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Lundi 05 Octobre 2026
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PAM, RNI, PJD… comment les partis politiques marocains investissent les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la communication politique au Maroc, mais audience ne rime pas toujours avec influence. Une étude récente de la HACA consacrée aux douze partis représentés au Parlement révèle des rapports de force très différents entre Facebook, TikTok, X et YouTube, tout en alertant sur les enjeux de désinformation, de polarisation et de poids des algorithmes dans l’accès des citoyens à l’information politique.

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Dans son étude « Les réseaux sociaux et la communication politique : entre opportunités d’influence et risques de désinformation », publiée début octobre, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) dresse un état des lieux de la présence numérique des partis politiques marocains et met en évidence des rapports de force qui varient sensiblement d’une plateforme à l’autre. Les formations disposant des communautés les plus importantes ne sont ainsi pas nécessairement celles dont les contenus génèrent le plus de vues ou d’interactions. L’analyse porte sur les douze partis représentés au Parlement à l’issue des élections législatives de 2021 et examine leur activité sur Facebook, TikTok, X et YouTube, ainsi que sur leurs sites internet officiels.

Pour établir cette photographie, les données ont été collectées entre janvier et mai 2026, une période volontairement située en dehors de la campagne électorale de 2026 afin d’éviter que l’intensification de la communication politique propre à cette séquence n’influence les résultats. Le corpus comprend 2.651 publications Facebook, 925 vidéos TikTok, 507 vidéos YouTube et 1.012 publications sur X, auxquelles s’ajoute une analyse des sites officiels. La HACA s’appuie ainsi sur plusieurs indicateurs, notamment la taille des communautés, le volume de publications, le nombre de vues et les interactions générées.

Sur Facebook, le PAM devance le PJD et le RNI

Facebook reste la plateforme où la présence des partis étudiés est la plus étendue, sans pour autant établir de correspondance directe entre la taille des communautés et le niveau d’interaction. Le Rassemblement National des Indépendants (RNI) y dispose de la plus grande audience avec 1,4 million d’abonnés, devant le Parti de la Justice et du Développement (PJD) avec 1,2 million et le Parti Authenticité et Modernité (PAM) avec 562.000. Dès lors que l’on observe les réactions suscitées par les publications, la hiérarchie se modifie toutefois : le PAM arrive en tête avec 390.733 interactions, devant le PJD avec 336.268 et le RNI avec 177.470.

À partir de ces écarts, la HACA distingue plusieurs profils de performance. Le PAM associe une audience importante à un niveau d’engagement élevé, avec un taux de 69,5%, tandis que le PJD et le RNI, malgré des communautés nettement plus larges, enregistrent respectivement 28% et 12,7%. Le rapport relève également le cas du Mouvement Populaire (MP), dont la communauté est beaucoup plus restreinte mais dont le taux d’engagement atteint 135,6%. La HACA explique notamment cette performance par la capacité de certaines publications à atteindre des utilisateurs au-delà du seul cercle des abonnés, ce qui l’amène à souligner l’absence de relation mécanique entre la taille d’une communauté et son niveau d’engagement.

Le PAM concentre près de 80% des vues sur TikTok

Cette dissociation entre volume d’activité et performance apparaît de manière encore plus marquée sur TikTok, où six partis ont publié, entre janvier et mai 2026, 925 vidéos totalisant environ 2,4 millions de vues. Le Parti Authenticité et Modernité (PAM) concentre à lui seul près de 80% de cette audience, avec environ 1,9 million de vues et plus de 50.700 interactions pour seulement 52 vidéos. Le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) arrive loin derrière avec un peu plus de 241.000 vues, tandis que la Fédération de la Gauche Démocratique (FGD) et le Rassemblement National des Indépendants (RNI) dépassent légèrement les 100.000 vues.

Le contraste entre le PAM et le RNI illustre particulièrement cette configuration : le RNI a diffusé 686 contenus, contre seulement 52 pour le PAM, tout en ne cumulant qu’environ 102.000 vues. Le PAM affiche parallèlement le taux d’engagement le plus élevé parmi les formations analysées sur TikTok, à 2,65%, suivi de très près par la FGD à 2,63% et le Mouvement Populaire (MP) à 2,46%, tandis que le RNI se situe à 1,07%. Au regard de ces résultats, la HACA souligne que le volume de publications ne détermine pas à lui seul la visibilité obtenue et que des niveaux d’activité très différents peuvent produire des performances contrastées en matière de vues et d’engagement.

Sur X et YouTube, la hiérarchie change

La configuration évolue encore sur X. Parmi les quatre formations analysées, le RNI possède la communauté la plus importante avec 31.400 abonnés et affiche également l’activité la plus soutenue avec 619 publications. L’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), qui ne compte que 3.122 abonnés et dont les données portent sur 48 publications concentrées sur un seul mois, totalise pourtant 253 interactions, contre 106 pour le RNI. Avec un taux d’engagement de 2,73%, elle devance le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) à 1,67%, le RNI à 0,33% et le PAM à 0,27%, ce qui conduit la HACA à distinguer la forte présence quantitative du RNI de la performance relative enregistrée par l’USFP.

Une autre hiérarchie se dessine sur YouTube. Le RNI arrive légèrement en tête avec environ 852.000 vues, devant le Parti de la Justice et du Développement (PJD) et ses quelque 800.000 vues, mais l’écart s’inverse nettement lorsqu’il s’agit des interactions, puisque le PJD en totalise près de 21.800, contre 742 pour le RNI. La HACA relève par ailleurs que le pic de visibilité enregistré par le RNI en février, supérieur à 830.000 vues, provient presque entièrement d’une seule vidéo et ne correspond donc pas à une progression généralisée de l’audience de ses contenus. Dans ce contexte, l’étude considère plus largement que YouTube dispose d’un potentiel narratif et explicatif encore insuffisamment exploité par les formations politiques.

Le PJD concentre près de la moitié de la production des sites étudiés

En dehors des plateformes sociales, la HACA s’est également penchée sur les sites internet officiels des partis, auxquels elle attribue principalement une fonction institutionnelle et de référence, tout en relevant une attractivité citoyenne plus faible que celle des réseaux sociaux. Sur les 3.864 articles recensés entre janvier et mai 2026, le PJD concentre à lui seul 47,9% de la production, devant le PAM avec 24,5% et le RNI avec 13,6%. À eux trois, ces partis représentent ainsi plus de 85% de l’ensemble des contenus publiés sur les sites étudiés.

Cette concentration doit toutefois être interprétée avec prudence au regard de l’indicateur mesuré, la HACA précisant que le volume de publications renseigne uniquement sur la fréquence de publication et ne permet pas, à lui seul, d’évaluer la qualité, la portée ou l’impact des contenus.

PAM, RNI, PJD… comment les partis politiques marocains investissent les réseaux sociaux

Désinformation et algorithmes au cœur des préoccupations de la HACA

Au-delà de cette cartographie de la présence numérique des partis, l’étude examine plus largement l’impact des plateformes sur la vie démocratique au Maroc, à la fois espaces d’expression et de mobilisation citoyennes et terrains propices à la désinformation, à la manipulation algorithmique et à la polarisation politique. Dans cette perspective, la HACA attire notamment l’attention sur les mécanismes de sélection et de recommandation des contenus, qui déterminent en partie les informations auxquelles les utilisateurs sont exposés.

C’est dans ce cadre que Narjis Rerhaye, membre du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle et présidente du groupe de travail « Régulation et médias numériques » à l’origine de l’étude, met en garde contre une « démocratie sous algorithmes ». Elle souligne que l’opacité des algorithmes ainsi que la concentration du pouvoir entre les mains des grandes plateformes soulèvent des enjeux de transparence et de contrôle citoyen, et avance parmi les réponses une plus grande transparence, le renforcement de l’éducation au numérique et la diversification des sources d’information.

Dans le prolongement de ce constat, la responsable plaide pour une approche de la régulation et de la modération adaptée au contexte marocain, conciliant les constantes nationales avec les impératifs d’ouverture, d’innovation et de protection des droits individuels.

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