C'est depuis la rive sud du détroit de Gibraltar, à Tanger, que l'Afrique a choisi de prendre la mesure du séisme économique provoqué par l'escalade au Moyen-Orient. Les 1er et 2 avril 2026, la 58e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la planification et du développement économique a réuni, sous l'égide de la Commission économique pour l'Afrique des Nations unies, les principaux décideurs continentaux et leurs partenaires de développement. Le thème retenu, «Croissance par l'innovation», aurait pu circonscrire les débats au terrain du numérique. Mais la conjoncture géopolitique en a décidé autrement.
Les prix mondiaux du pétrole ont bondi de plus de 50% à la fin mars. Vingt-neuf monnaies africaines se sont affaiblies, alourdissant le coût du service de la dette extérieure et des importations de denrées alimentaires, de carburant et d'engrais. Les perturbations liées aux approvisionnements énergétiques du Golfe menacent l'accès à l'ammoniac et à l'urée pendant la saison critique de mars à mai. «L'escalade continue du conflit aggrave l'instabilité mondiale, avec des implications graves pour les marchés de l'énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, particulièrement en Afrique où les pressions économiques restent aiguës», a prévenu Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine.
Les prix mondiaux du pétrole ont bondi de plus de 50% à la fin mars. Vingt-neuf monnaies africaines se sont affaiblies, alourdissant le coût du service de la dette extérieure et des importations de denrées alimentaires, de carburant et d'engrais. Les perturbations liées aux approvisionnements énergétiques du Golfe menacent l'accès à l'ammoniac et à l'urée pendant la saison critique de mars à mai. «L'escalade continue du conflit aggrave l'instabilité mondiale, avec des implications graves pour les marchés de l'énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, particulièrement en Afrique où les pressions économiques restent aiguës», a prévenu Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l'Union africaine.
Des chocs qui frappent plus vite et par des canaux plus concentrés
Un rapport conjoint de la BAD, de la CUA, du PNUD et de la CEA-ONU, présenté en marge de la session, établit que les chocs actuels se transmettent plus rapidement et par des canaux plus concentrés que les perturbations précédentes. Le document structure les réponses en trois horizons : des mesures immédiates pour stabiliser les chaînes d'approvisionnement ; des réformes à moyen terme pour renforcer la sécurité énergétique et le commerce régional via la ZLECAf ; et des transformations structurelles de long terme vers la mobilisation des ressources domestiques et le Mécanisme africain de stabilité financière.
«L'Afrique a été frappée par trop de chocs externes dont elle n'est pas responsable», a lancé Claver Gatete, secrétaire général adjoint des Nations unies et secrétaire exécutif de la CEA. «Ce moment appelle une action décisive, pour protéger les populations maintenant, mais aussi pour accélérer la poussée vers la sécurité énergétique, la souveraineté alimentaire et l'autonomie financière». Ahunna Eziakonwa, directrice du Bureau régional pour l'Afrique du PNUD, a abondé dans le même sens, estimant qu'«avec le bon dosage de choix politiques et d'outils de financement, l'Afrique peut surmonter ce choc et en sortir mieux positionnée pour façonner son propre avenir économique».
«L'Afrique a été frappée par trop de chocs externes dont elle n'est pas responsable», a lancé Claver Gatete, secrétaire général adjoint des Nations unies et secrétaire exécutif de la CEA. «Ce moment appelle une action décisive, pour protéger les populations maintenant, mais aussi pour accélérer la poussée vers la sécurité énergétique, la souveraineté alimentaire et l'autonomie financière». Ahunna Eziakonwa, directrice du Bureau régional pour l'Afrique du PNUD, a abondé dans le même sens, estimant qu'«avec le bon dosage de choix politiques et d'outils de financement, l'Afrique peut surmonter ce choc et en sortir mieux positionnée pour façonner son propre avenir économique».
La crise comme accélérateur d'un repositionnement continental
Le tableau brossé à Tanger ne se résume toutefois pas à un inventaire de vulnérabilités. Dans son discours d'ouverture, M. Gatete a identifié un retournement que la crise contribue à précipiter. Tandis que les routes commerciales traditionnelles via la mer Rouge et le détroit d'Ormuz se trouvent contraintes, l'Afrique se repositionne comme corridor logistique mondial. Le port de Lamu au Kenya, ceux de Durban et de Maputo enregistrent des hausses de trafic sans précédent. Ethiopian Airlines se mue en pont aérien critique entre l'Asie et l'Europe. Les recettes pétrolières du Nigeria profitent d'un effet d'aubaine.
Ce repositionnement s'inscrit dans une dynamique plus large que M. Gatete a résumée en une formule incisive : «La croissance sans transformation est une croissance sans traction.» Les projections de croissance africaine, estimées à environ 4% en 2026, ne suffisent pas. «Trop souvent, nos économies se sont développées sans changer fondamentalement ce qu'elles produisent, la manière dont elles sont compétitives ou l'endroit où la valeur est captée», a-t-il observé, posant frontalement la question de la souveraineté numérique : «Qui crée la valeur à partir de nos données, de notre innovation et de nos marchés et qui la capte ?»
Ce repositionnement s'inscrit dans une dynamique plus large que M. Gatete a résumée en une formule incisive : «La croissance sans transformation est une croissance sans traction.» Les projections de croissance africaine, estimées à environ 4% en 2026, ne suffisent pas. «Trop souvent, nos économies se sont développées sans changer fondamentalement ce qu'elles produisent, la manière dont elles sont compétitives ou l'endroit où la valeur est captée», a-t-il observé, posant frontalement la question de la souveraineté numérique : «Qui crée la valeur à partir de nos données, de notre innovation et de nos marchés et qui la capte ?»
La ZLECAf, bien plus qu'un accord commercial
C'est dans cette perspective que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a été présentée à Tanger non comme un simple accord commercial, mais comme une architecture de développement. Avec un marché projeté de 1,5 milliard de personnes et un PIB combiné de 3.400 milliards de dollars, la ZLECAf offre la possibilité de passer «de systèmes nationaux fragmentés à des solutions continentales intégrées». M. Gatete a mis en avant la dynamique de la production pharmaceutique régionale, citant le Maroc, l'Algérie, le Rwanda et l'Afrique du Sud, tout en plaidant pour l'harmonisation des normes réglementaires et les achats groupés.
Cette vision multisectorielle s'est trouvée confortée par le volet sanitaire des travaux. Lors du Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé, organisé le 1er avril, M. Gatete a dévoilé un paradoxe fiscal saisissant : en 2022, l'Afrique a consacré environ 145 milliards de dollars à la santé, dont moins de la moitié de sources publiques. Dans plusieurs pays, le service de la dette dépasse désormais les dépenses de santé. «Les ménages et l'aide extérieure continuent de supporter une part disproportionnée des coûts», a-t-il alerté, appelant à des instruments de rupture : swaps dette-santé, finance mixte, mécanismes de partage des risques, en faisant valoir que «nous ne pouvons pas financer des systèmes de santé du XXIe siècle avec des modèles du XXe siècle».
Cette vision multisectorielle s'est trouvée confortée par le volet sanitaire des travaux. Lors du Forum de haut niveau sur le financement durable de la santé, organisé le 1er avril, M. Gatete a dévoilé un paradoxe fiscal saisissant : en 2022, l'Afrique a consacré environ 145 milliards de dollars à la santé, dont moins de la moitié de sources publiques. Dans plusieurs pays, le service de la dette dépasse désormais les dépenses de santé. «Les ménages et l'aide extérieure continuent de supporter une part disproportionnée des coûts», a-t-il alerté, appelant à des instruments de rupture : swaps dette-santé, finance mixte, mécanismes de partage des risques, en faisant valoir que «nous ne pouvons pas financer des systèmes de santé du XXIe siècle avec des modèles du XXe siècle».
De la vulnérabilité à la préparation
Le système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) pour les transactions transfrontalières en monnaies locales, le déploiement de l'hydrogène vert au Maroc, en Namibie et en Afrique du Sud, les innovations fintech au Kenya, au Rwanda et au Ghana : les jalons d'une transformation endogène existent. Mais comme l'a souligné Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement, «la réponse de l'Afrique doit évoluer de la gestion des chocs vers la construction de la résilience». Les institutions africaines et leurs partenaires, a-t-il insisté, doivent agir «rapidement et de concert, en tirant parti de leurs avantages comparatifs pour amortir les chocs à court terme tout en posant les fondations de la résilience à long terme».
La 58e session de Tanger aura cristallisé un basculement : la crise au Moyen-Orient n'est plus seulement un facteur de déstabilisation, mais le catalyseur d'une prise de conscience de l'impératif de souveraineté économique. En choisissant le Maroc comme pays hôte, engagé dans la production pharmaceutique régionale, les énergies renouvelables et l'hydrogène vert, la CEA a ancré ses recommandations dans un territoire qui incarne les transitions préconisées. Reste à transformer le diagnostic en architecture opérationnelle. Comme l'a conclu M. Gatete, «le moment qui se présente à nous n'appelle pas un changement incrémental ; il appelle une transformation à grande échelle».
La 58e session de Tanger aura cristallisé un basculement : la crise au Moyen-Orient n'est plus seulement un facteur de déstabilisation, mais le catalyseur d'une prise de conscience de l'impératif de souveraineté économique. En choisissant le Maroc comme pays hôte, engagé dans la production pharmaceutique régionale, les énergies renouvelables et l'hydrogène vert, la CEA a ancré ses recommandations dans un territoire qui incarne les transitions préconisées. Reste à transformer le diagnostic en architecture opérationnelle. Comme l'a conclu M. Gatete, «le moment qui se présente à nous n'appelle pas un changement incrémental ; il appelle une transformation à grande échelle».
