Longtemps appréhendée sous le seul prisme du contrôle des frontières, la question migratoire a changé de nature, de dimensions et d’enjeux. À mesure que les flux se complexifient, que les réseaux criminels se professionnalisent et que les facteurs de départ se diversifient, une évidence s’impose : aucun pays ne peut, à lui seul, contenir un phénomène qui brave les règles. Dans cette nouvelle configuration, le Maroc ne saurait être réduit au rôle de simple rempart de l’Europe. Il s’impose, de l’avis même de plusieurs experts européens et américains, comme un partenaire stratégique dans la construction d’une politique migratoire globale, équilibrée et durable.
Cette évolution revient à rompre avec une conception essentiellement sécuritaire de la relation migratoire entre les deux rives de la Méditerranée. Le Royaume n’est pas seulement situé sur l’une des principales routes migratoires vers l’Europe ; il est devenu, au fil des années, un acteur à part entière de la gestion de ces flux, mobilisant des moyens humains et matériels importants pour prévenir les passages irréguliers et démanteler les réseaux qui exploitent les migrants.
Cette évolution revient à rompre avec une conception essentiellement sécuritaire de la relation migratoire entre les deux rives de la Méditerranée. Le Royaume n’est pas seulement situé sur l’une des principales routes migratoires vers l’Europe ; il est devenu, au fil des années, un acteur à part entière de la gestion de ces flux, mobilisant des moyens humains et matériels importants pour prévenir les passages irréguliers et démanteler les réseaux qui exploitent les migrants.
Phénomène migratoire, une responsabilité partagée
Le juriste belge Geoffroy Generet met précisément en garde contre toute lecture réductrice du rôle marocain. «L’Union européenne ne devrait pas considérer le Maroc comme un simple gardien de sa frontière méridionale», souligne-t-il, appelant à considérer le Royaume comme «un partenaire stratégique avec lequel l’Europe construit une politique migratoire globale, équilibrée et durable». Une inflexion qui prend tout son sens lorsqu’on mesure l’ampleur de la responsabilité assumée par le Maroc sur l’un des espaces migratoires les plus sensibles entre l’Afrique et l’Europe. Car le phénomène migratoire ne saurait être imputé à un seul maillon de la chaîne. Pays d’origine, de transit et de destination sont tous concernés, à des degrés et selon des modalités différents. Dès lors, vouloir faire porter l’essentiel de l’effort au pays de transit relève autant d’une injustice que d’une erreur de méthode. «Il serait injuste et surtout irréaliste de demander au Maroc de supporter seul la responsabilité d’un phénomène qui concerne à la fois les pays d’origine, les pays de transit et les pays européens de destination», relève à juste titre Geoffroy Generet. Cette notion de responsabilité partagée d’avère dès lors d’une importance cruciale. Elle suppose de sortir d’une logique où la coopération migratoire se résumerait à demander au Maroc d’empêcher les flux d’atteindre les rives sud de l’Europe. Elle implique, au contraire, que chacun assume ses responsabilités, respecte ses engagements et participe à la construction d’une réponse commune.
Le constat est d’autant plus significatif que les efforts marocains ne relèvent pas d’une mobilisation ponctuelle. Ils s’inscrivent dans la durée et reposent sur un dispositif permanent de veille et d’anticipation. Geoffroy Generet relève ainsi que l’opérationnalité marocaine «s'inscrit dans le cadre d'un système de veille en continu des services de sécurité et non liée à une circonstance bien précise». Une telle organisation permet au Royaume de suivre l’évolution des flux, d’identifier les menaces émergentes et d’adapter rapidement ses dispositifs. Le professeur de droit à l’Université Paris-Cité, Jérôme Besnard, endosse cette lecture en qualifiant le Maroc de partenaire «sérieux, fiable et pleinement engagé». Il souligne que le Royaume a «pris depuis longtemps les mesures en son pouvoir pour limiter au maximum les tentatives de passages illégaux vers Sebta», grâce à «des efforts constants, une coopération étroite avec ses partenaires européens et une mobilisation durable de ses moyens humains et opérationnels».
Ce qui mérite ici d’être relevé, c’est moins la seule efficacité des dispositifs déployés que leur caractère structurel. Le Maroc n’agit pas uniquement lorsqu’une pression migratoire particulière se manifeste. Il s’appuie sur une logique d’anticipation permanente. Une nécessité d’autant plus grande que les dynamiques migratoires peuvent connaître des évolutions brutales, alimentées parfois par des phénomènes difficilement prévisibles.
Le constat est d’autant plus significatif que les efforts marocains ne relèvent pas d’une mobilisation ponctuelle. Ils s’inscrivent dans la durée et reposent sur un dispositif permanent de veille et d’anticipation. Geoffroy Generet relève ainsi que l’opérationnalité marocaine «s'inscrit dans le cadre d'un système de veille en continu des services de sécurité et non liée à une circonstance bien précise». Une telle organisation permet au Royaume de suivre l’évolution des flux, d’identifier les menaces émergentes et d’adapter rapidement ses dispositifs. Le professeur de droit à l’Université Paris-Cité, Jérôme Besnard, endosse cette lecture en qualifiant le Maroc de partenaire «sérieux, fiable et pleinement engagé». Il souligne que le Royaume a «pris depuis longtemps les mesures en son pouvoir pour limiter au maximum les tentatives de passages illégaux vers Sebta», grâce à «des efforts constants, une coopération étroite avec ses partenaires européens et une mobilisation durable de ses moyens humains et opérationnels».
Ce qui mérite ici d’être relevé, c’est moins la seule efficacité des dispositifs déployés que leur caractère structurel. Le Maroc n’agit pas uniquement lorsqu’une pression migratoire particulière se manifeste. Il s’appuie sur une logique d’anticipation permanente. Une nécessité d’autant plus grande que les dynamiques migratoires peuvent connaître des évolutions brutales, alimentées parfois par des phénomènes difficilement prévisibles.
La coopération doit dépasser les déclarations de principe
Les réseaux sociaux illustrent parfaitement cette nouvelle donne. Les appels anonymes, les fausses informations et les messages diffusés massivement peuvent contribuer à provoquer ou amplifier des mouvements de migrants en quelques heures. Face à cette volatilité, le contrôle classique des frontières ne suffit plus. Il faut être capable de détecter les signaux faibles, de croiser l’information et d’anticiper les mouvements. C’est précisément ce que souligne Geoffroy Generet lorsqu’il juge «essentiel» de disposer d’un «système de veille permanent, capable d’anticiper les risques et d’adapter rapidement les dispositifs sur le terrain».
La reconnaissance de cet effort marocain apparaît d’autant plus importante qu’elle émane d’experts issus de plusieurs horizons. Depuis Washington, Paolo von Schirach, président du Global Policy Institute, va jusqu’à considérer que le Maroc «s’acquitte comme il se doit, depuis plusieurs années, de ses responsabilités en matière de contrôle et de gestion des flux migratoires» et que «le moment est venu aujourd’hui pour les pays européens de faire de même». La formule est forte. Elle inverse en quelque sorte la perspective traditionnelle du débat. La question n’est plus seulement de savoir ce que le Maroc peut encore faire pour contenir les flux à destination de l’Europe. Elle est aussi de savoir ce que les pays européens peuvent et doivent faire pour contribuer à une gestion plus efficace et plus durable du phénomène.
Cela passe d’abord par une meilleure coordination. Paolo von Schirach appelle ainsi à renforcer la coopération avec le Maroc, notamment à travers «une meilleure coordination et des mécanismes d’alerte et de veille plus efficaces». La coopération doit donc dépasser les déclarations de principe pour devenir davantage opérationnelle, fondée sur le partage de l’information, l’anticipation commune et la coordination des dispositifs.
Mais l’Europe doit également accepter de regarder la question migratoire dans toute sa profondeur. Car sécuriser les frontières ne suffit pas à faire tarir les flux. Ceux-ci trouvent leur origine dans des facteurs économiques et sociaux liés au développement que les politiques de contrôle ne peuvent, à elles seules, traiter. Sur ce point, Paolo von Schirach rappelle opportunément que la migration constitue «un enjeu structurel qui ne saurait être appréhendé uniquement sous l’angle sécuritaire et du contrôle frontalier». Les pays du Nord doivent, selon lui, se pencher sur «les causes profondes de ce phénomène, notamment sur les plans économique, social et de développement». C’est là toute la différence entre une politique de gestion des flux et une véritable politique migratoire. La première cherche principalement à contenir les conséquences ; la seconde s’attaque également aux causes. La première raisonne en termes de frontières ; la seconde en termes de trajectoires, de développement, de coopération et de responsabilité collective.
Cette approche ne signifie évidemment pas que la dimension sécuritaire perde sa pertinence. Bien au contraire. La lutte contre la migration irrégulière demeure indissociable de la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains, qui transforment la détresse humaine en activité criminelle. Mais elle doit être intégrée dans une stratégie plus large, combinant fermeté, prévention, respect de la loi et protection des personnes. C’est précisément le sens de l’approche défendue par Geoffroy Generet, qui appelle toutes les parties prenantes à conjuguer «fermeté, prévention, respect de la loi et protection des personnes». Une approche équilibrée qui refuse aussi bien le laxisme que la réponse exclusivement sécuritaire.
La reconnaissance de cet effort marocain apparaît d’autant plus importante qu’elle émane d’experts issus de plusieurs horizons. Depuis Washington, Paolo von Schirach, président du Global Policy Institute, va jusqu’à considérer que le Maroc «s’acquitte comme il se doit, depuis plusieurs années, de ses responsabilités en matière de contrôle et de gestion des flux migratoires» et que «le moment est venu aujourd’hui pour les pays européens de faire de même». La formule est forte. Elle inverse en quelque sorte la perspective traditionnelle du débat. La question n’est plus seulement de savoir ce que le Maroc peut encore faire pour contenir les flux à destination de l’Europe. Elle est aussi de savoir ce que les pays européens peuvent et doivent faire pour contribuer à une gestion plus efficace et plus durable du phénomène.
Cela passe d’abord par une meilleure coordination. Paolo von Schirach appelle ainsi à renforcer la coopération avec le Maroc, notamment à travers «une meilleure coordination et des mécanismes d’alerte et de veille plus efficaces». La coopération doit donc dépasser les déclarations de principe pour devenir davantage opérationnelle, fondée sur le partage de l’information, l’anticipation commune et la coordination des dispositifs.
Mais l’Europe doit également accepter de regarder la question migratoire dans toute sa profondeur. Car sécuriser les frontières ne suffit pas à faire tarir les flux. Ceux-ci trouvent leur origine dans des facteurs économiques et sociaux liés au développement que les politiques de contrôle ne peuvent, à elles seules, traiter. Sur ce point, Paolo von Schirach rappelle opportunément que la migration constitue «un enjeu structurel qui ne saurait être appréhendé uniquement sous l’angle sécuritaire et du contrôle frontalier». Les pays du Nord doivent, selon lui, se pencher sur «les causes profondes de ce phénomène, notamment sur les plans économique, social et de développement». C’est là toute la différence entre une politique de gestion des flux et une véritable politique migratoire. La première cherche principalement à contenir les conséquences ; la seconde s’attaque également aux causes. La première raisonne en termes de frontières ; la seconde en termes de trajectoires, de développement, de coopération et de responsabilité collective.
Cette approche ne signifie évidemment pas que la dimension sécuritaire perde sa pertinence. Bien au contraire. La lutte contre la migration irrégulière demeure indissociable de la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains, qui transforment la détresse humaine en activité criminelle. Mais elle doit être intégrée dans une stratégie plus large, combinant fermeté, prévention, respect de la loi et protection des personnes. C’est précisément le sens de l’approche défendue par Geoffroy Generet, qui appelle toutes les parties prenantes à conjuguer «fermeté, prévention, respect de la loi et protection des personnes». Une approche équilibrée qui refuse aussi bien le laxisme que la réponse exclusivement sécuritaire.
La réponse doit être euro-africaine
Au fond, les analyses des trois experts convergent vers une même conception : la Méditerranée ne peut plus être pensée comme une simple ligne de séparation entre une Europe confrontée aux arrivées et une Afrique chargée de les contenir. Elle doit être envisagée comme un espace d’interdépendance, où les responsabilités sont nécessairement partagées. «La Méditerranée ne doit pas être envisagée comme une frontière séparant deux mondes, mais comme un espace de responsabilité commune», insiste Geoffroy Generet. Et d’ajouter : «La réponse doit être marocaine, espagnole, européenne et, plus largement, euro-africaine.»
Cette vision ouvre une perspective nouvelle sur le partenariat entre le Maroc et l’Europe. Le Royaume n’est pas seulement un voisin immédiat ou un pays de transit ; il est un acteur situé au croisement de plusieurs dynamiques africaines et européennes. Son expérience, ses capacités opérationnelles et son dispositif de veille en font un interlocuteur incontournable, mais cette reconnaissance doit aller de pair avec une conception plus équilibrée du partenariat.
Pour toutes ces raisons, la question migratoire pourrait bien constituer l’un des domaines où la notion de partenariat stratégique euro-marocain prend sa traduction la plus concrète. Le Maroc assume ses responsabilités, déploie ses moyens et coopère avec ses partenaires. Mais la pérennité de cette coopération dépendra de la capacité de l’Europe à faire de la responsabilité partagée non plus un principe régulièrement réaffirmé, mais une réalité opérationnelle. Autrement dit, le Maroc fait sa part ; l’Europe doit faire la sienne. Et c’est précisément de cette équation que pourra émerger une politique migratoire réellement globale, capable de conjuguer sécurité et humanité, prévention et fermeté, contrôle des frontières et traitement des causes profondes.
La véritable rupture est peut-être là : ne plus demander au Maroc d’être le bouclier de l’Europe, mais construire avec lui une stratégie commune. Car face à un phénomène transnational, la réponse ne peut être nationale. Et face à une Méditerranée devenue espace d’interdépendance, la responsabilité ne peut être que partagée.
Cette vision ouvre une perspective nouvelle sur le partenariat entre le Maroc et l’Europe. Le Royaume n’est pas seulement un voisin immédiat ou un pays de transit ; il est un acteur situé au croisement de plusieurs dynamiques africaines et européennes. Son expérience, ses capacités opérationnelles et son dispositif de veille en font un interlocuteur incontournable, mais cette reconnaissance doit aller de pair avec une conception plus équilibrée du partenariat.
Pour toutes ces raisons, la question migratoire pourrait bien constituer l’un des domaines où la notion de partenariat stratégique euro-marocain prend sa traduction la plus concrète. Le Maroc assume ses responsabilités, déploie ses moyens et coopère avec ses partenaires. Mais la pérennité de cette coopération dépendra de la capacité de l’Europe à faire de la responsabilité partagée non plus un principe régulièrement réaffirmé, mais une réalité opérationnelle. Autrement dit, le Maroc fait sa part ; l’Europe doit faire la sienne. Et c’est précisément de cette équation que pourra émerger une politique migratoire réellement globale, capable de conjuguer sécurité et humanité, prévention et fermeté, contrôle des frontières et traitement des causes profondes.
La véritable rupture est peut-être là : ne plus demander au Maroc d’être le bouclier de l’Europe, mais construire avec lui une stratégie commune. Car face à un phénomène transnational, la réponse ne peut être nationale. Et face à une Méditerranée devenue espace d’interdépendance, la responsabilité ne peut être que partagée.
