Le Matin : L’Académie Hassan II vient de souffler ses vingt bougies. Au-delà des chiffres déjà connus, 60 sessions, 148 bourses, 101 millions de dirhams de recherche financée, des Nobel et des Fields qui sont monté à sa tribune, qu’est-ce que ces deux décennies ont réellement bâti dans le paysage scientifique marocain ? Et, en miroir, qu’est-ce qu’elles n’ont pas (encore) bâti, et qui aurait dû l’être ?
Pr Fassi-Fehri : Cette question résume un peu toutes les autres questions, l’Académie Hassan II des sciences et techniques, dont le Fondateur est le Grand Souverain le regretté Sa Majesté le Roi Hassan II, Paix à Son Ame, et dont le Protecteur est notre Souverain Bien-Aimé Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le protège, mène une double action à la fois sur le plan de l’organisation de la recherche scientifique et le suivi de l’état de la science au Maroc, et également sur le plan des connaissances scientifiques proprement dites qui relèvent du domaine de l’Académie, pour la promotion et le soutien de projets de recherche sut les sujets prioritaires d’actualité. Ainsi, l’Académie a été précurseur sur plusieurs questions relevant de la recherche scientifique. En 2009, elle a été le premier organisme marocain à donner des informations globales concernant les indicateurs de la recherche scientifique et technologique au Maroc.
L’Académie a ensuite refait le même exercice en 2012 et 2020 ; nous préparons aujourd’hui un nouveau rapport. Ainsi sur le premier point, l’état de la science au Maroc, l’Académie a commencé à donner des informations concernant les ressources humaines et les budgets consacrés à la recherche au Maroc, mais aussi des informations concernant la production scientifique, le nombre d’articles dans des revues scientifiques internationales et dont les auteurs travaillent dans des laboratoires marocains, ainsi que le nombre de citations, le nombre de brevets ou encore le nombre d’innovations. Aujourd’hui, la communauté scientifique est habituée à tous ces indicateurs, on va jusqu’à donner ce qu’on appelle le H index qui mesure l’impact et la productivité d’un chercheur.
Sur le deuxième point, au niveau des projets de recherche, l’Académie a apporté à la fois un appui financier et scientifique sur des projets prioritaires et d’actualité ; on a privilégié les appels à projet et généralisé la pratique de l’évaluation ; un des soucis premiers de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, c’est qu’elle privilégie et encourage l’excellence. Parmi les thématiques traitées dans le cadre de séminaires, écoles, conférence, nous pouvons citer la médecine du futur, les nanotechnologies, les maladies auto-immunes, la renaissance et les promesses de l’intelligence artificielle, le laser en physique fondamentale, les énergies renouvelables, les biotechnologies, les Big Data (masses de données), les sciences du climat, les sciences des matériaux, la communication scientifique, l’industrialisation comme clé du développement, dans le domaine de la paléontologie : origine et évolution de la famille humaine ; on peut aussi rappeler le thème de la dernière session plénière 2026 sur «les Batteries dans la transition énergétique», ce qui constitue une rupture par rapport aux sujets généralement traités ; il s’agit d’une question qui sera déterminante dans le proche avenir et sur laquelle sont engagés tous les grands pays.
L’Académie mène par ailleurs une action particulièrement utile en matière de communication en éditant de manière régulière un journal scientifique de niveau international «Frontiers in Science and Engineering» semi-annuel, ainsi qu’un bulletin d’information trimestriel qui fait le suivi de l’actualité scientifique tant nationale que mondiale. Dans le cadre de sa mission en matière de diffusion de la culture scientifique et d’enseignement des sciences, l’Académie organise tous les ans, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, «Les journées, les jeunes et la science» qui touchent des dizaines de milliers d’écoliers des lycées et collèges. Il faut aussi souligner le rôle joué par l’Académie par sa présence sur le plan international au sein de l’IAP (Inter Academy Partnership réseau mondial, NASAC réseau africain des Académies des sciences, également réseau méditerranéen).
Ceci étant, l’Académie a besoin d’améliorer son travail notamment en ce qui concerne le suivi de toutes ces actions qui est nécessaire pour l’efficacité de ses initiatives ; en matière d’enseignement des sciences aussi nous n’avons pas assez avancé. L’Académie s’attache en particulier à s’ouvrir sur la communauté scientifique marocaine qui exerce au Maroc ou à l’étranger, en particulier sur les jeunes chercheurs et doctorants, en étant consciente que ce travail a besoin de s’étoffer et de s’élargir.
La science n’est plus seulement productrice de connaissance, elle est devenue un acteur politique, économique, géopolitique. Course aux semi-conducteurs, guerres de l’IA, recompositions des chaînes de valeur de la recherche... À quel moment, selon vous, la science a-t-elle cessé d’être un commun mondial pour redevenir un terrain de puissance, et surtout qu’est-ce que cela change pour les pays qui, comme le Maroc, ne sont pas dans la course des grandes puissances scientifiques ?
Jusqu’à la dernière guerre mondiale la recherche scientifique est une question disons foncièrement individuelle, certes les premières Académies des sciences ont vu le jour au 17e siècle (Italie, Allemagne, Royaume Uni, France-1666), certes aussi les questions militaires et de défense ont toujours incité à exploiter des résultats scientifiques pour améliorer l’efficacité des armements utilisés, mais avec la Seconde Guerre mondiale, on est passé à une autre échelle avec la bombe atomique d’Hiroshima et pas seulement, le radar a aussi joué un grand rôle pour protéger l’Angleterre des assauts de l’aviation allemande, ou encore le génie du grand mathématicien créateur du premier ordinateur, l’anglais Alan Turing, en matière de cryptographie, de codage et de décodage.
Tout cela a fait qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États et d’abord les grandes puissances ont cherché à développer la recherche scientifique de manière institutionnelle par la création de structures étatiques chargées de la recherche scientifique sous forme d’Institutions nationales (département gouvernemental, Centre national, Haut-Commissariat...), comme par exemple aux États-Unis (la NSF, Fondation nationale des sciences est créée en 1950), ou en France création du CNRS en 1939, CEA (le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives est créé en 1945). On estime que le changement dont vous parlez et auquel se réfère votre question se situe au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale où la science a servi aux militaires pour améliorer l’efficacité des armements.
L’effort de recherche et développement du Maroc se situe autour de 0,8% du PIB, loin de la moyenne OCDE (plus de 2,3%) et même en deçà de la Tunisie. L’Académie, depuis vingt ans, a documenté, conseillé, alerté. Qu’est-ce qui, dans le passage à la décennie 2026-2035, doit changer pour que l’effort de R&D devienne enfin proportionné aux ambitions du Royaume ?
Signalons qu’en 2018, dans le cadre d’un rapport de l’Unesco, le Maroc était classé 51e sur 128 États pour la part du PIB consacrée à la recherche et développement ; dans le même classement la Tunisie est classée 61e et l’Algérie 82e. Il y a une double urgence. Certes, il faut consacrer plus de moyens à la recherche scientifique et dépasser le 1% du PIB, mais l’autre urgence, encore plus cruciale, c’est d’avoir à la disposition de la recherche plus de moyens humains, plus de chercheurs, plus d’ingénieurs avec une condition, être de qualité. Nous avons besoin d’attirer parmi les meilleurs élèves des lycées et collèges plus de candidats pour les carrières scientifiques et de recherche.
L’intelligence artificielle est en train de transformer la pratique scientifique elle-même : rédaction d’articles, hypothèses générées par modèles, biais reproduits à grande échelle, fraudes facilitées, et déjà des académies dans le monde qui s’interrogent sur leur rôle face à ce basculement. Quel sentiment vous inspirent ces transformations? Comment l’Académie Hassan II se prépare-t-elle à cette transformation ?
Certes, l’Intelligence artificielle possède beaucoup d’avantages au point de vue efficacité, sécurité, gestion des big data, innovation mais aussi beaucoup d’inconvénients, notamment la dépendance excessive à la technologie. C’est pourquoi pour traiter cette situation il faut développer la formation et la compétence chez l’homme face à la machine, donc toujours plus de formation et de science pour pouvoir utiliser à bon escient ces innovations et les mobiliser au service du développement.
Vous avez vu passer à l’Académie des jeunes chercheurs marocains brillantissimes, comme Salim Tayou, par exemple, premier lauréat de votre bourse d’excellence, aujourd’hui en mathématiques pures dans les universités américaines. Pour beaucoup de Marocains, c’est l’image d’un paradoxe : le pays sait former l’excellence, il ne sait pas la retenir. Comment vivez-vous, intellectuellement, ce paradoxe ? Et que dit-il, au fond, du contrat tacite entre un État et ses talents ?
Le programme des allocations d’excellence, mis en place par l’Académie en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, vise à former une élite scientifique marocaine dans les disciplines qui relèvent des missions de l’Académie (mathématiques, physique chimie, sciences de l’ingénieur, sciences de la vie, sciences de la terre), et conduire le Maroc à disposer de savants reconnus sur les plans national et international. Pour cela, le ministère de l’Éducation nationale organise annuellement un concours dit Concours général des sciences et techniques ouvert aux nouveaux élèves bacheliers qui ont obtenu les meilleures notes dans les disciplines rappelées ci-dessus. On dégage ainsi pour chaque filière du bac scientifique et technique une centaine de candidats par filière qui passent le concours et on retient les candidats qui ont obtenu les meilleures notes, 4 pour la filière sciences mathématiques, 2 pour la filière sciences physique et chimie, 2 pour la filière SVT, 2 pour la filière les sciences de l’ingénieur.
L’Académie octroie une bourse d’excellence pendant toute la durée de leur formation supérieure jusqu’au doctorat, à condition qu’ils gardent leur niveau d’excellence pendant toute leur scolarité supérieure (Classes préparatoires, École d’ingénieur, faculté, licence, master, doctorat). On encourage les lauréats qui ont intégré certains Établissements d’excellence en leur donnant une bourse conséquente (16.000 DH pour le Doctorat aux lauréats de l’École polytechnique (France) ou des Écoles Normales supérieures françaises (Rue d’Ulm, Cachan, Lyon).
Ce système a été mis en place en 2010, aujourd’hui ils sont une vingtaine à posséder un tel profil. Ils sont dans les plus prestigieux laboratoires nord-américains ou européens. Nous les encourageons à conclure des conventions avec des universités marocaines selon lesquelles ils assurent des tâches au service des chercheurs et doctorants marocains (pour des cours spécialisés, des séminaires, des conférences..., en attendant que le Maroc mette en place des centres d’excellence dédiés à la recherche et à la formation de haut niveau assurant à leurs chercheurs des conditions de travail idoines.
Dans le cadre de ce que le Dahir créant l’Académie stipule : «contribuer à l’élaboration d’une politique des ressources humaines scientifiques de nature à attirer des éléments de valeur pour investir le monde de la science et de la technologie», l’Académie se propose de mettre en œuvre la Recommandation préconisée par Notre Bien-aimé Souverain Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, exprimée dans le Discours Royal du 20 août 2022 à l’occasion de l’Anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple : les compétences scientifiques marocaines exerçant à l’étranger sont appelées à «s’installer et travailler au Maroc, comme elles peuvent apporter leur concours via toutes sortes de partenariat depuis leur pays d’accueil».
Pr Fassi-Fehri : Cette question résume un peu toutes les autres questions, l’Académie Hassan II des sciences et techniques, dont le Fondateur est le Grand Souverain le regretté Sa Majesté le Roi Hassan II, Paix à Son Ame, et dont le Protecteur est notre Souverain Bien-Aimé Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le protège, mène une double action à la fois sur le plan de l’organisation de la recherche scientifique et le suivi de l’état de la science au Maroc, et également sur le plan des connaissances scientifiques proprement dites qui relèvent du domaine de l’Académie, pour la promotion et le soutien de projets de recherche sut les sujets prioritaires d’actualité. Ainsi, l’Académie a été précurseur sur plusieurs questions relevant de la recherche scientifique. En 2009, elle a été le premier organisme marocain à donner des informations globales concernant les indicateurs de la recherche scientifique et technologique au Maroc.
L’Académie a ensuite refait le même exercice en 2012 et 2020 ; nous préparons aujourd’hui un nouveau rapport. Ainsi sur le premier point, l’état de la science au Maroc, l’Académie a commencé à donner des informations concernant les ressources humaines et les budgets consacrés à la recherche au Maroc, mais aussi des informations concernant la production scientifique, le nombre d’articles dans des revues scientifiques internationales et dont les auteurs travaillent dans des laboratoires marocains, ainsi que le nombre de citations, le nombre de brevets ou encore le nombre d’innovations. Aujourd’hui, la communauté scientifique est habituée à tous ces indicateurs, on va jusqu’à donner ce qu’on appelle le H index qui mesure l’impact et la productivité d’un chercheur.
Sur le deuxième point, au niveau des projets de recherche, l’Académie a apporté à la fois un appui financier et scientifique sur des projets prioritaires et d’actualité ; on a privilégié les appels à projet et généralisé la pratique de l’évaluation ; un des soucis premiers de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, c’est qu’elle privilégie et encourage l’excellence. Parmi les thématiques traitées dans le cadre de séminaires, écoles, conférence, nous pouvons citer la médecine du futur, les nanotechnologies, les maladies auto-immunes, la renaissance et les promesses de l’intelligence artificielle, le laser en physique fondamentale, les énergies renouvelables, les biotechnologies, les Big Data (masses de données), les sciences du climat, les sciences des matériaux, la communication scientifique, l’industrialisation comme clé du développement, dans le domaine de la paléontologie : origine et évolution de la famille humaine ; on peut aussi rappeler le thème de la dernière session plénière 2026 sur «les Batteries dans la transition énergétique», ce qui constitue une rupture par rapport aux sujets généralement traités ; il s’agit d’une question qui sera déterminante dans le proche avenir et sur laquelle sont engagés tous les grands pays.
L’Académie mène par ailleurs une action particulièrement utile en matière de communication en éditant de manière régulière un journal scientifique de niveau international «Frontiers in Science and Engineering» semi-annuel, ainsi qu’un bulletin d’information trimestriel qui fait le suivi de l’actualité scientifique tant nationale que mondiale. Dans le cadre de sa mission en matière de diffusion de la culture scientifique et d’enseignement des sciences, l’Académie organise tous les ans, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, «Les journées, les jeunes et la science» qui touchent des dizaines de milliers d’écoliers des lycées et collèges. Il faut aussi souligner le rôle joué par l’Académie par sa présence sur le plan international au sein de l’IAP (Inter Academy Partnership réseau mondial, NASAC réseau africain des Académies des sciences, également réseau méditerranéen).
Ceci étant, l’Académie a besoin d’améliorer son travail notamment en ce qui concerne le suivi de toutes ces actions qui est nécessaire pour l’efficacité de ses initiatives ; en matière d’enseignement des sciences aussi nous n’avons pas assez avancé. L’Académie s’attache en particulier à s’ouvrir sur la communauté scientifique marocaine qui exerce au Maroc ou à l’étranger, en particulier sur les jeunes chercheurs et doctorants, en étant consciente que ce travail a besoin de s’étoffer et de s’élargir.
La science n’est plus seulement productrice de connaissance, elle est devenue un acteur politique, économique, géopolitique. Course aux semi-conducteurs, guerres de l’IA, recompositions des chaînes de valeur de la recherche... À quel moment, selon vous, la science a-t-elle cessé d’être un commun mondial pour redevenir un terrain de puissance, et surtout qu’est-ce que cela change pour les pays qui, comme le Maroc, ne sont pas dans la course des grandes puissances scientifiques ?
Jusqu’à la dernière guerre mondiale la recherche scientifique est une question disons foncièrement individuelle, certes les premières Académies des sciences ont vu le jour au 17e siècle (Italie, Allemagne, Royaume Uni, France-1666), certes aussi les questions militaires et de défense ont toujours incité à exploiter des résultats scientifiques pour améliorer l’efficacité des armements utilisés, mais avec la Seconde Guerre mondiale, on est passé à une autre échelle avec la bombe atomique d’Hiroshima et pas seulement, le radar a aussi joué un grand rôle pour protéger l’Angleterre des assauts de l’aviation allemande, ou encore le génie du grand mathématicien créateur du premier ordinateur, l’anglais Alan Turing, en matière de cryptographie, de codage et de décodage.
Tout cela a fait qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les États et d’abord les grandes puissances ont cherché à développer la recherche scientifique de manière institutionnelle par la création de structures étatiques chargées de la recherche scientifique sous forme d’Institutions nationales (département gouvernemental, Centre national, Haut-Commissariat...), comme par exemple aux États-Unis (la NSF, Fondation nationale des sciences est créée en 1950), ou en France création du CNRS en 1939, CEA (le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives est créé en 1945). On estime que le changement dont vous parlez et auquel se réfère votre question se situe au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale où la science a servi aux militaires pour améliorer l’efficacité des armements.
L’effort de recherche et développement du Maroc se situe autour de 0,8% du PIB, loin de la moyenne OCDE (plus de 2,3%) et même en deçà de la Tunisie. L’Académie, depuis vingt ans, a documenté, conseillé, alerté. Qu’est-ce qui, dans le passage à la décennie 2026-2035, doit changer pour que l’effort de R&D devienne enfin proportionné aux ambitions du Royaume ?
Signalons qu’en 2018, dans le cadre d’un rapport de l’Unesco, le Maroc était classé 51e sur 128 États pour la part du PIB consacrée à la recherche et développement ; dans le même classement la Tunisie est classée 61e et l’Algérie 82e. Il y a une double urgence. Certes, il faut consacrer plus de moyens à la recherche scientifique et dépasser le 1% du PIB, mais l’autre urgence, encore plus cruciale, c’est d’avoir à la disposition de la recherche plus de moyens humains, plus de chercheurs, plus d’ingénieurs avec une condition, être de qualité. Nous avons besoin d’attirer parmi les meilleurs élèves des lycées et collèges plus de candidats pour les carrières scientifiques et de recherche.
L’intelligence artificielle est en train de transformer la pratique scientifique elle-même : rédaction d’articles, hypothèses générées par modèles, biais reproduits à grande échelle, fraudes facilitées, et déjà des académies dans le monde qui s’interrogent sur leur rôle face à ce basculement. Quel sentiment vous inspirent ces transformations? Comment l’Académie Hassan II se prépare-t-elle à cette transformation ?
Certes, l’Intelligence artificielle possède beaucoup d’avantages au point de vue efficacité, sécurité, gestion des big data, innovation mais aussi beaucoup d’inconvénients, notamment la dépendance excessive à la technologie. C’est pourquoi pour traiter cette situation il faut développer la formation et la compétence chez l’homme face à la machine, donc toujours plus de formation et de science pour pouvoir utiliser à bon escient ces innovations et les mobiliser au service du développement.
Vous avez vu passer à l’Académie des jeunes chercheurs marocains brillantissimes, comme Salim Tayou, par exemple, premier lauréat de votre bourse d’excellence, aujourd’hui en mathématiques pures dans les universités américaines. Pour beaucoup de Marocains, c’est l’image d’un paradoxe : le pays sait former l’excellence, il ne sait pas la retenir. Comment vivez-vous, intellectuellement, ce paradoxe ? Et que dit-il, au fond, du contrat tacite entre un État et ses talents ?
Le programme des allocations d’excellence, mis en place par l’Académie en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, vise à former une élite scientifique marocaine dans les disciplines qui relèvent des missions de l’Académie (mathématiques, physique chimie, sciences de l’ingénieur, sciences de la vie, sciences de la terre), et conduire le Maroc à disposer de savants reconnus sur les plans national et international. Pour cela, le ministère de l’Éducation nationale organise annuellement un concours dit Concours général des sciences et techniques ouvert aux nouveaux élèves bacheliers qui ont obtenu les meilleures notes dans les disciplines rappelées ci-dessus. On dégage ainsi pour chaque filière du bac scientifique et technique une centaine de candidats par filière qui passent le concours et on retient les candidats qui ont obtenu les meilleures notes, 4 pour la filière sciences mathématiques, 2 pour la filière sciences physique et chimie, 2 pour la filière SVT, 2 pour la filière les sciences de l’ingénieur.
L’Académie octroie une bourse d’excellence pendant toute la durée de leur formation supérieure jusqu’au doctorat, à condition qu’ils gardent leur niveau d’excellence pendant toute leur scolarité supérieure (Classes préparatoires, École d’ingénieur, faculté, licence, master, doctorat). On encourage les lauréats qui ont intégré certains Établissements d’excellence en leur donnant une bourse conséquente (16.000 DH pour le Doctorat aux lauréats de l’École polytechnique (France) ou des Écoles Normales supérieures françaises (Rue d’Ulm, Cachan, Lyon).
Ce système a été mis en place en 2010, aujourd’hui ils sont une vingtaine à posséder un tel profil. Ils sont dans les plus prestigieux laboratoires nord-américains ou européens. Nous les encourageons à conclure des conventions avec des universités marocaines selon lesquelles ils assurent des tâches au service des chercheurs et doctorants marocains (pour des cours spécialisés, des séminaires, des conférences..., en attendant que le Maroc mette en place des centres d’excellence dédiés à la recherche et à la formation de haut niveau assurant à leurs chercheurs des conditions de travail idoines.
Dans le cadre de ce que le Dahir créant l’Académie stipule : «contribuer à l’élaboration d’une politique des ressources humaines scientifiques de nature à attirer des éléments de valeur pour investir le monde de la science et de la technologie», l’Académie se propose de mettre en œuvre la Recommandation préconisée par Notre Bien-aimé Souverain Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, exprimée dans le Discours Royal du 20 août 2022 à l’occasion de l’Anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple : les compétences scientifiques marocaines exerçant à l’étranger sont appelées à «s’installer et travailler au Maroc, comme elles peuvent apporter leur concours via toutes sortes de partenariat depuis leur pays d’accueil».
