabe équilibrée, alliant sagesse politique et clarté morale. Le Royaume du Maroc n’a pas abordé la question syrienne à travers le prisme des surenchères ou des calculs circonstanciels, mais à partir d’une vision considérant que la stabilité du monde arabe ne peut être assurée ni par la répression ni par la destruction des États et des sociétés, mais par le respect de la volonté des peuples et la préservation de l’unité, de la souveraineté et des institutions nationales des États.
Dans cette perspective, l’image du Maroc est demeurée profondément positive dans la conscience de l’opposition syrienne, en tant que pays ayant maintenu une position équilibrée et responsable, et ayant tendu la main au peuple syrien dans l’une des périodes les plus douloureuses de son histoire contemporaine. Nous n’oublierons jamais la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, à nos frères réfugiés dans le camp de Zaâtari en Jordanie. Quant à moi personnellement, je n’oublierai jamais, tant que je vivrai, la réponse favorable de Sa Majesté à ma demande visant à secourir et accueillir dignement les familles syriennes restées bloquées à la frontière algérienne en 2017.
La présence de combattants du «polisario» aux côtés des forces de Bachar al-Assad, longtemps documentée par la diplomatie marocaine, a été confirmée par les enquêtes du «Washington Post» et de «Deutsche Welle». À l'époque où vous étiez en contact direct avec les commandements opérationnels de l'ASL, que saviez-vous de cette présence ? Vos officiers ont-ils eu à les affronter sur le terrain, et quels souvenirs en gardez-vous ?
Durant les années de la révolution syrienne, nous disposions, au sein de l’opposition syrienne, d’informations concordantes concernant la présence d’éléments liés au Front polisario combattant aux côtés des forces du régime Al Assad au sein des milices placées sous tutelle iranienne, ayant reçu des entraînements en Iran, au Liban et en Syrie. Dans ce contexte, des informations récurrentes faisaient état de la présence d’éléments du polisario dans certaines zones militaires des régions rurales d’Alep ainsi que dans le sud syrien, et de frictions ainsi que d’affrontements directs avec eux sur plusieurs fronts. Dès lors, la position marocaine était perçue au sein de l’opposition syrienne comme une position cohérente avec les principes d’unité, de souveraineté et de stabilité des États arabes, tandis que la participation d’éléments liés au polisario aux côtés des forces d’Assad était comprise comme une implication dans un projet ayant contribué à approfondir la tragédie syrienne et à prolonger la guerre.

Aujourd’hui, alors que nous parlons de reconstruire les relations syro-marocaines sur de nouvelles bases, cela exige également de tirer les leçons de la période précédente et d’affirmer que la nouvelle Syrie doit être un État respectueux de la souveraineté des États arabes et de leur intégrité territoriale, refusant que son territoire ou ses crises servent de plateformes pour porter atteinte à la sécurité des pays frères ou cibler leurs intérêts stratégiques. Dans notre vision politique, la nouvelle Syrie doit rester en dehors de l’ensemble des conflits et crises arabes, régionales et internationales ; elle ne doit ni y intervenir, ni les alimenter, ni permettre que le territoire syrien serve de point de départ à des actions menaçant la sécurité des États voisins et du monde, ni de corridor ou de base d’entraînement et de transit pour les armes, l’extrémisme ou le crime organisé.
La fermeture, en mai 2025, du bureau du «polisario» à Damas, puis la reconnaissance formelle de la souveraineté du Maroc sur son Sahara constituent-elles, à vos yeux, une rupture durable avec l'héritage de Hafez al-Assad – qui avait reconnu la pseudo-«Rasd» dès 1980 ? Plusieurs centaines de combattants du polisario demeurent par ailleurs détenus en Syrie : comment, dans la perspective d'une justice transitionnelle crédible, ces dossiers doivent-ils être traités ?
La fermeture du bureau du polisario à Damas et la reconnaissance officielle de la souveraineté du Royaume du Maroc sur ses provinces du Sud constituent une rupture politique claire avec l’héritage de la période Al Assad, ainsi qu’avec les orientations idéologiques qui ont durablement affecté les relations syro-marocaines pendant des décennies. La Syrie nouvelle est aujourd’hui appelée à construire une diplomatie réaliste et équilibrée, fondée sur le respect de la souveraineté des États et de leur intégrité territoriale, ainsi que sur la primauté des intérêts arabes communs. Quant au dossier des combattants liés au polisario ou à d’autres groupes étrangers ayant participé à la guerre en Syrie, il doit être traité dans un cadre juridique et judiciaire transparent, conforme aux principes de la justice transitionnelle. Toute personne impliquée dans des crimes ou des violations contre les Syriens doit faire l’objet d’une enquête juste et indépendante, loin de toute logique de vengeance ou de politisation, car la construction de la nouvelle Syrie commence par l’ancrage de l’État de droit et des institutions.
Au-delà du symbole, quelles perspectives de coopération concrètes voyez-vous s'ouvrir entre Rabat et Damas... reconstruction, formation, agriculture, expertise religieuse, coopération consulaire et universitaire ? Et plus largement, le rapprochement maroco-syrien peut-il préfigurer une nouvelle architecture arabe, dans laquelle le Maroc occuperait une place de partenaire stratégique pour la Syrie post-conflit ?
Il est certain que la relation entre Rabat et Damas ne doit pas rester confinée à sa dimension symbolique ou politique ; elle doit au contraire évoluer vers un partenariat concret et stratégique, multidimensionnel. La Syrie de l’après-guerre a besoin d’expertises arabes solides et éprouvées dans les domaines de la reconstruction, du renforcement institutionnel visant à reconstruire les institutions administratives, civiles, sécuritaires et militaires de l’État syrien, de la formation professionnelle, de l’agriculture, ainsi que de la gestion religieuse modérée. Le Maroc dispose, dans plusieurs de ces domaines, d’une expérience importante et avancée. Le Maroc possède des expertises accumulées d’une grande valeur qu’il convient de mobiliser. Par ailleurs, de vastes perspectives existent en matière de coopération universitaire, consulaire et culturelle, ainsi que dans la reconstruction des liens humains et intellectuels entre les deux peuples, d’autant plus que les deux pays disposent d’un riche héritage civilisationnel et culturel. Je considère que le rapprochement maroco-syrien peut effectivement s’inscrire dans une nouvelle architecture arabe plus équilibrée et plus réaliste, fondée sur le partenariat, le développement et la stabilité, loin des logiques de blocs et des conflits stériles. Dans ce cadre, le Maroc peut jouer un rôle de partenaire arabe stratégique important dans le soutien à la stabilité de la nouvelle Syrie et dans sa réintégration naturelle au sein de son environnement arabe.
Lisez nos e-Papers