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Jeudi 16 Avril 2026
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Ouverture du capital des pharmacies : les syndicats se disent prêts au dialogue

Le bras de fer entre le Conseil de la concurrence et les pharmaciens ne faiblit pas. Alors que le Conseil explore des pistes de réforme du secteur officinal, notamment à travers l’ouverture de son capital, les pharmaciens affichent une opposition ferme et structurée. Leur organisation représentative a réitéré lundi son rejet de cette orientation, tout en mettant en garde contre ses conséquences sur l’équilibre du système de santé. Pour elle, la réforme du secteur passe avant tout par l’amélioration de la gouvernance du secteur.

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Le projet de réforme du secteur pharmaceutique continue de susciter de fortes tensions. Face aux recommandations du Conseil de la concurrence proposant notamment l’ouverture du capital des pharmacies, les professionnels haussent le ton. Dans un communiqué daté de lundi dernier, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) a affiché une opposition ferme, relançant un débat aux implications économiques, sociales et sanitaires majeures.
La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc a ainsi officiellement exprimé son opposition aux recommandations du Conseil de la concurrence visant à ouvrir le capital des pharmacies à des investisseurs. Cette position intervient dans un contexte de mobilisation croissante. Le 9 avril, les pharmaciens ont organisé un sit-in national devant le siège du Conseil de la concurrence à Rabat, marquant un rejet collectif et visible des orientations proposées.

Le modèle que les pharmaciens défendent

Au cœur du désaccord, les professionnels contestent l’idée selon laquelle l’ouverture du capital constituerait un levier de développement du secteur. Ils estiment que l’amélioration des services pharmaceutiques ne passe pas par une transformation du modèle de propriété des officines, mais plutôt par un renforcement du rôle du pharmacien en tant qu’acteur de santé. Selon eux, le modèle actuel a déjà offert les bases nécessaires pour évoluer, à condition d’élargir les missions sanitaires et de consolider la place du pharmacien dans le système de santé.
Dans leur argumentaire, les syndicats mettent en garde contre les conséquences économiques d’une telle réforme. Ils ont évoqué un risque de concentration du marché entre les mains d’acteurs financiers, susceptible d’entraîner la disparition progressive des pharmacies indépendantes. Une telle évolution aurait, selon eux, des répercussions importantes sur l’emploi, avec la menace de dizaines de milliers de postes, mais aussi sur la répartition territoriale des officines. Les zones rurales, en particulier, seraient les premières à être affectées par un recul des pharmacies de proximité. Pour étayer cette position, la Confédération rappelle des expériences internationales, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, où l’introduction de chaînes commerciales a entraîné la fermeture de nombreuses pharmacies indépendantes et un recul de l’accès aux soins.
La Confédération insiste en outre sur la dimension sociale du modèle officinal marocain. Elle a rappelé que le réseau actuel, dense et largement réparti sur le territoire, avait permis d’assurer un accès équitable aux médicaments tout en accompagnant les citoyens dans leur parcours de soins. Transformer ce modèle en une logique purement commerciale fragiliserait, selon elle, cet équilibre et réduirait la portée sociale de la pharmacie.

Des alternatives mises en avant

Plutôt que de modifier la structure du capital, les pharmaciens ont plaidé pour des réformes qu’ils jugent plus pertinentes. Ils ont notamment appelé à renforcer le rôle sanitaire du pharmacien à travers la mise en œuvre effective de l’accord du 15 avril 2023, à lutter contre les circuits informels de distribution des médicaments, qui représenteraient près de 30% du marché, et à revoir le système de formation afin de mieux l’adapter aux besoins nationaux. Ils ont également insisté sur la nécessité d’améliorer la gouvernance du secteur et de mettre en place des outils de régulation plus efficaces.

Un cadre constitutionnel invoqué

Sur le plan juridique, la Confédération a rappelé que le modèle actuel s’inscrivait dans le respect des principes constitutionnels, notamment le droit d’accès aux soins, la liberté d’investissement encadrée par l’intérêt général et la continuité du service public. Elle estime que toute remise en cause de ce modèle pourrait porter atteinte à l’équité en matière de santé.

En conclusion, la CSPM réaffirme son rejet de l’ouverture du capital des pharmacies et appelle à privilégier une réforme fondée sur l’application des lois existantes et des engagements déjà pris. Elle a toutefois assuré rester ouverte à une démarche de concertation, à condition qu’elle repose sur une approche participative et tienne compte des spécificités du secteur.
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