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Vendredi 27 Mars 2026
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Le polisario organisation terroriste : l’étau américain se resserre autour des séparatistes

Elise Stefanik, élue républicaine de l’état de New York, numéro trois du groupe républicain à la Chambre des représentants et ancienne candidate désignée au poste d'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, a cosigné le 25 mars le polisario Front Terrorist Designation Act. Son ralliement porte à dix le nombre de parlementaires soutenant ce texte et traduit un glissement profond, et désormais irréversible, du regard de Washington sur un conflit longtemps traité avec une prudence à la limite de l’opportunisme.

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Le 25 mars 2026, Elise Stefanik a officiellement rejoint les cosignataires du H.R. 4119, le polisario Front Terrorist Designation Act. Elle est la dixième parlementaire à apposer son nom sur ce texte qui vise à désigner le polisario en tant qu’organisation terroriste, et sans doute l’une des recrues les plus lourdes de sens depuis son dépôt en juin 2025. Diplômée de Harvard, ancienne numéro trois du groupe républicain à la Chambre des représentants et figure centrale de la défense de Trump lors de ses deux procédures de destitution, Stefanik incarne depuis plusieurs années l'aile la plus combative du Parti républicain sur les questions de sécurité nationale et de politique étrangère. Désignée par Trump en novembre 2024 pour représenter les États-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU, une nomination finalement retirée en mars 2025 pour préserver la fragile majorité républicaine à la Chambre, elle a depuis retrouvé un rôle central au sein de la direction de la Chambre. C'est de cette position d'influence qu'elle appose sa signature sur un texte qui, progressivement, cesse d'être une initiative marginale pour devenir un marqueur politique de premier plan à Washington.

Un consensus qui dépasse les clivages

Le H.R. 4119 avait été déposé en juin 2025 par le républicain Joe Wilson (Caroline du Sud) et le démocrate Jimmy Panetta (Californie). Cette configuration bipartisane signale d'emblée que la démarche transcende les lignes partisanes habituelles et repose sur une lecture partagée, des deux côtés de l'allée, des risques sécuritaires que pose le polisario. Dans un Congrès fracturé à l'extrême, un tel accord de principe entre républicains et démocrates mérite d'être relevé pour ce qu'il est, à savoir le signe que le dossier a franchi le seuil de la controverse pour entrer dans celui du consensus naissant.
Depuis l'automne 2025, les ralliements se succèdent avec une régularité qui dessine une trajectoire claire. Randy Fine (Floride) en octobre, Lance Gooden (Texas) en décembre, Pat Harrigan (Caroline du Nord) en février, Zachary Nunn (Iowa) et Don Bacon (Nebraska) en mars. Ce dernier, ancien général de brigade de l'US Air Force, dont la présence parmi les signataires ancre le texte dans une lecture militaire et stratégique autant que politique. Claudia Tenney (New York), membre de la Commission des affaires étrangères, avait précédé Stefanik de quelques jours à peine. Jefferson Shreve (Indiana) et Mario Diaz-Balart (Floride), figure historique du Congrès et voix de référence sur les questions de politique étrangère, complètent une liste qui couvre aujourd'hui une géographie politique allant des grandes plaines du Midwest aux circonscriptions militaires du Sud profond.
Dix noms, deux partis, neuf mois de progression méthodique : le mouvement a désormais une masse critique suffisante pour ne plus être ignoré dans les couloirs du département d'État. L’ambition centrale du H.R. 4119 est explicite et sans précédent dans l'histoire législative américaine sur ce conflit : obtenir de l'Exécutif une détermination formelle sur l'éligibilité du polisario à une désignation comme organisation terroriste étrangère, au sens de la loi sur l'immigration et la nationalité. Une injonction au secrétaire d'État de se prononcer, dans les quatre-vingt-dix jours suivant l'adoption du texte, avec une justification détaillée et rendue publique. Le secrétaire au Trésor devra parallèlement évaluer l'applicabilité des sanctions prévues par le Global Magnitsky Act et le décret exécutif 13224, ce dernier ciblant spécifiquement les organisations liées au terrorisme international. Un rapport complémentaire, dû dans les cent quatre-vingts jours, devra couvrir l'ensemble des liens du mouvement avec ses parrains extérieurs tels l’Iran, la Russie, le Hezbollah, le Corps des gardiens de la révolution islamique et le PKK.

La sortie par Rabat

C'est la clause de suspension intégrée au texte qui en révèle la véritable portée politique et son orientation implicite. Les désignations et sanctions prévues pourront être levées par le Président des États-Unis si le polisario «s'engage de bonne foi dans des négociations pour mettre en œuvre le plan d'autonomie du Sahara occidental présenté par le Royaume du Maroc et soumis au Conseil de sécurité de l'ONU en 2007», plan qui «propose d'accorder au peuple sahraoui un haut degré d'autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine». Depuis la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara par l'administration Trump en décembre 2020, Washington a cessé de feindre la neutralité sur ce dossier. Le H.R. 4119 en tire les conséquences institutionnelles. Il reste en examen devant les Commissions des affaires étrangères et de la justice de la Chambre des représentants. Mais la direction est prise, le consensus s'élargit, et chaque nouvelle signature le rend un peu plus difficile à ignorer.
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