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Dimanche 21 Juin 2026
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À Marrakech, les Parlements du Sud tracent le cap vers l'intégration économique euro-méditerranéenne et du Golfe

Création d'un centre régional pour l'intelligence artificielle, projet de Banque méditerranéenne de développement, pacte pour la sécurité alimentaire, harmonisation des législations : la Déclaration finale adoptée samedi à Marrakech, au terme du 4e Forum parlementaire économique pour la région euro-méditerranéenne et du Golfe, fixe un cap résolument concret. Sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, parlementaires et décideurs des deux rives de la Méditerranée, du Golfe, d'Afrique et d'Amérique latine ont choisi de transformer une liste de vœux en promesses vérifiables.

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Un cadre économique global et multilatéral inspiré des plus vastes constructions commerciales de la planète, un centre régional dédié à l'intelligence artificielle, une Banque méditerranéenne de développement, un pacte pour la sécurité alimentaire, des législations nationales harmonisées : c'est un véritable programme d'intégration que dessine la Déclaration finale adoptée samedi à Marrakech. Au terme de deux journées de travaux, les participants au 4e Forum parlementaire économique pour la région euro-méditerranéenne et du Golfe ont appelé à doter ces régions d'un cadre commun, en s'inspirant explicitement de modèles éprouvés comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et l'accord reliant l'Union européenne au Mercosur (Marché commun du Sud).

Organisé par la Chambre des conseillers et l'Assemblée parlementaire de la Méditerranée (APM) sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ce forum a réuni, les 19 et 20 juin 2026, des responsables marocains et étrangers venus des deux rives de la Méditerranée, du Golfe, d'Afrique et d'Amérique latine. Le choix des références n'a rien d'anodin. En convoquant deux des plus grandes intégrations régionales du monde, les organisateurs signalent l'échelle à laquelle ils entendent désormais penser un espace longtemps morcelé entre ses sous-ensembles : Maghreb, Machrek, rive nord européenne, monarchies du Golfe... et miné par la faiblesse chronique de ses échanges internes.

Cette ambition tranche avec la tonalité ordinaire des forums interparlementaires. Dès la séance inaugurale, le président du Parlement andin, René Daniel Camacho Quezada, avait prévenu que le dialogue euro-méditerranéen demeurait «porteur de promesses», mais qu'il devait «se décliner sous forme d'actions concrètes et de résultats tangibles au bénéfice des populations». La présidente du Parlement centraméricain, Carla Lisbeth Pérez Herrera, avait pour sa part érigé la coopération Sud-Sud en «nécessité» plutôt qu'en choix, à l'heure où le commerce international et les chaînes de valeur mondiales se recomposent sous l'effet des dynamiques géopolitiques. Quant au président du Parlement arabe, Mohamed Ahmed Al Yamahi, il a résumé l'état d'esprit de l'assemblée en une formule : la résilience «ne se mesure plus à l'aune des ressources disponibles, mais dépend de la capacité des États à nouer des partenariats solides et à réaliser une véritable intégration économique».

Une technologie au cœur de l'édifice

C'est sur le terrain de l'intelligence artificielle que la Déclaration se montre la plus novatrice. Les participants y plaident pour la création d'un centre régional dédié, chargé d'harmoniser les législations, de renforcer la gouvernance des données transfrontalières et de contenir les risques sécuritaires que charrie cette technologie. L'architecture proposée s'appuierait sur la mise en réseau de trois instances déjà existantes : l'Observatoire des politiques de l'IA de l'OCDE, l'Observatoire parlementaire de l'IA de l'APM et le Conseil de la Choura du Golfe.

L'idée avait été préparée en amont par les responsables gouvernementaux marocains. Le ministre de l'Équipement et de l'eau, Nizar Baraka, avait dit son soutien à «toute initiative visant à mettre en place un pôle euro-méditerranéen et du Golfe pour l'intelligence artificielle, capable d'unifier les normes techniques, de renforcer l'interopérabilité des plateformes et de faciliter la fluidité des échanges transfrontaliers». Mais la promesse technologique s'accompagne d'une inquiétude que plusieurs intervenants ont formulée sans détour.
Le ministre de l'Inclusion économique, de la petite entreprise, de l'emploi et des compétences, Younes Sekkouri, a mis en garde contre les bouleversements que la transformation numérique imposait à l'avenir du travail, rappelant qu'«aucune intégration économique régionale ou continentale ne peut se concevoir sans accorder une importance majeure au capital humain» et citant des projections qui annoncent une contraction des emplois ouverts aux nouveaux lauréats à l'échelle mondiale. Entre la promesse d'innovation et la menace sur l'emploi, les parlementaires ont choisi de ne pas trancher mais d'encadrer : pari classique du législateur, qui préfère la règle au renoncement comme à l'emballement.

Le financement constitue le deuxième pilier du texte, et sans doute le plus déterminant. Les signataires invitent les États à muscler les partenariats public-privé et à mobiliser des mécanismes adaptés au développement d'infrastructures numériques adossées aux énergies renouvelables. Ils réclament surtout des outils innovants pour accompagner les petites et moyennes entreprises et les startups portées par des jeunes, particulièrement exposées dans leurs premières années. La Déclaration va plus loin en recommandant l'ouverture d'une concertation autour d'un projet de Banque méditerranéenne de développement, destinée au financement de projets structurants, une vieille idée méditerranéenne que Marrakech remet sur la table. Le ministre délégué chargé de l'Investissement, Karim Zidane, a inscrit cette ambition dans la trajectoire nationale, assurant que «l'ambition du Maroc dépasse la réalisation de la croissance interne pour s'inscrire dans une vision plus large faisant du Royaume un pont économique stratégique reliant l'Europe, l'Afrique et le monde arabe».

Du climat à la loi, une résilience qui se légifère

Reste le volet climatique et alimentaire, où la Déclaration adopte un ton presque prescriptif. Les participants ont soutenu la création d'un Pacte méditerranéen pour la sécurité alimentaire et le changement climatique, pensé pour renforcer la résilience de l'agriculture en partenariat avec l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Ils ont, dans la foulée, invité les Parlements nationaux à légiférer de façon unifiée sur les systèmes alimentaires et agricoles, en intégrant les exigences de résilience climatique et la gestion durable des terres, de l'eau et des zones côtières, afin de prémunir la biodiversité et les chaînes d'approvisionnement face aux chocs économiques et climatiques.

Le glissement est révélateur. D'un forum à l'autre, le vocabulaire de l'intention : «favoriser», «encourager», «soutenir»... cède progressivement la place à celui de la norme : «élaborer des législations unifiées», «adopter des mécanismes», «créer des organes». La même logique a présidé, en marge des travaux, au lancement d'un projet de structuration du Forum lui-même, doté désormais d'un conseil de gouvernance chargé d'orienter ses travaux et de suivre la mise en œuvre de ses recommandations. Cette exigence de résultat traverse les interventions des responsables africains.
Président du Réseau des parlementaires africains pour l'évaluation du développement (APNODE), Abdelilah Hifdi a martelé que «le véritable succès des politiques publiques ne se mesure pas au nombre de programmes annoncés, mais aux changements qu'elles opèrent dans la vie quotidienne des citoyens», mettant en garde contre une érosion de la confiance citoyenne lorsque les promesses tardent à se traduire en résultats concrets.

Au fil des panels : intégration économique, investissement dans l'IA, emploi durable, lutte contre les répercussions climatiques sur la sécurité alimentaire... une même conviction s'est imposée : la résilience des espaces régionaux ne se proclame plus, elle se finance et se légifère. La session spéciale consacrée à l'Afrique, articulée autour de la ZLECAf et de l'interconnexion des chaînes de valeur euro-africaines, est venue ancrer cette ambition dans une géographie précise, celle où le Maroc, multipliant les accords de coopération avec l'Afrique de l'Ouest, le monde arabe et l'Amérique latine, entend se poser en pont entre des ensembles que tout, jusqu'ici, tenait à distance. La présidente du Parlement de la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), Mémounatou Ibrahima, y a vu l'occasion de «saisir ces opportunités pour consolider les ponts existants entre nos régions dans l'intérêt des générations actuelles et futures», saluant les perspectives ouvertes par l'Initiative Royale atlantique pour l'interconnexion économique du continent.

La Déclaration de Marrakech ne remédiera pas, à elle seule, la faiblesse des échanges intrarégionaux ni l'éparpillement institutionnel qui pèse sur la Méditerranée. Mais en fixant des cibles : une banque, un centre d'IA, un pacte alimentaire, des lois harmonisées, elle offre désormais une grille à laquelle ses signataires pourront se tenir.
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