À l’échelle d’un continent où la relation entre citoyens et institutions se tend, le chiffre marocain tranche. Dans l’enquête Afrobarometer, 26% des personnes interrogées au Maroc déclarent être «peu satisfaites» ou «pas du tout satisfaites» de la manière dont fonctionne la démocratie. Elles sont 58% en moyenne dans les 38 pays couverts. La comparaison place le Royaume tout en bas du classement de l’insatisfaction. Seule la Tanzanie affiche un taux inférieur, avec 15%. Le Sénégal suit le Maroc avec 29%, puis viennent l’Ouganda avec 36%, la Tunisie avec 39%, la Zambie et la Mauritanie à 42%. À l’autre extrémité, l’insatisfaction atteint 83% au Congo-Brazzaville, 82% au Nigeria et 81% aux Comores. L’écart est d’autant plus notable qu’Afrobarometer observe qu’à peine 38% des citoyens des 38 pays se disent satisfaits du fonctionnement de la démocratie dans leur pays. Dans ce paysage, le Maroc apparaît donc avec un profil plus favorable que la moyenne continentale.
La photographie panafricaine éclaire également le rapport des Marocains au pluralisme partisan. 57% des répondants considèrent que plusieurs partis politiques sont nécessaires afin d’offrir aux citoyens un véritable choix dans la désignation de leurs gouvernants. La moyenne des 38 pays s’établit à 63%. Le Maroc se situe ainsi à proximité de l’Afrique du Sud, à 58%, et devant la Tunisie, à 37%, et le Mali, à 34%. Le Botswana affiche le soutien le plus fort au multipartisme avec 80%, suivi du Cap-Vert et de la Tanzanie à 79%. Ces données ne mesurent ni la popularité d’une formation en particulier ni les intentions de vote. Elles renseignent sur quelque chose de plus structurel : l’adhésion au principe d’une offre politique pluraliste.
Un regard plus réservé sur la qualité du précédent scrutin Sur la qualité des élections, le jugement apparaît plus nuancé. 47% des Marocains interrogés considèrent que la précédente élection nationale (celle de 2021) était complètement libre et équitable ou libre et équitable avec seulement des problèmes mineurs. La moyenne des 38 pays atteint 55%. À l’inverse, 38% des répondants marocains estimaient que ce scrutin avait connu des problèmes majeurs ou n’était pas libre et équitable, tandis que 15% se situaient dans les autres catégories de réponse. Autre indicateur : 59% des Marocains déclarent se sentir «complètement libres» de voter pour le candidat de leur choix, contre 67% en moyenne dans les 38 pays. Le terme est important : les 59% correspondent uniquement au degré maximal proposé par le questionnaire et n’intègrent pas ceux qui se disent «assez libres». Pour la liberté de rejoindre une organisation politique, 35% des répondants marocains choisissent également le degré maximal, «complètement libre», contre 54% en moyenne dans les pays étudiés.
71% des Marocains estiment que le pays va dans la bonne direction
Ce jugement relativement positif trouve un prolongement dans un indicateur plus général : 71% des Marocains interrogés estiment que le Royaume va dans la «bonne direction». Le résultat est d’autant plus intéressant qu’il ne se confond pas avec une satisfaction économique totale. Seuls 44% portent une appréciation positive sur l’état de l’économie nationale. Autrement dit, les répondants distinguent clairement la trajectoire générale du pays de leur perception de la conjoncture. Cette dissociation apparaît encore davantage chez les jeunes. Afrobarometer relève que 73% des Marocains âgés de 18 à 35 ans estiment que le pays va dans la bonne direction. Plus de la moitié d’entre eux, 54%, anticipent également une amélioration des conditions économiques au cours de l’année suivante.L’emploi, de très loin la grande attente
C’est là que se situe le principal point de tension. Six Marocains sur dix, soit 60% des personnes interrogées, citent le chômage parmi les trois problèmes auxquels les pouvoirs publics devraient s’attaquer en priorité. À l’échelle des 38 pays, cette proportion n’est que de 33%. L’écart est considérable : la question de l’emploi pèse ainsi presque deux fois plus lourd au Maroc que dans la moyenne du panel africain. À l’échelle continentale, c’est la santé qui arrive en tête des priorités, citée par 38% des répondants. Chez les 18-35 ans, le constat est encore plus marqué. La création d’emplois constitue leur première priorité d’action publique. Dans le même temps, 21% des jeunes interrogés sont sans emploi et déclarent en chercher activement, tandis qu’un jeune sur quatre seulement, 25%, occupe un emploi à temps plein. L’obstacle ne tient pas uniquement au nombre de postes disponibles. Parmi les jeunes, 34% citent l’inadéquation entre les qualifications acquises et les compétences demandées sur le marché du travail comme principal frein à l’emploi. Dix-huit pour cent évoquent le manque d’expérience exigée par les employeurs et 14% une formation ou une préparation insuffisante. Le paradoxe n’est donc qu’apparent : on peut considérer que le pays avance dans la bonne direction tout en demandant que cette dynamique produise davantage d’opportunités professionnelles. La confiance exprimée dans la trajectoire nationale s’accompagne ici d’une exigence de résultats. Le pluralisme politique reste majoritairement soutenuLa photographie panafricaine éclaire également le rapport des Marocains au pluralisme partisan. 57% des répondants considèrent que plusieurs partis politiques sont nécessaires afin d’offrir aux citoyens un véritable choix dans la désignation de leurs gouvernants. La moyenne des 38 pays s’établit à 63%. Le Maroc se situe ainsi à proximité de l’Afrique du Sud, à 58%, et devant la Tunisie, à 37%, et le Mali, à 34%. Le Botswana affiche le soutien le plus fort au multipartisme avec 80%, suivi du Cap-Vert et de la Tanzanie à 79%. Ces données ne mesurent ni la popularité d’une formation en particulier ni les intentions de vote. Elles renseignent sur quelque chose de plus structurel : l’adhésion au principe d’une offre politique pluraliste.
Un regard plus réservé sur la qualité du précédent scrutin Sur la qualité des élections, le jugement apparaît plus nuancé. 47% des Marocains interrogés considèrent que la précédente élection nationale (celle de 2021) était complètement libre et équitable ou libre et équitable avec seulement des problèmes mineurs. La moyenne des 38 pays atteint 55%. À l’inverse, 38% des répondants marocains estimaient que ce scrutin avait connu des problèmes majeurs ou n’était pas libre et équitable, tandis que 15% se situaient dans les autres catégories de réponse. Autre indicateur : 59% des Marocains déclarent se sentir «complètement libres» de voter pour le candidat de leur choix, contre 67% en moyenne dans les 38 pays. Le terme est important : les 59% correspondent uniquement au degré maximal proposé par le questionnaire et n’intègrent pas ceux qui se disent «assez libres». Pour la liberté de rejoindre une organisation politique, 35% des répondants marocains choisissent également le degré maximal, «complètement libre», contre 54% en moyenne dans les pays étudiés.
