Marrakech, samedi 4 avril 2026. Devant plus de 1.200 femmes venues de toutes les régions du Royaume, Mohamed Chouki, nouveau président du Rassemblement national des indépendants (RNI), prend la parole pour la première fois devant les troupes féminines du parti dans le cadre de «Massir Al Moustaqbal». La quatrième édition du «Sommet de la Femme RNIste», placée sous le thème «La femme au cœur des réformes sociales et de développement», se veut une plateforme de dialogue sur le rôle de la femme dans le développement économique et social et le renforcement de sa participation aux politiques publiques. Mais le décor d'une grand-messe partisane classique cache un exercice bien plus stratégique. Là où on attendait le discours programmatique d'un successeur soucieux de marquer la continuité avec son prédécesseur, Aziz Akhannouch, M. Chouki a choisi le registre de l'intime, du récit incarné, de la proximité revendiquée. Un choix qui n'a rien d'anodin à la veille d'échéances électorales décisives.
L'exercice n'est pas qu'émotionnel. Chaque portrait a été relié à une réalisation gouvernementale précise. Ghizlane Choudani, atteinte d'une maladie chronique, a bénéficié de la généralisation de la couverture sanitaire obligatoire, qui a permis, selon M. Chouki, de rendre les Marocains «égaux devant les services de santé dans les hôpitaux publics et privés», avec plus de 22 milliards de dirhams de remboursements de frais médicaux. Aïcha Edoss a pu ouvrir son propre kiosque de restauration grâce au programme Forsa. Les veuves, représentées par le souvenir de Fatima El Ghiati, sont plus de 390.000 à percevoir un soutien direct de 400 dirhams par enfant. Par ce procédé narratif, le président du parti a transformé des statistiques gouvernementales en histoires humaines, rendant le bilan de Aziz Akhannouch tangible et émotionnellement accessible. M. Chouki a d'ailleurs revendiqué une fierté collective : le RNI compte aujourd'hui deux femmes à la tête de grandes villes, vingt présidentes de collectivités territoriales à travers le Royaume, une présidente de la région de Guelmim-Oued Noun en la personne de Mbarka Bouaïda, trois ministres ayant fait leurs preuves et une présence significative au sein du bureau politique du parti.
Mme Benkhadra a inscrit ces réalisations dans le cadre des «grands chantiers sociaux lancés par S.M. le Roi Mohammed VI», que le «gouvernement actuel, présidé par Aziz Akhannouch, s'est employé à mettre en œuvre». Elle a énuméré les réformes de l'éducation, du système de santé, le programme de soutien au logement, la relance de l'investissement et les programmes d'emploi générateurs de revenus, autant de chantiers qui, selon elle, «ont constitué un levier essentiel pour l'amélioration de la situation des femmes, en particulier celles en situation de vulnérabilité». L'hommage appuyé rendu à Aziz Akhannouch comme fondateur de la dynamique féminine au sein du parti : «Il a fait de la femme marocaine et de ses causes de développement une priorité de son action partisane, en supervisant la structuration du secteur de la femme RNIste dès 2017», a permis de tracer une filiation claire. M. Chouki hérite d'un legs qu'il entend prolonger, mais dans un style qui lui est propre.
Nabila Rmili, maire de Casablanca, a pour sa part mis en avant ce qui distingue le RNI de ses concurrents : «Ce qui caractérise le parti, c'est qu'il offre des opportunités de leadership aux femmes au sein des plus grandes villes marocaines». Elle a plaidé pour le renforcement de la formation politique et l'élévation des compétences au sein de l'institution partisane, estimant que «la qualification demeure une condition essentielle pour consolider la présence des femmes dirigeantes dans les postes de décision».
Jalila Mersli, présidente de l'organisation de la femme RNIste dans la région de Casablanca-Settat, a quant à elle pointé un déficit persistant : la représentativité des femmes dans les chambres professionnelles reste en deçà des attentes, «malgré leur forte présence sur le marché du travail, notamment dans le secteur de l'artisanat». Elle a appelé à une révision du cadre juridique pour garantir une plus grande équité.
Anis Birou, membre du bureau politique, a enfoncé le clou en appelant à «une parité réelle qui reflète la place que mérite la femme au sein de la société et des institutions», tandis que Yassine Oukacha, nouveau président du groupe RNI à la Chambre des représentants, a établi un lien direct entre autonomisation économique et autonomisation politique, affirmant que «les mesures liées aux prochaines échéances contribueront au renforcement de la présence des femmes au sein de l'institution législative».
Ce parrainage européen participe d'un positionnement assumé du RNI comme formation de centre-droit moderne, connectée aux réseaux partisans internationaux et soucieuse de projeter une image de compétence et d'ouverture. À l'heure où les législatives de septembre 2026 s'annoncent comme un test majeur pour l'ensemble de la majorité gouvernementale, le parti de Mohamed Chouki affiche ses ambitions : transformer la dynamique féminine en machine électorale, capitaliser sur un bilan social qu'il estime inégalé et convertir la promesse de la «démocratie de l'inclusion» – concept qu'il place aux côtés de la «démocratie de la réalisation» héritée de Akhannouch – en sièges parlementaires. Reste à savoir si, au-delà du récit et des chiffres, le RNI traduira cette rhétorique volontariste en candidatures féminines effectives sur les listes électorales. Le défi est posé. Les urnes de septembre diront si le récit suffit à convaincre.
Cinq femmes pour un récit fondateur
Car c'est bien par le storytelling que le nouveau leader du RNI a choisi de construire sa légitimité. Au lieu de dérouler des chiffres ou de présenter une feuille de route, il a convoqué cinq portraits de femmes marocaines, chacun incarnant une facette du Maroc qu'il entend défendre. Ghizlane Choudani, élue rurale engagée dans le développement de sa commune tout en élevant ses enfants en bas âge. Nawal El Moutawakel, première femme arabe et africaine médaillée d'or olympique en 1984, aujourd'hui vice-présidente du Comité international olympique. Leïla Bouasriya, universitaire spécialiste en sociologie et anthropologie, militante féministe et auteure. Aïcha Edoss, vendeuse ambulante de yaourts et de lait, symbole de la dignité des femmes confrontées à la précarité et aux violences verbales du quotidien. Et Fatima El Ghiati, sa propre grand-mère, résistante amazighe qui cacha des combattants durant la période coloniale et porta le corps de son mari tombé au combat. «Ces femmes ont été un moteur puissant pour moi afin de poursuivre l'action politique et la défense des causes des femmes et du développement en général», a déclaré M. Chouki, avant d'ajouter, dans un registre délibérément fraternel : «Je veux que vous soyez convaincues que je ne suis pas seulement le président que vous avez choisi, je suis votre frère, votre fils, je suis fier de vous et je serai toujours à vos côtés».L'exercice n'est pas qu'émotionnel. Chaque portrait a été relié à une réalisation gouvernementale précise. Ghizlane Choudani, atteinte d'une maladie chronique, a bénéficié de la généralisation de la couverture sanitaire obligatoire, qui a permis, selon M. Chouki, de rendre les Marocains «égaux devant les services de santé dans les hôpitaux publics et privés», avec plus de 22 milliards de dirhams de remboursements de frais médicaux. Aïcha Edoss a pu ouvrir son propre kiosque de restauration grâce au programme Forsa. Les veuves, représentées par le souvenir de Fatima El Ghiati, sont plus de 390.000 à percevoir un soutien direct de 400 dirhams par enfant. Par ce procédé narratif, le président du parti a transformé des statistiques gouvernementales en histoires humaines, rendant le bilan de Aziz Akhannouch tangible et émotionnellement accessible. M. Chouki a d'ailleurs revendiqué une fierté collective : le RNI compte aujourd'hui deux femmes à la tête de grandes villes, vingt présidentes de collectivités territoriales à travers le Royaume, une présidente de la région de Guelmim-Oued Noun en la personne de Mbarka Bouaïda, trois ministres ayant fait leurs preuves et une présence significative au sein du bureau politique du parti.
Le bilan social comme arme électorale
C'est précisément sur ce terrain que le relais a été assuré par Amina Benkhadra. La présidente de la Fédération nationale de la femme du RNI a déployé un argumentaire chiffré destiné à matérialiser le positionnement social du parti par les faits. Le tableau qu'elle a dressé est éloquent : environ 4 millions de familles bénéficient du programme de soutien social direct, soit 12,5 millions de bénéficiaires à l'échelle nationale. Quelque 5,5 millions d'enfants sont couverts par ces dispositifs, 420.000 veuves reçoivent des allocations régulières et plus d'un million de personnes de plus de 60 ans perçoivent désormais des pensions mensuelles. L'enveloppe budgétaire consacrée au soutien direct s'élève à 26,5 milliards de dirhams pour 2025, avec une projection ambitieuse de 29 milliards pour 2026, ciblant en priorité les familles pauvres et vulnérables.Mme Benkhadra a inscrit ces réalisations dans le cadre des «grands chantiers sociaux lancés par S.M. le Roi Mohammed VI», que le «gouvernement actuel, présidé par Aziz Akhannouch, s'est employé à mettre en œuvre». Elle a énuméré les réformes de l'éducation, du système de santé, le programme de soutien au logement, la relance de l'investissement et les programmes d'emploi générateurs de revenus, autant de chantiers qui, selon elle, «ont constitué un levier essentiel pour l'amélioration de la situation des femmes, en particulier celles en situation de vulnérabilité». L'hommage appuyé rendu à Aziz Akhannouch comme fondateur de la dynamique féminine au sein du parti : «Il a fait de la femme marocaine et de ses causes de développement une priorité de son action partisane, en supervisant la structuration du secteur de la femme RNIste dès 2017», a permis de tracer une filiation claire. M. Chouki hérite d'un legs qu'il entend prolonger, mais dans un style qui lui est propre.
De la représentativité quantitative à l'influence qualitative
Au-delà du bilan, c'est dans l'atelier consacré à la participation politique des femmes que s'est dessiné le véritable enjeu pré-électoral. Nadia Fettah Alaoui, membre du bureau politique du RNI, a posé le constat : «La femme est aujourd'hui au cœur de la décision publique», soulignant que «l'expérience gouvernementale a révélé une présence féminine active dans la gestion des politiques économiques». Elle a insisté sur le fait que «l'autonomisation économique des femmes constitue une entrée fondamentale pour atteindre l'indépendance et renforcer la participation au développement».Nabila Rmili, maire de Casablanca, a pour sa part mis en avant ce qui distingue le RNI de ses concurrents : «Ce qui caractérise le parti, c'est qu'il offre des opportunités de leadership aux femmes au sein des plus grandes villes marocaines». Elle a plaidé pour le renforcement de la formation politique et l'élévation des compétences au sein de l'institution partisane, estimant que «la qualification demeure une condition essentielle pour consolider la présence des femmes dirigeantes dans les postes de décision».
Jalila Mersli, présidente de l'organisation de la femme RNIste dans la région de Casablanca-Settat, a quant à elle pointé un déficit persistant : la représentativité des femmes dans les chambres professionnelles reste en deçà des attentes, «malgré leur forte présence sur le marché du travail, notamment dans le secteur de l'artisanat». Elle a appelé à une révision du cadre juridique pour garantir une plus grande équité.
Anis Birou, membre du bureau politique, a enfoncé le clou en appelant à «une parité réelle qui reflète la place que mérite la femme au sein de la société et des institutions», tandis que Yassine Oukacha, nouveau président du groupe RNI à la Chambre des représentants, a établi un lien direct entre autonomisation économique et autonomisation politique, affirmant que «les mesures liées aux prochaines échéances contribueront au renforcement de la présence des femmes au sein de l'institution législative».
Un ancrage international assumé
La présence de trois personnalités politiques européennes rattachées au Parti populaire européen n'est pas passée inaperçue. Alexandra Maria Kefala, ancienne parlementaire et ministre grecque, a salué les progrès du Maroc en matière d'autonomisation économique de la femme, estimant que «l'investissement dans la femme est un investissement direct dans l'avenir». Ria Oomen-Ruijten, ancienne parlementaire néerlandaise et ex-membre du Parlement européen, a souligné que «le succès des réformes au Maroc demeure tributaire d'une autonomisation globale de la femme dans les différents aspects de la vie». Doris Pack, présidente honoraire de l'organisation des femmes du PPE, a pour sa part considéré que «l'autonomisation de la femme au Maroc est devenue une réalité tangible», ajoutant que la femme RNIste «a franchi des étapes importantes par rapport à ses homologues dans plusieurs partis de pays avancés».Ce parrainage européen participe d'un positionnement assumé du RNI comme formation de centre-droit moderne, connectée aux réseaux partisans internationaux et soucieuse de projeter une image de compétence et d'ouverture. À l'heure où les législatives de septembre 2026 s'annoncent comme un test majeur pour l'ensemble de la majorité gouvernementale, le parti de Mohamed Chouki affiche ses ambitions : transformer la dynamique féminine en machine électorale, capitaliser sur un bilan social qu'il estime inégalé et convertir la promesse de la «démocratie de l'inclusion» – concept qu'il place aux côtés de la «démocratie de la réalisation» héritée de Akhannouch – en sièges parlementaires. Reste à savoir si, au-delà du récit et des chiffres, le RNI traduira cette rhétorique volontariste en candidatures féminines effectives sur les listes électorales. Le défi est posé. Les urnes de septembre diront si le récit suffit à convaincre.
