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Lundi 01 Juin 2026
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Elections 2026 : Le MP dévoile le «pacte haraki»

Pouvoir d’achat, santé, emploi, monde rural, logement… le «pacte haraki» présenté par le Mouvement populaire (MP), la semaine dernière à Salé, se veut un plaidoyer en faveur de politiques publiques à l’écoute des besoins des citoyens. Le parti, qui présente le document comme un contrat politique avec les citoyens avec des mesures «concrètes, applicables et évaluables», refuse parler de programme électoral. La démarche participe, selon le MP, de la volonté de rattacher l’engagement politique à la responsabilité, à la reddition des comptes et aux résultats.

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Le mot «contrat» donne la clé de lecture du «pacte haraki» présenté à Salé sous le slogan «Ja l’waqt» (il est temps). En exposant les grandes lignes de ce document, Mohammed Ouzzine, secrétaire général du Mouvement populaire, a pris soin d’emblée de dissiper l’amalgame que d’aucuns seraient tentés de faire, selon lui. «Nous ne présentons pas un programme électoral, nous présentons un contrat», a-t-il affirmé. Pour M. Ouzzine, la nuance est déterminante : les engagements politiques ne valent que s’ils reposent sur des coûts identifiés, des financements précisés, des moyens d’exécution établis et une évaluation des résultats, a-t-il précisé.



Le pacte est ainsi présenté comme une offre construite à partir du terrain – villages, montagnes, oasis et territoires en marge – mais associée à une exigence primordiale : la responsabilité. «Celle du parti, appelé à dire ce qu’il peut faire et comment il entend le faire». Celle, aussi, du citoyen, que Mohammed Ouzzine invite à faire du vote un choix sensé, loin de toute transaction ponctuelle dont les effets obèrent l’avenir de ses enfants.

Confiance, femmes et jeunesse : le versant civique du pacte Le «pacte haraki» prend, dans l’intervention de Khadija El Gour, une portée plus sociale et civique. La présidente de l’Organisation des femmes harakies y voit une démarche destinée à rétablir le lien entre les citoyens et l’action politique. Pour elle, l’enjeu tient à «la dignité, l’espoir et la reconstruction de la confiance», après cinq années qu’elle décrit comme marquées par «l’injustice, l’exclusion, la cherté des prix» et par des déséquilibres ayant affecté, selon elle, la politique, l’administration et l’économie.

Dans son intervention, Khadija El Gour fustige le non-respect d’engagements électoraux antérieurs. «Aujourd’hui, nous avons réellement besoin d’un nouveau pacte social», a-t-elle martelé, insistant que ce pacte ne peut être conçu sans les femmes. Cette dimension civique est présente aussi en force dans l’intervention d’Amine Ezziti, coordinateur national de la Jeunesse MP qui évoque in «pacte moral» engageant les militants, les citoyens et les autres acteurs de la vie publique.

Pouvoir d’achat : transparence des prix, soutien fiscal et priorité au marché national

Exposant le détail du document, Mohammed Ouzzine affirme que le Pacte fait la part belle au pouvoir d’achat et à la dignité du citoyen, deux éléments indissociables pour lui. C’est pourquoi le parti y décline trois axes : transparence des prix, soutien fiscal à la classe moyenne et priorité à l’approvisionnement du marché national.

• La première mesure porte sur une plateforme nationale numérique des prix. Elle permettrait de suivre les prix réels des produits de base, en intégrant les coûts de production, de distribution et les marges bénéficiaires jugées raisonnables. Pour le secrétaire général du MP, l’absence de transparence favorise les abus, l’intermédiation excessive et la spéculation.

• Le deuxième levier concerne la classe moyenne, avec la création d’un «compte fiscal social». L’idée consiste à transformer une partie de l’impôt en soutien direct, notamment pour alléger les dépenses liées à la scolarité, du primaire au supérieur. Mohammed Ouzzine évoque, dans ce cadre, un appui de 500 dirhams par famille de classe moyenne.

• Enfin, le pacte prévoit une «trêve à l’exportation». Elle consisterait à suspendre temporairement l’exportation de certains produits agricoles, notamment les fruits et légumes, lorsque le marché national connaît des tensions d’approvisionnement ou une hausse excessive des prix. Le consommateur marocain serait alors placé en priorité, afin de stabiliser les prix et de sécuriser l’offre intérieure.

PME, fiscalité et export : protéger le tissu productif

S’agissant du volet économique, le MP estime que la solution passe par le renforcement du tissu des PME, «gage de la souveraineté productive». Le pacte part d’un diagnostic chiffré : 40.000 unités économiques fermeraient chaque année, détruisant environ 120.000 emplois et exposant près d’un demi-million de Marocains au risque de perdre leur revenu. Pour freiner cette hémorragie, plusieurs mesures sont proposées. Une plateforme de sécurisation des paiements devrait réduire les retards qui fragilisent les entreprises. Un programme numérique relierait les grands donneurs d’ordre, les clients, les PME et les startups, afin d’ouvrir aux petites structures des marchés auxquels elles accèdent difficilement. Le pacte prévoit aussi une forme de «paix fiscale» : les contribuables qui régularisent volontairement leur situation bénéficieraient de l’annulation des pénalités et intérêts de retard, avec des facilités de paiement.

L’export est abordé comme un enjeu d’élargissement du tissu productif. Le Maroc compterait environ 1.000 entreprises exportatrices, dont 500 réaliseraient plus de 80% des exportations, alors que la Turquie ou le Vietnam s’appuieraient sur un réseau d’exportateurs plus dense. Le pacte propose donc de connecter les PME marocaines aux chaînes de valeur mondiales, d’encourager les grandes entreprises internationales installées au Maroc à travailler avec des fournisseurs nationaux et de mobiliser davantage la diplomatie économique pour ouvrir des marchés aux entreprises du Royaume.

Santé : numériser, élargir l’offre et mieux cibler la vulnérabilité

La santé est traitée comme un pilier majeur du contrat social. Le Mouvement populaire appelle à réformer «un système de santé malade» et place la numérisation au premier rang des réponses. Le pacte prévoit un dossier médical unifié dès la naissance pour chaque Marocain, appelé à accompagner le citoyen tout au long de sa vie et à faciliter le suivi, l’accès à l’information et la prise en charge.

Cette mesure sera complétée par une plateforme nationale des rendez-vous et des services de santé, afin de réduire les délais d’attente, de limiter les pratiques abusives et de simplifier l’accès aux soins. Le pacte propose également d’autoriser le recrutement de médecins et de compétences étrangères au profit du secteur public, selon des conditions claires, pour répondre au déficit en ressources humaines et à la concentration des praticiens dans certaines zones.

Sur la protection sociale, il défend l’ouverture de l’assurance santé aux acteurs privés et la fin de l’obligation d’adhérer à une seule Caisse, au motif qu’un système unique exposerait l’ensemble de l’architecture sanitaire en cas de fragilité financière. Le pacte critique aussi l’usage d’un indice numérique pour déterminer la vulnérabilité sociale, jugeant que certains profils fragiles peuvent être exclus des dispositifs d’aide. Il propose, pour les veuves, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées de plus de 60 ans, une reconnaissance administrative plus simple.

Formation, jeunesse et deuxième chance

La formation professionnelle est présentée comme un levier d’emploi et d’industrialisation. Dans la vision du parti, le Maroc ne manque pas seulement d’ingénieurs, mais aussi de techniciens qualifiés capables d’accompagner la montée en puissance de l’appareil productif. Le pacte propose donc d’ouvrir davantage la formation professionnelle au secteur privé, tout en maintenant à l’État un rôle d’encadrement, de contrôle et de régulation.

Cette réforme serait accompagnée de chèques ou de bons de formation, notamment dans les métiers où les besoins des investisseurs sont déjà identifiés. Le même axe introduit une réflexion sur la «souveraineté linguistique» et l’«indépendance cognitive», à partir du parcours de nombreux étudiants formés en arabe avant d’être confrontés, dans le supérieur, à des filières scientifiques ou techniques en langue étrangère. Le pacte propose des parcours plus cohérents, laissant le choix entre l’arabe et une langue étrangère, notamment l’anglais, tout en rappelant la place officielle de l’arabe et de l’amazigh.

Au-delà de la formation professionnelle, le pacte fait de l’école et des maisons de jeunes des espaces de construction de la personnalité. Sport, arts, créativité, vie collective et production numérique sont présentés comme des leviers pour former des jeunes capables de contribuer à la société, au-delà de la seule transmission des programmes. Pour les jeunes hors système d’éducation, de formation et d’emploi, le pacte prévoit une initiative de «deuxième chance» sous forme de chèque de formation, permettant à chaque bénéficiaire d’accéder à un parcours adapté à ses capacités. Le financement serait assuré par une réorientation d’une partie de la taxe de formation professionnelle.

Monde rural, une mise à niveau nécessaire

Le monde rural, fief historique du Mouvement populaire, figure par la force des chose en bonne place dans le «pacte haraki». Pour réduire les fractures territoriales et limiter l’exode rural, le document propose la création de pôles ruraux intégrés, regroupant les services essentiels : centre de santé, maternité, ambulance équipée, école primaire, collège avec internat et annexe administrative. L’objectif est de rapprocher les prestations de base du citoyen rural et d’éviter que l’accès à un service élémentaire impose de longs déplacements. Le parti propose également la création d’un ministère chargé du monde rural, des zones de montagne, des oasis et des bandes frontalières, afin de dépasser la dispersion actuelle des politiques publiques.

Climat, eau et économie circulaire : intégrer le risque à l’action publique

S’agissant des défis climatique, Hakima El Haité, membre du bureau politique, évoque une réalité préoccupante : hausse des températures, stress hydrique, fragilisation de la sécurité alimentaire et élévation du niveau de la mer, avec près de 20% des plages marocaines exposées... Face à ces défis, le pacte propose d’abord l’anticipation, avec des cartes nationales des risques permettant d’identifier les zones menacées par les inondations, la fragilité des sols ou la montée du niveau de la mer. Ces cartes devraient devenir une référence juridique obligatoire pour l’aménagement du territoire, les projets publics et les investissements privés. Elles seraient complétées par un système national d’alerte précoce. Selon elle, l’adaptation climatique est par la force des choses reliée à la justice territoriale : les dérèglements touchant d’abord les territoires fragiles, les zones rurales, les montagnes et les catégories vulnérables, le pacte appelle à restructurer les zones exposées aux inondations et à adopter une gestion intégrée des ressources en eau, en reliant eau, agriculture, énergie, sécurité alimentaire, santé et emploi rural. C’est dans ce cadre qu’est proposée une loi-cadre sur le climat, afin d’intégrer le facteur climatique dans les politiques publiques, les programmes gouvernementaux et les projets privés.
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