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Programme gouvernemental : la majorité défend ses choix, l’opposition dénonce des promesses non tenues

La discussion du programme gouvernemental 2026-2031, jeudi à la Chambre des représentants, a mis en évidence les divergences entre les partis de la nouvelle majorité et ceux de l’opposition. Si les premiers ont affiché leur soutien au gouvernement de Fatima-Zahra El Mansouri, tout en insistant sur la nécessité de résultats concrets, les seconds ont critiqué le manque de garanties sur le financement des engagements, l’absence de certaines promesses électorales et la composition de l’Exécutif. La lutte contre la corruption, le pouvoir d’achat et l’emploi ont néanmoins constitué des préoccupations communes aux différentes interventions.

Ph. Saouri
Ph. Saouri
La séance plénière consacrée, jeudi 22 octobre, à la discussion du programme gouvernemental a permis aux groupes parlementaires de préciser leurs positions à l’égard du nouvel Exécutif. Au-delà du soutien exprimé par les formations de la majorité et des critiques formulées par l’opposition, les débats ont principalement porté sur la capacité du gouvernement à concrétiser ses engagements sociaux et économiques au cours des cinq prochaines années.

Les interventions ont également reflété les changements intervenus dans le paysage politique à l’issue des dernières élections législatives, avec notamment le passage du Rassemblement national des indépendants (RNI) dans l’opposition et l’entrée de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et du Parti du progrès et du socialisme (PPS) dans la nouvelle majorité.

Une majorité qui soutient le gouvernement sans renoncer au contrôle parlementaire

Au nom du groupe Authenticité et Modernité (PAM), Hicham Sabiry a défendu les orientations du programme gouvernemental, tout en rappelant que l’appartenance à la majorité ne dispense pas les parlementaires de leurs responsabilités de contrôle et d’évaluation.

« La majorité parlementaire n’est pas une simple figurante du gouvernement », a-t-il affirmé, estimant qu’un Exécutif fort doit pouvoir s’appuyer sur une majorité capable de le soutenir sans renoncer à son indépendance institutionnelle. Il a également appelé à accélérer l’adoption des textes relatifs à la lutte contre l’enrichissement illicite, aux conflits d’intérêts et à la déclaration obligatoire du patrimoine.



Pour le groupe istiqlalien de l’Unité et de l’Égalitarisme, Rahal El Makkaoui a réaffirmé le soutien de son parti au gouvernement, en mettant l’accent sur la protection du pouvoir d’achat, la lutte contre la corruption et l’amélioration des services publics. Il a notamment salué les engagements relatifs à la revalorisation des aides sociales et des pensions, ainsi que les mesures annoncées pour mieux encadrer les marchés et les circuits de distribution.

Le président du groupe istiqlalien a toutefois insisté sur la nécessité de définir des politiques publiques financées, assorties d'objectifs mesurables et susceptibles de produire des effets directs sur les conditions de vie des citoyens.

L’USFP et le PPS expliquent leur entrée dans la majorité

Le passage de l’USFP de l’opposition à la majorité a occupé une place importante dans l’intervention de Lahcen Lachgar, président du groupe socialiste. Celui-ci a justifié ce choix par les convergences entre le programme gouvernemental et les priorités de son parti, notamment en matière de lutte contre la corruption, de réforme institutionnelle, de justice sociale et de déconcentration administrative.

Il a néanmoins prévenu que le soutien socialiste ne constituerait pas un blanc-seing. Son groupe entend notamment suivre les engagements relatifs à la lutte contre la vie chère, à la réforme des retraites et à l’amélioration des services de santé et d’éducation.

Pour Lahcen Lachgar, le prochain projet de loi de finances constituera un premier test de la capacité du gouvernement à traduire ses annonces en mesures concrètes.



De son côté, Ahmed El Abbadi, président du groupe du Parti du progrès et du socialisme, a expliqué que la participation du PPS à la majorité résultait d’un débat interne et des engagements pris par la Cheffe du gouvernement lors des consultations.

Tout en soutenant le programme, il a appelé à des mesures pour rétablir la confiance des jeunes dans les institutions, notamment en œuvrant à la libération des jeunes interpellés dans le cadre du mouvement « Gen Z » et d’autres mobilisations pacifiques.

Le PPS a également insisté sur la nécessité de combattre les situations de rente, les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite, tout en accordant la priorité au pouvoir d’achat, à l’emploi et à la qualité des services publics.

Le RNI annonce son vote contre la confiance

Dans les rangs de l’opposition, Yassine Okacha, président du groupe du Rassemblement national des indépendants, a annoncé que sa formation voterait contre l’octroi de la confiance au gouvernement. Il a reproché au programme de reprendre une grande partie des orientations de la précédente législature, malgré la volonté de changement affichée par la nouvelle Cheffe du gouvernement. Le responsable du RNI a également critiqué ce qu’il considère comme un manque de cohérence dans la composition de l’Exécutif et une insuffisance de garanties concernant le financement et la mise en œuvre des engagements.

Sur le plan social, il a notamment relevé l’absence d’objectifs chiffrés concernant la création d’un million d’emplois nets et la réduction du chômage à 7 % à l’horizon 2031, engagements qu’il a attribués au parti conduisant la nouvelle majorité.

Yassine Okacha a également estimé que plusieurs dossiers n’avaient pas reçu l’attention nécessaire, notamment les Marocains résidant à l’étranger, les personnes en situation de handicap, l’économie informelle, la gestion des risques, l’économie du soin et le développement des zones montagneuses.

Tout en revendiquant les acquis économiques de la précédente législature, il a assuré que son parti exercerait une opposition indépendante, fondée sur l’évaluation des politiques publiques et la présentation de propositions alternatives.

Le PJD demande des comptes sur les engagements électoraux

Le groupe Justice et Développement (PJD), par la voix de son président Driss El Azami El Idrissi, a également critiqué le contenu du programme gouvernemental, en s'interrogeant sur le devenir de plusieurs promesses électorales.

Parmi les engagements évoqués figurent la création d’un million d’emplois, la baisse de l’impôt sur le revenu, la revalorisation du soutien social direct et des pensions, ainsi que l’amélioration de la couverture médicale.

Le responsable du PJD a particulièrement insisté sur la nécessité de préciser les sources de financement des mesures annoncées et les échéances de leur mise en œuvre. Il a également exprimé des réserves sur la composition du gouvernement et sur la place accordée à certains dossiers, notamment le développement rural et les Marocains du monde.

Sur le terrain de la gouvernance, Driss El Azami a annoncé quatre propositions de loi portant sur les conflits d’intérêts, l’enrichissement illicite, la protection des fonctionnaires dénonçant des faits de corruption et la déclaration obligatoire du patrimoine.

Le PJD a assuré vouloir laisser au gouvernement le temps nécessaire pour engager son action, tout en exerçant une opposition ferme et en soumettant ses propres propositions.

Pouvoir d’achat, corruption et emploi : des préoccupations partagées

Malgré leurs divergences, les différents groupes parlementaires se sont retrouvés sur plusieurs préoccupations. La lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts a notamment été évoquée aussi bien par les formations de la majorité que par celles de l’opposition.

La question du pouvoir d’achat a également occupé une place centrale dans les débats. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de lutter contre la spéculation, d’améliorer les circuits de distribution et de veiller à ce que les aides publiques bénéficient effectivement aux ménages.

En matière d’emploi, les parlementaires ont souligné l’importance de dépasser les seuls dispositifs de formation et d’insertion pour favoriser la création de postes durables, particulièrement au profit des jeunes.

Les réformes de la santé, de l’éducation et des retraites, ainsi que la réduction des disparités territoriales, ont également figuré parmi les principaux sujets abordés.

La discussion a enfin été marquée par des prises de position sur les questions de souveraineté nationale, notamment le Sahara marocain, ainsi que sur Sebta et Melilia et la cause palestinienne.

Au terme de ces interventions, une ligne de partage se dégage : la majorité entend accompagner la mise en œuvre du programme tout en revendiquant son rôle de contrôle, tandis que l’opposition demande des garanties plus précises sur les moyens, les échéances et les résultats attendus. Le prochain projet de loi de finances apparaît déjà, pour plusieurs groupes, comme le premier rendez-vous permettant de mesurer la traduction budgétaire des engagements du nouvel Exécutif.
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