C’est un discours de rupture que le ministre de l’Économie, des finances et de la performance publique, Fouzi Lekjaâ a prononcé devant les deux Chambres réunies à l’occasion de la présentation du projet de loi de Finances pour l’année budgétaire 2027. D’entrée de jeu, il a rappelé le caractère inédit de l’échéance, le premier budget d’un mandat gouvernemental ouvert par les élections législatives de 2026 et par la nomination, «dans une première qui consacre l’exception marocaine», de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement. Selon lui, cette étape ne s’inscrit «ni dans une continuité sur laquelle les électeurs ont tranché, ni dans une rupture injustifiée», mais repose sur «un changement de direction» destiné à rétablir l’équilibre du système économique et social.
Le ministre a situé ce choix dans le cadre tracé par le Discours Royal d’ouverture de la session législative, qu’il a cité textuellement. Le Souverain y attend que «le nouveau mandat législatif et gouvernemental constitue un véritable tournant pour un Maroc soucieux de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable et tout aussi attaché à trouver un équilibre harmonieux entre les logiques de croissance économique et les impératifs d’une justice sociale et spatiale renforcée». Le gouvernement, a-t-il ajouté, est «une équipe politique cohérente» qui partage les mêmes fondements de politique sociale, adossés à «des convictions démocratiques et modernistes bien ancrées».
Le paradoxe majeur réside, selon le ministre, dans la séparation entre la dimension sociale et la dimension économique. Pendant que la politique sociale s’efforçait d’améliorer les conditions de vie au prix d’efforts financiers considérables, la politique économique cherchait, a-t-il affirmé, «à faire régner la logique du marché sans règles, sans encadrement et sans intervention». Cette orientation a abouti, d’après lui, à «l’aggravation de la culture du profit rapide et excessif, et aux manifestations de la rente, du monopole et de l’intermédiation parasitaire», des phénomènes qu’il a rattachés à ce que l’on désigne «tantôt comme le capitalisme sauvage, tantôt comme le
néolibéralisme».
La conclusion qu’il en a tirée fonde la doctrine du projet. «Il n’est pas possible de bâtir un État de justice sociale avec une politique économique hostile à tout ce qui est social et qui consacre la logique du monopole et de l’exclusion», a-t-il déclaré. Le contenu du slogan «changement de cap» consiste ainsi à passer «de la dissonance entre l’économique et le social à la cohérence de l’équation», les deux politiques devant obéir à la même règle, celle du rétablissement de l’équilibre de la société. L’État social, a-t-il précisé, n’est pas seulement celui qui assure la couverture médicale et l’aide directe, mais celui qui «intervient pour combattre la corruption et les conflits d’intérêts, garantir la sécurité alimentaire et énergétique et lutter contre le monopole» afin d’ouvrir l’espace aux petites et moyennes entreprises.
La note de présentation détaille ce dispositif. Les six sociétés régionales de distribution seront lancées dans le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, les Doukkala-Abda et l’Oriental, «sur la base d’un cahier des charges unifié, d’un audit annuel et d’une transparence totale des prix et des redevances». Le document précise la nature de ces structures, qui «ne constituent pas un intermédiaire public monopolisant l’achat et la revente», mais fournissent aux agriculteurs et aux coopératives des services d’agrégation, de tri, de conditionnement, de réfrigération et de transport, en leur permettant de vendre aux enchères ou par contrat.
La même note annonce un nouveau cadre législatif pour les marchés de gros, incluant la révision du régime des mandataires, la mise en exploitation du complexe régional de commercialisation de Rabat-Salé-Skhirate-Témara doté d’un milliard de dirhams, et un réseau national de douze complexes. Elle prévoit également un encadrement des exportations «en cas de pénurie exceptionnelle ou de tensions avérées sur l’approvisionnement du marché intérieur», par des mesures «temporaires et proportionnées» fondées sur des seuils de stock, de prix et de durée de couverture des besoins. Un système national d’information sur les marchés alimentaires suivra un panier prioritaire composé des céréales, des pommes de terre, des oignons, des tomates, des viandes rouges, de la sardine et de l’huile d’olive, avec «des mécanismes d’alerte en cas d’accroissement anormal des marges commerciales» et, le cas échéant, la saisine du Conseil de la concurrence.
Le ministre a jugé que de tels jugements, émis avant réception du texte, relevaient de «l’intention délibérée de nuire et de tromper, voire de duper les citoyens». Il a averti que «l’opposition n’est pas si facile», que «le populisme n’a pas réussi avec les prédécesseurs et encore moins avec les successeurs», et que les Marocains sont «capables de faire la part des choses». Il a conseillé à «certains responsables d’un parti déterminé» de cesser de mobiliser des jeunes sur les réseaux sociaux pour diffuser, d’après lui, des mensonges sur un recul du gouvernement, en les mettant en garde contre les traces laissées par ces pratiques. Il a toutefois reconnu que «l’exercice de l’opposition est essentiel dans la construction institutionnelle et démocratique».
Dans la conclusion de son intervention, le ton s’est fait plus institutionnel. Le gouvernement attend, selon ses termes, «un débat parlementaire profond et responsable sur les choix de ce projet», dans le respect des attributions de chaque institution et du «rôle constitutionnel de l’opposition». Il a affirmé que la qualité du débat public et la force du contrôle parlementaire «soutiennent la crédibilité de l’action gouvernementale et renforcent la confiance des citoyens dans leurs institutions».
Sur le plan macroéconomique, le projet retient une croissance de 3,7% en 2027, après 4,7% attendus en 2026, un déficit budgétaire maintenu à 3% du produit intérieur brut et un encours de la dette du Trésor ramené à 66,9% du PIB. Le ministre a conclu en présentant ce premier projet de loi de Finances comme «un point de départ pour honorer les engagements», en précisant que le suivi de l’exécution et l’évaluation de son impact feront partie de l’engagement du gouvernement devant le Parlement et devant les citoyens.
Le ministre a situé ce choix dans le cadre tracé par le Discours Royal d’ouverture de la session législative, qu’il a cité textuellement. Le Souverain y attend que «le nouveau mandat législatif et gouvernemental constitue un véritable tournant pour un Maroc soucieux de poursuivre son ambition de puissance économique émergente et fiable et tout aussi attaché à trouver un équilibre harmonieux entre les logiques de croissance économique et les impératifs d’une justice sociale et spatiale renforcée». Le gouvernement, a-t-il ajouté, est «une équipe politique cohérente» qui partage les mêmes fondements de politique sociale, adossés à «des convictions démocratiques et modernistes bien ancrées».
Le social et l’économique dans un même système
Avant d’aborder les chiffres, le ministre a tenu à poser ce qu’il a appelé un «arrêt nécessaire» sur les dysfonctionnements socio-économiques. Il a relevé que l’expression d’«État social» avait dominé le débat public ces dernières années, mais que «la réalité indiquait en permanence que l’éloignement de l’essence de l’État social ne cessait de grandir», ce qui a fait, d’après lui, que «les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes».Le paradoxe majeur réside, selon le ministre, dans la séparation entre la dimension sociale et la dimension économique. Pendant que la politique sociale s’efforçait d’améliorer les conditions de vie au prix d’efforts financiers considérables, la politique économique cherchait, a-t-il affirmé, «à faire régner la logique du marché sans règles, sans encadrement et sans intervention». Cette orientation a abouti, d’après lui, à «l’aggravation de la culture du profit rapide et excessif, et aux manifestations de la rente, du monopole et de l’intermédiation parasitaire», des phénomènes qu’il a rattachés à ce que l’on désigne «tantôt comme le capitalisme sauvage, tantôt comme le
néolibéralisme».
La conclusion qu’il en a tirée fonde la doctrine du projet. «Il n’est pas possible de bâtir un État de justice sociale avec une politique économique hostile à tout ce qui est social et qui consacre la logique du monopole et de l’exclusion», a-t-il déclaré. Le contenu du slogan «changement de cap» consiste ainsi à passer «de la dissonance entre l’économique et le social à la cohérence de l’équation», les deux politiques devant obéir à la même règle, celle du rétablissement de l’équilibre de la société. L’État social, a-t-il précisé, n’est pas seulement celui qui assure la couverture médicale et l’aide directe, mais celui qui «intervient pour combattre la corruption et les conflits d’intérêts, garantir la sécurité alimentaire et énergétique et lutter contre le monopole» afin d’ouvrir l’espace aux petites et moyennes entreprises.
L’État régulateur revient sur les marchés
La première des six priorités annoncées par le ministre traduit cette orientation. Il s’agit de ramener les prix des produits de base «à des niveaux raisonnables» par la modernisation des circuits de distribution et des marchés de gros, le renforcement de la concurrence et la réduction des coûts d’intermédiation. Le projet consacre un milliard de dirhams à cet objectif, avec la création de six sociétés régionales d’agrégation et de commercialisation dans les grands bassins agricoles et une réforme des circuits des viandes et des poissons.La note de présentation détaille ce dispositif. Les six sociétés régionales de distribution seront lancées dans le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, les Doukkala-Abda et l’Oriental, «sur la base d’un cahier des charges unifié, d’un audit annuel et d’une transparence totale des prix et des redevances». Le document précise la nature de ces structures, qui «ne constituent pas un intermédiaire public monopolisant l’achat et la revente», mais fournissent aux agriculteurs et aux coopératives des services d’agrégation, de tri, de conditionnement, de réfrigération et de transport, en leur permettant de vendre aux enchères ou par contrat.
La même note annonce un nouveau cadre législatif pour les marchés de gros, incluant la révision du régime des mandataires, la mise en exploitation du complexe régional de commercialisation de Rabat-Salé-Skhirate-Témara doté d’un milliard de dirhams, et un réseau national de douze complexes. Elle prévoit également un encadrement des exportations «en cas de pénurie exceptionnelle ou de tensions avérées sur l’approvisionnement du marché intérieur», par des mesures «temporaires et proportionnées» fondées sur des seuils de stock, de prix et de durée de couverture des besoins. Un système national d’information sur les marchés alimentaires suivra un panier prioritaire composé des céréales, des pommes de terre, des oignons, des tomates, des viandes rouges, de la sardine et de l’huile d’olive, avec «des mécanismes d’alerte en cas d’accroissement anormal des marges commerciales» et, le cas échéant, la saisine du Conseil de la concurrence.
Quarante pour cent d’IS pour les grands distributeurs d’hydrocarbures
La mesure fiscale la plus marquante du volet «réadaptation des règles fiscales» concerne le secteur des hydrocarbures. Le projet propose de porter le taux de l’impôt sur les sociétés de 35 à 40% pour «les sociétés exerçant les activités d’importation ou de distribution des hydrocarbures, dont le montant du bénéfice net est égal ou supérieur à cent millions de dirhams». La note de présentation justifie cette disposition par la poursuite des objectifs de la loi-cadre n°69-19 portant réforme fiscale, «notamment l’amélioration de la contribution fiscale des entreprises exerçant des activités régulées ou en situation de monopole ou d’oligopole». Le corps du projet de loi fixe son application aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027, les acomptes provisionnels étant calculés selon le nouveau taux.Une réponse adressée à l’opposition
Le ministre a ouvert ce qu’il a lui-même appelé «une parenthèse» pour répondre aux propos tenus, selon lui, «par certains députés ces derniers temps». Il a estimé que la logique et le sens des responsabilités imposent que l’institution parlementaire «soit exempte de légèreté». «Comment est-il concevable que soient prononcés des jugements selon lesquels le gouvernement aurait reculé sur ses engagements et ses promesses électorales, alors que le projet de loi de Finances n’avait pas encore été déposé au Parlement ?» s’est-il interrogé. Il s’est également demandé comment des députés pouvaient considérer que les engagements électoraux devaient être réalisés «maintenant, au début de la première année de la législature».Le ministre a jugé que de tels jugements, émis avant réception du texte, relevaient de «l’intention délibérée de nuire et de tromper, voire de duper les citoyens». Il a averti que «l’opposition n’est pas si facile», que «le populisme n’a pas réussi avec les prédécesseurs et encore moins avec les successeurs», et que les Marocains sont «capables de faire la part des choses». Il a conseillé à «certains responsables d’un parti déterminé» de cesser de mobiliser des jeunes sur les réseaux sociaux pour diffuser, d’après lui, des mensonges sur un recul du gouvernement, en les mettant en garde contre les traces laissées par ces pratiques. Il a toutefois reconnu que «l’exercice de l’opposition est essentiel dans la construction institutionnelle et démocratique».
Dans la conclusion de son intervention, le ton s’est fait plus institutionnel. Le gouvernement attend, selon ses termes, «un débat parlementaire profond et responsable sur les choix de ce projet», dans le respect des attributions de chaque institution et du «rôle constitutionnel de l’opposition». Il a affirmé que la qualité du débat public et la force du contrôle parlementaire «soutiennent la crédibilité de l’action gouvernementale et renforcent la confiance des citoyens dans leurs institutions».
La continuité revendiquée par la note de présentation
Si le discours met en avant la notion de changement de cap, la note de présentation qui accompagne le projet insiste, elle, sur la continuité. Le document indique que le texte «s’inscrit dans la continuité de l’action de l’État, conformément aux Hautes Orientations tracées par Sa Majesté le Roi». Cette continuité, «confortée par la stabilité politique et institutionnelle du Royaume», y est décrite comme «un capital stratégique et un facteur essentiel de cohérence et de permanence dans la conduite du développement». Le passage à la nouvelle législature s’articule, selon la note, autour d’une «double exigence : capitalisation et projection».Sur le plan macroéconomique, le projet retient une croissance de 3,7% en 2027, après 4,7% attendus en 2026, un déficit budgétaire maintenu à 3% du produit intérieur brut et un encours de la dette du Trésor ramené à 66,9% du PIB. Le ministre a conclu en présentant ce premier projet de loi de Finances comme «un point de départ pour honorer les engagements», en précisant que le suivi de l’exécution et l’évaluation de son impact feront partie de l’engagement du gouvernement devant le Parlement et devant les citoyens.
