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Politique, emploi, «Jawaz Chabab»... des jeunes à bâtons rompus avec Mohammed Mehdi Bensaïd

Lors de son passage, la semaine dernière, dans l’émission «Dayf Al Jawaz», Le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mohammed Mehdi Bensaïd, s’est montré ouvert et attentif aux questions et remarques des jeunes qui conversaient avec lui. Tous les sujets touchant cette catégorie sociale ont été abordés dans un climat convivial et détendu. Dispositifs de soutien et d’accompagnement des jeunes, participation politique, confiance dans les élites, emploi… ont été au cœur de cet échange interactif menée via visioconférence.

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C’est un ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication détendu qui prenait part à un échange interactif direct avec des jeunes, ce vendredi 13 mars 2026. Mohammed Mehdi Bensaïd s’est livré avec aisance au jeu des questions-réponses, faisant montre de beaucoup de pédagogie avec ses interlocuteurs qui l’interpellaient sur nombre de sujets qui les préoccupent.

Projet phare du département, «Jawaz Chabab», qui a été conçu comme un outil destiné à rendre les services plus accessibles, a accaparé la part du lion de la discussion entre le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication et ses jeunes interlocuteurs. Mais avant d’en expliquer le but et l’intérêt, Mohammed Mehdi Bensaïd a tenu à insister sur un point fondamental à ses yeux. Selon lui, désormais, il ne s’agit plus seulement de créer des dispositifs de soutien et d’accompagnement, mais d’en garantir la lisibilité et l’accès effectif. «Beaucoup de services existaient déjà, mais les jeunes ne savaient pas qu’ils existaient», relève M. Bensaïd, soulignant un décalage persistant entre l’offre publique et sa perception.



C’est en réponse à ce décalage qu’a été conçu «Jawaz Chabab». Pensée comme une interface de convergence, l’application regroupe des services jusque-là dispersés et en simplifie l’usage : réductions sur le transport, accès aux espaces culturels et sportifs, rapprochement avec certaines prestations de santé et d’assurance. S’y ajoute des programmes de formation et des dispositifs favorisant l’expression et l’implication des jeunes, via des espaces d’interaction avec les institutions.

Une politique assumée, sous contrainte

Sauf que ce dispositif ne répond pas à toutes les attentes, de l’aveu même du ministre. «Nous ne disons pas que cette application répond à toutes les problématiques des jeunes», indique-t-il, établissant un point d’équilibre entre les ambitions affichées et les capacités réelles d’intervention. Les attentes exprimées par les jeunes sont énormes, se chiffrant en centaines de milliers, tandis que les moyens disponibles limitent la marge de manœuvre et conduisent par la force des choses à des arbitrages. Certains dispositifs, à l’image du volontariat, sont ainsi restreints à des tranches d’âge spécifiques – non par logique d’exclusion, mais en fonction des ressources mobilisables et des conditions de mise en œuvre.

Outre les moyens limités, l’intervention du dispositif est confrontée à une autre contrainte. Les besoins varient sensiblement d’une région à l’autre, parfois de manière marquée, ce qui exclut toute approche uniforme. Cette diversité appelle des réponses différenciées. Le ministère s’appuie, à cet effet, sur des conventions conclues avec les Conseils régionaux, afin d’adapter les services aux réalités locales et d’en ajuster le déploiement en fonction des contextes propres à chaque territoire.

Réhabiliter l’existant avant d’engager de nouveaux projets

Sur le plan des infrastructures, l’orientation retenue s’inscrit dans une logique pragmatique. Plutôt que de multiplier les investissements, le ministère a fait le choix de concentrer ses efforts sur la remise à niveau des équipements existants, en particulier les maisons de jeunes. «Construire sans disposer des ressources humaines nécessaires conduit à des structures fermées», rappelle Mohammed Mehdi Bensaïd.

L’enjeu consiste, en premier lieu, à garantir un usage effectif des installations. Cette approche répond également aux remarques formulées par certains jeunes, confrontés à des équipements certes disponibles, mais difficilement accessibles ou insuffisamment exploités. Plusieurs maisons de jeunes ont ainsi fait l’objet de travaux de réhabilitation et ont été dotées de services complémentaires, avec pour objectif d’en renforcer la fréquentation. Par ailleurs, le ministre insiste sur un point de méthode. Les centres culturels achevés doivent être mis en activité sans attendre d’inauguration officielle. Il appelle, en ce sens, les responsables territoriaux à privilégier l’ouverture immédiate des structures et la mise en service des activités, afin d’en assurer une utilisation effective.

Une offre diversifiée pour une jeunesse plurielle

Un autre constat à prendre en compte : la jeunesse ne constitue pas un ensemble homogène. «Les jeunes n’ont pas tous les mêmes attentes», rappelle le ministre, évoquant des profils et des aspirations différenciés – entre pratiques culturelles, initiatives entrepreneuriales, besoins de mobilité ou encore recherche d’activités de loisirs. À partir de là, le ministère a engagé un élargissement progressif de ses programmes. Aux dispositifs existants se sont ajoutés «Moutatawi3», le Prix de la jeunesse, ainsi que plusieurs initiatives orientées vers l’innovation et l’entrepreneuriat. Cette évolution répond à une double finalité : reconnaître les parcours et les engagements individuels, tout en mettant en lumière des trajectoires susceptibles de servir de repères et d’encourager d’autres jeunes à s’y engager.

Culture et industries créatives : un repositionnement stratégique

Au-delà de sa dimension sociale, la culture est également envisagée sous un angle économique. Le ministre inscrit son action dans le développement des industries culturelles et créatives, en accordant une attention particulière au secteur du jeu vidéo, qu’il présente comme un champ d’opportunités en expansion. Selon lui, cet écosystème mobilise plus de 80 métiers, allant de la programmation à la création sonore, en passant par les aspects juridiques et la gestion de projet. Il s’inscrit, par ailleurs, dans un marché mondial de plusieurs centaines de milliards de dollars, que le Maroc entend progressivement investir.

Par ailleurs, le ministre revient sur l’évolution du modèle économique des salles de cinéma. Les structures traditionnelles, majoritairement détenues par des acteurs privés, rencontrent des difficultés d’adaptation. Face à cette situation, l’intervention publique se déploie de manière indirecte, notamment à travers l’intégration d’espaces de projection au sein des centres culturels, afin de maintenir l’accès à l’offre cinématographique.

L’emploi, préoccupation centrale et fil conducteur

Dans le cadre de cet échange interactif, marqué par les interventions directes des jeunes, Mohammed Mehdi Bensaïd revient à plusieurs reprises sur «la principale attente» : l’accès à l’emploi. «C’est la principale problématique qui nous est remontée sur le terrain», souligne-t-il, en écho aux préoccupations exprimées au fil de la discussion. Pour y répondre, l’action du ministère s’inscrit dans une approche transversale, mobilisant plusieurs leviers. Elle passe notamment par le développement de formations complémentaires, l’intégration de modules liés aux nouvelles technologies, ainsi que par l’encouragement de l’esprit entrepreneurial.

Dans cette optique, le ministre attire l’attention sur les mutations rapides du marché du travail, fortement marquées par les évolutions technologiques. L’impact de l’intelligence artificielle contribue déjà à transformer certains métiers traditionnels – y compris dans des domaines établis comme le droit. Dans ce contexte, l’anticipation apparaît comme un enjeu central : adapter les parcours de formation constitue, selon lui, une condition nécessaire pour répondre aux exigences du marché à venir.

Archéologie et patrimoine : un investissement structurant

Au fil de l’échange, l’archéologie apparaît comme un axe d’attention particulier. Mohammed Mehdi Bensaïd met en avant une progression des investissements, accompagnée d’un renforcement des infrastructures scientifiques, notamment à travers le développement de laboratoires spécialisés. Les découvertes réalisées au Maroc, qu’elles concernent des périodes préhistoriques ou historiques, contribuent à renforcer la visibilité du pays sur la scène internationale. Au-delà de leur portée scientifique, elles ouvrent également des perspectives en matière de tourisme culturel. Plus largement, une articulation se dessine entre recherche, valorisation du patrimoine et attractivité économique. C’est cette convergence que le ministère entend accompagner, en inscrivant cet effort dans la durée.

Participation politique : un appel direct à la jeunesse

Sur le registre politique, le ministre s’adresse aux jeunes, en les invitant à prendre part à la vie publique. L’intérêt pour les affaires politiques, souligne-t-il, ne relève pas d’un choix secondaire, mais d’un levier déterminant pour agir sur les orientations collectives. Il met en garde, dans ce sens, contre les effets du désengagement. «Si vous ne vous intéressez pas à la politique, elle s’intéressera à vous», rappelle-t-il, soulignant que les décisions publiques continuent de produire leurs effets, indépendamment du niveau de participation. À ses yeux, le risque tient précisément à un déséquilibre : celui d’une minorité active appelée à décider pour une majorité en retrait.

Dès lors, il appelle les jeunes à s’informer, à se familiariser avec les programmes politiques et à exercer leur rôle dans les processus décisionnels, à commencer par le vote. Cet engagement, insiste-t-il, constitue une condition essentielle pour peser sur les politiques publiques et en orienter les priorités. Dans le prolongement de cette réflexion, il établit un lien direct entre participation citoyenne et qualité de l’action publique. Plus l’implication est large, plus les politiques sont susceptibles de refléter les attentes réelles. À l’inverse, le désengagement tend à réduire cette capacité d’ajustement.

Recréer la confiance, un enjeu central

À mesure que les échanges s’animent, une réalité affleure : la relation entre les jeunes et les institutions reste traversée par une forme de distance, parfois nourrie d’incompréhension. Le ministre ne la contourne pas et considère que les dispositifs engagés doivent, précisément, contribuer à la réduire. «Cette méfiance ne doit plus exister», dit-il, en évoquant la nécessité de renforcer les efforts de communication et de proximité. Il s’agit, en creux, de rendre l’action publique plus lisible, plus tangible, plus accessible. Dans cette perspective, les utilisateurs de «Jawaz Chabab» sont appelés à jouer un rôle de relais. Leur appropriation de l’outil devient, à ce titre, un moyen d’en étendre la connaissance, par effet de relais direct, au plus près des usages et des échanges entre jeunes.

Encadrer les nouveaux usages numériques

En fin d’échange, le ministre aborde la place croissante des créateurs de contenu, qu’il désigne comme de «nouveaux métiers de la communication». Leur essor accompagne une transformation visible des modes d’expression et de diffusion, désormais largement structurés par les plateformes numériques. Pour autant, cette dynamique appelle, selon lui, un cadre. L’enjeu consiste à accompagner ces pratiques tout en veillant à distinguer les contenus qui participent à la qualité de l’espace public de ceux susceptibles d’en altérer les équilibres. La question ne se limite pas à une régulation technique ; elle engage plus largement la manière dont ces nouveaux acteurs s’inscrivent dans le paysage médiatique et social.

Ce mouvement s’inscrit, par ailleurs, dans une transformation plus large des modèles économiques. Les investissements publicitaires se déplacent progressivement vers les supports numériques, conférant à ces créateurs une place désormais stratégique. Dès lors, leur structuration et leur accompagnement apparaissent comme des enjeux à part entière, à la croisée des logiques économiques, culturelles et informationnelles.

Un horizon : faire émerger un «rêve marocai» crédible

En conclusion de l’échange, Mohammed Mehdi Bensaïd inscrit son propos dans une perspective plus large. Il évoque la nécessité de consolider un «rêve marocain» en mesure de convaincre les jeunes que leur avenir peut se construire au sein du pays. Cette projection ne saurait, selon lui, relever de la seule impulsion institutionnelle. Elle suppose un engagement partagé, associant les acteurs publics et les citoyens. «Plus les jeunes avancent, plus le pays avance», résume-t-il, appelant à dépasser les formes de distance ou de méfiance pour inscrire cette dynamique dans la durée. Au-delà des dispositifs présentés, c’est cette ambition plus générale qui traverse son intervention : celle d’un rapprochement progressif entre la jeunesse et l’action publique, fondé sur l’implication, la lisibilité et la confiance.
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