Le Matin : Vous avez déposé une proposition de loi visant à créer une Agence nationale de l’intelligence artificielle. Quel constat vous a convaincue que le Maroc avait aujourd’hui besoin d’une institution dédiée à l’IA, plutôt que de s’appuyer sur les structures déjà existantes ?
Hanae Belkheir : Je suis partie d’une conviction simple : l’intelligence artificielle n’est pas une innovation parmi d’autres, c’est une révolution qui redessine déjà les équilibres économiques, technologiques et géopolitiques du monde. Nous sommes à un moment charnière. Les pays qui anticipent aujourd’hui seront ceux qui créeront la richesse, les emplois et les technologies de demain. Ceux qui tardent risquent de devenir dépendants des choix et des innovations produites ailleurs.
Le Maroc a réalisé des avancées importantes dans le domaine du numérique, mais l’intelligence artificielle pose désormais des questions nouvelles : la souveraineté technologique, la gouvernance des données, l’éthique des algorithmes, la cybersécurité, l’impact sur l’emploi, la formation des compétences et la protection des citoyens. J’ai considéré qu’il était de notre devoir d’anticiper ces mutations plutôt que de les subir. C’est dans cet esprit que j’ai proposé la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle capable de donner au Royaume une vision claire, cohérente et ambitieuse dans ce domaine stratégique.
Votre texte place l’agence sous la tutelle de la Chefferie du gouvernement, et non sous un ministère technique. Pourquoi ce rattachement direct, et n’y a-t-il pas un risque de chevauchement avec les attributions du ministère de la Transition numérique ?
Parce que l’intelligence artificielle ne concerne pas un seul secteur. Elle concerne l’éducation lorsqu’il s’agit de former les talents de demain. Elle concerne la santé lorsqu’elle améliore les diagnostics médicaux. Elle concerne l’agriculture, l’industrie, la justice, la sécurité, l’administration publique et pratiquement tous les secteurs de notre économie. Face à un enjeu aussi transversal, il m’a semblé indispensable que la coordination soit assurée au plus haut niveau du gouvernement. Ce rattachement ne remet absolument pas en cause le rôle du ministère de la Transition numérique ni celui des autres départements ministériels. Il vise simplement à garantir une cohérence nationale et une mobilisation collective autour d’une stratégie commune.
La note de présentation insiste sur les contenus trompeurs, les deepfakes et la manipulation de l’opinion. Sur le terrain juridique, l’agence que vous proposez aurait-elle un pouvoir contraignant, sanction, retrait... ou resterait-elle un organe d’étude et de recommandation ?
L’intelligence artificielle est une opportunité extraordinaire, mais elle peut aussi devenir un risque lorsqu’elle est utilisée à des fins de manipulation ou de désinformation. Nous voyons déjà apparaître des contenus falsifiés capables d’usurper l’identité de personnes, de diffuser de fausses informations ou d’influencer l’opinion publique. Je tiens toutefois à être très claire : je ne défends ni une logique de surveillance ni une logique de censure. Je défends une logique de responsabilité. L’agence aurait pour mission d’anticiper les risques, de proposer des normes adaptées, d’accompagner les pouvoirs publics dans la prise de décision et de contribuer à la mise en place d’un cadre de confiance permettant de protéger les citoyens tout en préservant l’innovation et les libertés fondamentales.
Derrière ce projet, il y a aussi la question de la souveraineté technologique. Le Maroc peut-il réellement construire une autonomie stratégique dans l’IA alors que les infrastructures, les modèles et les plateformes sont aujourd’hui largement dominés par les géants américains et chinois ?
La souveraineté technologique ne signifie pas l’isolement. Elle signifie la capacité de décider librement, de protéger ses intérêts stratégiques et de développer ses propres compétences. Nous ne prétendons pas rivaliser demain avec les plus grandes puissances mondiales. En revanche, nous pouvons parfaitement construire notre propre modèle, former nos talents, valoriser notre recherche scientifique, développer nos entreprises innovantes et maîtriser les usages stratégiques de l’intelligence artificielle. Le Maroc possède des atouts considérables : une jeunesse dynamique, des compétences reconnues, une position géographique stratégique et une ambition continentale affirmée. Notre objectif est que le Maroc ne soit pas seulement consommateur de technologies conçues ailleurs, mais également producteur de solutions adaptées à ses besoins et à ceux du continent africain.
Les entreprises marocaines plaident régulièrement pour un environnement favorable à l’innovation et à l’investissement technologique. Comment comptez-vous convaincre les acteurs économiques que cette future agence sera un levier de croissance et non une couche supplémentaire de bureaucratie ?
Je comprends cette préoccupation. Mais je pense que l’absence de vision et de cadre constitue aujourd’hui un frein plus important que la régulation elle-même. Les entreprises ont besoin de visibilité, de sécurité juridique et d’un environnement favorable à l’innovation. Cette agence n’a pas vocation à compliquer les choses. Elle a vocation à créer les conditions de la confiance, à soutenir la recherche, à encourager l’investissement, à accompagner les startups et à favoriser l’émergence d’un véritable écosystème national de l’intelligence artificielle. Je veux que cette agence soit perçue comme un partenaire de l’innovation et non comme une contrainte administrative.
Si cette agence voit le jour et que la stratégie que vous défendez est pleinement mise en œuvre, à quoi ressemblerait le Maroc de l’intelligence artificielle dans dix ans ? Quelle place ambitionnez-vous pour le Royaume sur la scène africaine et internationale ?
J’imagine un Maroc qui aura fait de l’intelligence artificielle un levier de développement, de compétitivité et de progrès social. Un Maroc où les services publics seront plus efficaces, où les entreprises seront plus innovantes, où les jeunes disposeront de compétences adaptées aux métiers de demain et où la technologie sera mise au service du citoyen. J’imagine également un Maroc devenu une référence africaine dans le domaine de l’intelligence artificielle, capable de porter une vision équilibrée entre innovation, développement économique et protection des droits fondamentaux. Je suis convaincue que les grandes révolutions technologiques ne se contentent pas de transformer les économies ; elles redessinent aussi les rapports de puissance dans le monde. Ma conviction est que le Maroc a toutes les capacités pour être parmi les acteurs qui façonnent cette nouvelle ère technologique. Et c’est précisément l’ambition qui porte cette proposition de loi.
Hanae Belkheir : Je suis partie d’une conviction simple : l’intelligence artificielle n’est pas une innovation parmi d’autres, c’est une révolution qui redessine déjà les équilibres économiques, technologiques et géopolitiques du monde. Nous sommes à un moment charnière. Les pays qui anticipent aujourd’hui seront ceux qui créeront la richesse, les emplois et les technologies de demain. Ceux qui tardent risquent de devenir dépendants des choix et des innovations produites ailleurs.
Le Maroc a réalisé des avancées importantes dans le domaine du numérique, mais l’intelligence artificielle pose désormais des questions nouvelles : la souveraineté technologique, la gouvernance des données, l’éthique des algorithmes, la cybersécurité, l’impact sur l’emploi, la formation des compétences et la protection des citoyens. J’ai considéré qu’il était de notre devoir d’anticiper ces mutations plutôt que de les subir. C’est dans cet esprit que j’ai proposé la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle capable de donner au Royaume une vision claire, cohérente et ambitieuse dans ce domaine stratégique.
Votre texte place l’agence sous la tutelle de la Chefferie du gouvernement, et non sous un ministère technique. Pourquoi ce rattachement direct, et n’y a-t-il pas un risque de chevauchement avec les attributions du ministère de la Transition numérique ?
Parce que l’intelligence artificielle ne concerne pas un seul secteur. Elle concerne l’éducation lorsqu’il s’agit de former les talents de demain. Elle concerne la santé lorsqu’elle améliore les diagnostics médicaux. Elle concerne l’agriculture, l’industrie, la justice, la sécurité, l’administration publique et pratiquement tous les secteurs de notre économie. Face à un enjeu aussi transversal, il m’a semblé indispensable que la coordination soit assurée au plus haut niveau du gouvernement. Ce rattachement ne remet absolument pas en cause le rôle du ministère de la Transition numérique ni celui des autres départements ministériels. Il vise simplement à garantir une cohérence nationale et une mobilisation collective autour d’une stratégie commune.
La note de présentation insiste sur les contenus trompeurs, les deepfakes et la manipulation de l’opinion. Sur le terrain juridique, l’agence que vous proposez aurait-elle un pouvoir contraignant, sanction, retrait... ou resterait-elle un organe d’étude et de recommandation ?
L’intelligence artificielle est une opportunité extraordinaire, mais elle peut aussi devenir un risque lorsqu’elle est utilisée à des fins de manipulation ou de désinformation. Nous voyons déjà apparaître des contenus falsifiés capables d’usurper l’identité de personnes, de diffuser de fausses informations ou d’influencer l’opinion publique. Je tiens toutefois à être très claire : je ne défends ni une logique de surveillance ni une logique de censure. Je défends une logique de responsabilité. L’agence aurait pour mission d’anticiper les risques, de proposer des normes adaptées, d’accompagner les pouvoirs publics dans la prise de décision et de contribuer à la mise en place d’un cadre de confiance permettant de protéger les citoyens tout en préservant l’innovation et les libertés fondamentales.
Derrière ce projet, il y a aussi la question de la souveraineté technologique. Le Maroc peut-il réellement construire une autonomie stratégique dans l’IA alors que les infrastructures, les modèles et les plateformes sont aujourd’hui largement dominés par les géants américains et chinois ?
La souveraineté technologique ne signifie pas l’isolement. Elle signifie la capacité de décider librement, de protéger ses intérêts stratégiques et de développer ses propres compétences. Nous ne prétendons pas rivaliser demain avec les plus grandes puissances mondiales. En revanche, nous pouvons parfaitement construire notre propre modèle, former nos talents, valoriser notre recherche scientifique, développer nos entreprises innovantes et maîtriser les usages stratégiques de l’intelligence artificielle. Le Maroc possède des atouts considérables : une jeunesse dynamique, des compétences reconnues, une position géographique stratégique et une ambition continentale affirmée. Notre objectif est que le Maroc ne soit pas seulement consommateur de technologies conçues ailleurs, mais également producteur de solutions adaptées à ses besoins et à ceux du continent africain.
Les entreprises marocaines plaident régulièrement pour un environnement favorable à l’innovation et à l’investissement technologique. Comment comptez-vous convaincre les acteurs économiques que cette future agence sera un levier de croissance et non une couche supplémentaire de bureaucratie ?
Je comprends cette préoccupation. Mais je pense que l’absence de vision et de cadre constitue aujourd’hui un frein plus important que la régulation elle-même. Les entreprises ont besoin de visibilité, de sécurité juridique et d’un environnement favorable à l’innovation. Cette agence n’a pas vocation à compliquer les choses. Elle a vocation à créer les conditions de la confiance, à soutenir la recherche, à encourager l’investissement, à accompagner les startups et à favoriser l’émergence d’un véritable écosystème national de l’intelligence artificielle. Je veux que cette agence soit perçue comme un partenaire de l’innovation et non comme une contrainte administrative.
Si cette agence voit le jour et que la stratégie que vous défendez est pleinement mise en œuvre, à quoi ressemblerait le Maroc de l’intelligence artificielle dans dix ans ? Quelle place ambitionnez-vous pour le Royaume sur la scène africaine et internationale ?
J’imagine un Maroc qui aura fait de l’intelligence artificielle un levier de développement, de compétitivité et de progrès social. Un Maroc où les services publics seront plus efficaces, où les entreprises seront plus innovantes, où les jeunes disposeront de compétences adaptées aux métiers de demain et où la technologie sera mise au service du citoyen. J’imagine également un Maroc devenu une référence africaine dans le domaine de l’intelligence artificielle, capable de porter une vision équilibrée entre innovation, développement économique et protection des droits fondamentaux. Je suis convaincue que les grandes révolutions technologiques ne se contentent pas de transformer les économies ; elles redessinent aussi les rapports de puissance dans le monde. Ma conviction est que le Maroc a toutes les capacités pour être parmi les acteurs qui façonnent cette nouvelle ère technologique. Et c’est précisément l’ambition qui porte cette proposition de loi.
